Histoire des communautés, etc., p
2. V. ce que j'ai dit plus haut, pp. 252-254, sur les constructions et les embellissements effectués par Ernestine Obert.
tâtions du maréchal duc de Bouffïers, gouverneur de Flandre, qui sollicitait la crosse de Flines pour sa sœur, religieuse d’Avenay. Placide Ricart, fille d’un orfèvre de Lille, était l’élue de la communauté ; elle fut installée le io février 1696, et reçut la bénédiction abbatiale le 12, des mains d’Albéric Boulit, abbé de Loos. A défaut d’une naissance illustre selon le monde, elle apportait, ce qui vaut mieux, l’illustration des vertus et la noblesse du caractère ; elle possédait au plus haut degré l’art si difficile du gouvernement. Elle mérite certainement de prendre place à côté des abbesses les plus illustres, des Jeanne de Boubais, des Jacqueline de Lalaing, etc. Après les détails donnés dans le corps du livre 1 , il ne me reste plus qu’à insérer cette épitaphe qui, dans sa simplicité, dit beaucoup de choses :
Soubs ce marbre repose vénérable dame madame Placide Ricart, trenteunième abbesse de ce monastère, qu’elle a régi pendant 36 ans en parfait modèle de régularité, de vertus et de charité, et qui a sçu par son économie, au milieu des troubles des guerres, pourvoir à tous les besoins temporels et ordinaires de ce dit monastère, qu’elle a embelli d’un dortoir, jetté les fondemens d’une infirmerie nouvelle et fait faire plusieurs autres ouvrages. Enfin, à l’âge de 82 ans et professe de 66, cette vertueuse dame, chargée de mérites, quitta, le 31 mars 1731, cette vie laborieuse, pour trouver celle des prédestinés. Que Dieu veuille ainsy, et que dans l’éternité elle puisse reposer en paix! Ainsy-soit-il.
32. - ISABELLE DE GOMIECOURT (i73i-i738) était du nombre des trois sujets présentés par la communauté. Elle venait en seconde ligne, après Isbergue de Croeser ; la troisième était Bathilde d’Hénin-Liétard d’Alsace. Isabelle de Gomiecourt obtint la nomination royale, à la sollicitation du contrôleur des finances Le Peletier des Forts, qui était l’ami intime de son frère. Celui-ci vivait à la cour en qualité de majordome de Louise de Bourbon-Orléans, reine douairière d’Espagne. « La nomination, dit le P. Ignace, s’est faite le 26 mai 1 7 3 1 , qui cette année étoit le samedi dans l’octave de la fête du Saint-Sacrement. Elle fut installée le 24 juin, jour de saint Jean-Baptiste, qui étoit un dimanche. Cette cérémonie se fit en présence d’un grand concours de monde de toute condition. Le 3o septembre suivant, qui étoit aussi un dimanche, Jean-Marie Henriau, évêque de Boulogne-sur-Mer, la bénit dans l’église de l’abbaye. Isabelle de Monchy-Wismes, abbesse d’Avesneslez- Arras, y assista avec quelques-unes de ses religieuses et de celles d’Etrun. Le comte de Gomiecourt vint exprès de Paris pour y être présent. Il avoit obtenu de l’évcque, M. François de la Salle, une
) . PP. 254-258. Le 10 juillet 1728, Placide Ricart fut marraine de deux cloches récemment fondues pour la paroisse de Flines. Elles furent appelées de ses deux noms, Marie et Placide. L’abbé de Loos, Nicolas du Béron, était parrain et accomplissait la cérémonie. La première de ces deux cloches existe encore.
permission à N. de Gomiecourt, sa sœur, religieuse aux Ursulines d’Arras, de sortir de son couvent pour se trouver à cette bénédiction, mais elle ne voulut point en profiter. De la Grandville, intendant de Lille, l’état-major de Douai, plusieurs officiers du parlement de Flandre et autres assistèrent à cette bénédiction. Isabelle avoit été installée par dom Nicolas du Béron, abbé de Loos et vicaire-général de l’ordre de Gîteaux. Tiroux lui dédia, eu 1782, l’histoire de cette abbaye, imprimée à Lille.
» Marie-Pétronille de Los, abbesse de Notre-Dame des Prés, à Douai, fut la deuxième assistante pour la bénédiction d’Isabelle de Gomiecourt. L’évêque de Boulogne arriva à Flines le samedi 29 septembre, et le lundi suivant, il officia encore au service qu’on y célébra pour la défunte abbesse.
» Peu après, l’abbesse nomma pour prieure de la communauté Isbergue de Croeser, qui avoit été sa concurrente pour la crosse. En 1783, elle a fait rebâtir le corps de logis où est l’infirmerie avec la chapelle, pour la commodité des malades. Ces infirmeries sont faites d’un bon goût et d’une grande utilité. Isabelle de Gomiecourt étant devenue abbesse, a pris pour devise: Tout ou rien. Elle décéda à la fin de décembre 1788 L » Voici son épitaphe :
Sous ce marbre repose très-noble et très-vénérable dame madame Isabelle de Gomiecourt, 32e abbesse de ce monastère, lequel elle a gouverné près de huit ans avec la prudence, la sagesse et la douceur qui sont des vertus héréditaires dans sa famille. Toujours à la tête de sa communauté, elle n’a jamais cessé de l'édifier par son exemple et de la porter à remplir ses devoirs par ses pieuses exhortations. Le grand nombre de bâtiments qu’elle a fait construire, et le calvaire qu’elle a érigé au village de Flines seront un monument éternel de sa piété envers le Sauveur du monde et de sa sage économie dans l’administration des biens de son monastère. Epuisée par tant de travaux entrepris et heureusement achevés, elle a rendu son âme à Dieu le 29 décembre 1738, âgée de 63 ans, professe de 47. — Requiescat in pace.
33.— ERNESTINE DE THIENNES DE RUMBECKË (1789-1767), nièce de la précédente abbesse 1 2, était destinée par sa famille à lui succéder, puisque, pour la rendre éligible, on s’empressa de lui procurer, au moment de la vacance, des lettres de naturalisation . Plusieurs autres religieuses, nées comme elle sous la domination impériale, n’avaient pas pris ce soin 3. Datées du mois d’octobre 1788,
1. P. Ignace, Mémoires du diocèse d’Arras, t. iv, pp. 117 et 118.
2. La généalogie de la famile de Thiennes se trouve dans le Dictionnaire général de Goethals, t. iv. — V. aussi la notice de M. Kervyn de Volkaersbeke sur le dernier comte de Thiennes (m. le 28 avril 1855) dans le Messager des sciences historiques de Gand, avril 1855, pp. 245-254.
3. La feuille de la présente élection, qui constate ces détails, se trouve aux archives du Nord, fonds de Flines.
ces lettres ne furent enregistrées au parlement de Flandre que le 9 janvier 1739 ; le mois suivant, Ernestine de Thiennes recevait sa nomination d’abbesse de Flines. Il est juste de dire qu’elle figurait en tête de la liste d’élection, avec Isbergue de Croeser, qui cette fois encore fut écartée, et qu’elle donnait alors de bonnes espérances 1 . Elle fut loin de les réaliser dans leur entier. Sans donner précisément du scandale, cette abbesse mena une vie trop mondaine, aimant les sorties, les visites et les voyages, se lançant dans le luxe et les dépenses inutiles. (Y. 268-270.)
Il paraît qu’à la fin de sa vie elle revint à des sentiments plus religieux. C’est ce qu’atteste son épitaphe ainsi conçue :
Icy gyst très-noble et très-illustre dame madame Ernestine de Thiennes de Rumbecque, abbesse de ce monastère, aimable par la douceur de son caractère, par l'affabilité de ses manières, respectable par sa haute naissance, mais plus encore par sa sagesse, sa prudence, sa charité dans le règlement de sa personne, de sa maison, de ses aumônes. Éprouvée par de longues infirmités, elle les a souffertes toujours avec patience, avec paix, souvent avec joie. Sa mort arriva le 9 d'avril de l’année 1757, la 59e après sa naissance, la 41e après sa profession, la 17e après sa promotion.
Priez pour elle.
34. — SOPHIE DE BERCHÉNY 2 (1757-1776) appartenait à une illustre famille originaire de la Transylvanie, qui était depuis 1 633 fixée en Hongrie. Ses membres y acquirent une très grande situation parmi les magnats et contractèrent d’illustres alliances. Nicolas II, grand-père de notre abbesse, était baron de Szekès, chevalier de la Clef d’or, conseiller et chambellan de l’empereur, chef des ti’eize comitats de Hongrie, commissaire général des armées de Sa Majesté, comte suprême et héréditaire du comitat d’Ungvhar. Après s’être distingué beaucoup, et avoir remporté plusieurs victoires dans la guerre contre les Turcs, il se mit en 1700, avec son parent le prince Rakoczy, à la tête du parti national qui voulait secouer le joug de la cour de Vienne. Les insurgés disposèrent bientôt d’une armée de 5o à 60 mille hommes, dont le comte de Berchény fut fait commandant, avec la dignité de premier sénateur du royaume. Il remporta des avantages importants et, fidèle à la cause qu’il avait embrassée, il rejeta les propositions de l’empereur Joseph Ier, qui lui offrit de le créer prince de l’empire et de le combler de richesses. Mais ensuite la fortune se tourna contre lui : la confédération se dissipa peu à peu ; celui qui en était l’âme dut chercher un refuge
1. C’est ce qu’atteste la charte de visite du 1er juillet 1742. Y. ci-dessus, p. 277.
2. On écrit aussi Berchiny, Berkény, Bersény, Berzini. 11 paraît que l’orthographe hongroise est Bercsény. J’adopte celle des documents officiels, suivie également par l’abbesse de Flines, dont j’ai sous les yeux plusieurs autographes.
en Pologne et ensuite en Turquie, où il mourut le 6 novembi'e 1725.
Son fils, Ladislas-Ignace, qui s’était signalé aussi dans cette guerre, se réfugia en France, il y prit du service, et après de nombreux faits d’armes en Allemagne, en Bohême, en Flandre, en Italie, il mourut en 1778, âgé de 8g ans. Il était maréchal de France, grand écuyer de Lorraine, conseiller, chevalier d’honneur de la cour souveraine de Lorraine et Barrois, gouverneur des ville et château de la principauté de Commercy, bailli d’épée de cette même principauté, seigneur de Luzancy, Courcelles, Messy, Cléranval, Fleuranval, etc. Le régiment des hussards de Berchény, qu’il avait levé en Hongrie pour le service de la France, subsista jusqu’à la révolution, sous le commandement de son fils François-Antoine de Berchény, qui émigra et qui fit les campagnes de l’armée des princes h
Sophie de Berchény, l’une des quatre filles issues de son mariage avec Anne-Catherine de Wiet, entra comme religieuse à l’abbaye de Fîmes pendant que son père se trouvait à l’armée de Flandre. Elle fut nommée le 1 5 août 1767 pour succéder à Ernestine de Thiennes, bien qu’elle n’eût obtenu qu’une seule voix 1 2, et qu’elle eût à peine 26 ans.
Cette nomination, il est aisé de le concevoir, fut accueillie avec une grande froideur. Néanmoins, la jeune abbesse, par le zèle qu’elle apporta dans l’accomplissement de ses fonctions et par sa bonté affectueuse envers toutes ses filles, se concilia bientôt tous les cœurs. Elle mourut au refuge de Douai, le 27 mars 1776, d’une maladie de poitrine. Elle fut vivement regrettée. Lorsque l’on ramena son corps au monastère, et que l’on y célébra solennellement ses funérailles, les larmes et les sanglots étouffaient tellement la voix des religieuses que le chant pouvait à peine se soutenir. On l’inhuma au chœur près de l’autel, avec cette épitaphe :
Ci-git très haute et très-puissante dame madame Sophie de Berchény, abbesse de cette maison, illustre par la noblesse de ses ancêtres et recommandable par sa charité envers les pauvres, par sa patience et sa résignation dans les douleurs d’une maladie longue et cruelle, édifiante par une foi vive, une piété constante, une tendresse singulière pour sa communauté, qu’elle a gouvernée pendant 19 ans avec prudence et douceur. La mort inexorable l'a arrachée d’entre les bras de ses chères filles le 27 mars 1776, la 28e année de sa profession religieuse et la 45e de son âge.
Requiescat in pace.