‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 233 sur 264 · V. le chapitre XV, pp · texte numérisé non relu

V. le chapitre XV, pp

Soubs ce marbre repose le corps de noble et vertueuse dame madame Gabrielle d’Esnes, 24e abbesse de céans, laquelle, après avoir louablement et religieusement maintenu l’honneur de Dieu et la discipline régulière avec bon ordre en l’estât abbatial l’espace de 40 ans, trespassa le 17° d’octobre 1699, aagée de 73 ans. Priez Dieu pour son ame.

25.— CATHERINE MALET DE COUPIGNY (1609-1632), appartenait par sa naissance à une famille originaire de Normandie, dont l’illustration est fort ancienne. Un Malet figure parmi les compagnons de Guillaume le Conquérant; un autre prit part à la première croisade. Au XIIIe siècle, cette famille se fixa en Artois, où elle acquit par alliance la terre de Coupigny-lez-Hersin, près de Béthune. C'est là sans doute, dans le château de la famille, que naquit notre abbesse, mais elle n’y séjourna guère. Née le 4 février 1567, elle fut, dès l’âge de trois ans, confiée à sa grande tante Philippine de Torcq, dite Harpin, et à deux autres tantes, Anne et Catherine de Coupigny, religieuses de Flines; une de ses sœurs, Isabeau (née le 21 juillet 1576), vint bientôt la rejoindre, et toutes deux, quand leur âge le permit, se consacrèrent à Dieu. Une autre, Anne, fut religieuse chez les Annonciades de Béthune. Une quatrième, Jeanne, fut abbesse du Saulchois, monastère de l’ordre de Cîteaux, situé aux portes de Tournai L Tant de vocations en si peu de temps n’avaient point tari la source. Pendant sa prélature, Catherine de Coupigny reçut cinq nièces à la profession. Ce ne fut ni son seul ni son principal mérite; ce que j’ai raconté plus haut (pp. 225-23 1) lui assigne un rang distingué dans cette longue liste d’illustres et saintes abbesses dont le monastère de Flines fut favorisé entre tous.

J’ai retrouvé, collé sur la garde d’un livre, un billet mortuaire qui fait d’elle un magnifique éloge. Je le publie d’autant plus volontiers que, pour le XVIIe siècle, c’est le seul de ces petits imprimés qui soit parvenu jusqu’à nous :

Anno Domini 1632, prima februarii, in monasterio Honoris B. Mariæ juxta Flinas, ordinis Cisterciensis, dioecesis Atrebatensis, nobilis ac venerabilis domina domina Catharina de Coupigny, dicti monasterii abbatissa vigilantissima, gravi ac diuturno morbo examinata, veræ religionis, patientiæ, bumilitatis, ceterarumque virtutum exemplari vivo omnibus vitre religiosæ sectatoribus relicto, animam suam sanctæ malais Ecclesiæ sacramentis munitam Creatori suo repetenti reddidit, anno ætatis 66, professionis 50, prælaturæ suæ 23. Cajus animam orationum vestrarum suffragiis, missarumque sacrificiis humiliter ex charitate commendamus.

1. Voir rèpîLre dédicatoire du Glaive de douleur qui interperça l’am.e de la très-saincte Vierge-Marie , par Fr. -Jacques de la Porte, religieux de l'ordre de St-Augustin. Dédié à noble dame Jenne Malet de Coupigny, abbesse du Saulchoir. Douai, Balthazar Bellère, 1645.

L'an du Seigneur 163.’, le 1er février, au monastère de l’Honneur-Notre- Dame-lez-Flines, de l'ordre de Citeaux , diocèse d’Arras, noble et vénérable dame madame Catherine de Coupigny, abbesse très vigilante de ce monastère, éprouvée par une longue et cruelle maladie, et laissant à tous ceux qui font profession de la vie religieuse le modèle vivant de la vraie piété, de la patience, de l'humilité et des autres vertus, rendit au Créateur, qui la réclamait, son àme fortifiée par les sacrements de notre mère la sainte Église. Elle était dans la 66e année de son âge, la 50e de sa profession, et la 23' de sa prélature. Au nom de la charité, nous vous prions humblement de recommander son âme dans vos prières et au sacrifice de la messe.

Catherine de Coupigny fut inhumée dans l’église, devant l’autel de saint Bernard. Voici son épitaphe :

Chy-gist noble et religieuse darne madame Catherine de Coupigny, vingtcinquiesme abbesse de Flines, soubs laquelle la réformation a esté bien et louablement gardée l’espace de 23 ans, et trespassa le premier de febvrier 1632 h aagée de 66 ans.

Un portrait de Catherine de Coupigny figure dans la collection de M. le chevalier Àmédée de Ternas. L’église de Wiers, à quelques lieues de Tournai, conserve encore un calice aux armes de Coupigny, qui lui fut donné par cette abbesse en 1622 1 2.

26. — MARGUERITE D’ESPIERRES ( i63a-i636), petite-nièce de Catherine de Coupigny, fut formée de bonne heure par sa tante, à qui elle succéda dans la charge abbatiale. Sa santé toujours précaire ne lui permit de s’occuper que très peu des affaires de la communauté pendant le court exercice de ses fonctions, et la mort vint terminer bientôt une vie de souffrances incessantes. (V. pp. 232-23 4 ) -

Marguerite fut inhumée dans l’église, devant l’autel de saint Bernard, avec cette épitaphe :

Ici repose le corps de noble et vénérable religieuse dame madame Marguerite d’Espierres, 26s abbesse de Flines, laquelle ayant louablement maintenu la réformation et la discipline régulière l’espace de 4 ans, aagée de 48 ans, trespassa le 23 febvrier 1636. Priez Dieu pour son âme.

27. — CATHERINE TR1GAULT ( 1 636-1 654) appartenait à l’une des familles les plus notables de la bourgeoisie douaisieune. Elle était sœur de Pierre Trigault, abbé de Cambron, et parente, à ce qu’il semble, du célèbre missionnaire jésuite Nicolas Trigault 3.

1. Saint-Génois lit à tort 1631. L’anonyme de Bruxelles donne la véritable date, d’accord avec le billet mortuaire.

2. Notice sur l’église de Wiers, par M. le vicaire général Voisin, dans le Bulletin de la Société hist. et litt. de Tournai, t. xi, p. 112.

3. V. la Vie du père Nicolas Trigault, de la Compagnie de Jésus, par l’abbé C. Deliaisnes, ch. I, et le Monasticon belge de Dom Ursmer Berlière, t. 1, pp. 265-

Douée des qualités les plus rares, piété, sagesse, prudence, fermeté calme et soutenue, elle eut occasion d’en donner des preuves parmi les difficultés sans nombre que fit naître la guerre avec la France. (Voir ci-dessus, pp. 234-236). Catherine Trigault mourut au refuge de Douai, le i5juin i654, dans la soixante-onzième année de son âge et la cinquante-quatrième de sa profession.

Le P. Turrien Le Febvre, de la Compagnie de Jésus, lui dédia ses Eloges des saints, publiés à Douai, chez la veuve de Marc Wyon, en 1639.

28. - PHILIPPINE DE ROBLES (i654-i673), de la famille des comtes d’Annappes, se vit aux prises avec la détresse la plus poignante. (V. pp. 237-239). Elle sut néanmoins maintenir sa communauté spirituellement et matériellement, et enfin, la guerre ayant cessé, elle revit des jours plus calmes. Malgré les pertes considérables que la maison avait souffertes, cette abbesse trouva moyen d’élever un très bel édifice pour servir de logement aux directeurs.

On voyait jadis le tombeau de Philippine de Robles devant le chœur, avec sa statue en marbre blanc, et on y lisait cette épitaphe : Ici gist noble et religieuse dame madame Philippe de Robles, 28e abbesse de Flines, sous laquelle la réformation a esté bien et louablement gardée l’espace de 19 ans, et trespassa le 24e de février 1673, âgée de 66 ans. Requiescat in pace.

29. — URSULE BECQ (1673-1690) est ainsi dépeinte en quelques lignes dans l 'Histoire des Communautés religieuses de Lille et des environs 1 : « Dame Ursule Becq, dont la mémoire est toujours en bénédiction, étoit native de Béthune. Humble, douce, affable, prévenante, elle avoit toutes les qualités nécessaires pour se faire aimer de ses filles et maintenir entre elles une charité chrétienne et religieuse. Comme elle savoit que rien 11’est plus capable de troubler une communauté de religieuses que la diversité des sentiments de ceux qui ont quelque part dans la direction, tout bien intentionnés qu’ils sont, elle n’en admettoit que d’une sorte. 11 est vrai que parmi ceux-là elle en éprouva d’indiscrets, mais elle sut profiter de l’expérience des autres 1 2. Elle fut heureuse dans le choix de ses filles, dont une partie de la communauté qui subsiste aujourd’hui est du nombre. Elle étoit économe sans être avare : elle savoit distribuer fort à propos le bien dont elle avoit l’administration, sans

1. Mss. de la Bibliothèque nationale, fonds français, n° 8522, pp. 847 et 848.

2. Il y a là probablement quelque allusion au jansénisme, qui cherchait à s’insinuer partout et qui ût assez de ravages dans le pays, quoiqu’il 11e soit point parvenu à s’y implanter d’une façon tant soit peu étendue. Comme je l'ai fait remarquer ailleurs (p. 251), l’abbaye de Flines échappa complètement à son influence.

le dissiper. Elle laissa la maison dans un très-bon état, tant au temporel qu’au spirituel. Estimée et regrettée de tous gens de distinction qui la connaissoient, mais spécialement pleurée de ses filles, elle mourut le i3 décembre 1690, âgée de 64 ans. »

Voici son épitaphe :

Soubs ce marbre repose le corps de très-vertueuse dame madame Ursule Becq, abbesse 29e de ce lieu, laquelle a gouverné ce monastère avec une prudence et une douceur singulières, qui luy ont attiré le respect et l'amour de toutes ses filles. Elle a profité bien plus par son exemple que par son authorité, n’ayant pour but que la gloire de Dieu et l’avancement de la discipline régulière. Après un heureux et paisible gouvernement de 18 ans, elle passa de cette vie mortelle à une immortelle, âgée de 64 ans, le 13 décembre 1690. Requiescat in pace.

30. — ERNESTINE OBERT (1691-1696) fut nommée par Louis XIV, bien qu’elle n’eût point obtenu la majorité des voix des religieuses. Le roi, par contre, refusa d’écouter les pressantes sollicitations que l’on fit en faveur de la sœur du maréchal d’Humières, religieuse de Jouarre. Ernestine Obert était d’une bonne et ancienne noblesse. C’est le motif qui la fit nommer de préférence à Placide Ricart, qui avait réuni tous les suffrages. Ernestine Obert fut installée le 26 juin 1691. « Elle étoit fort généreuse, dit l’anonyme de Lille cité ci-dessus b Cependant elle ne donna rien au sang et à sa parenté : elle s’en détacha autant que sa profession l’exigeoit. Elle étoit entreprenante et magnifique dans ses desseins. Elle fit voûter l’église sur dJanciens fondements, y fit faire de très-belles formes, et la rendit la plus belle qui se trouve dans le pays pour des religieuses. Elle avoit aussi commencé la belle tour que l’on voit aujourd’hui, mais la mort l’enleva avant qu’elle fût bien avancée » 1 2.

Ernestine Obert fut inhumée dans l’église, en face de la tombe du comte Gui.

Voici son épitaphe :

Sous ce marbre repose le corps de noble et très-vénérable dame madame Ernestine Obert, abbesse de ce monastère, laquelle, pendant l’espace de cinq ans de son gouvernement, a maintenu la discipline régulière et la vie commune, et a fait faire, pour l’embellissement de l’église, la voûte, les formes et les orgues. Après ces grands travaux en peu de temps achevés, est pieusement décédée le 2 septembre 1695, âgée de 68 Lans], professe de 50. Priez Dieu pour son âme. Requiescat in pace.

31. — PLACIDE RICART (1696-1781), déjà proposée lors delà vacance précédente, fut nommée par le roi, sans égard aux sollici-

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