‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 207 sur 264 · Notices nécrologiques, pp · texte numérisé non relu

Notices nécrologiques, pp

2. Née à Roost-Warendin, le 19 mars 1840, elle mourut le 2-2 mars 1891, une année environ après Dame Lutgarde. L’auteur des Notices nécrologiques lui a consacré quelques pages très édifiantes (111-114).

intérêts temporels. Cependant cette économie n’était ni de l’avarice, ni de l’étroitesse d’esprit. On faisait convenablement toutes choses : on secourait les malheureux, on donnait pour les œuvres, on venait en aide à des communautés plus pauvres. L’hospitalité était exercée d’unefaçon aussi large que généreuse.

Les anciennes élèves du cours normal arrivaient toujours en nombre chaque jeudi. Elles profitaient du congé hebdomadaire pour venir se retremper auprès de leurs maîtresses, et demander les conseils dont elles avaient besoin. Chaque année, au mois de septembre, elles se réunissaient pour les exercices d’une retraite. Pendant une semaine, elles vivaient sous le toit hospitalier qui restait toujours le leur : la communauté subvenait à toutes les dépenses. Le cardinal Régnier, tant qu’il vécut, se fit un devoir de clôturer ces pieux exercices : il célébrait lui-même le saint sacrifice, faisait une paternelle allocution aux retraitantes, et leur distribuait le pain de vie.

Chose qui nous paraît étrange, avec les mœurs nouvelles qu’a créées la politique, le recteur de l’académie de Douai, M. Fleury, assistait à cette messe : il prenait part ensuite au modeste repas que la communauté offrait au cardinal , et à quelques membres importants du clergé de la ville.

Des faits semblables n’étonnaient personne à cette époque. On voyait ce même recteur faire sa promenade quotidienne en compagnie de l’abbé Fournet, aumônier du lycée de Douai, un ami du monastère de Flines, où il célébrait chaque fois que son ministère ne le retenait pas au lycée.

Les inspecteurs ne craignaient pas, pendant leurs séjours à Douai, d’accepter l’hospitalité de l’aumônier de Flines. Madame Monternault, inspectrice générale des salles d’asile, avait sa chambre au pensionnat : c’était sa résidence au cours de ses tournées d’inspection dans le Nord. Elle aimait cette solitude, où elle pouvait travailler à loisir. Non seulement elle assistait avec une piété exemplaire à la messe et aux autres offices, mais elle faisait de longues stations à la tribune de l’église, où de sa chambre on accédait de plain-pied L

1. Madame Monternault était sœur de M. Julien Chevreau, qui fut conseiller d'état, puis successivement préfet de la Loire-Inférieure, du Rhône et de la

En ce temps-là, les fonctionnaires de tout rang, les militaires de tout grade, confiaient leurs enfants aux maisons d’éducation religieuses. Citons seulement pour le pensionnat des Dames de Flines: M. Lemaire, président du tribunal ; M. Paul, premier président de la Cour d’appel, oncle de celui qui est actuellement en fonctions : le colonel d'Harangliier de Quincerot, les généraux Moulin et Danet, etc., etc.

Le sénateur Merlin, maire de Douai, professait une estime particulière pour cet établissement, auquel il confia sa fille unique. Comme certaines inquiétudes commençaient à se faire jour par rapport à la situation et à l’avenir des communautés, le sénateur-maire assurait à nos religieuses que leur situation était inattaquable et qu’elles n'avaient absolument rien à craindre. Ces assurances étaient sincères, je veux le croire : elles prouvent en tout cas que leur auteur connaissait bien peu les hommes de son parti.

Le pensionnat de Flines-Campagne se recrutait surtout dans la classe des petits et moyens cultivateurs, heureux de faire donner à leurs filles, sans sacrifices trop lourds, une éducation solide et complète. On y voyait aussi beaucoup de filles d'instituteurs, qui se préparaient au cours normal, ou même qui prenaient directement le brevet d’institutrice au sortir de ce pensionnat.

Quant à l’externat populaire de Douai, c’était une école primaire supérieure, oh les filles d’honnêtes ouvriers, d’artisans et de petits bourgeois, recevaient à titre gratuit une instruction et une éducation excellentes. Autrefois, il y avait un concours annuel entre toutes les écoles de la ville, sans distinction de sexe. Les élèves des Dames de Flines faisaient une si ample moisson de couronnes, qu’elles humiliaient les jeunes gens et surtout leurs maîtres. Pour faire cesser de fâcheuses comparaisons, le système fut changé. Au lieu du concours unique il y en eut deux: l’un pour les écoles de filles, l’autre pour les écoles de garçons.

A l’école primaire supérieure, on cultivait avec beaucoup de soin les travaux d’aiguille. Chaque année, la maîtresse de

Seine, et enfin ministre de l'intérieur sous l'Empire. Un autre frère occupa aussi des postes élevés dans l'administration.

l’ouvroir organisait une exposition où s’étalaient de véritables merveilles, particulièrement en fait de réparation du linge, de reprises invisibles, de tout ce qui, en un mot, est de plus grande utilité dans le ménage de l’ouvrier comme dans celui de l’artisan et du bourgeois. Les dames de la ville venaient admirer ces petits chefs-d’œuvre.

Deux religieuses étaient alors l’âme du pensionnat : Dame Marie Morelle et Dame Romualde Cailliez, restées inséparables dans le souvenir des générations qui les ont connues. L’une, Dame Marie, avait des aptitudes plutôt littéraires, et avec cela le sens de l’autorité, l’art de se faire obéir sans heurt et sans difficulté. L’autre, Dame Romualde, possédait un esprit plus positif, et des dispositions toutes particulières pour les mathématiques et les sciences exactes. Elle avait un caractère simple et toujours égal : c’était la douceur et la sérénité mêmes.

Toutes deux étaient très aimées et vénérées des élèves. Elles n’avaient pas moins la sympathie et le respect de leurs consœurs, qui les placèrent successivement à la tête de la communauté. Nous les retrouverons comme prieures.

Une religieuse qui jouit également d’une grande influence, et qui rendit les plus signalés services, ce fut Dame Edmonde Joff'rain. Artiste consommée, elle avait sur l’orgue un talent admirable. Tout son bonheur était d’accompagner les divins offices, de préparer et de diriger les chœurs de chanteuses qui rehaussaient les saintes solennités. Mais elle ne dédaignait pas les besognes plus humbles. Longtemps elle fut seule chargée de l’enseignement musical, et elle s’y consacrait avec un zèle, un dévouement, une assuidité que l’on ne pouvait assez admirer.

Dame Edmonde était d’un caractère jovial et plein d’entrain. Elle faisait à ce point de vue un contraste frappant avec sa sœur, Dame Stéphanie, une sainte et vénérable religieuse, un modèle de recueillement et de vie intérieure. Cependant les deux sœurs, si différentes d’allure et de caractère, étaient unies entre elles par les liens d’une profonde et religieuse affection. Dame Stéphanie la première alla recevoir, en 1885, la récompense due à toute une vie d’humbles labeurs et de vertus cachées. Seize ans plus tard, son aînée la rejoignit

au ciel, après s’y être préparée par une sorte de rénovation religieuse. La mort de sa sœur l’avait vivement impressionnée. Dieu lui envoya de cruelles souffrances qui achevèrent de la purifier et de la transformer. Elle s’éteignit sans secousse, et passa doucement du sommeil à la mort le 7 mai

Le cours normal se personnifiait pour ainsi dire dans sa directrice, Dame Ambroisine Van Tiegliem L Succédant à Dame Lutgarde quand celle-ci devint prieure (1855), elle se donna toute entière à cette tâche dont elle comprenait la suprême importance. Elle avait une aptitude pédagogique spéciale, des talents distingués, des connaissances presque universelles. Avec cela une dignité, une distinction qui se montraient dans toute sa personne et qui lui assuraient une haute autorité.

La directrice du cours normal ne vivait que pour ses élèves, ne les quittant pour ainsi dire jamais. Dans ses dernières années, elle se plaignait de la décadence générale qui se faisait aussi remarquer autour d’elle. Ce n’était plus ses élèves d’autrefois, si dociles, si soumises, si laborieuses ; plus tard si dévouées, si exemplaires dans leurs modestes fonctions d’institutrices. Et cependant, c’était encore l’âge d’or, en comparaison de ce qui s’est vu depuis dans le personnel enseignant, avec une formation différente , et des influences tout opposées.

La veille de sa mort, Dame Ambroisine, qui souffrait depuis quelques jours d’une bronchite, s’affligeait de ne pouvoir présider comme toujours à la rentrée de ses élèves. Assise dans un fauteuil, elle préparait encore elle-même un sujet de composition pour le lendemain. Hélas! pour elle ce lendemain ne devait pas venir. Elle s’éteignit doucement dans la nuit du 25 avril 1903 1 2.

Au dedans comme au dehors du monastère, et surtout parmi les anciennes élèves du cours normal, les regrets furent una-

1. Dame Ambroisine était sœur de M. Philippe Van Tieghem, naturaliste éminent, qui a publié des travaux de premier ordre sur l’anatomie végétale, et enrichi la botanique de découvertes précieuses. M. Van Tieghem est professeur au Muséum, et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, dont il fait partie depuis 1877.

Page 1