Crombach, p
5. Cet auteur cite plusieurs donations faites par ce prélat à l’église des Onze- Mille-Vierges. (Op. cit., pp. 800 et 801.)
marques du martyre L L’abbesse de Sainte-Walburge obtint sa part dans ce trésor : Imaine, à qui appartenait l’initiative des fouilles, eut aussi la sienne, et ce ne fut pas la moindre. Les Dames de Flines désiraient bien garder le tout. Cependant la comtesse Marguerite trouva qu’il serait mieux d’en faire profiter quelques-unes des principales églises de la contrée 1 2, et, conformément à ses intentions, les abbayes de Saint-Martin à Tournai, de Marchiennes, d’Anchin, du Parc près Louvain, de Marœuil près Arras, les collégiales de Saint-Pierre et de Saint- Amé à Douai, reçurent chacune un ou plusieurs corps.
Toutefois, comme il était juste, Flines retint la plus grande part de ces richesses. Au XVIIIe siècle, on conservait encore dans l’église de l’abbaye quatre-vingts têtes et une quantité considérable d’ossements des Vierges de Cologne. Bien que réduit de moitié environ, ce dépôt sacré est encore en la possession des religieuses, qui ont pu le soustraire à la brutalité sauvage et impie de la révolution.
Cette translation, l’une des plus mémorables dont l’histoire ait gardé le souvenir, eut lieu vers 12G0 3. Déjà, dans la plaine jadis déserte où Marguerite choisit l’emplacement de son monastère, une vaste basilique élevait son imposante masse au-dessus des édifices claustraux en partie achevés. Les travaux étaient conduits activement, et, ce qui prouve que la cons-
1. Crombach (p. 470) nous a laissé une description de ces tombes communes où les corps saints furent déposés avec beaucoup de symétrie, quelquefois en petit nombre, quelquefois par 50, 100 et même 500. Il parle comme témoin oculaire, ayant assisté en 1040 à une exploration dans le champ de sainte Ursule. Le P. de Buck (Acta SS. oct., t. ix, p. 140) cite une lettre de M. Didron, publiée dans YUnivers du 87 décembre 1840, qui assure qu'en faisant sur cet emplacement des fouilles pour de nouvelles constructions, on trouve encore des tombeaux tels que Crombach les a dépeints. Cette disposition toute spéciale, combinée avec la présomption presque certaine que l’emplacement fournit, n’est point la seule preuve que les corps découverts appartiennent réellement à la troupe de sainte Ursule. On trouve aussi des indices spèciaux du martyre, des marques de blessures sur les ossements et sur les crânes, et enfin des flèches. Quelquefois ces dernières sont encore enfoncées dans la tête et dans la poitrine des victimes. Tout cela est caractéristique au plus haut point. Je me contente d'indiquer ces choses, en renvoyant aux auteurs déjà cités les personnes qui voudraient en avoir une connaissance plus approfondie.
2. Buzelin, Gallo-Flandria, p.234 ; A tinales Gallo-Flanclriæ, p.290. A cta Sanctorum odobris , t. ix, p. 250, et surtout Crombach, op. cit., pp. 674-680.
3. Le contre-scel de l’abbesse Alix La Brune (1860-1267) représente une martyre dont la gorge est transpercée d’une flèche. Il semble bien que c’est une allusion aux reliques des Onze-Mille-Vierges dont l’abbaye de Flines s’enrichit vers l’époque où cette abbesse entra en fonctions.
truction était fort avancée, on songeait à célébrer bientôt la consécration de l’église. En effet, une bulle du pape Urbain IV, datée du 18 mars 1262, accorde des indulgences anx fidèles qui se rendront à cette solennité L
On ne peut donc admettre ce que disent plusieurs auteurs, et notamment l'exact Buzelin 1 2, que la construction de l’église fut commencée sous la prélature d’Imaine. Ce serait impossible, quand même celle-ci serait devenue abbesse de Flines dès son arrivée dans ce monastère, en 1260 ou 1261. Mais de plus les monuments contemporains démontrent qu’Alix La Brune, à qui elle succéda, vécut jusqu’en 1267, et que par conséquent Imaine ne put avant cette époque occuper le siège abbatial.
Il est probable qu’elle fit pousser plus activement encore les travaux commencés ; peut-être aussi les fit-elle reprendre sur un plan plus vaste, par exemple en ajoutant le transept et les chapelles absidales, qui dans cette hypothèse, n’auraient point fait partie du plan arrêté d’abord. Ceci expliquerait la part importante qu’on lui attribue dans cette grande œuvre, et ferait comprendre en même temps pourquoi la cérémonie, déjà préparée en 1262, n’eut lieu qu’en 1279.
Imaine passa dix années environ à Flines, dont trois seulement comme abbesse. Même quand elle n’était pas au premier rang, son influence fut grande parmi ses consœurs. On écoutait avec avidité le récit de ses entretiens avec sainte Julienne ; on admirait sa vie, qui en était le vivant commentaire.
Dieu, dont les desseins sont impénétrables, ne conserva point
1. Cartulaire, p.154. — D’après M. Escallier (l'Abbaye d’Anchin, p. 177), l’église de Flines aurait été consacrée solennellement vers 1260 par Guillaume, abbé d’Ancliin, entouré de tous les religieux de son monastère, et cela sur la demande de l’abbesse Jeanne d’Avesnes. Mais d'abord la consécration des églises est une fonction de l’ordre épiscopal, qui ne peut être accomplie par un abbé même mitré. Puis, comme on le verra dans le prochain chapitre, nous savons par les monuments de l’époque quand et comment l’église de Flines a été consacrée. Ce fut, non en 1260, mais en 1279 et par le ministère de l’archevêque de Reims, qu'eut lieu cette imposante cérémonie. Jeanne d’Avesnes, alors abbesse, l’était seulement depuis 1276, et par conséquent, elle n’a pu agir en cette qualité seize ans plus tôt. Je trouve dans les manuscrits de François de Bar (Historia episcopatus A trebalens., t. m, folio 198), un passage qui, mal lu ou mal interprété, a donné occasion à cette série de méprises. Le prieur d’Anchin raconte qu’à la date indiquée ci-dessus, l’abbé Guillaume fut invité par l'abbesse de Flines à officier pontificalement dans son monastère. L’évêque d’Arras s’en plaignit comme si l’abbé d’Anchin avait outrepassé ses droits en pontifiant dans une église autre que la sienne. Il s’ensuivitdes difficultés que le pape Urbain FV trancha finalement.en faveur de l’abbé.