Carlulaire, pp
vaient arriver que par eau. C’est par là aussi que bien souvent on transportait les denrées à vendre.
L’ère des constructions, un moment fermée, fut rouverte par Marie Maquette vers la fin du XIVe siècle, et surtout par Jeanne de Boubais au commencement du XVIe. L’illustre abbesse dont je viens de prononcer le nom fit bâtir un second cloître derrière le chapitre, et renouvela la plupart des dépendances. Au XVIIIe siècle eut lieu une reconstruction générale, qui, tout en respectant le plan d’ensemble, au moins pour les lieux réguliers, ne laissa presque rien debout des anciens édifices. Le petit cloître de Jeanne de Boubais disparut alors. On le remplaça par des galeries couvertes qui reliaient l’infirmerie et le quartier abbatial avec l’église et le corps du monastère L L’église elle-même fut soumise à une restauration qui la transforma d’une façon malheureuse, sans néanmoins en altérer le plan et les dispositions générales.
Par ses vastes dimensions, par son architecture, par son ornementation artistique, l’église de Fîmes était un monument des plus remarquables et, à ce que l’on assure, la plus belle église de religieuses qu’il y eût dans tous les Pays-Bas1 2. Elle se composait de trois nefs, avec transept et cinq chapelles dans le pourtour du chœur des prêtres 3. Selon une disposition fréquemment adoptée dans les monastères cisterciens, la nef du milieu, isolée par une cloison depuis le bas de l’église jusqu’au transept, formait le chœur où les religieuses avaient leurs stalles et chantaient l’office divin. La longueur totale de l’édifice à l’intérieur était de 222 pieds ; il en mesurait 105 dans sa plus grande largeur.
1. V. la planche placée en tête de ce volume. Avec la vue de l’abbaye, d'après un dessin exécuté pour Sandérus (t. ni, resté inédit, de la Flandria illuxtrata, à la Bibl. royale de Bruxelles), nous donnons dans cette nouvelle édition un plan général qui indique les dimensions et la distribution des édifices.
2. « Magnificentiam resonat templum, dit Lewaitte en parlant de l’église de Flines, sane augustissimum a mole, longitudine, amplitudine, addam et ornatu. Nam pretiosa quæque, etc.» (Lewaitte, Illstorla Camberonensis, p. II, cap. cxn, p. 203.)
3. Ces chapelles étaient dédiées à saint Philippe et saint Jacques, saint Hubert, saint André, saint Jérôme et saint Antoine. Dans le transept étaient les autels de saint Bernard, de sainte Anne et de tous les saints ; dans le chœur des converses, au fond de la grande nef, l’autel de Notre-Dame-Notre-Mère. L’autel principal était dédié à la Sainte-Trinité. Nous verrons, dans l’un des chapitres suivants, que Jacqueline de Lalaing fit établir de pieux oratoires dans le pourtour intérieur de l’église, le long des nefs latérales.
Le transept et toute la partie supérieure étaient ouverts aux fidèles, qui avaient accès par une porte latérale donnant sur Tune des cours. Le bas de l’église étant réservé, il n’y avait point d’entrée publique sur la façade principale.
A l’extérieur, l’édifice, bâti en grès du pays, se distinguait par une simplicité sévère. L’extrême dureté des matériaux excluait foute ornementation, mais l’ensemble par ses proportions et par sa masse offrait un aspect imposant.
Les règles consacrées dans l’ordre de Cîteaux défendaient d’annexer aux églises des tours monumentales. Il fallait se contenter d’un clocher en bois, placé d’ordinaire sur la croisée de l’édifice, et ne renfermant, autre prescription inviolable, que des clocles de médiocre dimension L Les choses restèrent sur ce pied à l’abbaye de Flines jusque vers la fin du XVIIe siècle : alors les anciennes prohibitions étant tombées en désuétude, la façade occidentale reçut une four. L’austérité cistercienne excluait également toute ornementation artistique dans l’intérieur des temples. On n’y voyait ni vitraux peints, ni riches pavés, ni ce monde de statues qui peuplaient alors les constructions monumentales, ni peintures d’aucune sorte, excepté l’image du crucifix 1 2 3. Sur l'autel, deux chandeliers de bois ; point de riches étoffes, point de métaux précieux : on ne faisait d’exception que pour le calice et pour le tube qui servait à la communion sous l’espèce du vin, encore usitée à cette époque et longtemps après dans l’ordre de Cîteaux h
Cependant, dès le XIIIe siècle, cette rigueur se mitigea quelque peu. Il est probable qu’elle ne fut pas imposée, du moins d’une façon absolue, aux monastères de religieuses établis en grand nombre de 1220 à 1250 : l’église de Flines reçut certaitainement une décoration et un ameublement en rapport avec la beauté de l’édifice et avec les vues de la comtesse Marguerite, princesse magnifique s’il en fut jamais. Nous savons que l’on y mit des vitraux peints, ornement jadis interdit, mais contre lequel les supérieurs ne protestaient plus 4. Les splen-
1. Inslit. c ap. yen., dist. i, cc. n et xn, dans le Nornasticon Cisterciense, pp. 275 et 27S.
2. Libell. antig. définit., cc. xx et lxxxi, pp. 252 et 271 du Nornasticon. — Inslit. cap. yen., dist. x, cc. iii et ix ( ibid ., pp. 275, 277.)
3. Instit. cap. gener., dist. i, c. vu, p. 275 du Nornasticon.