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diocèse durent faire connaître à ceux-ci le montant des sommes dont ils étaient détenteurs et rendre compte de leur gestion.
Ces dissensions religieuses et les désastres de la guerre avaient jeté la ville de Gand dans une si profonde misère, que la population avait été forcée d’émigrer. L’archiduc Philippe dut autoriser la création d’une foire franche pendant quinze jours, à partir du jeudi après Oculi jusqu’au jeudi après le dimanche de la Passion, afin d’obvier, est-il dit dans l’octroi (1497), à la ruine imminente de cette ville. A cette époque la Flandre était aussi ravagée par les inondations; mais alors du moins, les gouvernants ne s’y prirent point à rebours comme aujourd’hui, et travaillèrent à procurer des écoulements, non par le haut, mais par le bas des rivières. C’est dans ce but que Philippe chargea Josse Quevin et six ingénieurs nommés par les villes de Gand, d’Audenarde et la châtellenie de ce nom, afin d’aviser aux moyens de s’opposer efficacement aux ravages causés par l’Escaut, dont le cours et l’embouchure avaient pris une autre direction (a).
Le défaut d’entretien des grandes routes, depuis tant années de guerres, les avaient rendues impraticables pour le transport des marchandises et le voyage des négociants. Dès 1495 le Conseil de Flandre avait ordonné de les restaurer; mais cette mesure resta sans résultats, puisqu’en 1501 il fit faire des nouvelles publications par les échevins et tous les officiers de justice de la Flandre, pour la réparation des grands chemins, ponts et passages.
L’ahhé Raphaël, assisté des prélats de S. André et d’Eeckhoute, à Bruges, consacra en 1506 Quintin Van Ileisberghe, comme abbé du monastère de Zoetendaele, à Maldeghem. Ce fut dans le courant de la même année qu’il obtint de Jules II Y exemption de l’ordinaire, pour lui et pour son abbaye. Cette décision était d’une haute importance; elle la soustrayait à la juridiction épiscopale. Cette affaire était pendante devant le saint Siège, depuis l’année 1467, du temps de l’abbé Jacques Yan Brucele. L’abbé et ses moines devenaient ainsi sujets du saint Siège et relevaient immédiatement du pape. Jean Yan den Moere, abbé de Ste Gertrude, à Louvain, crut devoir protester contre cette faveur; au reste bien antérieurement à la décision de Jules II, les papes seuls confirmaient la nomination des abbés de S. Bavon, et les nommaient même.
En 1501, l’abbé conféra à Jean Bras-de-Fer la dignité d’écolàtre de l’église collégiale d’Ardembourg, vacante par la résignation de maître Jean Claerbout; et il loua vers la même époque pour le terme de dix-huit ans les dîmes des scorres, situées à l’ouest de Bouchoute, au prix de 2 deniers par arpent l’an.
Dès l’année 1505, Raphaël avait adressé des suppliques à Jules II, pour lui faire connaître les motifs qui l’engageaient à lui demander de vouloir ériger son monastère au rang d’évêché, à l’instar de ce qui s’était fait pour l’abhaye de Mont Cassin en Italie, et pour d’autres monastères de l’ordre de S. Benoit, laissant entrevoir que cette mesure serait agréable à l’archiduc Philippe et au général de cet ordre; mais ses raisons ne furent pas agréées. Arrivé à un âge avancé, Raphaël désira se décharger d’une partie du fardeau des affaires : il arrêta donc, avec le consentement de son chapitre, un arrangement avec son prieur Gilles Boele, qui avait été son chapelain, d’après lequel celui-ci fut élevé au rang de son assesseur, coadjutor, et désigné pour son futur successeur, non seulement à la dignité abbatiale, mais aussi à l’évêché in partibus de Rosence, comme suffragant de l’évêque de Tournai. L’archiduc Philippe d’Autriche voulut bien s’adresser au pape pour le prier de vouloir approuver cet arrangement; il le fit même à plusieurs reprises, d’abord avec peu de chances de succès, le cardinal du titre de Ste Croix n’était pas favorable à l’abbaye, parce que jadis il avait fait en vain d’actives
(a) Invent, des chartes de Gand, n° 803 et 808.
démarches pour l’obtenir en commende. Néanmoins le pape y donna son approbation le 18 décembre 1503, et sa bulle fut promulguée le 18 mars suivant.
Raphaël ne put échapper aux faiblesses de la chair; il eut un fils, Antoine De Mercatel, qui reçut de l’abbé de S. Pierre l’investiture d’une chapellenie dans la chapelle de S. Georges, appartenant à la confrérie des arbalétriers de Gand, et située à côté de l’église de S. Nicolas.
L’abbé Raphaël s’occupa spécialement de bibliographie et de paléograjffiie. 11 enrichit son monastère d’une riche et magnifique bibliothèque pour son temps, et fit exécuter un grand nombre de précieux manuscrits, dont plusieurs existent encore; nous en avons déjà parlé. Il s’occupa spécialement des bâtiments de son monastère, et éleva, à ce que nous croyons, un vaste cloître autour du lavacrum (pl. 1, litt. U). Nous ne pouvons assurer si ce cloître remplaça une galerie plus ancienne; des débris d’un cintre et d’un chapiteau démontrent toutefois qu’il existait une construction quelconque entre la crypte de la Vierge et la chapelle de S. Machaire. Le segment de ce cintre et ce chapiteau, enchâssés dans le mur en face de la crypte, accusent bien l’époque romane et sont semblables aux débris architectoniques qu’on y a déterrés, mais ils présentent trop peu de développement pour pouvoir déterminer l’espèce de bâtiment, auquel ils ont appartenu. Toutefois il nous paraît au moins vraisemblable qu’un cloître y existait; c’était le complément indispensable de toute institution monastique. Ces portiques ouverts, imités des constructions pharaoniques de la Thébaïde, servaient non seulement aux cérémonies religieuses, mais avaient aussi une destination hygiénique : c’étaient de vastes promenoirs, où les moines pouvaient prendre de l’exercice dans leurs longues journées de solitude. A S. Ravon ces cloîtres facilitaient une communication commode entre toutes les parties de l’abbaye et l’église conventuelle.
La planche 28 représente une partie de ce cloître, tel qu’il était il y a quarante ans; on y voit encore l'escalier qui fut construit en 1634, pour relier la chapelle de S. Machaire à l’église actuelle. Ce cloître, dont quelques arcades existent encore, offrait une suite d’arceaux, à tiers-point surbaissé, lourd, sans rapport de leur diamètre avec leur hauteur. La poussée latérale de la voûte était contenue par des contreforts, bâtis en retraite, et revêtus en pierres blanches, provenant des carrières du pays d’Alost. Le cloître n’était pas surmonté d’un étage; le point d’appui du toit, qui ne formait qu’un appentis ou demicomble, est encore très-visible sur les murs en élévation. Nous n’avons trouvé aucune trace de cloison en vitrage, fermant les baies des arcades. Les voussoirs des voûtes, en pierres blanches, s’appuyent sur des supports, fouillés avec beaucoup d’art, espèces de mascarons à sujets variés : on y remarque surtout le combat (un mythe allégorique peut-être) d’un lion avec un crocodile. La planche 26, litt. B, reproduit plusieurs de ces grotesques. Les clefs de voûte portent alternativement les armoiries de l’évêché de Rosence et les monogrammes des saints vénérés à l’abbaye. Ces armoiries pareilles à celles que l’on voit dans plusieurs des magnifiques manuscrits que l’abbé Raphaël Mercatel fit exécuter, sont : parti d’azur au lion d’argent, armé, lampassé et couronné d’or, fascé de gueules de trois pièces, qui sont les armoiries de la seigneurie de S. Bavon; parti de gueules à la fasce bretessée et contre-bretessée d’argent; au chef d’argent à trois roses de gueules boutonnées d’or, qui sont les armoiries de l’évêché de Rosence, l’écu surmonté de la crosse et de la mître.
Après trente années d’une fructueuse administration , Raphaël résigna ses fonctions et se retira à Bruges en 1507, dans le refuge de son abbaye, dont il avait toujours affectionné le séjour. Il se réserva une pension de 1000 écus d’or, dont l’abbaye s’obligea à lui payer les arrérages, qui s’élevaient à la somme de 289 livres de gros. Elle devait aussi lui fournir 1086 rasières de froment et 488 d’avoine, ainsi que du bois de chauffage. Les dettes qu’il avait contractées à Rome, pour faire agréer par le pape l’arrangement conclu pour son successeur, restaient à charge de l’abbaye.
ABBAYE DE S. BAVON
Il ne jouit pas longtemps du repos qu’il s’était réservé; car il mourut à Bruges, le 4 août 1508. Ses dépouilles mortelles ramenées à Gand, dès le lendemain, avec une escorte de cent cavaliers, furent inhumées dans l’église de l’abbaye. Il avait songé à ce moment suprême dès l’année 1501; car, à cette époque, il contracta par acte passé devant les échevins de Bruges, avec un sculpteur, nommé Jean Wyfmoolen, pour l’exécution d’une statue en marbre blanc, couronnée d’un dais, avec colonnes aux côtés et deux lions aux pieds, destinée pour son tombeau. Elle devait être exécutée au refuge de l’abbaye, dans le délai d’un an, d’après un modèle fourni par l’abbé, qui livrait aussi le marbre. Le prix stipulé était de 20 livres de gros, dont les deux tiers furent payés à l’avance.
Egide. — 1507-1517.
Egide Boele naquit à Termonde et fut sacré abbé de S. Bavon dans l’église abbatiale de S. Michel, à Anvers, le 24 juin 1507. Il était de l’ordre du Carmel.
La bulle du pape Jules II, qui avait accordé à l’abbaye de S. Bavon l’exemption de Yordinaire, n’avait pas été accueillie avec faveur par toutes les institutions religieuses; le pape dut même avoir recours au bras séculier pour la faire mettre à exécution. Malgré cet appel l’abbé de Ste Gertrude, à Louvain, fit signifier à l’évêque de Tournai, une protestation contre la décision du saint Siège.
Quoique le pape parvint à mettre un terme aux malheureuses dissensions qui divisaient le diocèse de Tournai, et que l’évêque Kuik se fut retiré dès 1505, l’abbé de S. Bavon conserva le titre d’évêque in partibus de Rosence, qui n’était qu’un honneur sans profit, ainsi que le dit une charte. Il obtint même, le 21 mars 1515, un induit touchant ses droits épiscopaux, comme évêque de ce titre et suffragant de Tournai. Il fit emploi des mêmes armoiries que celles de ses prédécesseurs, circonstance qui prouve que ces armoiries n’étaient pas celles de l’abbé Raphaël en particulier, mais bien de l’évêché de Rosence, dont ces deux abbés furent les seuls titulaires.
Nous avons déjà vu que des abbés d’autres monastères, investis du titre de conservateurs des droits et prérogatives de l’abbaye de S. Bavon, avaient une certaine juridiction sur les fermiers et les débiteurs de celle-ci. Leur cercle d’action prenait tous les jours un plus grand développement; dans les premiers temps il ne s’étendait qu’à un certain rayon administratif, voisin de la résidence ordinaire du conservateur, mais au XVIe siècle, la cour souveraine soumit à leur pouvoir juridictionnel tous les employés et les fonctionnaires de l’abbaye; ainsi le 24 janvier 1514, l’abbé d’Eeckhoute, à Bruges, put décider légalement une question, qui s’était élevée au sujet de la portion congrue entre l’abbé et le curé de l’église paroissiale de S. Sauveur, à S. Bavon.
A cette époque les abbayes avaient encore l’habitude de demander aux souverains la confirmation de leurs immunités et de leurs biens. Les empereurs Maximilien et Charîes-Quint approuvèrent ainsi les diplômes de Louis-lc-Débonnaire, d’Otton II et III, de Henri I, de Henri III et de Lothaire, roi de France. Charles-Quint, à l’instar de ses prédécesseurs, confirma l’abbé dans les fonctions de conseiller d’état, avec droit de siéger en son conseil privé. A cette époque les bénéfices des chapellenies n’étaient plus exclusivement conférés à des ecclésiastiques, puisque l’abbé donna ceux d’une chapellenie fondée à Notre-Dame d’Ardembourg à Jean Van Heulestrate, médecin de Charles-Quint.
En 1509 la tour de l’église de S. Martin, à Ekkerghem, fut changée; on en exhaussa la maçonnerie et on y plaça une flèche en bois; l’abbaye en supporta probablement une partie des frais, car elle en avait le patronage.
L’abbaye avait continuellement des procès à soutenir : elle dut contraindre le receveur de son
ABBAYE DE S. BAVON
hôpital de Stc Anne à lui rendre compte de sa gestion et à lui restituer les deniers , dont il était
détenteur. Une action fut même intentée aux proviseurs de cet établissement, parce qu’ils se refu-
saient de payer au sculpteur Pierre Galle, ce qui lui revenait pour la fourniture du velours rouge employé à l’autel; ils furent condamnés à lui payer de ce chef la somme de 54 sols.
Dans une opposition de l’abbé à la construction d’un moulin, que l’on voulait élever à Cand, au
sentier nommé de Rcke, le Conseil de Flandre admit une jurisprudence opposée à celle suivie généra-
lement à cette époque. Jusqu’alors on n’avait jamais contesté à l’abbé de S. Bavon le droit de défendre de construire des moulins sans son approbation, sur des terres soumises à son pouvoir juridictionnel; plus d’un arrêt avait légitimé ses droits à cet égard. Le conseil en le déclarant non recevable dans cette opposition par son arrêt du 22 août 1514, rentra cependant dans la rigueur du droit coutumier et consacra le principe que le droit d’autoriser ou de défendre de bâtir un moulin n’est que la conséquence du droit de propriété et ne résulte nullement de ce droit de vent, qui suivant Raepsaet (a) n’est qu’un droit imaginaire.
En 1511, le 5 janvier, l’abbaye fut maintenue en possession de la dîme de 700 arpents de terre à Watervliet, dans la paroisse de Sle Marguerite, au poldre de S. Jérôme; il fut décidé dans le courant de la même année que l’aumônerie seule de l’abbaye pouvait percevoir à S. Bavon le droit de mutation sur la vente des maisons et que ses hommes de fief avaient le droit exclusif de mettre ses tenanciers en possession des terrains qu’ils occupaient.
Malgré l’arrangement qui avait été arrêté antérieurement avec le roi de France sur les appels portés devant le Parlement de Paris, nous trouvons que celui-ci eut encore à s’occuper le 29 mars 1511 d’une affaire, qui lui avait été déférée par l’abbé de S. Bavon même, appelant d’un arrêt du Conseil de Flandre du 20 août 1509, qui l’avait déclaré non-recevable dans son opposition à la construction de chapelles dans le poldre de S. Jérôme. Le Parlement confirma cette doctrine. Ces arrêts furent rendus en cause de l’abbaye contre le seigneur de Watervliet, qui avait fait endiguer ce poldre et s’était permis d’y ériger des chapelles, sans l’autorisation de l'abbaye, quoiqu’elle possédât le patronage du lieu. Cette décision tout en étant contraire à une jurisprudence constante en matière de patronage, était fondée cependant sur les anciens capitulaires des rois francs, qui autorisaient les défricheurs à bâtir des églises sur les terrains qu’ils mettaient en culture.
En 1513, le bailli de Wulfsdonc s’empara d’un cheval abandonné, par droit d 'estragier ou d’épaves : suivant Raepsaet, ce droit était une annexe de la justice, puisqu’il appartenait au ministerium ou ressort du lieu où l’objet était abandonné. Ce principe trouva ici son application, avec cette modification toutefois, que le tiers de la valeur de l’objet abandonné revenait à l’abbé et les deux autres tiers à la justice locale. Ce cheval fut vendu au prix de 12 sols de gros. Nous ferons remarquer qu’en ces temps le rapt n’était puni que de quelques années de bannissement et le meurtre de cinquante années de la même peine et de la confiscation des biens.
La première mention que nous ayons rencontrée d’un souverain bailli de S. Bavon, date du 2 août 1508, à l’occasion de l’élévation de Martin Van Sycleer à ces fonctions importantes, qui lui don naient le pouvoir de rendre justice dans toutes les seigneuries de l’abbaye.
L’abbé Boele conféra à Ogier Van Gavere, dit Van Schorisse, prêtre, l’office d’ccolâtre de l’église de S. Jean l’Évangéliste, à Sluus, vacant par la résignation de Liévin Van der Stadt.
Frédéric, maregrave de Baden, avait renoncé, à la demande de Charles-Quint, à l’évêché d’Utrecht,
(a) V. Analyse, t. II, p. 255 et suiv.
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en faveur de Philippe, bâtard de Bourgogne, neveu de ce monarque, moyennant une pension de 5,000 tlorins d’or, de la valeur de 28 sols, sous la garantie d’une abbaye des Pays-Bas. L’abbaye de S. Bavon prit à sa charge une partie de cette garantie, et l’empereur fit connaître à la cour de Rome qu’elle laisserait prendre hypothèque sur ses biens de ce chef jusqu’à concurrence de 750 florins d’or l’an.
Au XIIIe siècle la comtesse Marguerite, on se le rappelle, avait été élue arbitre entre la ville de Gand et l’abbaye, pour déterminer les limites de leurs juridictions respectives. A l’occasion de cet arbitrage, qui avait déjà donné lieu à plus d’une difficulté, le Conseil de Flandre fut saisi d’une nouvelle contestation sur une rangée de pierres blanches, placées dans le quai ou Sleendam au-delà du pont en pierre de S. Bavon, du côté de la ville de Gand. Le Conseil décida que cela ne pouvait porter aucun préjudice à celle-ci et autorisa même l’abbé à y faire incruster quatre pierres, en forme de croix, comme marques de leurs juridictions respectives.
L’abbé Boele, qui avait fait exécuter de nouveaux reliquaires en or et en argent massif, pour S. Bavon, S. Machaire et pour d’autres saints, consacra des sommes considérables à la restauration de plusieurs édifices de son abbaye, qui tombaient en ruine de vétusté, a Is, dit Sanderus (a), loca plurima antiquitate collapsa in melius rcstauravit, videlicet cryptam in S. Bavone, domum abbatialem extra civitalem in Loo-christi et alia plura. s C’est la seule mention que nous ayons rencontrée des travaux qu’il fit exécuter; elle est bien vague. Il est possible que ce soit lui qui ait élevé les six pilliers, bâtis en pierres équarries (pl. 10, litt. ij), supportant le plafond qui remplaça les voûtes écroulées, ou menaçant ruine, de la crypte de la Vierge; peut-être n’a-t-il fait que réparer ces voûtes? Dans les décombres qui couvraient le sol de la crypte en 1830, nous n’avons remarqué aucun débris, qui ne se rapportât à des constructions du XIIe siècle. Ces décombres d’ailleurs provenaient en majeure partie, et peut-être exclusivement, de la voûte qui surmontait le presbyterium, derrière l’arc triomphal. Nous y avons vu des voussoirs, avec des clefs de voûte, représentant des grappes de raisin, à côté des colonnes cylindriques, provenant de l’œuvre de l’abbé Everdée. Nous devons faire observer toutefois que les piliers, que nous supposons avoir été élevés par l’abbé Boele, ont disparu depuis fort longtemps et qu’ils firent place à d’autres bâtis en briques; quelques assises inférieures des premiers ont été seules découvertes sous le pavage, qui recouvrait le carrelage en carreaux émaillés.
L’abbé Egide, ses prieurs et les religieux de son monastère, eurent l’honneur de recevoir l’archiduc Charles d’Autriche (depuis Charles-Quint) à la porte de Courtrai ( Petercelle-porte ), quand il vint faire sa joyeuse entrée dans la ville de Gand le 5 mars 1513. Ils conduisirent ce prince, avec les magistrats de la ville, jusqu’à la bifurcation de la rue Notre Dame et de celle dite de Tyk-wevers, où il fut complimenté par le prélat de S. Pierre. La cavalcade se dirigea alors vers ce monastère, et de là, après une courte halte, elle se rendit à son église conventuelle, où l’archiduc fit serment de maintenir ses droits et prérogatives. Après cette cérémonie le cortège continua sa marche vers l’église de S. Jean.
Egide Boele mourut le 14 avril 1517; il fut enseveli dans l’église conventuelle de S. Bavon, sous une pierre tombale ( b ).
(а) V. Auctuarium ad Tom. primum, p. 57, vol. I, Fland. illust.
(б) Hellin, dans son Histoire chronologique des évêques, etc., de S. Bavon, cite, t. I, p. 141, comme premier chantre du chapitre de cette cathédrale Jean Boele, fils de Jean, conseiller du roi et trésorier de Flandre, et de Dame Marie Lauryn; il était prévôt de l’abbaye avant sa sécularisation et décéda le 16 mai 1540. Ses armes sont, écartelées au premier de gueules, à trois maillets d’or; au deuxième, de gueules au chef d’or, à une étoile d’azur, au franc canton; au troisième, facé d’hermines et de gueules de six pièces; au quatrième, d’azur, au lion d’or armé et lampassé de gueules, à la bordure componée de gueules et d’argent. 11 est possible que ce Jean Boele fut frère d’Egide. Cependant nous n’avons pu nous en assurer : il y avait encore un Laurent Boele, à l’abbaye, qui devint chanoine dans la suite et fut de la première création du chapitre.
ABBAYE DE S. BAYON
Liévin. — 1517-1535.
Liévin Ilugcnois est né à S. Bavon, le 17 septembre 1457; on le consacra à S. Liévin, et il lut élevé à l’abbaye depuis sa plus tendre jeunesse. On procéda à son élection le jour même du décès de son prédécesseur («); Charles-Quint approuva cette élection le 23 janvier suivant, et lui donna plein pouvoir pour administrer les affaires temporelles de l’abbaye. 11 ne fut installé que le 10 janvier 1518, en présence de Baudouin, évêque in parlibus de Sarepte, suffragant de l’évêché de Tournai, des abbés de S. Pierre et de Tronchiennes et des pères gardiens des ordres mendiants. Les abbés d’Eeckhoute et de Zoetendaele l’installèrent dans le refuge de son abbaye à Bruges.
Si le chapitre de S. Bavon n’avait pas nommé instantanément un successeur à l’abbé, dont les dépouilles mortelles n’étaient pas encore refroidies, il aurait eu à tolérer le joug d’un intrus; car le nouvel abbé n’était pas encore installé, que déjà le pape Léon X avait élevé au rang de son coadjuteur et désigné comme son successeur, Charles De Lalaing, qui n’était que simple clerc du diocèse de Cambrai et à peine âgé de seize ans : cette bulle porte la date du 12 novembre 1517. Des réclamations s’élevèrent de toutes parts contre la nomination de cet abbé commendataire, au mépris des privilèges de l’abbaye; des mémoires pour et contre furent adressés au saint Siège. L’abbé Hugenois soutint avec raison que Charles De Lalaing n’avait aucun droit aux fonctions auxquelles il avait été élevé, aussi longtemps qu’il n’avait pas reçu les ordres et pris l’habit de Bénédictin. On arrêta alors une première transaction, qui fut approuvée par l’empereur, par laquelle De Lalaing renonça à sa nouvelle dignité, movennant une pension de 1800 livres de Paris. Et à cette occasion Charles-Quint renouvela en faveur de l’abbaye le droit d’élire ses abbés et les coadjuteurs de ceux-ci. Mais cette transaction fut loin de contenter la famille De Lalaing, car à cette époque la dignité abbatiale, considérée comme un moyen d’enrichir les membres d’une famille peu favorisée des dons de la fortune, n’était souvent acquise qu’au prix de grands sacrifices pécuniaires. En 1525 il intervint une réclamation d’Antoine De Lalaing, comte de Hoogstraeten : à peine cette démarche était-elle connue du chapitre de Ste Pharaïlde, qui gardait encore rancune à l’abbaye pour certain procès en matière de préséance, qui n’avait pas été résolu en sa faveur, que son doyen fulmina la bulle qui avait été l’objet de cette transaction. L’abbé, dans la persuasion que toutes les difficultés pourraient s’aplanir au moyen de quelques sacrifices pécuniaires, fil dresser en 1524 un nouveau mémoire pour faire connaître les pensions qui seraient payées à des membres de la famille De Lalaing, si Charles renonçait aux prérogatives qui lui avaint été accordées. Celui-ci, qui avait déjà été promu à l’épiscopat, quoiqu’il n’eût que vingt-trois ans, ne voulut pas d’abord tenir compte de sa première transaction et persista dans sa mauvaise foi. Mais enfin, revenant à de meilleurs sentiments, il renonça une deuxième fois aux faveurs que le pape lui avait accordées, à condition que l’abbaye payerait une pension viagère de 2000 ducats à Antoine De Lalaing, fils naturel du comte de Hoogstraeten, clerc protonotaire apostolique, et qu’il intitulait de cousin germain, probablement selon l’usage de ces temps. Il demanda au saint Siège l’approbation de cet arrangement, qu’il n’obtint du pape Clément VIII qu’implicitement, par l’élévation de Luc Munich aux fonctions de coadjuteur de Hugenois et comme son futur successeur; élévation que l’empereur avait approuvée antérieurement, le 50 septembre 4529, et à cette occasion il lui avait accordé un blason. Cette nomination coûta à Luc Munich la somme de 4000 florins d’or, qu’il dut payer à la chambre apostolique pour
(a) Sanderus dit « An 1517 eâdcra feriâ tertiâ celebrata fuit missa S. Spirilus et vià Spiritus saneti elcctus D. Livinus Itegenoys, huius nominis primus Gand. rer., lib. YI, p. 369.
ABBAYE DE S. B AVON
l’expédition de son diplôme. Un à-compte qu’il paya sur cette somme, nous fait connaître qu’il avait été nommé à ces fonctions avec le 15 novembre 1520.
Charles-Quint renouvela le 20 février 1528 la défense de vendre aux abbayes des biens-fonds, défense qu’elles savaient éluder, comme le dit ce monarque, en « prétendant succéder à maisons mortuaires et outre ce, tenir labeur et exercer négoce, sans contribuer aux charges et aides du pays. » Tout en prohibant la vente des rentes non rachetables, il statua que, pour le cas où les crédirentiers voulussent les aliéner, les propriétaires des immeubles affectés à des rentes de cette nature, pourraient les racheter pour leur mise à prix; que dorénavant toute rente serait rachetable de son essence; que, si le capital constitué était inconnu, ces rentes créées depuis la mort de Charles de Bourgogne (1477) pourraient être rachetées au denier trente, à l’exception des rentes féodales et de celles constituées en faveur du service divin et des pauvres. L’exposé des motifs de cette ordonnance laisse entrevoir l'état de détresse du pays à cette époque; « les maisons, y est-il dit, censes, moulins et terres en Flandre, chargés de rentes non rachetables, sont à ruine, et les fonds y appartenant restent incultes, parce que les propriétaires, qui ne peuvent pas payer ces rentes, les abandonnent (a). » L’état permanent de troubles et de guerre, dans lequel le pays se trouvait, fit songer à un nouvel expédient pour procurer des soldats à l’état ou du moins pour avoir leur équipement gratuit. Ainsi eu 1521, au moment d’une guerre avec la France, un arrêt du Conseil de Flandre ordonna aux habitants du village d’Everghem, de payer la somme de 23 livres de gros, pour équiper quatorze soldats et livrer deux voitures : cette dernière charge incombait plus particulièrement aux hameaux de Schoonstraete et d 'Overtwatere. Vers cette époque, l’abbaye fut aussi obligée de payer à l’état pour les frais de guerre et de guet aux frontières la somme de 2000 livres de gros, moitié à titre de prêt et moitié à titre de don.
L’abbaye vendit en 1524 à celle de la Biloke un fief nommé Inghcland-ter-Trappen, situé dans la paroisse d’Ekkerghem. Ce fief comprenait un grand nombre de maisons, à partir de l’hospice de la Léproserie jusqu’à celui de S. Jean et de S. Paul. A cette époque, Jacques De Coeman en était le feudataire, il payait de ce chef à l’abbaye la somme de 10 livres par. l’an; en cas de vente du fief, celle-ci avait droit au dixième denier de la valeur. Le tenancier avait droit d’y nommer un bailli et des hommes de fief de l’abbaye, pour faire des actes d’adhéritence et de déshéritence, de nantissement et d’hypothèque. Ils pouvaient aussi prononcer sur toutes les difficultés ou procès concernant les maisons de ce fief, après avoir pris l’avis du tribunal féodal de S. Bavon.
Charles-Quint défendit le 1er octobre 1520 aux gens d’église et aux séculiers, possesseurs de dîmes, d’en exiger d’autres que celles qu’ils avaient depuis au moins quarante ans, et arrêta que désormais les céréales et les plantes oléagineuses seules seraient soumises à ce droit. Cette ordonnance n’empêcha pas l’abbaye de prendre en location, en 1525, les dîmes du poldre nommé Passegueule et des scorres du poldre de S. Jérôme, qui ne devaient être endiguées que l’année suivante, au prix de 18'deniers par. par arpent les quinze premières années, et de 2 sols de la même monnaie pour les années suivantes. Ces biens appartenaient au seigneur de Melissent, Joseph Baenst, au seigneur de Pitthem, Guillaume Van Claerhout, à Jacqueline Van der Kreeft, douairière de Paul De Baenst et dame de Yoormezeele. Le même monarque qui avait lacéré tant de chartes communales, n’eut pas plus de respect pour les prérogatives des gens de main-morte; car le 18 juin 1531, il soumit tous les gens d’église aux ordonnances sur la police des villes et du plat-pays et les rendit justiciables de ce chef des juges séculiers. Il faut le dire toutefois, il ne prit cette résolution que sur la demande des quatre Membres du comté
(«) V. n° 891 des chartes de la ville de Gand.
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de Flandre. Il existait pour les seigneuries de l’abbaye un réglement de police, qui défendait de planter des arbres dans le rayon de 100 verges des moulins à vent qui lui appartenaient i ce fut en vertu de cette disposition qu’elle fit abattre les arbres qu’un habitant de Desteldonck avait plantés dans cette limite.
L’abbaye avait créé depuis des siècles des écoles publiques dans l’enceinte de la ville de S. Bavon : le directeur portait le titre de Magister scolac, d’après une charte du 17 novembre 1308. Le bâtiment où ces écoles se tenaient, passait pour le plus ancien édifice de la ville; on dut le démolir en 1524. Nous pensons qu’il était situé près du cimetière de l’abbaye, à l’endroit où le chemin formait un coude, du côté de l’église de S. Sauveur.
Les agents de l’abbaye ne payaient pas toujours régulièrement ce qu’ils devaient aux fermiers des accises : ainsi le chef d’office de l’abbaye, Charles Van Poucke, ne pouvant payer la somme de 22 liv. 15 sols de gros, pour droits sur 97 tonneaux de bière, dut constituer hypothèque et fournir caution; on incarcéra au Châtelet de Gand la personne qui se soumit à cette obligation. L’affaire fut alors soumise au jugement du Conseil de Malines, qui déclara non fondées les exceptions de l’abbé et de son agent et ordonna une enquête.
Une nuit le bailli de Gand fit enlever tout le personnel de la vierschare de Loochristi : aucune raison apparente n’avait donné lieu à cet abus d’autorité. 11 paya cette équipée inqualifiable par une amende de 200 liv. par. et par 400 liv. de dommages et intérêts.
A cette époque le Conseil de Flandre arrêta un usage, qui, croyons-nous, s’est maintenu jusqu’à nos jours : elle condamna les fermiers de l’abbaye, dans les poldres, à contribuer avec elle aux frais de l’entretien des digues. Le même Conseil décida en 1518, que l’abbaye avait droit dans la seigneurie de Wulfsdonc au meilleur meuble, à l’exclusion du bailli du pays de Waes. 11 entrevint entre l’abbaye et les habitants du village de llouthem, à la date du 28 janvier 1519, un arrangement sur le droit de capitation, qui fut réduit à une redevance annuelle de 10 sols par. par journal. Un autre arrangement fut arrêté dans la suite entre elle et le comte de Nassau, au sujet des prérogatives qu’elle avait à Rysberghe; elle lui céda tous ses droits seigneuriaux qu’elle y exerçait, à l’exception du droit de patronage, moyennant une rente au revenu de 3 livres, argent de Brabant, affectée sur la halle de Diest, à Anvers, nommée de liolve. En 1532 les abbés de S. Bavon et de S. Pierre à Gand, avec les autres propriétaires riverains du canal nommé la Zuutlede, s’engagèrent à construire plusieurs ponts sur ce canal et à les entretenir, sans qu’ils pussent prétendre au droit de pêche. L’entretien du canal lui-même était une charge de la ville de Gand.
Le prieur de l’abbaye avait à sa disposition la maison de campagne, nommée Roeselare, à Loochristi, avec toutes ses dépendances, vergers, jardins, bois, viviers et terres labourables. C’est dans ce manoir que séjournèrent pendant quelque temps le roi Christern de Danemarck, son épouse Isabelle, son fils et ses deux filles. Ils quittèrent cette résidence le 5 décembre 1525, pour se retirer à Swynaerde, où la reine Isabelle décéda le 19 janvier suivant («).
L’abbé Hugenois, qui n’avait point d’ambition, se souciait peu du titre d’évêque de Rosence. Son portrait, peint par Gérard Horenbout, est parvenu jusqu’à nous. Il se trouve actuellement dans la belle collection d’objets d’art et de ciselure antique de Mr Ch. Onghena, graveur à Gand. Il faisait autrefois partie de la collection non moins précieuse de Mr J. D’Huyvetter. Ce prélat est représenté sur un diptique, en regard du portrait de la Vierge avec l’enfant Jésus. Le vénérable abbé a l’attitude
(a) Bond; van Memoricn, Archives de la Flandre orientale, année 132a.
ABBAYE DE S. BAYOX.
d’humilité que comporte la scène à laquelle il assiste; il a les mains jointes, porte l’anneau et la crosse pastorale, où l’on remarque ses armoiries et des saints de son monastère (a). Hugenois aimait les beaux-arts; il encouragea noblement la peinture sur verre; il fit placer plusieurs verrières dans des églises qui se trouvaient sous le patronage de son abbaye. Les Archives de la Flandre orientale ont conservé un compte de l’année 1521, des travaux exécutés par Daniel Louis, vitrier. Cette pièce a été publiée par le Messager des Sciences et des Arts (b) : voici le détail des travaux qu’il exécuta pour l’abbé. A S. Bavon, il orna la chapelle de Notre-Dame ou de Jérusalem de onze verrières; l’une placée sous les orgues, haute de huit pieds et demi, représentait les armes de S. Bavon, les quatre Évangélistes, et les six autres, les douze apôtres; il reçut pour cette œuvre la somme de 10 livres de gros et 15 escalins en argent. 11 exécuta pour Papingloo une rosace, où il peignit un crucifix, un phénix, les armes de l’abbaye et celles de l’abbé, avec sa devise, au prix de 1 livre de gros et 10 escalins. A Mendonck, une fenêtre dans le chœur de l’église, avec les portraits de S. Bavon, S. Liéviu, S. Machairc, les armoiries de l’abbaye et de l’abbé, pour 5 livres de gros. Dans l’église d’Ekkerghem, les sept Douleurs de la Vierge et l’abbé à genoux à ses pieds, et ses armoiries, à raison de 4 livres de gros; dans l’église de S. Sauveur, à S. Bavon, une verrière derrière le maître-autel, représentant la mort de la Vierge, avec le portrait et les armes de l’abbé, pour laquelle l’artiste reçut la somme de 6 livres de gros. Enfin dans l’ancienne église de Wondelghem, deux armoiries, un crucifix et 1 abbé en prières devant lui (c).
On conserve encore dans le trésor de la cathédrale un chasuble et une chape, que l’abbé Hugenois fit exécuter et orner de toutes les richesses artistiques du XVIe siècle. Six tableaux en broderie, et c’est l’expression propre, de 50 sur 40 centimètres, couvrent les pans de la chape; ils reproduisent diverses scènes de la vie de la Vierge. Dans le compartiment qui représente le mystère de l’immaculée Conception, les traits de la ligure de la Vierge ont une expression saisissante. Au revers de la chape, sur le collet, on voit l’abbé, crossé et mitré, qui est présenté par un ange à S. Liévin. Ces tableaux sont entourés d’un riche encadrement, formé d’un dais soutenu par des colonnes, dans le style de la Renaissance. Les têtes sont des modèles d’expression, d’une exécution irréprochable, quoique faits en broderie. Le dessin en général et l’agencement des draperies n’est pas moins remarquable. Ces chefsd’œuvre de broderie ont été exécutés sur les dessins du même artiste Gérard Horenbout, qui dans la suite devint le peintre de Henri VIII, roi d’Angleterre : c’est la même suavité de traits et de coloris, que celle que l’on admire sur son portrait et celui de la Vierge. Karel Van Mander (d) nous dit qu’Ilugenois a tait exécuter plusieurs autres tableaux par cet artiste, entre autres les volets d’un rétable de l’église de S. Jean, à Gand, qui recouvraient un bas-relief. L'un représentait la Flagellation et l’autre la Descente de la croix; le biographe Van Mander donne des détails très-naïfs sur le mérite artistique de ces tableaux. A l’époque désastreuse des troubles de religion, un ami des arts sauva ces tableaux de la fureur des iconoclastes et les rendit à l’église lorsque la paix et la tranquillité furent rétablies dans le pays.
Après dix-huit années d’une sage gestion, le respectable abbé Liévin Hugenois rendit son âme à Dieu, en 1555; il fut enseveli dans l’église conventuelle de son abbaye. Les Espagnols violèrent son tombeau et enlevèrent la pierre tombale, pour l’adapter à la sépulture d’un capitaine ou lieutenant de leur
(а) Ce portrait est gravé dans le Messager des Sciences et des Arts, année 1853, p. 12.
(б) lb., année 1836, p. 528.
(e) Sur le portrait de cet abbé, ses armes sont : 1° d’or à la chèvre de sable, 2° de gueules au chevron d’or, 3° d’azur à la tourelle d’or; trois roses ou étoiles, armoiries de sa mère, issue de la famille Diericx.
( d ) Schilderbouk , etc, p. 204 v°.
ABBAYE DE S. BaVON.
château, Jehan Montoye; mais le chapitre parvint à arrêter cette spoliation et s’adressa à l’empereur Charles-Quint pour lui faire connaître « que puis certain temps cncha aulcuns souldarts, ouvriers ou aultres du nouvel chastel, à Gand, se seroient advanchez non sans grande témérité et irrévérence de chercher et faire ouvrir les sépultures des prélats, encore restans en la partie de l’église encoires non prophanée, rompre les tombeaulx de plomb, prendre et emporter les clenodes, anneaulx et accoustrcmens avecq lesquels selon l’observance et cérémonies de notre mère la S,e Eglise, l’on est accoustumé d’ensepvelir les corps des prélats oyncts et consacrés, et emportant ou tractant les dits corps mors comme bon leur a semble. Encore d’oster le métal et lames d’airain estans sur les dites sépultures, contenant les noms, intitulations et dates du trépas des dits prélats... et davantage iceulx remonstrans ont trouvé que aulcuns dudit chasteau, après ladite violation et spoliation ont faist oster aulcunes grandes pierres et même celle qui estoit mise sur la sépulture des seigneurs abbés messeigneurs Gillis Boelc et Liévin Hugenois, derniers trépassés (a) — » 11 lui demanda en conséquence la permission de faire transporter les dépouilles mortelles de ces abbés en la collégiale de S. Bavon, et y mettre ladite pierre avec les inscriptions telles que auparavant. Nous ignorons quelle fut la réponse de l’empereur à cette juste réclamation.
Luc. — 1535-1562.
Luc Munich fut promu au rang de coadjuteur de Liévin Hugenois et reconnu comme son successeur en dignité dès l’année 1529. Luc fut le dernier abbé de S. Bavon. Avant de parler des graves événements qui vinrent mettre fin aux destinées d’une abbaye, qui avait si puissamment contribué à la civilisation de nos contrées, qu’il nous soit permis de rapporter quelques faits qui ne sont pas sans intérêt. Un acte du 16 octobre 1536 nous fait d’abord connaître que l’abbé n’allouait à un échevin qu’un sol de Brabant, par séance; en second lieu, que vers la même époque on cultivait la vigne aux environs de Lille, près de Waterlos, puisque le tenancier du fief de la Bouteillerie en ce village était tenu de faire l’office de bouteillier durant le séjour des abbés en cette seigneurie et de leur offrir, à leur arrivée, six bouteilles de vin du cru d’un vignoble qui en dépendait, et à la nomination des nouveaux abbés le tenancier d’un autre fief, relevant de la même cour féodale, avait aussi à leur présenter un tonneau de vin récolté dans le même domaine.
En 1536, l’empereur fit promulguer un décret concernant la répression du vol de bois et les dommages causés par le bétail dans les taillis, et le pape Paul III autorisa la vente des poldres et des tourbières appartenant à l’abbaye dans le métier de Hulst, ainsi que l’aliénation des refuges qu’elle possédait à Bruges, Anvers et Bruxelles, qui n’étaient que de peu d’utilité pour elle et dont l’entretien était fort dispendieux. Le même pape frappa, le 11 décembre 1541, tous les biens ecclésiastiques d’un impôt extraordinaire, pour subvenir aux frais de la guerre contre les Turcs, qui avaient envahi de nouveau la Hongrie et les frontières d’Italie et de Sicile. Ce fut peu de temps après que Charles-Quint échoua dans son expédition contre Alger.
Au milieu du XVIe siècle, le pays aux alentours de Gand était couvert de tant de bois, qu’ils servaient encore de repaire à des animaux carnassiers; c’est pour empêcher que les loups et autres animaux de cette espèce ne vinssent arracher des gibets les corps des suppliciés, que le prévôt de S. Bavon fut autorisé à les y attacher par des anneaux et des chaînes.
Nous avons vu antérieurement que l’abbé Raphaël de Mercatel avait fait des démarches auprès du
(a) V. le 12e volume manuscrit des Analectes des Archives de la Flandre orientale, p. 19.
ABBAYE DE S. BAVON
pape pour l’engager à élever son abbaye au rang d’évêché, mais qu’elles ne furent pas couronnées de succès. Si Charles-Quint ne crut pas le moment opportun pour séparer canoniquement la Flandre de l’évêché de Tournai, il avait pu se convaincre qu’il était nécessaire, dans l’intérêt de la splendeur du culte, d’ériger une nouvelle collégiale dans la ville de Gand. En elfet, depuis les pertes considérables essuyées par le chapitre de S,e Pharaïlde, à la suite des terribles inondations du 18 novembre 1422, il n’était pas possible de lui rendre son ancien lustre sans des secours pécuniaires très -importants, car depuis ces désastres chacun des chanoines ne touchait plus qu’un revenu annuel de 2 ducats d’or (56 fr. de notre monnaie actuelle) (a). L’empereur prit la résolution d’abandonner à son triste sort un chapitre dont la fondation remontait au règne d’Arnoud-le-Vieux et d’ériger l’abbaye de S. Bavon en chapitre. En conséquence il fit connaître son projet aux religieux de cette institution, qui furent loin de le rejeter. Des négociations furent entamées à Rome, et le 22 juillet 1556 le pape Paul 1ÎI fit expédier une bulle, placetée par l’empereur à Gênes le 18 octobre suivant, par laquelle il sécularisa les moines et les biens de l’abbaye de S. Bavon, releva les moines de leur vœu de pauvreté et de l’observation de la règle de S. Benoit et leur conféra le titre de chanoines. Cette bulle fut promulguée le 7 février de la même année. L’église abbatiale fut transformée en collégiale, sous l’invocation de S. Bavon : l’œuvre de S. Arnand eut donc plus de neuf siècles d’existence.
L’abbé Munich conserva le titre d’abbé et les moines purent encore se vêtir d’habits religieux, sans perdre leur prébende canonicale et leur voix active et passive au chapitre; l’abhaye fut assignée pour demeure aux nouveaux chanoines. A peine reçurent-ils la bulle de sécularisation, qu’ils s’empressèrent de revêtir le camail; le 51 août 1557, ils s’étaient présentés à l'office divin du matin en costume monacal, et l’après-dînée du même jour, ils vinrent chanter aux vêpres en camail et en rochet. Le pape transféra au nouveau chapitre les droits et privilèges de l’ancienne abbaye et lui assura la pleine et entière jouissance de tous les biens qui lui appartenaient, et l’empereur fit connaître qu’en élevant l’abbaye au rang de collégiale, il n’avait pas entendu diminuer ses privilèges. Le chapitre fut composé de cinq dignitaires et de vingt-quatre chanoines; les titres et offices de l'abbaye furent changés en dignités collégiales. L’abbé devint le prévôt; le prieur, le doyen du chapitre, et le prévôt, chantre; celui de Papingloo fut élevé au rang d 'écolàtre. L’abbé Munich prit le titre d 'abbé par la grâce divine de l’église collégiale de S. Bavon, à Gand, du diocèse de Tournai, relevant immédiatement du saint Siège. Il conserva les droits pontificaux de la mitre, de l’anneau, de la crosse et de la bénédiction pastorale, qui passèrent à ses successeurs : le pape lui permit en outre de disposer de ses biens par acte de derrière volonté : faveur toute spéciale, puisque les biens des autres religieux devaient retourner à la masse capitulaire.
Un document du 51 juillet 1557 nous apprend le nom des anciens moines, qui arrêtèrent les statuts réglementaires pour le nouveau chapitre. Ce furent Luc Munich, abbé; Pierre Hueribloc, prieur; Jean Boele, prévôt; Josse Van Liedekercke, aumônier; Daniel Dierman, prévôt de Papingloo; François Van Gracht, Joseph Damman, Guillaume Van der Eeckene et Liévin Van Dixmude, moines. Le même jour ils prirent possession capitulairement de leur église, transformée en collégiale.
Le pape conserva au prévôt le droit de collation et de présentation aux bénéfices ecclésiastiques que l’abbaye possédait à titre de patronage, et l’empereur confia au chapitre Yécolàlrat ou la haute direction des écoles. Le fonctionnaire qui en était chargé, pouvait se faire aider dans ses fonctions par un homme probe, mais qui devait être réélu tous les ans par le chapitre, avant le 1er octobre.
(a) V. Mibæus, II, p. 1031, Bulle du pape pape Paul III (1536).
abbaye de s. bayon.
Ce changement dans la position canonique du prévôt n’apporta aucune modification à l’exercice de son pouvoir temporel et de ses prérogatives. Le Conseil de Flandre lui conserva l’exemption de l’accise sur le vin et la bierre à Ardembourg, et celui de Brabant l’autorisa à prélever cinq pour cent sur les biens vendus à Sombeke, à titre de pondgelde. Dans une conférence secrète, tenue en 1543, entre le chapitre et les échevins de Gand, on arrêta provisoirement un réglement relatif aux franchises du négoce de vin, que le chapitre n’avait pas abandonné, et en 1555, il fut définitivement exempté de toutes accises à cet égard et maintenu dans la jouissance des exemptions dont il jouissait à Ruppelmonde. Le seul droit qu’on lui enleva, fut celui du meilleur meuble, dont on exempta les successions des bourgeois de Gand, décédant à S. Bavon; il obtint de ce chef l’autorisation de poursuivre devant le grand Conseil les échevins et les doyens des métiers de cette ville.
Sur ces entrefaites, des désordres de la plus haute gravité avaient jeté le trouble dans la ville de Gand; des aides illégalement imposées en furent la cause, et l’anéantissement des libertés communales en fut le résultat. Charles-Quint ne voulut se rendre à aucune raison : son orgueil était vivement blessé de ce qu’une simple commune avait eu l’audace de résister à son omnipotence. Pour arriver plutôt à ses fins, il demanda à un généreux ennemi la permission de traverser ses états. 11 passa par la France et entra à Gand, sans coup férir, par la porte de Termonde, le 15 février 1539, à la tète de ses bandes d’ordonnance.
Quoique l’empereur se vengeât par l’échafaud, l’exil, la confiscation des privilèges et des biens et par d’écrasants impôts, il vit bientôt que la crainte des supplices ne pourrait maintenir longtemps ces altiers bourgeois sous sa dépendance. Il crut pouvoir y parvenir en érigeant une citadelle. Avant de mettre son projet à exécution, il parcourut la ville de Gand avec son frère Ferdinand, pour en visiter les quartiers, qui pouvaient lui offrir une position favorable. A S. Pierre ils examinèrent la montagne de S. Quentin, et de l’autre côté de la ville, les quartiers de S. Bavon. Ils montèrent même sur la tour de l’église de S. Jean pour embrasser d’un coup-d’œil l’ensemble de la ville. Enfin le 22 avril, l’empereur fit tracer en sa présence le périmètre d’une citadelle dans l’intérieur de S. Bavon. Luc Munich et ses chanoines, informés de ce projet, vinrent se jeter aux pieds de l’empereur sur la voie publique, pour le supplier de vouloir épargner leur seigneurie. « Seigneur de S. Bavon, leur répondit-il, jusqu’à cette heure mes projets ne sont pas arrêtés. «Mais dès le lendemain, l’abbé fut mandé au palais, où il se rendit avec seize de ses chanoines. Charles-Quint lui annonça qu’il n’avait trouvé aucun emplacement plus favorable que le quartier de S. Bavon, pour la construction d’une citadelle; qu’il l’engageait à se résigner, attendu que sa décision était irrévocable. Dès le jour suivant, il publia des lettres-patentes pour faire connaître qu’après nuire délibération avec son Conseil privé, il avait décidé de construire un château bastionné dans le quartier de S. Bavon et de confier la surintendance de ces travaux à messire Adrien de Croy, comte du Rœulx.
L’évêque de Tournai, Charles de Croy, ne crut pas devoir s’opposer à la demande qui lui avait été adressée de démolir l’abbaye de S. Bavon et toutes ses dépendances, ainsi que l’église paroissiale de S. Sauveur, qui venait à peine d’être restaurée. Paul III approuva également l’autorisation qui avait été donnée à l’empereur, par Alexandre de Farnèse, son légat, de faire procéder à la démolition de ces édifices.
A peine ces autorisations étaient-elles expédiées, que les travaux furent commencés : le samedi, 24 avril 1540, quatre mille ouvriers étrangers commencèrent les tranchées. L’abbé et ses chanoines eurent à peine le temps de chercher un asile. Le 29, une partie de l’église abbatiale et l’église de S. Sauveur furent profanées par l’évêque de Tournai et son suffragant : ils transportèrent les vases sacrés et les reliques à l’église de l’hospice de S. Jacques.
ABBAYE DE S. BAYON
Il avait été résolu entre l’empereur, l’évéque de Tournai et le légat, de transférer le nouveau chapitre dans l’église de S. Jean; mais celui-ci combattit vivement cette résolution. La translation à l’église de S. Jean lui paraissait inopportune, parce que cette église n’avait aucune annexe pour y loger son personnel et surtout parce qu’elle se trouvait au cœur de la ville de Gand et « partant plus subjecte aux apparentes querelles desdits de Gand, » et qu’ainsi le chapitre devait se soumettre à la juridiction de cette ville, à cause de la situation de l’église de S. Jean. Il demanda donc à l’empereur de vouloir établir la collégiale dans l’église de S. Michel, attendu qu’elle se trouvait sous son patronage, qu’il s’y trouvait une résidence convenable pour le chapitre et le personnel qui en dépendait, et que cette église n’appartenait pas juridiquement à la magistrature de Gand. Pour le cas où cette combinaison ne pouvait être agréée, le chapitre proposait d’ériger à ses frais une église collégiale dans l’enclos du Béguinage up de Iloye, qui lui appartenait canoniquement; projet qui lui semblait favorable sous un autre rapport, parce qu’il aurait attiré de la population dans un quartier presque désert. Il terminait ses remontrances en priant l’empereur, quelle que fut d’ailleurs l’église qu’il lui plairait de désigner, de vouloir la mettre sous l’invocation de « Monseigneur de S. Bavon et de la surroger au lieu et place de l’église et de la seigneurie de S. Bavon et de lui permettre d’y transporter toutes ses fondations, fiestres, corps sainctz, reliquaires, ornemens, joaulx, ymaiges, tables d’aultels, peintures, voirières, truelges (impôts), toutes les cloches, le beaufroit et les quelles de la grande tour et touls autres meubles affixes et non affixes, sans riens exceptés. »
Mais ces raisons ne purent engager l’empereur à revenir sur sa résolution, pas plus que l’adulation qui faisait dire au chapitre, que S. Bavon était du sang de la très-illustre maison d’Autriche; le choix de l'église de S. Jean fut donc maintenu. En conséquence le pape, par sa bulle du 3 décembre 1540, donna au chapitre les bâtiments, biens-fonds, mobilier et ornements de l’église paroissiale de S. Jean et approuva l’échange du patronage de S. Jean contre celui des églises de S. Michel et de S. Martin, à Ekkerghem, échange que l’empereur ne ratifia que le 9 août 1547. Mais le chapitre dut constituer en outre en faveur de l’abbaye de S. Pierre, qui avait eu le patronage de S. Jean, une rente au revenu de 3 livres de gros.
L’abbaye fut abandonnée le 12 mai 1540 : les chanoines, ayant à leur tête Charles de Croy, transportèrent les reliques de leur antique monastère à la collégiale de S. Jean, qui avait été placée sous l’invocation de S. Bavon. Le curé de S. Jean ne se laissa pas déposséder sans résistance : il s’opposa si énergiquement avec ses marguilliers et ses paroissiens à cette mise en possession, que les chanoines durent avoir recours à l’intervention de l’empereur, qui maintint sa première décision, et confirma de nouveau l’attribution du spirituel et du temporel sur cette église, en faveur du chapitre, en dédommageant le curé par le don de la moitié d'une prébende, et ses deux vicaires, par l’autre moitié. Ce dédommagement ne contenta cependant pas les fabriciens de l’église de S. Jean, ce ne fut qu’en 1547 que ces difficultés furent terminées par une transaction, par laquelle le chapitre s’obligea à lui payer une somme de 1000 florins, et annuellement 100 livres de gros.
En suite d’un arrangement conclu entre la reine douairière de Hongrie et le prévôt Luc Munich, l’empereur s’était réservé la collation des douze prébendes de chanoines, siégeant à droite du chœur; celles à gauche étaient à la nomination du prévôt. Ceux de droite se nommaient alors : Josse Arents, Laurent Boele, Jean Uutenhove, Antoine Andries, Alexandre Van Vaernewyk, Jacques Damman, François \ an der Gracht, Liévin Van Dixmude, George De Baekere, Bartholomé Wielandt, Antoine Perrenot (cardinal de Granvelle dans la suite) et Wautier Van der Gracht. Les chanoines de gauche étaient Guillaume Van Hove, Charles Van Poucke, Martin Van Iluele, Denis Van Vaernewyc, Guillaume 4 an
ABBAYE DE S. BAVON
den Eeke, Jean Mayo, Herman Van Cauda, Liévin Megank, Baudouin Van der Meere, Jean De Vos, Nicolas d’Yve et Roger Pothée.
Tous les anciens moines de S. Bavon ne furent cependant pas dotés d’une prébende; car sur la réclamation de l’un d’eux, Nicaise Van Male, le grand Conseil de Malines approuva un arrêt du Conseil de Flandre, qui avait reconnu ses droits à une pareille prérogative.
La bulle de Paul III, sur la translation de l’abbaye de S. Bavon et l'érection de l’église de S. Jean en collégiale (3 décembre 1540) exempte de l’ordinaire et relevant immédiatement du saint Siège, ne fut rendue exécutoire par Alexandre Farnèse que le 16 août 1541. Deux jours après cette publication, le prévôt de l’église collégiale de Slc Pharaïlde protesta contre cette décision; mais, comme on devait s’y attendre, on n’eut aucun égard à cet acte, et l’empereur donna une nouvelle sanction à sa décision. Néanmoins une instance était encore pendante devant le Conseil de Flandre, entre l’évêque de Tournai et le chapitre, au sujet de cette exemption, qui ne fut vidée en faveur de celui-ci qu’en 1552.
L’empereur gratifia le chapitre d’une somme de 4000 florins, pour acheter un hôtel pour la demeure de leur prévôt. Ce fut l’hôtel du seigneur Nicolas Triest, qui reçut cette destination; c’est aujourd’hui Piloter du Gouvernement provincial (a) (V. pl. 31). Le 12 mai 1540, Charles-Quint lit prendre des informations sur la valeur représentative de la juridiction temporelle de l’ancienne abbaye dans son quartier et chargea son conseiller Nicaise Claissone et George De Bouck, receveur, de constater les pertes que le chapitre avait essuyées par suite de la construction de la citadelle. Les bâtiments de l’abbaye et les terrains en dépendant furent évalués à la somme de 12,000 livres de gros, qui furent payées au chapitre avec les biens et les rentes confisqués sur les corps des métiers à Garni.
Maître Ydrop Van Waerhem, procureur-géneral au Conseil de Flandre, en vertu d’un décret de l’empereur du 14 décembre 1541, mit en conséquence le chapitre en possession des biens suivants : 1° de quelques parties de terre, provenant des confiscations faites sur les corps de métiers et situées dans le pays d’Alost; 2° de rentes affectées sur des maisons sises à Gand, rue de Tournai, près de l’église de S. Michel, dans la rue de la Crapaudière, du S. Esprit, de la Vuerschelde, dans la Nokerstege, au coin de la ruelle Buenresteghe, en face de la Meeresteghe, dans la Cnopslege, près de la rue des Champs, la rue de Lombardie, près de la petite Haute Porte « up de cleene Ilochpoort, » et la Strgpsteglie, dans le quartier de S. Pierre; 3° de l’ancienne maison de la corporation des peintres, sise près de l’église de S. Jean, à côté de l’hôtel de Herseele; 4° la maison des tondeurs de laine, derrière la même église; 5° la maison des fromagers, près de l’église de S. Nicolas; 6° celle des fondeurs de bois, dans la ruelle Nagelstraetkin; 7° celles des menuisiers, rue Basse; 8" la maison des charpentiers, près du cimetière de S. Nicolas; 9° celle des scieurs au long, rue Basse; 10° celle des épiciers, près de la même église; 11° enfin la maison connue sous la dénomination de Bandeloose Mande, au Bas- Poldre, qui avait appartenu au métier des tondeurs de laine.
(a) Nous lisons dans le 6e Vaertbouck, de 1369 à 1374, fol. 17 (Arcli. de Gand), que Viglius réclama de la ville de Gand, en 1363, une somme de 230 florins, pour indemnité d'une emprise pour le canal du Sas, à moins qu'elle lui fit remise d une redevance de 6 gros l’an, affectée sur l'hôtel de la Prévôté, pour cession d’une parcelle de terrain, derrière l 'hôtel de Cambron, pour le creusement d'un canal depuis cet hôtel jusque dans l’Escaut.
L’hôtel de la Prévôté changea bien de fois de mailre : les Calvinistes en ayant chassé Viglius, il fut donné au prince d'Orange : les événements politiques ayant obligé celui-ci d’abandonner le pays, le prince de Chimay s'y logea le 18 août 1583. Après son départ, l'hôtel fut transformé en prison d'état. A la pacification du pays, Albert et Isabelle y vinrent séjourner quelque temps. Ce fut l'Infant Ferdinand qui rendit ce palais à sa destination, en le restituant à l’évèque Antoine Triest.
17i ABBAYE DE S. BAVON.
Cette somme de 4 2,000 livres était minime, relativement aux immeubles que le chapitre avait perdus par suite de la construction de la citadelle. On peut se faire une idée de leur importance, par la demande qu’il adressa à l’empereur pour obtenir une augmentation d’indemnité (a). On y trouve la désignation des bâtiments et de tous les locaux, servant à l’usage de cette puissante communauté : en voici la description suivant cette pièce :
« Une grande et somptueuse église conventuelle, couverte en partie en plomb, avec cloîtres voûtés, deux grands réfectoires (b), prieuré, trésorerie, infirmerie, pitancerie, dortoirs, salle capitulaire; de somptueuses demeures et édifices, des caves, cuisines et greniers, avec jardins attenants et autres dépendances, le tout d’un tenant et contigu aux cloîtres.
« En dehors de ce corps de l’abbaye, une belle maison abbatiale, avec vastes salons et entourée de jardins et enceinte de murs, avec trois chapelles, une bibliothèque, des galeries, des celliers, des cuisines et autres dépendances.
)> Le grand hôtel de la prévôté de l’abbaye; celui de la prévôté de Papinglo, reliés par un vaste bâtiment servant d’écuries et de geôle, et à l’étage, des chambres spacieuses.
» Un autre pâté de bâtiments occupés par les charpentiers et hommes de métiers, avec étages, nommés la vieille abbaye (c) et situés derrière le puits de S. Machaire.
» Un vaste parc (entouré de murs depuis l’année 1200) (d), avec une maison de plaisance d’un côté et une grange en pierre d’un autre côté pour les dîmes.
» Près de l’entrée de l’abbaye et de l’église de S. Sauveur, l’aumônerie, avec étables et dépendances, une cour spacieuse et la demeure du portier. Enfin devant l’église conventuelle, un vaste cimetière entouré de murs, avec deux portes, et un bâtiment pour les écoles dans l’un des angles. »
Un écrivain du XVIe siècle (e) fait une description pompeuse de la cuisine de l’abbaye, dont les cendres du foyer n’augmentaient ni ne dimunaient jamais, quelque feu qu’on y fit s C’estoit chose miraculeuse et en estoit la renommée telle. »
Ces spacieux bâtiments, construits avec tout le luxe de l’architecture chrétienne de siècles antérieurs, avaient intrinsèquement une valeur autrement importante que celle qui avait été fixée par les experts. Ils n’étaient occupés que par trente à trente-six moines au plus. L’écrivain que nous venons de citer évalue leurs revenus à une somme de plus de 20,000 Carolus d’or; mais c’est là une évaluation inférieure, croyons-nous, à la réalité.
D’après ce que nous venons de voir, dans les derniers temps de l’abbaye, tous les bâtiments, marqués pl. 4, litt. I, F, II, N, où se trouvait la crypte de Stc Marie, étaient nommés la vieille abbaye et n’étaient plus occupés, tant aux étages qu’au rez-de-chaussée, que par les ateliers des ouvriers de l’abbaye. Cette circonstance justifie le peu de soins qu’on a mis à restaurer cette crypte, l’écroulement des voûtes : abandonnée par le culte, il suffisait en effet de les remplacer par un simple plafond, soutenu par des piliers, pour l’adapter à l’usage auquel on l’avait destinée.
L’ancienne enceinte de la ville de S. Bavon commençait à l’Escaut (/"), à une porte palissadée, nom-
(а) V. Messager des Sciences historiques, an. 1848, p. 17.
(б) L’église actuelle est l'un de ces anciens réfectoires.
(c) C’est la partie des bâtiments où se trouve la cave en ruines et la crypte de la Vierge : elle est en effet sans liaison avec le bâtiment de l’église actuelle, dont le pignon s’élève à un mètre de distance du mur de cette cave (V. pi. 1, litt. N, H, F, I).
(d) V. Lib. census abb. S. Davonis, p. 15.
(e) Chron. belg. Relation des troubles de Gand, p. 102.
(/) Il est presqu’inutile de faire remarquer qu’avant la construction de la citadelle, le canal de la Pêcherie n’existait pas
ABDAYE DE S. BAVON.
mée tusschen Paelen (entre palis), située à l’endroit de la Pêcherie où le canal forme un coude, en face du couvent de Nonncnbossche. De là elle s’étendait vers la porte de Termonde, située sur la route de ce nom entre les cabarets la Rose et la Pucelle, par le chemin nommé den Couter-weg, qui longe le cimetière actuel, pour aboutir au chemin d’Anvers, derrière la Porte d’or, où se trouvait autrefois la Spitaelporte, ou porte de l’IIôpital, ainsi nommée à cause de l’hôpital de Sle Anne, qui en était proche et qui n’avait été entièrement achevé qu’en 1520 («). En face du cabaret la Porte d’or, on voit encore un large fossé, qui se prolonge dans la direction de Meulestede vers l’ancienne porte de la Muyde. Ce fossé servait de limite de ce côté au territoire de S. Bavon, on commença à le creuser le 13 juin 1488 : il était défendu par une tourelle de garde, nommée Ilerders torrekin, que l’on démolit du vivant de l’historien Marcus Van Vaernewyc. Mais ces limites lui furent contestées par la ville de Gand, l’abbaye se trouva souvent en contestation à ce sujet avec elle, et ce ne fut qu’après un long procès qu’une transaction, arrêtée à la suite d’une décision du grand Conseil de Malines du 3 août 1367, que les limites des juridictions des deux villes se trouvèrent définitivement fixées. Le chemin menant de la porte du Sas, à partir des dernières maisons du faubourg, vers Meulestede, servit de point de limite de ce côté; on y voit encore des poteaux en pierre de taille, portant les initiales de la juridiction respective des parties contendantes, avec le millésime de 1768. A partir de l’ancienne porte du Sas, la ligne de séparation suivait le tracé des anciennes fortifications, le long des prairies; elle y est indiquée par des bornes. Dans le liant, se trouvait un ouvrage de fortification, dit le Darain tor. Depuis la porte de S. Georges jusqu’au pont de S. Bavon, un mur en briques défendait les abords de l’abbaye; on le nommait langlien Sleenendam, dénomination que porte maintenant la rue de S. Georges, qui du temps de l’abbaye était nommée corten Steendam et même Steendam-straete, rue de la digue en briques. 11 existait autrefois sur le langhen Sleenendam une porte dite Zwaerle-poorte, la porte noire; mais elle disparut avant la construction de la citadelle, car elle n’est plus désignée sur le plan de l’abbaye, dressé en 1534. Nous avons vu que l’abbé avait fait encastrer des rangées de pierre blanche dans la tête du pont de S. Bavon, comme marques distinctives de la délimitation de son pouvoir féodal.
Pour atteindre les portes d’Anvers et de Termonde, il fallait passer par la ville de S. Bavon, longer les murs d’enceinte de l’abbaye, de son cimetière et l’hôpital Ste Anne, pour prendre la route d’Anvers; mais on arrivait plus directement à celle de Termonde, et on a découvert il y a quelques années, dans le champ d’exercice, l’ancienne route pavée qui y conduisait.
On remarquait à S. Bavon, outre les bâtiments de l’abbaye et de l’église de S. Sauveur, plusieurs antiques monuments; l’un à gauche du cimetière, à quatre tourelles, l’ancien hôtel de la prévôté de l’abbaye ou de Papinglo; un autre, entre la porte d’Anvers et de Termonde, du côté du mur d’enceinte, et un troisième également à quatre clochetons, dans une rue latérale en face de la résidence de l’abbé. La ville de S. Bavon ne comptait que douze à quinze rues, dont le nom de quelques-unes est parvenu jusqu’à nous : la Modael-straete, qui se trouvait dans le quartier nommé la Pêcherie; la Sermachelins-straete, la Wanner-straete, la Canler-struete, la Rechte-straete, la Mere-straete, la Pape-straete et la
et que l'Escaut coupait la digue, nommée aujourd'hui la Pêcherie, derrière les moulins à vapeur. Ce ne fut qu’après la reconstruction de la citadelle par le duc de Parme, que ce canal fut creusé : on ne le mit en communication avec l’Escaut et la Lys qu’à la fin de décembre 1587. La Pêcherie actuelle doit son nom à un ancien quartier de S. Bavon, qui se nommait « de gemeente de Visscherye, » situé du côté de la porte de Bruxelles, quartier désigné parfois sous la dénomination de Rommelwaeter , empruntée à l’enseigne d’un cabaret qui s’y trouvait.
(a) La planche 31 représente la vue de cet hôpital et de la chapelle de S. Amand, qui y était annexée, et des portes de l’Hôpital ou d’Anvers et de Termonde. Un plan dressé en 1729, le 12 mai, par Benlhuys, indique très-clairement cette enceinte.
ABBAYE DE S. BAVON
Catte-straete, entre les portes de Termonde et d’Anvers et longeant les remparts. La vieille Lys, qui était navigable, baignait les murs de l’abbaye et du parc, et venait même jusqu’au pied de la grange aux dîmes. Un embranchement de cette rivière s’étendait à gauche du pont de S. Bavon, pour aller rejoindre l’Escaut plus bas. En face de ce pont on avait jeté sur l’Escaut un pont en bois, que l’on nommait le pont aux Vaches. Le gibet de la cour féodale était établi sur les buttes en face de la porte de Termonde, et depuis la translation de l’abbaye, elle avait placé un pilori sur la bifurcation des nouvelles routes d’Anvers et de Termonde.
Nous avons profité des travaux que l’on exécute maintenant pour la construction d’un abattoir, pour lever le plan des anciens murs des différents bâtiments dépendant de l’abbaye, hors de l’enceinte de ses ruines. Ces murs sont marqués par la lettre B de la planche 50, litt. A. Celui B’ était probablement le mur extérieur de l’église abbatiale; les autres vestiges des murs ont si peu de relation entre eux, qu’il nous a été impossible de faire même des suppositions sur leur destination. A la lettre A on a trouvé des pilots et de la maçonnerie, qui formait une tête de pont; seraient-ce les vestiges de l’ancien pont de S. Bavon? Nous n’oserions l'affirmer, attendu que les murs B’ font saillie et que l’on sait d’une manière positive que l’ancienne Lys se jetait dans l’Escaut, à-peu-près en face de la porte d’entrée de l’église abbatiale. Si le pont à la lettre A était celui de S. Bavon, la Lys aurait dû y former un coude et se diriger en sens inverse vers la porte de Termonde, ou venir de ce côté pour y déboucher dans l’Escaut, ce qui n’est pas.
Les bâtiments aux lettres C, sont des anciennes dépendances de l’abbaye : à la lettre G on remarquait autrefois un fossé, qui formait l’ancien lit de la Lys; on vient de le recouvrir d’une voûte. Une muraille à la lettre D, construite en blocage, formait, à ce que nous croyons, l’enceinte du parc de l’abbaye; ce mur fut élevé au XIIIe siècle, comme nous l’avons dit. Une tourelle, dont on a abaissé le faîte depuis quelques années, se trouve encore à la lettre II; il est possible que soit celle qui couronnait le palais abbatial. C’est du moins dans cette direction qu’elle est marquée sur le plan de l’abbaye et de ses alentours de l’année 1534.
Une vue de l’abbaye est dessinée sur un des plus anciens plans de la ville de Gand, représentant spécialement le cours des rivières qui la traversent. Elle est prise du côté de la ville de Gand, on y voit distinctement la position du préau des cloîtres, la chapelle de S. Machaire et le puits; l’église abbatiale s’élevait à droite; à gauche le réfectoire (actuellement l’église de S. Machaire), et sur le prolongement du même côté plusieurs bâtiments qui dépendaient de l’abbaye, la brasserie entre autres. Au deuxième plan se trouve l’église de S. Sauveur, et au dernier, les murs d’enceinte.
L’inverse de ce plan, c’est-à-dire la vue prise de l’extérieur de la ville de Gand, a été publié par Sanderus [Fl. ill ., t. II, p. 148, éd. de Cologne); cette vue fut dessinée à une époque plus rapprochée de nous, car on y voit l’appropriation d’anciens bâtiments à l’usage de la garnison du château, et même la construction de nouvelles casernes.
La planche 50, litt. B, représente la vue de l’abbaye, prise à vol d’oiseau, d’après un plan reposant aux archives de la Flandre orientale. On voit que le chevet de l’église abbatiale se prolongeait au-delà du mur extérieur de la crypte de la Vierge. L’explication qui suit, de la signification des lettres marquées sur ce plan, est extraite de volumineuses fardes du procès entre la ville et l'abbaye au sujet de leurs juridictions respectives, terminé en 1768, comme nous l’avons dit.
F. Le langlien of grooten Steendam.
G. Pont de S. Bavon, sur l’ancienne Lys.