‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 208 sur 264 · Notices nécrologiques, pp · texte numérisé non relu

Notices nécrologiques, pp

nimes. La mort de Dame Ambroisine était une grande perte. Pour elle, ce fut une grâce. Elle n’eut pas la douleur de voir détruire son œuvre, l’œuvre de toute sa vie. Elle n’eut pas la peine incommensurable de se voir chassée du pieux asile où sa carrière s’était écoulée dans les plus doux, les plus saints engagements.

Parlons maintenant de deux vénérables anciennes, dont la carrière active fut consacrée à l’école primaire supérieure, où elles ont laissé l’une et l’autre des souvenirs ineffaçables.

La première est Dame Bernard Trédez. Entrée au monastère en 1826, elle connut toutes les angoisses et les difficultés de cette époque de reconstitution. Elle vécut avec les vénérables anciennes, Dame Emmanuelle et Dame Eugénie Joye, qui représentaient les traditions les plus pures de l’abbaye. Elle aimait à les interroger, à modeler sur elles ses sentiments et sa conduite. Plus tard, elle se plaisait à redire ce qu’elle avait entendu de leur bouche. Elle restait comme la tradition vivante du monastère. L’office divin faisait ses délices : une de ses grandes douleurs fut de le voir interrompu par la nécessité des choses; sa grande joie fut de le voir rétabli en 1865. Toujours active et laborieuse, elle ne perdait pas une minute. Quand ses infirmités la retinrent à l’infirmerie, elle avait toujours à côté d’elle son chapelet et quelque petit ouvrage, alliant ainsi le travail à la prière.

Dame Bernard mourut le 3 décembre 1879, le jour de la fête de saint François Xavier, qu’elle honorait d’une façon toute particulière. Ses funérailles furent un triomphe. Pendant plus de cinquante ans, elle avait dirigé l’école communale, où s’éleva sous ses yeux et sous son influence une bonne partie de la population féminine de Douai. Ses élèves en très grand nombre l’accompagnèrent à sa dernière demeure : les larmes qui coulaient de leur yeux attestaient les regrets unanimes que la sainte religieuse laissait après elle.

Dame Placide Mencÿen, par laquelle nous terminons cette revue, avait commencé ailleurs son existence religieuse. En 1824, elle réunit sur la paroisse Saint-Jacques, à Douai, le premier groupement qui, plus tard, donna naissance à la Congrégation de la Sainte-Union. Elle formait dès lors avec ses compagnes une sorte de petite communauté. M. l’abbé

Wicart 1 la patronnait ; il payait même son modeste loyer. En 1826, M. Debrabant arriva comme vicaire à Saint-Jacques. C’était un prêtre plein de zèle et d’ardeur. M. Wicart, devenu professeur au petit séminaire de Cambrai, le pria de prendre soin de l’humble troupeau. Il le fit avec tant de succès, que Dieu aidant le grain de sénevé devint un grand arbre : ce fut la Congrégation de la Sainte-Union des Sacrés-Cœurs.

En 1838, cette congrégation se trouvait en pleine période de développement: déjà elle possédait plusieurs maisons en France et en Belgique. Le démon fut sans doute jaloux de ce succès. Des troubles se produisirent au sein de cette association naissante. Que se passa-t-il exactement ? Nous l’ignorons. Toujours est-il que la Supérieure générale, celle-là même qui avait formé le premier noyau, demanda et obtint d’être dégagée de ses liens. Elle alla frapper à la porte du monastère de Flines, où elle sollicita son admission comme simple religieuse. Ce n’est pas sans peine qu’elle obtint cette faveur : il fallut que l’évêque intervint pour faire lever la barrière dressée devant elle.

Admise à condition de faire le noviciat entier de deux ans, comme toute autre postulante, elle se soumit avec une touchante humilité à tout ce que l’on exigeait d’elle. Ce n’était pas certainement sans mérite de la part d’une personne de quarante-huit ans, habituée à tenir la première place.

Dame Placide, c’est le nom qu’elle reçut lors de sa prise d’habit, passa quarante-trois ans au monastère de Flines, sans jamais se départir de cette conduite si humble et si exemplaire, sans jamais dire un mot de son ancienne congrégation. Personne ne lui en parlait : elle n’en parlait à personne. Jamais elle n’eut d’autre emploi que celui de directrice de l’ouvroir annexé à l’école communale. C’est là que se passèrent toutes les années de sa seconde vie religieuse.

Dame Placide était profondément aimée et respectée de ses élèves ; elle en faisait d’habiles ouvrières de l’aiguille, de pieuses et ferventes chrétiennes. Quand son grand âge la força de quitter son emploi, ce fut pour elle un douloureux sacrifice. De plus en plus elle se tourna vers la piété. Après

1. M. Wicart devint par la suite vicaire général de Cambrai, évêque de Fréjus, et en dernier lieu évêque de Laval.

la sainte communion, on la voyait comme transfigurée : souvent son visage était baigné de larmes. Elle passait de longues heures devant le Saint-Sacrement, toujours à genoux, car elle n’avait aucune infirmité. Sa sobriété était celle d’un anachorète : un œuf, avec un peu de légumes, constituait toute son alimentation. On eut bien de la peine, dans les dernières années de sa vie, à lui faire accepter un peu de vin : l’eau pure était sa boisson habituelle.

Dame Placide mourut le 25 octobre 1881, à l’âge de quatrevingt-onze ans. Ses consœurs ont conservé d’elle le plus édifiant souvenir h

Avec Dame Gérarde Marlier, nous revenons au pensionnat, où cette sainte religieuse, dans les fonctions les plus humbles, a fait un bien considérable. Chargée des petits enfants dans la salle d’asile, par son maintien modeste et digne tout à la fois, par sa parole douce, par sa physionomie gracieuse et souriante, elle semblait traduire en acte la parole de Jésus : Laissez venir à moi les petits enfants. Aussi la bonne Dame Gérarde était-elle aimée autant que vénérée par son petit peuple. Toujours calme, elle le fut aussi devant la mort. Après plusieurs années de vives souffrances, qu’elle supporta sans proférer une plainte, elle s’éteignit doucement le 12 juin 1902 2.

Un de ceux dont la première enfance s’écoula sous la douce tutelle de Dame Gérarde devint par la suite un peintre célèbre. M. Demon-Breton — c’est de lui qu’il est ici question — offrit en témoignage de gratitude et d’affection durable une œuvre qu’il exécuta tout exprès pour notre monastère : Le Vendredi saint. Ce tableau, qui ornait autrefois le grand parloir du pensionnat, est maintenant à Leuze 3.

1. Notes nécrologiques, pp. 29-35. — J’ai connu Dame Placide pendant un quart de siècle : je puis assurer que les faits rapportés ci-dessus sont de la plus scrupuleuse exactitude. C'est une réponse suffisante aux accusations portées contre cette vénérable religieuse dans un recueil imprimé en 1890, par un prêtre qui ne l'a point connue, et qui sans aucun doute a été mal inspiré et mal informé. Je ne l'imiterai pas en portant l'accusation sur un autre terrain. Ce serait une injustice tout aussi condamnable. Il est arrivé souvent que des serviteurs de Dieu animés des meilleures intentions ne se sont pas compris. Laissons le jugement à Celui qui sonde les cœurs et les reins.

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