‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 87 sur 264 · Saint-Génois, Monuments anciens, t. i, pp. 44 et · texte numérisé non relu

Saint-Génois, Monuments anciens, t. i, pp. 44 et

dides mausolées des princes et princesses de la famille de Flandre, de quelques autres personnages illustres et de plusieurs abbesses, ne contribuaient pas peu à rendre ce temple à la fois plus auguste et plus magnifique

Au XVe siècle, sous l’impulsion des ducs de Bourgogne, les arts prirent en Flandre un puissant essor. Une grande abbaye comme Flines devait s’associer à ce mouvement : la plus haute mission de l’art n’est-elle pas d’élever les âmes et de les porter vers Dieu ? Or, précisément à cette époque, le monastère avait à sa tête une de ses plus illustres abbesses, Catherine de Saint- Genois, qui le gouverna pendant quarante-quatre ans avec le zèle le plus louable, et qui mit tous ses soins à embellir la maison du Seigneur 1 2. La première œuvre due à sa féconde initiative fut un retable pour le maître-autel. Le seul renseignement que nous ayons à ce sujet, c’est qu’il coûta mille livres, somme alors considérable. L’abbesse y fit ajouter une crosse en bois d’un riche travail, pour suspendre au-dessus de l’autel la réserve eucharistique, suivant un usage ancien qui n’avait pas encore disparu au XVe siècle 3. Cette crosse coûta soixantedouze livres, c’est-à-dire autant qu’une œuvre importante et compliquée de sculpture, autant qu’un retable ou un groupe semblable à ceux que je vais décrire, et qui furent exécutés à la même époque pour l’abbaye de Flines.

Ces derniers travaux nous permettent, par voie d’analogie, de nous faire une certaine idée du grand retable destiné au maître-autel, qui coûta une somme douze ou quinze fois plus considérable. Ici en effet nous possédons le texte d’instructions dressées d’avance, où le plan de l’œuvre est exposé avec les détails d’exécution les plus minutieux 4.

En 1448, Catherine de Saint-Génois fit placer sur l’autel de Notre-Dame-Notre-Mère, dans le chœur des converses, un

1. V. ci-dessus, pp. 73-76 et 89, ainsi que l'appendice là la fin du volume, qui contient une description détaillée des tombeaux de Flines. Le vandalisme révolutionnaire a détruit ces mausolées, qui étaient à la fois des œuvres d'art, des monuments historiques et de pieux souvenirs. Il n'en reste pas, que je sache, le moindre vestige, le moindre débris dans les musées publics, ni dans les collections particulières.

2. V. dans le Cartulaire, pp. 911-923, les Mémoriaux de Catherine de Saint- Génois, et plus loin, p. 926, sa notice dans la Chronique des Abbesses.

3. V. Schmid, der Christliche Altar, p. 205; Viollet-le-Duc, Dict. de l'Architecture française, t. n, pp. 29, 33, 36.

4. Les traités qui les renferment sont insérés dans les Mémoriaux cités cidessus, pp. 915-923 du Cartulaire .

retable sculpté par Ricquart, de Valenciennes, et peint par un artiste inconnu. Rien de plus commun au moyen âge que la polychromie appliquée aux statues et bas-reliefs. Le pinceau, en rehaussant par la magie des couleurs l’œuvre toujours un peu froide du ciseau, lui donnait plus d’éclat, de mouvement et de vie. On attachait autant d'importance au travail du peintre qu’à celui du sculpteur, car la rétribution se partageait entre les deux d’une manière à peu près égale. C’est qu’une décoration polychrome bien entendue exige le talent d’un artiste. On le comprenait alors : aussi on ne la confiait pas à des barbouilleurs, mais à des hommes de mérite, que l’on traitait en conséquence.

Revenons à notre retable. Grâce au document dont j’ai parlé, rien n’est plus facile que de le reconstruire par l’imagination.

Il se compose d’une partie centrale plus élevée que le reste, où figure l’image du crucifix, avec les personnages accessoires : d’un côté la sainte Vierge et saint Jean l’évangéliste recevant la double recommandation du Sauveur : Voilà votre Fils, — Voilà votre Mère; de l’autre les deux Marie, et en avant Marie-Madeleine, qui semble s’avancer pour baiser une fois encore les pieds de Jésus.

Au-dessous de ce calvaire, l’artiste a représenté l’étable de Bethléem et la naissance de l’Enfant-Dieu, avec les détails naïfs dont l’imagination populaire se plaît à entourer cette scène. Voilà pour la partie centrale, où la crèche et la croix réunies nous montrent d’un coup d’œil toute l’économie du plan divin dans le mystère de la Rédemption.

De chaque côté trois compartiments ou panneaux superposés représentent : à droite, l’Annonciation, le Mariage delà sainte Vierge et l’Adoration des bergers; à gauche la Fuite en Egypte, la Présentation et l’Adoration des mages. L’agencement de chacune de ces scènes est indiqué ; tous les détails en sont prévus jusqu’aux moindres accessoires.

Ce riche ensemble était surmonté de tabernacles ou clochetons gothiques travaillés avec toute la délicatesse de l’art du moyen âge.

Dix ans après, le même sculpteur, Ricquart, exécutait avec le concours du peintre Jean Lansiel S son compatriote, un groupe

l- Jean Lansiel est le seul peintre que les documents nous montrent au service de l’abbaye de Flines pendant le XVe siècle.

S’il fallait s’en rapporter à une indication du Catalogue du musée de Douai (1869),

destiné à la chapelle de Saint-Jean-Baptiste, et représentant le Christ au tombeau.

Sur un fond de damas rouge se détache le sépulcre en jaspe où gît le corps de l’Homme-Dieu, couvert de la pâleur livide de la mort et entouré d’un blanc suaire. A côté se tiennent la sainte Vierge avec saint Jean, Marie-Madeleine et l’autre Marie ; puis deux anges portant les instruments de la passion et un personnage dont le rôle n'est point indiqué. Tous sont vêtus de brillants costumes, où l’or éclate avec les plus riches couleurs.

Au-dessus règne une voûte d’azur, garnie d’étoiles de fin or, et dont les nervures sont également dorées. Les volets servant de clôture à la menuiserie qui abrite cette composition sont ornés de sujets en peinture.

Ces deux retables furent exécutés aux frais de la prieure de l’abbaye, avec l’argent dont elle pouvait disposer par permission de son prélat.

Parmi les objets précieux dont Catherine de Saint-Génois enrichit encore l’église, on cite des ornements sacerdotaux du plus grand prix ; des chandeliers d’argent, un encensoir en vermeil sur lequel étaient représentés les quatre évangélistes, un calice de lin or qui coûta 1200 livres parisis, et une coupe à mettre le Corpus Domini, c’est-à-dire un ciboire.

Enfin, pour omettre des choses de moindre importance, elle fit enchâsser un chef des Onze-Mille-Vierges dans un reliquaire d’argent doré, du poids de dix marcs. L’abbaye conservait avec un soin jaloux le trésor qu’elle tenait de la bienheureuse lmaine, quatre-vingts têtes et une quantité d’ossements des vierges de Cologne, compagnes de sainte Ursule. Disposées dans des châsses autour du chœur, ces reliques, à cause de leur masse, ne se prêtaient point à une exposition solennelle,

Roger van der Weyden aurait exécuté pour l'abbaye de Flines un tableau à deux faces conservé aujourd'hui dans cette collection sous le no 408, et qui représente d’un côté la Sainte-Vierge 'protectrice de l'ordre de Citeauæ d'après la célèbre vision racontée dans Césaire d’Heisterbacli ( Dialogus miraculoruin, dist. vu, c. lix) ; de l'autre le jugement dernier.

Même en laissant de côté tout argument tiré des caractères intrinsèques de l'œuvre, il est bien diflicile de lui maintenir cette attribution, car on voit figurer comme commettante, sur la face représentant le jugement, Isabelle de Mallîance, dont le nom est écrit en lettres gothiques sur le bord inférieur du cadre. Roger van der Weyden, mort en 1464, n’a guère pu travailler pour cette religieuse, qui était boursière de l’abbaye en 1507. (Analectcs pour servir à l'Histoire ecclés. de Belgique , t. IX, p. 229.)

que notre abbesse voulut rendre possible, au moins pour l’un de ces chefs sacrés.

Outre les beaux reliquaires donnés par la comtesse Marguerite et par le roi saint Louis le monastère possédait en ce genre de nombreux trésors. Je citerai entre autres le chef de saint Honoré, un pied de saint Théodore, et une phalange d’un doigt de saint Hubert pour laquelle en 1440, une religieuse, Agnès de Landas, fit exécuter un riche reliquaire 1 2. Déjà ce puissant protecteur était invoqué dans l’église abbatiale de Flines contre les accès d’un mal aussi terrible qu’incurable. On s’y rendait en foule à l’époque de la fête de saint Hubert, à tel point que pendant toute l’octave la vaste enceinte du temple ne désemplissait pas. Les historiens attestent que la foi des pèlerins fut souvent récompensée, et que la puissance du saint se révéla en ce lieu par des signes manifestes 3. En cas de morsure par des animaux atteints de la rage, on faisait une neuvaine analogue à celle qui se pratique de nos jours encore à Saint-Hubert, avec un ensemble de prescriptions moitié hygiéniques, moitié ascétiques. Roberti et Buzelin ont donné le détail de cette neuvaine, d’après la méthode suivie à Flines, avec l’explication des pratiques qui la composaient 4.

Ce n’était pas le seul pèlerinage établi dans l’église du monastère. On venait y servir saint Biaise pour le mal de gorge, saint Quentin pour les fluxions, sainte Apolline pour les maux de dents. La communauté possède encore un beau reliquaire en argent où les reliques de ces quatre saints ont été réunies, au XVIIe siècle, pour être exposées ensemble à la vénération des fidèles 5.

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