M. Rousseau est décédé le 12 août
et sans autre préparation le brevet d’institutrice, ce qui marque assez la force et l’étendue de l’instruction qu’elles reçoivent. Il est vrai que toutes ne suivent pas jusqu’au bout le cours d’études, mais il ne tient qu’à leurs parents de les en faire profiter.
Le pensionnat reçoit des enfants d’une classe plus élevée. L’éducation qu’on leur donne se distingue par un caractère de modeste simplicité dont le monastère a conservé la tradition. Il y a près d’un siècle et demi qu’un auteur écrivait ce qui suit à propos de l’abbaye de Flines : « On éloigne autant qu’on peut de cette maison les visites étrangères, ce qui fait que l’esprit du monde en étant banni aussi bien que ses manières, il y règne une ancienne, mais honnête simplicité religieuse qui lui est particulière, et qu’on désirerait trouver dans tous les couvents L » Cet esprit de noble et religieuse simplicité, les Dames de Flines le conservent aujourd’hui encore : c’est ce qui frappe au premier coup d’œil l’observateur le moins attentif. Elles s’efforcent d’inculquer à leurs élèves, avec l’amour du travail, la fuite de ce luxe insensé, de ces habitudes follement prodigues, de cette vie de plaisir et de dissipation, qui énervent et qui corrompent la société française, et que trop de personnes s’efforcent d’unir, par un alliage monstrueux, avec les habitudes de la vie chrétienne.
Dame Stéphanie Lagache jouit du résultat de ses efforts. Elle vit s’accroître considérablement le nombre des religieuses, et dans une proportion plus forte encore celui des élèves : le monastère à son tour s’agrandit par des adjonctions successives, dont la première en date fut le local affecté aux classes gratuites, avec une entrée particulière sur la rue du Béguinage.
Une adjonction plus importante fut celle de l’immeuble convoité déjà du temps de Dame Emmanuelle. C’était une grande maison contiguë à celle que l’on occupait depuis 1818 ; la communauté ne s’étant pas trouvée en mesure de l’acquérir, il s’y fonda une institution de jeunes gens, voisinage incommode malgré les hautes murailles : aussi nos religieuses dési-
1. Histoire des communautés religieuses de Lille et des environs (Bibl. nat., fonds français, n° 8522), p. 824.
raient vivement en être délivrées. Elles y parvinrent en 1840. M. Chemet, chef d’institution, leur vendit cette propriété, qui pour elles avait une double valeur au point de vue de Futilité directe et de leurs convenances spéciales.
La maison, plus que doublée, se trouve bientôt trop petite encore. C’est que le pensionnat prenait de jour en jour plus d’importance, et que le cours normal d’institutrices, une création toute nouvelle, réclamait à son tour de l’espace.
Avant 1845, aucun établissement n’existait dans le département du Nord pour préparer les institutrices à leur importante et difficile mission.
Convaincu qu’il était nécessaire de pourvoir à ce besoin, et considérant que la création d’une école normale entraînerait des dépenses trop considérables, le préfet proposa au Conseil général de fonder dix bourses pour autant d’élèves-maîtresses, dans un établissement religieux déjà existant. Il ajoutait que des pourparlers avaient eu lieu déjà avec une communauté établie à Douai et offrant toute garantie b
En effet, le recteur de l’Académie, M. Camaret, qui connaissait les Dames de Flines et qui avait su apprécier leur mérite, les pressait vivement d’accepter cette tâche. Malgré les plus vives instances, elles ne purent s’y résoudre, même quand le Conseil général eut voté un crédit qui, par suite de leur non-acceptation, restait sans emploi.
La congrégation de la Sainte-Union, fondée à Douai dans un but d’éducation, commençait alors à s’étendre. Sur le refus des Dames de Flines, elle se montra disposée à entreprendre la chose. Un projet d’organisation fut élaboré de concert avec l’autorité académique ; l’accord allait être conclu, mais la Sainte- Union n’était pas encore civilement autorisée -, ce qui, de la part du gouvernement, fut regardé comme un obstacle à la situation quasi-officielle que conférait la direction d’un service public.
Les négociations étant rompues de ce côté, le recteur se tourna de nouveau vers les Dames de Flines. En vain celles-ci objectèrent, comme la première fois, la pénurie du personnel et l’étroitesse du local (c’était la maison de M. Fouquay non
1. Conseil général du Nord, session de 1843, Compte rendu officiel, pp. 131-132.