‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Bavon et de la crypte de Saint-Jean à GandChapitre 11 sur 31 · Église abbatiale · texte numérisé non relu

Église abbatiale

NN. Maison abbatiale.

QQ. La warande ou le parc de S. Bavon.

RR. Maison de plaisance.

SS. Grange pour y déposer les redevances en nature.

Le n° 1 indique le cimetière de l’église; n° 2°, les écoles de S. Bavon; n° 3, la chapelle de la Vierge ou de Jérusalem; n° 4, la crypte de la Vierge; n° 5, les bâtiments du côté de Pédicule de S. Gérard; n° 6, l’église actuelle, l’un des anciens réfectoires de l’abbaye; n° 7, le puits, qui existe encore; n° 8, la brasserie; n° 9, la cour intérieure ou de service, entourée de magasins, de celliers et autres dépendances de l’abbaye; on y avait accès de plusieurs côtés, par la maison abbatiale et du côté du n° 10. C’était à la barrière (n° 11) qu’on amarrait les bâteaux venant prendre charge à l’abbaye, ou y débarquant leurs denrées. On voit qu’à la lettre P3 l’ancienne Lys se prolongeait jusque vers la grange.

Depuis la porte entre palis jusqu’au-delà de la porte d’Anvers, l’enceinte était formée de palissades, flanquées de fossés et défendues par des barbacanes en briques. Nous disons palissades, parce qu’il résulte des comptes pour la construction de la citadelle que les murs, si on peut les appeler ainsi, n’étaient formés que de douves ou planches. La porte de l’Hôpital ou d’Anvers étant d’une construction fort ancienne, on dut la reconstruire en 1424. Depuis elle subit encore des changements, puisque le Memorien-bouck der stad Gend dit qu’elle ne fut achevée qu’en 1326. C’était un bâtiment à pignons, flanqué de quatre tourelles, avec mâchicoulis et toits pointus. Le 29 novembre 1340, l’empereur ordonna au comte du Rœulx de forcer les échevins de Gand de la faire démolir à toute diligence. La porte de Termonde avait un aspect plus imposant, et en cas d’attaque, présentait des moyens sérieux de défense. Elle avait deux rangs de tours circulaires avec étages crénelés, pont-levis et herses (a) (V. pi. 31).

Au XIIIe siècle, la comtesse Marguerite avait engagé l’abbé de S. Pierre à se joindre aux magistrats de Gand pour entourer son territoire de fortilications : en mars 1253, elle conclut même un traité avec lui. Ils convinrent que les habitants de S. Pierre payeraient, durant deux ans, les mêmes droits d’accises que ceux de Gand; que l’une moitié de l’import de ces droits serait remise à ceux-ci, pour être employée aux fortifications et l’autre à ceux de S. Pierre dans le même but, et enfin il fut stipulé que ces travaux devaient être exécutés d’après un plan arrêté de commun accord. Diericx dit quelque part dans ses Mémoires, qu’une convention de même nature fut arrêtée avec S. Bavon; mais nous n’avons pas rencontré ce document dans les archives. Toutefois, ce n’est que longtemps après que nous voyons quelques traces de fortifications élevées à S Bavon; on se rappelle que par l’art. 14 du traité de paix conclu entre le comte Robert et la France, le 1er septembre 1316, les nouvelles fortifications de Bruges, d’Ypres et de Gand durent être démolies. Cet article fut mis à exécution, du moins partiellement, à Gand et à S. Bavon, car nous trouvons dans les comptes de la ville une quittance du 24 août 1384, délivrée à l’abbé de S. Bavon, de la somme de 28 livres, payée par lui pour solder les ouvriers employés à la

(a) Dans l'intéressant ouvrage sur la ville d'Anvers, intitulé : IJislorisc onderzoek, enz., van de stad Antwerpen, on lit p. 58 : « Naer de Slykpoorte.... welke porte in ’t jaer 1565 nieuws is opgemaekt door de stadt, gekoeht zynde te Gent, alwaer zy gcstaen liad aen het castcel. »

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reconstruction des remparts de S. Bavon (a). Ce ne fut qu’en 1488, comme nous l’avons déjà dit, que l’on creusa le fossé entre les portes de l’Hôpital et de la Muyde, et qu’on y éleva un nouvel ouvrage de défense nommé la Tour des bergers [Herders-Toren). En temps de guerre, ces remparts étaient défendus par les Gantois, à la paix on les louait à leur profit. Cette dernière circonstance, jointe à la restitution de journées que l’abbé avait payées aux ouvriers susdits, tendent à établir que les fortifications de S. Bavon ont été construites aux frais de la ville de Gand. D’ailleurs, nous avons déjà vu que les échevins de Gand reconnurent que l’abbaye ne devait pas contribuer aux impôts que l’on prélevait dans leur ville pour la construction des fortifications. Ce fut encore la ville de Gand qui fut condamnée en 1540, à faire démolir les travaux de fortification situés entre l’Escaut et la porte de l’Hôpital; et le 2 novembre 1540, l’empereur la fit sommer de faire procéder, sans aucun retard, à la démolition de cette porte.

Par ordonnance de l’empereur, du 23 avril 1540, le comte du Rœulx fut chargé de la direction des ouvrages d’art du nouveau château, « selon les concepts admys par plusieurs capitaines, chiefs de guerre et maistres ouvriers. » Le comte reçut plein pouvoir de l’empereur même pour faire « abattre et prendre les maisons et héritages qu’il conviendra clore audit chastel. » Les travaux ne furent pas entamés de mainmorte; à peine donnait-on le temps aux habitants de chercher un asile; les maisons étaient entamées alors qu’elles étaient encore habitées.

Dès le 24 avril 1540, on abattit le mur du cimetière, qui s’avançait sur le terrain où l’on devait commencer la tranchée, pour creuser le fossé d’enceinte, parallèle à l’Escaut (111). Le 29, le grand pignon de l’église abbatiale fut démoli et une partie de cette église, avec la trésorerie. On paya 350 livres, de 40 gros, pour faire crouler la grande tour. Cependant on n’abattit pas tous les édifices de l’abbaye; on eu réserva une partie pour le service divin, que l’on célébrait pour les ouvriers et pour la garnison. Les cloîtres furent conservés, car ou dit dans les comptes de la construction du château : « Pour avoir abattu la muraille du dortoir rez-pieds du pavé avec le pignon de devant et ce grand «pignon, saulf du côté du cloistre non abatu. «Une partie de l’église de l’abbaye fut aussi conservée; puisqu’on émargea dans les mêmes comptes certaines sommes, « pour avoir osté la tombe et sépulture de » défuncte princesse madame Michelle, jadis comtesse de Flandre, hors la nef de l’église et icelle remis » devant le grand autel [b). Item pour avoir aussy osté l’entrefond (cloison, séparation) de la chapelle re- » vestiaire (sacristie) d’icelle église et remis devant le chœur. Item pour avoir mis sus (réparer) le comble »de la chapelle estant entre la grande église et le pan du cloistre et icelle remis en ung lieu à cause qu’on » abbatait le dit clocher. Item pour avoir aidé à mettre sus les sommiers de la chapelle Notre Dame.... » pour avoir mis sus les combles et sommiers estans sur la chapelle ou soloient entre les orghes de

(o) Archives de Gand, Jaerregister, 1384, p. 32.

[h) Dans un manuscrit du commencement du XVII* siècle, intitulé Loovelde, appartenant à M. Jules de Saint-Gcnois, qui contient une foule d'épitaphes des églises de la ville de Gand, on lit ce qui suit : « In sarcophago, qui in ecclesia » sancti Joarinis est translatus ex monasterio S. Bavonis, et nunc inservit altari... (de la Vierge ou de S. Liévin) iuxla » saeristiam, scriptum erat. »

<> Prions Dieu pour la défuncte très-noble dame et princesse, dame Miehiele, fille de feu le rov Charles de France, princesse, femme et espouse de très-excellent et très-puissant prince monsr Philippe, duc de Bourgogne, Henault, Hollande, Zélande, Namucr, marquis du S. Empire, seigneur de Frise, Salins et Malines, dont le corps est icy reposant et expira de ce siècle le 8« jour de juillet l’an 1422. »

Ce passage, dont je n'ai eu connaissance que depuis l'impression des feuilles précédentes, fait disparaître toute incertitude sur l’endroit où les dépouilles mortelles de celte princesse furent inhumées après l’entière démolition de l’ancienne église abbatiale; question qui fut débattue naguère. En 1373, ces dépouilles furent déposées dans la crypte : cela résulte d’un compte de la fabrique.

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j s. Bavon... «Ainsi on ferma avec les cloisons, provenant de la sacristie, l’abside de l’église où se trouvait le grand autel; on couvrit de nouveau une chapelle placée entre l’église et le, cloître. Plusieurs tombeaux des anciens prélats y restèrent même : nous avons déjà vu, à l’occasion de la violation des tombeaux de Luc Munich et Liévin Hugenois, que cette partie de l’église n’avait pas été profanée. D’autres parties considérables de l’abbaye furent maintenues, elles existent encore. Le gouvernement se réserva la jouissance de beaucoup de dépendances de l’abbaye pour le logement de la garnison, les magasins d’approvisionnements, les arsenaux, la demeure du gouverneur, la chancellerie; bâtiments qui ne furent aliénés que beaucoup plus tard.

Il paraît que l’on permit d’abord à l’abbé d’emporter une partie du matériel provenant de la démolition de son abbaye, à l’exception des pierres et des moellons, qui furent employés dans les nouvelles constructions. Nous tirons cette induction des termes d’un ordre donné par l’empereur le 10 juin 1541, à son receveur, de débiter le prévôt de S. Bavon d’une somme de 400 florins Carolus, qui lui avaient été payés par le comte du Rœulx pour la cession des bois provenant de la démolition des dortoirs de l’abbaye.

Le curé de l’église de S. Machaire, à Laerne, J. Schatteman, qui écrivit la vie de ce saint en 1623, donne quelques détails sur les anciens bâtiments, qui échappèrent à la pioche des terrassiers du comte du Rœulx. En 1580, les Calvinistes démolirent ce qui restait encore debout de l’église abbatiale, et en 1620, on perdit presqu’entièrement les traces de l’emplacement de cette église, par les casernes qu’on y éleva. Du temps de ce curé on déterra plusieurs anciens tombeaux de grands personnages et des pierres tombales enfoncées sous terre, à une distance de trente pas, dit-il, de l’église actuelle, vers le sud. Ces tombeaux ne s’étaient donc pas trouvés dans l’église abbatiale, mais plutôt dans celle de S. Sauveur, située à quelques pas seulement de l’abbaye (a) (112).

Au reste, bien des personnes, qui ont habité le château, avant qu’il ne fut bouleversé en 1830 et 1831, se rappellent y avoir vu les traces des murs d’enceinte de cette dernière église, et ont souvenance qu’il y avait là des galeries ou des cloîtres. Les travaux de nivellement qu’on y a exécutés récemment pour l’établissement d’un abattoir, ne nous ont pas mis sur les traces du plan de ce monument.

Quand en 1831 la Commission de la sûreté publique fit niveler cette partie du château de Charles- Quint, pour tenir en haleine la populace qu’elle savait parfois autrement employer, nous avons souvent entendu dire aux abords de l’abbaye : On découvrira bien le trésor de S. Machaire. Désireux de connaître la portée de ces mots, nous interrogeâmes les bonnes vieilles femmes qui proféraient ces paroles; elles nous répondirent toujours, que du temps de S. Machaire il avait été enfoui un trésor en terre. Nous ne pûmes en obtenir d’autres renseignements. A cette époque, nous ne connaissions pas la Chronique de Thielrode, ni le breviarium qu’il donne du trésor que les moines retrouvèrent à leur retour de Laon et qu’ils avaient enfoui à l’arrivée des Normands, vers la fin du IXe siècle. Ne serait-ce pas le souvenir de ce trésor, qui se serait perpétué de génération en génération jusqu’à nos jours, et que ces bonnes femmes invoquaient encore en 1831? Cela ne nous parait pas invraisemblable. Autrefois les veillées réunissaient autour du foyer, sous le manteau de la cheminée, les petits enfants avec leurs grands parents. Tout le monde y apportait son tribut pour égayer les longues soirées d’hiver, alors que le givre et la neige fouettaient les auvents ou venaient s’engouffrer dans le conduit de l’àtre. Ce que les bonnes mères savaient des grands saints, si vénérés alors, formait naturellement l’appoint de leurs contes et se transmettait ainsi de mère en fille, qui le redisait à ses enfants. Dans les temps antérieurs

(a) Y. Messager des Sciences et des Arts, année 1848, pl. 5.

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à notre époque, la transmission des traditions populaires est très-compréhensible; mais aujourd’hui où les besoins de la vie et les exigences de l’industrie absorbent tous les moments du travailleur et le Torcent à séjourner bien avant dans la nuit dans les ateliers, les traditions doivent se perdre, parce que les réunions de famille, au coin d’un feu flamboyant, sont devenues impossibles. Nous n’entendons plus ces chansons de Noël, ces Kerst-liedjes, qui frappaient si agréablement nos oreilles dans nos jeunes années à la veillée de Noël. Ces rhythmes si doux, qui se perpétuaient depuis tant de siècles, ont fait place à des chants, sauvages bien souvent, qui ne sont qu’une imitation burlesque de chefs-d’œuvre des plus savants compositeurs modernes, et dont probablement la mémoire ne survivra pas au siècle dont ils tirent la gloire.

Quoique d’après un document des archives de Gand, l’indemnité de 12,000 livres, pour les immeubles de l’abbaye, incorporés dans la nouvelle citadelle, fût portée à 20,042 livres, le chapitre fut loin de se contenter de cette majoration et ne cessa d’insister auprès du gouvernement, pour en obtenir une indemnité plus en rapport avec les pertes considérables qu’il avait essuyées. Après le décès de Charles- Quint, il adressa de nouvelles réclamations à son successeur et poursuivit sa demande à grande instance, pour être indemnisé de la perte de ses droits seigneuriaux et de soixante maisons abattues qui lui appartenaient, de la moins value de celles qu’il y possédait encore et de la démolition des bâtiments et dépendances de son ancienne abbaye. Philippe II, convaincu de la justice de cette réclamation, lui fit le transport, ainsi qu’il l’avait demandé, de la Heure de Desteldonck, avec tous les droits qui en dépendaient, par résolution du 20 novembre 1560. Les villages de Desteldonck, Sleydinghe et Lovendeghem avaient été compris primitivement dans l’acte d’affranchissement, octroyé par la comtesse Marguerite en 1268 (a); mais la cession faite au chapitre ne concernait que Desteldonck, « ainsi que la Keure s’étend dans la commune de Loochristi, au hameau de Hyfte, et dans la paroisse de S. Sauveur, sur une étendue totale de 522 bonniers 576 verges. »En outre l’ordonnance de Philippe II confirmait tous les droits féodaux du chapitre sur la juridiction de Loochristi, que la ci-devant abbaye y possédait depuis un temps immémorial ( b ).

Malgré les immenses pertes dont le chapitre se plaignait, il ne se trouva pas moins en position de faire plusieurs avances de fonds à Philippe II, quand celui-ci se vit forcé d’aliéner les domaines de l’état jusqu’à concurrence de 600,000 livres d’Artois, pour les frais de la guerre qu’il faisait à Henri IV, du temps de la Ligue. Le chapitre obtint ainsi en nantissement la justice, le droit de chasse et de pêche à Zellick pour un prêt de 160 livres d’Artois, et une autre avance de 5,600 livres, de 40 gros, lui fut assurée sur l’espier de Gand.

Le don que le pape fit au chapitre de l’église collégiale de S. Jean et de ses dépendances, n’avait pas toute l’importance qu’on pourrait y attacher; car cette église était loin d’être achevée. Ce fut en 1548 que le chapitre songea à mettre la dernière main aux nefs et à la tour; à cet effet, il fut forcé de faire un emprunt que l'empereur approuva, et à cette occasion, celui-ci lui fit une nouvelle largesse de 14,000 couronnes italiennes. Une partie de ces travaux fut adjugée publiquement, à la demande du doyen de la collégiale, par devant les échevins de la ville de Gand. L’adjudication se fit par superficie de verges de 20 pieds carrés et le pied à raison de 11 pouces carrés.

Luc Munich avait pris en 1549 ses dispositions de dernière volonté. Cet acte fut refait à plusieurs

(«) Cette intéressante pièce, qui forme un code complet de droit civil et de procédure, est publiée par De Bast, dans son Recueil d’ Antiquités, p. 55, note 3.

(6) V. Messager des Sciences et des Arts, année 1848, p. 31.

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reprises, parce que la part qu’il y avait faite à ses chanoines était insuffisante, eu égard à la fortune de son chapitre : le pape Pie IV et le roi Philippe II finirent cependant par l’approuver. Nous lisons dans ce testament, entre autres dispositions, qu’il demanda à être enseveli dans la crypte de sa collégiale; qu’on devait distribuer aux pauvres, lors de la célébration de son service funèbre, 6 muids de blé, en pains de la valeur d’un sol, et deux sols en espèces; que les baillis, écoutêtes, échevins et secrétaires des échevinages de S. Bavon et d’Everghem, les gens de sa maison et ses pensionnaires aux Conseils de Flandre, de Brabant, de Malines et à l’officialité, seraient vêtus aux frais de sa succession de manteaux neufs de velours, de toges et vestes de (limite (dimeyt). 11 légua aussi 30 sols de gros à chaque église, qui se trouvait sous le patronage de la collégiale, pour célébrer un obit à son intention. Enfin il assigna à l’usage du prévôt le manoir à Loochristi, nommé Roosclare, avec les jardins, bois, étangs et toutes les terres qui en dépendaient.

Philippe II autorisa Munich, le 28 mars 1356, à désigner Viglius de Zychem pour son coadjuteur et son futur successeur; arrangement qui fut approuvé par le pape Paul IV.

Une des dernières œuvres de l’abbé Munich fut la construction d’une chapelle dans le nouveau palais prévôtal; mais la mort ne lui laissa pas le temps de l’achever. Son successeur Viglius la termina en 1563 (a).

Par la création de l’évêché de Gand, le pape Pie IV érigea, le 7 août 1561, la collégiale de S. Bavon en cathédrale, et arrêta que la dignité de prévôt mîtré du chapitre serait supprimée au décès de Viglius, et qu’une partie de revenus de la prévôté serait affectée spécialement aux besoins du futur évêque.

Les évêques de Gand devinrent seigneurs de S. Bavon et acquirent le droit d’avoir une cour féodale, composée d’un grand bailli, d’un écoutête, de sept échevins, d’un conseiller pensionnaire et d’un greffier, devant laquelle tous les actes publics étaient reçus. Tous les greffes des seigneuries dépendantes de l’ancienne abbaye ressortissaient à ce tribunal général et tous les hommes de fief, censitaires, etc., habitant ses propriétés territoriales, étaient soumis à sa juridiction (113). Les évêques prirent le titre de comte d’Everghem et de seigneurs de Loochristi, Wondelghem, Sleydinghe, Waterlos, S. Liévin- Houthem, Vlierzele, Baveghem, Ghysenzele, Munckzwalm, Wulfsdonck, Mendonck, Sprendonck, Laethem-S. -Martin et Letterhouthem. La cour féodale de S. Bavon était située derrière le palais prévôtal, du côté de l’Escaut (pl. 51bis) (b); la maison échevinale et la prison de S. Bavon se trouvaient hors la porte d’Anvers (c); elles furent reconstruites en 1570, à l’endroit où se trouvait la ferme nommée het Nieuw-hof (d).

Luc Munich mourut au château de Loochristi, le 18 janvier 1562. Son décès ne fut constaté que le 24 janvier 1563, par acte notarié, sur la déclaration de Jean Van Yperen, prieur des Chartreux, à Gand, de dame Florence Van Steelant, douairière de Joachim de Crassiers, de sire Jean Martin Van den Bogaerde, Josse Van Hembise, échevin de S. Bavon, Antoine Braeckman, mayeur à Loochristi, et dressé en présence de François De Reighere, chanoine de S. Rombaud, à Malines, et de Pierre Lerne, huissier au Conseil privé du roi, à Bruxelles.

(a) V. p. 70 du MS. de M. de Saint-Génois.

(b) Philippe contribua dans tes frais de construction des prisons et des salles d’audience de cette cour féodale. Le 20 septembre 1560 il mandata à cet effet et pour la cession de trois bonniers de pré, le droit de pêche dans la Lys, la perte de quelques maisons et de certaines redevances, la somme de 4565 livres et 5 sols, monnaie de Flandre.

(c) V. un acte passé devant le notaire Juste Van der Mandere, à Gand, le 9 mai 1646, annexé ù la farde du procès entre la ville de Gand et l'évéché sur les limites respectives de leurs juridictions.

(cl) tlouck vun Mcmorien, année 1577. Archives de la Flandre orientale.

Lue Munich ne fut pas inhumé dans la crypte de la cathédrale suivant son désir : on lui érigea un monument en marbre noir dans la chapelle de S. Aubert, située dans l’abside de l’église haute; les iconoclastes le détruisirent dans la suite. En l’année 1600 le chapitre prit la résolution de lui ériger un tombeau qui fut placé entre cette dernière chapelle et celle de Notre Dame (a), du côté du nord. 11 n’y resta que peu de temps, on le transporta dans la crypte ou on le voit encore aujourd’hui. Le prélat est sculpté en relief sur le couvercle, qui est en marbre noir des environs de Namur, et non en pierre de touche, comme on l’a cru jusqu’ici; les parois du tombeau sont ornées de trois écussons d’armoiries, de l’abbé Munich, de la ville de Gand et de S. Bavon. On y lit l’inscription suivante :

« Sepultura D. in Christo patris ac dni. Lucae Munich, abbatis LXI et ultimi ecclesiae sancti Bavonis Gandensis, qui obiil an. 1562, die 18 januarii, aetatis suae 72, orale pro eo. Capitulum gratitudinis ergo posuit an. 1600.

En 1572 le prévôt Viglius de Zychern érigea une pierre commémorative en souvenir de la translation dans la cathédrale faite par Luc Munich, de la statue de S. Bavon, qui ornait autrefois le tombeau de ce saint dans l’ancienne église abbatiale, des reliques et des autres ornements du monastère. Elle portait l’inscription suivante ;

MONl'MENTUM HOC D1 ALOYSII BAVONIS IMAGINE INSCULPTUM OLIM SEPULCHRO

IN ELEVATIONE E TERRA SACRI CORPOR1S A0 SALUTIS 680 IMPOSITDM AC POST MODUM JUSSU CAROLI V IMPERATORIS SUPPRESSO MONASTERIO EXCISOQUE TEMPLO D. BAVONIS ULTRA SCALDIM,

PER REVER. D. LUCAM MUNICH ULTIMUM ABBATEM UNA CUM CETERIS MONASTERII ORNAMENTIS ET SA CRIS RELIQUIIS IN HANC ECCLESIAM DEPORTATUM,

TANDEM REVER. DD. VIGLIO SEVICHEMIO PRIMO EIUSDEM ECCLESIAE PRAEPOSITO AD MEMORIAM VESTUSTALIS POSTERI TALISQUE HUNC IN MODUM ERECTUM

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