‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 13 sur 69 · SAINT MACHA1RE · texte numérisé non relu

SAINT MACHA1RE

Saint Machaire avait renoncé au monde dès sa jeunesse. H vivait dans un parfait détachement des choses créées. Appelé à gouverner le monastère de Saint-Germain, son exemple donnait un grand poids à ses exhortations; c'est aux saints qu'il appartient de former les saints. Plusieurs religieux, que l'Église honore aujourd'hui d'un culte par-

ticulier, se sont formés à son école. Tels furent saint Valéry et saint Blimond, auxquels il donna l'habit de religion.

Quelques auteurs (i) pensent que saint Valéry fit profession à Autumon, en Auvergne, où il était né, et que, dans le dessein de se perfectionner dans la vertu, il vint dans l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, où l'on suivait une règle très austère. Après y avoir passé quelques années, il apprit la réputation de sainteté dont jouissaient les moines de Luxeuil, et se sentit un grand désir d'aller les visiter ; car les saints de la terre se comprennent de loin et cherchent à se rapprocher pour s'édifier mutuellement. 11 savait aussi que saint Colomban, qui gouvernait Luxeuil, était un grand maître de la vie spirituelle. Saint Machaire se rendit aux désirs de Valéry, lui donna sa bénédiction, et l'envoya dans ce monastère» où il demeura plusieurs années. Saint Colomban ayant été obligé de le quitter , Valéry le gouverna à sa place. Plus tard, il fonda celui de Leuconay. Ses jeûnes étaient si rigoureux qu'il passait plusieurs jours sans manger. Des branches d'arbres étendues par terre lui servaient de lit. Malgré sa grande régularité, il se regardait comme un moine négligent et inutile, ne craignant rien tant, après le péché, que d'avoir une réputation de vertu et de sainteté. Mais laissons la vie de saint Valéry, qui s'éloigne de notre sujet, puisqu'il n'est plus à Saint-Germain. Saint Blimond qui y était entré quelque temps après lui, se sentant aussi le désir d'avancer dans la perfection, demanda comme lui d'aller à Luxeuil. Saint Machaire, qui ne désirait que la plus grande gloire de Dieu et le salut de ses moines, lui accorda sa demande.

Ce fut dans ce même temps, environ l'an 500, que saint

(1) Dora Viole lui fait prendre l'habit religieux à Sainl-Gcrmain. Raimbert de Leuconay, qui a écrit sa vie, et Mabillon, act. Ben., t. 2, disent que ce fut à Auluraon.

Marien, né dans le Berry. fut reçu à Auxerre au nombre des moines de Saint-Côme et Saint-Damien. IL fit de grands progrès dans la perfection. L'abbé mit son humilité à une épreuve aussi longue qu'humiliante, en lui ordonnant d'aller garder les troupeaux du monastère à Mézilles, dans une propriété de l'abbaye. Le Saint obéit à ce commandement avec autant de promptitude que les hommes en mettent à courir aux places et aux honneurs. L'abnégation, la douceur, l'humilité et l'obéissance, étaient ses vertus dominantes. L'habitude qu'il avait contractée d'être toujours uni à Dieu par la prière, purifia tellement ses affections, qu'il ne tenait plus à la terre. Le Seigneur honora sa patience et sa simplicité du don des miracles, en sorte qu'il devint célèbre dans le diocèse d' Auxerre.

Parmi les différents traits de sa vie, on rapporte que des voleurs, ayant enlevé une partie de son troupeau, s'enfoncèrent dans le bois. Ces misérables, après avoir marché longtemps, se trouvèrent le soir auprès de sa cellule; le Saint les ayant aperçus , court à leur rencontre, les presse d'entrer chez lui, et leur prodigue tous les services de l'hospitalité monastique. Les ravisseurs, confus de tant de bonté, et frappés de son air vénérable, non-seulement lui rendirent ce qu'ils avaient enlevé, mais encore, l'un d'eux, qui était payen, voulut recevoir le baptême de ses mains (i).

Saint Marien mourut dans l'abbaye de Fontenet (2), à sept lieues de Mézilles, le 29 août 548. Son corps fut rapporté, avec une grande pompe, dans son monastère qui bientôt prit son nom. Ses reliques , objet d'une grande vénération, furent portées, lors du passage des Normands,

(1) Dom Cotron, p. 464.

(2) Ce raonaslèic, do l'Ordre de Grammont, était préa de CorvoU l'Orgueilleux.

dans les saintes grottes de Saint-Germain , où elles sont demeurées.

Le vénérable Macbaire mourut vers l'an 585 (i), laissant le monastère rempli du souvenir de ses vertus. Saint Aunaire, évêque d'Auxerre, n'oublia pas en mourant les moines de Saint-Germain ; il leur laissa la moitié de ses biens parmi lesquels se trouvait la terre de Corbeil, en Gâtinais, celle de Domecy-sur-le-Vault, celle de Vézelay, 4e CcUminiacum dans l'Avallonais , et de Bouiliy dans le Sénonais.

Les religieux de Saint-Germain suivaient la règle des monastères d'Orient; elle était aussi pratiquée dans les établissements que saint Hilaire et saint Martin avaient érigés dans les Gaules. Les fondateurs des grands monastères avaient la liberté de se faire une règle particulière. Ils la composaient d'anciennes pratiques auxquelles ils en ajoutaient quelques nouvelles. De là ce mélange de la règle de saint Benoît, de celle de saint Colomban et de celle des moines d'Orient , qui subsista encore quelque temps. Charlemagne et Louis-le-Débonnaire , désirant établir l'uniformité dans les monastères, travaillèrent à introduire la règle de saint Benoît dans tous ceux qui se trouvaient sur les terres de leur obéissance. M fut décide,

(4) Quelques auteurs ont pensé que saint Machaire n'était autre que saint Aunaire, évêque d'Auxerre, dont le vrai nom était Aunachaire ; on aura fait Machaire, par erreur de copiste.

Il est rapporté dans la vie de saint Valéry que le monastère où il se retira était situé dans une plaine auprès d'Auxerre, ce qui indiquerait celui de saint Cônic et saint Daroien Ou y lit encore que ce saint avançait dans la perfection , sous les yeux de saint Aunaire. Comme ces auteurs ont pu tomber dans quelques erreurs sur les localités et sur les noms propres , nous avons laissé subsister l'opinion du père Viole. Si saint Aunaire est le même que saint Machaire , il aura éié abbé avant de monter sur le siège épiscopal d'Auxerre. Lcb., hi>{. des êvéq. d'Auxerre, p. 122 cl 125. Viole, p. 813.

2(i HISTOIRE DE L ABBAYE

dans le concile tenu à Aix-la-Chapelle , en 802, ainsi que dans d'autres assemblées, qu'elle serait seule observée dans tous les monastères de France.

Saint Machaire, après avoir pris conseil de tout ce que l'Église d'Auxerre offrait alors de plus vertueux et de plus éclairé, l'avait aussi adoptée pour le sien, et lui avait ainsi imprimé l'ordre et la régularité qui devaient le mettre à l'abri des variations auxquelles les institutions nouvelles sont exposées. Cette règle commença à être observée à Saint-Germain en 580, alors que saint Aunaire était évèqne d'Auxerre.

Ceci nous conduit naturellement à dire un mot de saint benoît, cet homme célèbre, dont la règle a servi de base au gouvernement du monastère de Saint-Germain pendant plus de mille ans. En 494, comme il était à peine âgé de quatorze ans et quoiqu'issu de l'une des plus illustres familles de Rome, il quitta la ville éternelle, abandonnant richesses, honneurs, plaisirs, tout enfin, pour se livrer, loin du bruit et des dangers du monde, à la prière et à l'adoration. Sa dévotion ardente envers la mère de Dieu, lui donne la force de surmonter de violentes tentations. 11 s'arrête dans la Campanie, sur les montagnes de Sublac. Là il fait connaissance de saint Romain qui l'instruit des devoirs de la vie monastique , lui donne l'habit religieux, et le conduit dans une caverne presque inaccessible.

Le pieux ermite vécut dans cette retraite de la vie des anges. Quelques racines suffisaient à sa subsistance. La méditation nourrissait son ame. 11 étudiait au pied de la croix la science qui fait les saints, et il acquérait, au milieu des travaux de la pénitence, la précieuse connaissance de la conduite des ames. Bientôt, des bergers découvrent sa retraite; le bruit de ses austérités et de ses vertus se répand au loin, et une foule de disciples se rangent sous sa conduite. Sa réputation grandit tellement, que la jalousie porte des

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impies à attenter à ses jours; mais une protection céleste le couvrait déjà.

Vers l'an 500, de nombreux monastères s'élèvent sous sa direction. C'est alors qu'il écrivit ces règles admirables de la vie religieuse, qui furent adoptées par tous les moines d'Occident dont il fut surnommé le patriarche. Parmi les sénateurs qui vont le visiter dans le désert, on distingue Boéce , son proche parent , ministre de Théodoric , et Tertule, son oncle. Celui-ci, émerveillé de la ferveur des moines et de Tordre qui règne parmi eux, leur conûe son fils Placide, âgé seulement de sept ans; Ëquice, autre sénateur, leur laisse aussi le sien nommé Maur, qui n'en comptait que douze.

Les deux novices comprirent leur maître. Le premier le soutint puissamment, le second continua son œuvre. C'est avec eux que saint Benoit fonda la fameuse abbaye du Mont-Cassin, dont les enfants devaient se répandre dans toutes les parties du globe pour édifier le monde. Ce fut là le commencement de la maison-mère de l'Ordre des Bénédictins, la plus célèbre de toutes.

La France, la première, prêta l'oreille aux bruits lointains de prodiges et de miracles. L'évêque du Mans députe une ambassade solennelle à l'illustre patriarche, pour lui demander des moines. Saint Benoît, se rendant à la prière qui lui est faite, choisit Maur, son disciple bien-aimé, et quatre moines, pour propager sa doctrine dans les Gaules. Les ambassadeurs leur servent de guide. Maur emporte avec lui le poids du pain et la mesure du vin dont ils devaient user, chaque jour, ainsi que la règle de l'Ordre, écrite de la propre main du saint fondateur , qui avait ajouté au bas : Livre du péclieur Benoit. Us arrivent tous à Auxerre vers la fin du carême (1); c'est à cette même

(I) Voyca dora Col ion, p. 485.

époque, le 24 mars 543, que le saint patriarche rendait son aine à Dieu. Maur visita saint Romain , qui bâtissait le monastère de Fontrouge (1), près de Druyes. On croit que c'est ce dernier qui nourrit saint Benoît dans sa retraite , et que ce fut l'invasion des barbares en Italie qui l'obligea à chercher un asile dans les Gaules.

Le séjour de ces religieux à Auxerre y fit connaître l'Ordre de saint Benoît. Les prodiges de vertu qui avaient lieu au Mont-Cassin firent l'entretien des moines qui ne tardèrent pas à embrasser la môme règle. Saint Maur, poursuivant sa route, alla fonder le monastère de Glanfeuil en Anjou, et celui de Saint-Maur-sur-Loire.

On remarque, dans la règle de Saint-Benoît, l'ouvrage d'un homme consommé dans la science du salut, et suscité dans les desseins de la Providence pour conduire les ames à la plus sublime perfection. Le pape Grégoire ne pouvait se lasser d'admirer l'esprit de sagesse et de discernement qui y règne. Aussi la préférait-il à toutes les autres. Elle est principalement fondée sur le silence, la solitude, la prière, l'humilité et l'obéissance. Le fameux Cosmc de Médicis et plusieurs législateurs après lui, qui la lurent et la méditèrent, la regardaient comme une source féconde de maximes propres à gouverner les hommes. Conçue et élaborée au pied de la croix, elle a dirigé des milliers de moines dans les voies de la perfection chrétienne.

Cette règle donne à l'abbé le gouvernement de tout le monastère; elle prescrit, outre la méditation qui doit se faire depuis la fin de Matines jusqu'au poiiït du jour, sept heures de travail manuel par jour, et deux heures de lecture spirituelle ; elle défend l'usage de la viande, et accorde à chaque religieux une hémine de vin et une livre et demie de pain. [ : t /

0) En lalin Fons Rogi, à six lieues d' Auxerre.

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Dans le prologue, le saint patriarche étale aux yeux des hommes les douceurs que l'on goûte clans la religion, et il invite les frères à s'armer de courage pour vaincre leurs passions. « Ecoute, dit-il, ô mon fils, les avis d'un père qui t'aime : rapproche-toi par l'obéissance et le travail de celui dont tu t'es éloigné par la désobéissance et la paresse. C'est à vous que je m'adresse, qui que vous soyez, à vous qui renoncez à vos passions pour vous engager dans la milice de Jésus-Christ, le véritable roi. Ceignez-vous des armes éclatantes et invincibles de l'obéissance; qu'une ardente prière précède toutes vos œuvres, afin que celui qui vous a déjà admis au nombre de ses enfants ne soit point attristé par vos mauvaises actions. »

« En entendant ces paroles de l'Ecriture : « 11 est temps de nous réveiller de notre sommeil, » sortons de notre assoupissement et ouvrons les yeux à la lumière céleste. Ecoutons, comme pour la première fois de notre vie, l'Ecriture ^jui nous crie: « N'endurcissez point vos cœurs; que celui qui a des oreilles [tour entendre, comprenne ce que l 'Esprit-Saint enseigne. » Et qu'enseigne-t-il? «Venez, mon fils, écoutez-moi. Je vous apprendrai à craindre le Seigneur; courez, tandis que vous avez les lumières de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent.» Ensuite, ajoute saint Benoît, le Seigneur, jetant les yeux sur la multitude de son peuple, s'écrie à haute voix: « Où est l'homme qui veut la vie et qui désire couler des jours heureux. » Si, en entendant ces paroles, vous les prenez pour vous et dites : C'est moi ; Dieu vous répond : a Si vous voulez avoir la vraie et éternelle vie, éloignez-vous du mal et faites le bien; recherchez la paix.... * Lorsque vous aurez fait cela, le Seigneur vous dira : « Mes yeux sont sur vous, et mes oreilles sont attentives à écouter vos prières; avant même que vous ne m'invoquiez, je vous exaucerai.» Y a-t-il, mes très-chers frères, quelque chose de plus doux

30 HISTOIRE DE L ADBAYK

que ces paroles si pressantes du Seigneur, pour nous montrer le chemin de la vie. »

d Armés de la foi, l'Evangile à la main, marchons dans la voie du salut, afin que nous méritions par nos bonnes œuvres de voir dans son royaume celui qui nous a appelés.... Que ceux qui ont la crainte du Seigneur ne tirent point une vaine gloire de leur régularité ; mais qu'ils rapportent tout à Dieu, qui opère en eux de grandes choses, qu'ils disent avec le Prophète : a C'est à vous, Seigneur et non à nous, qu'appartient toute gloire. » Paul, apôtre, ne rapportait rien à lui-même du succès de ses prédications, car il disait : o Ce que je suis, je le dois à la grâce.... » S'il en coûte un peu pour se corriger de ses défauts, pour conserver la charité, il ne faut pas perdre courage. Les commencements de la vie chrétienne demandent des sacrifices. Mais quand on est fidèle à observer la loi, le cœur s'y complaît, il éprouve une joie indicible à accomplir les commandements de Dieu. Celui qui passe ainsi ses jours dans un monastère, sa patience lui donne une part à la passion de Jésus-Christ, et il acquiert un droit à posséder son royaume, d Ce peu de mots donne une idée du zèle brûlant qui animait le patriarche des moines d'Occident.

De toutes les vertus, il n'en est point sur lesquelles saint Benoît insistât davantage, dans la pratique, que sur l'humilité. Il en marque douze degrés dans sa règle. On ne saurait trop les recommander, d'après saint Thomas; comme ils sont très-importants, nous allons les rapporter succinctement: 1° Craindre Dieu et ses jugements, marcher sans cesse humilié en sa divine présence, et s'exciter à une vive componction de cœur. 2* Renoncer parfaitement à sa volonté propre , à l'exemple du fils de Dieu qui dit: « Je ne suis pas venu faire ma volonté , mais celle de celui qui m'a envoyé. » 3° Obéir, pour l'amour de Dieu, promptement et sans réserve. 1° Supporter avec patience les souf-

frances, les injures, les adversités. 5 • Découvrir humblement ses plus secrètes pensées à son supérieur ou à son directeur. G 1 Etre content et se réjouir dans les humiliations ; se plaire à exercer les plus bas ministères, à porter des habits pauvres, à aimer la simplicité et la pauvreté, se regarder comme un mauvais et indigne serviteur dans tout ce qui est commandé. 7° S'estimer et se croire intérieurement le plus misérable, le dernier des hommes, et le plus grand des pécheurs, (1). 8° Eviter la singularité dans ses paroles et dans ses actions. 9° Aimer à observer le silence.

10 ' Se garder d'une vaine joie et d'un rire immodéré. 11° Ne point parler d'une voix haute mais avec douceur et gravité. 12 Etre humble dans toutes ses actions extérieures; avoir les yeux baissés, à l'exemple de Manassès, pénitent, et du publicain de l'Evangile. Saint Benoît appuie ces différents degrés d'humilité de citations de l'Ecriture, et il ajoute que, quand on aura passé par chacun d'eux, on arrivera à cette charité parfaite qui bannit la crainte, et qu'on observera la loi de Dieu naturellement, et sans éprouver la moindre gène. Nous aurons souvent occasion de revenir sur cette règle qui forma le miroir de la vie des moines de Saint-Germain (2).

Saint Benoît n'était pas versé dans la littérature profane. Mais saint Grégoire dit que son ignorance était accompa-

(I) Qu'on ne pense pas qu'il y ait de l'exagération dans cette maxime.

11 y aurait de l'orgueil et de la présomption à se préférer au dernier des pécheurs, parce que les jugements de Dieu nous sont inconnus, comme l'ont observé saint Augustin, saint Thomas et saint Bernard. Si les plus grands pécheurs eussent reçu autant de grâces que nous , ils en auraient fait un meilleur usage, et se seraient préservés de ces chutes qui ont souillé leur innocence. Il n'y a pas de mal qu'un homme Tait, dit saint Augustin, qu'un autre ne puisse faire, si la grâce de Dieu l'abandonne. Saint Paul ne nous ordonne-t-il pas de ne nous jamais préférer à qui que ce soit?

(9) Régula, s. Bened , cap. 7.

:H histoire de l'abbaye

gnée d'une vraie lumière et d une vraie sagesse. On lui applique ce que le grand Arsène disait de saint Antoine, que son alphabet valait beaucoup mieux que toutes les vaines sciences du monde. Ce n'est pas sans étonnement que l'on remarque dans la simple législation d'un cloître la solution des problêmes de la science politique et tous les mystères des institutions sociales.

Nos législateurs n'ont rien écrit de plus sage, de plus libéral que ce que saint Benoît méditait dans sa cellule, au sixième siècle. Tous les religieux sont égaux devant la règle, comme ils le sont devant Dieu. Le chef est éligible. Ce sont les moines eux-mêmes qui donnent leur voix pour placer un abbé à leur tête. Lui, à son tour, ne peut que veiller à l'observation du règlement. Les corrections sont écrites dans la règle; les récompenses seront données dans les cieux; récompenses sublimes, si différentes de celles de nos lois humaines, qui évaluent le prix des bonnes actions à une certaine quantité d'argent.

W1NEBAUD.

Dans un concile ou synode tenu à Anxerrc, sous lepiscopat de saint Aunaire, en 590, Winebaud souscrivit, comme titulaire de Saint-Germain, avec huit autres abbés du diocèse. Comme il parait le premier après 1 evêque, on en conclut que son monastère tenait le premier rang. Les auteurs de la Gaule chrétienne commencent par lui la série des abbés de Saint-Germain, avouant qu'ils ignorent le nom des premiers. Ils mettent saint Valéry sous la direction de Winebaud, et rapportent sa mort à l'an 600.

SAINT PALLADK.

C'est dans l'abbaye de Saint-Germain que saint Pallade

se sanctifia et devint par son savoir et sa piété une des gloires de l'Église d' Auxerre. Il se consacra, dès sa jeunesse, au service du Seigneur, reçut l'ordre de la prêtrise de lévêque saint Didier, qui avait pour lui une haute estime. De profondes réflexions sur la gloire que Dieu réserve à ses serviteurs, l'avaient entièrement détaché du monde. Non content de former les moines à la perfection par ses discours et par ses exemples, il travaillait encore à détruire les restes de superstition qui avaieut survécu parmi le peuple. Lesabbésde cette époque et même certains moines animés du désir de procurer la gloire de Dieu, sortaient du monastère pour instruire les habitants des campagnes, qui vivaient dans une grande ignorance des vérités de la foi. Il fallait traduire à ces peuples enfants renseignement sublime de la religion dans un langage vulgaire, sous des formes saisissantes, étaler à leurs yeux» dans la pompe des cérémonies, dans les fêtes multipliées, toutes les suaves magnificences du culte catholique. Cet apostolat fut souvent réservé aux moines ; le peuple voulait les voir, il les écoutait avec surprise, et bientôt il brisait ce qu'il avait adoré.

Saint Pallade reçut pour son monastère de riches présents de l évèque saint Didier. On remarque un vase d'argent du poids de trente-sept livres. L'histoire d'Enée y était retracée avec des inscriptions en lettres grecques. On y lisait aussi le nom Thorsomodw , qu'on pense avoir été celui d'un roi Goth, auquel ce vase aurait appartenu. Le portrait de Neptune avec son trident, était gravé sur une aiguière du poids de trois livres; le total des présents en argenterie que fit le saint évèque s'élevait à cent dix-neuf livreset cinq onces. 11 voulut encore qu'en inhumant son corps à Saint- Germain, on employât cent sous d'or pur pour orner son tombeau, comme c'était alors la coutume parmi les grands personnages. On a vu que Clotaire avait appliqué une

lame d'argent doré à la voûte qui était au-dessus de celui de saint Germain. Le pieux évèque légua aussi à la mense de l'abbaye plusieurs villages avec les maisons, les terres. Ie3 prés, les bois et les troupeaux qui en dépendaient, comme Orgy, dans la paroisse de Chevannes. Marcy, dans celle de Saint-Georges, N an telle et Poiry, dans celle de Vaux. Il ajouta encore d'autres terres, entre autres les Baudières, dépendant de la paroisse d'Héry, dans le diocèse de Sens, Rouvray, qui en est éloigné d une lieue, Sessy et Saint-Fargeau. Leur revenu était destiné à entretenir l'hôpital du monastère. Saint-Didier était un des plus riches et des plus puissants seigneurs de son temps. Dieu lui ayant fait voir le néant des grandeurs de la terre, il se consacra à son service et fit un saint usage de ses richesses.

Lorsque la religion chrétienne fut prêchée dans les Gaules, elle trouva la société dans une dégradation étonnante. Les Romains, vainqueurs du pays, avaient établi des proconsuls qui croyaient avoir rempli leur mission lorsqu'ils étaient parvenus à comprimer les révoltes et à faire payer de lourds impots. On ne tenait aucun compte des souffrances du peuple, qui languissait dans la misère. La religion, qui est venue consoler tout ce qui pleure, soulager tout ce qui souffre, établit des hôpitaux dans les villes et sur les grands chemins. L'empire avait bien les siens, mais c'était seulement pour ses soldats. Les moines se chargèrent de cette œuvre admirable. L'abbaye de Saint-Germain avait à Auxerre même, et dans sa propre enceinte, trois hôpitaux, l'un pour les familiers, c'est-à-dire pour les religieux et les habitants des campagnes dépendant du monastère; l'autre pour les riches, et le troisième pour les pauvres et les étrangers. Les auteurs de ces belles fondations ne sont point connus. Telle est la destinée des institutions catholiques. Dieu conduit souvent les choses de façon que nul ne

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puisse en être appelé l'auteur, afin qu'il ne s'y rattaclio aucun nom Immain.

Ces admirables hôtelleries n'étaient pas seulement ouvertes aux malades, mais à tous les voyageurs; l'étranger y était accueilli avec l'amitié la plus cordiale, parce qu'elle «tait fondée sur l'Evangile, où le fils de Dieu dit, en parlant de ceux qui exercent l'hospitalité : Celui qui vous reçoit, me reçoit. Il a dit aussi qu'un verre d'eau donné en son nom aurait sa récompense. Dans ces maisons, le voyageur trouvait tous les secours que pouvait réclamer son état d'épuisement ou de fatigue. Lorsqu'il se retirait, on lui demandait, pour tout payement, qu'il voulût bien se ressouvenir de la communauté dans ses prières. Qu'il y a loin de cet accueil fraternel, fondé sur la charité chrétienne, à ces secours philanthropiques que l'on délivre, de nos jours, sur les certificats d'un maire ou d'un médecin ! La religion savait élever le cœur du peuple, susceptible de si nobles élans, et mériter sa reconnaissance par de généreux sacrifices.

A ces époques extraordinaires de création, on touchait encore au foyer divin qui vivifia la foi primitive. On sentait toujours la chaleur qu'il répandait sur tout ce qui l'approchait. Si tout est tiède près de nous, tout était brûlant dans le cœur. des premiers fidèles. Leur inépuisable charité n'enfantait que des merveilles.

L'abbaye de Saint-Germain était aussi, dans ce temps, un asile très-respecté. Ce fut encore la religion qui étendit ses bras pour accueillir le proscrit que la barbarie poursuivait pour le mettre à mort, presque sans forme de jugement. Ceci est une preuve frappante du respect qu'on avait pour les lieux saints dans ces temps malheureux et montre combien sont puissants les obstacles que la religion oppose à la violence et à la tyrannie. Cette mesure prévenait les homicides si fréquents, par suite du droit sauvage accordé

aux vengeances privées qui étaient héréditaires et solidaires parmi les familles germaniques. Pour un coupable protégé, l'Eglise sauvait cent opprimés. L'abbaye de Saint- Martin de Tours et celle de Saint-Germain d'Auxerre, illustrées par les grands hommes qui avaient présidé à leur fondation, et par les moines qui les habitaient, passaient pour les lieux les plus révérés de la France. Les grands comme les petits, qui avaient encouru la colère du prince ou d'un maître brutal, n'avaient pas plutôt touché le seuil de ces saintes maisons, que leur vie ne courait plus de dangers. Dieu lui-même les prenait sous sa protection. Quel que fût 1 audacieux qui aurait violé ces asiles, il eût été réputé infâme et sacrilège. Les moines se chargeaient de pourvoir aux nécessités de leurs hôtes pauvres; les hommes puissants, qui y venaient quelquefois avec une suite nombreuse, pourvoyaient eux-mêmes à Ictus besoins.

L'infortuné Mérovée, Ois de Chilpérie, fut reçu dans l'asile de Saint-Germain vers l'an 576. Ce prince, poursuivi par Frédégonde, sa belle-mère, qui ne pouvait lui pardonner d'avoir épousé Brunehaut, sa tante, s'était enfui dans l'église de Saint-Martin de Tours. Son père et eelte indigne marâtre menacèrent le monastère de pillage et de destruction, si on ne le leur remettait pas. Grégoire, alors évêque de ce siège et historien de ces événements, ne se laissa |>as ébranler par ces menaces. Cependant, Mérovée, ne voulanl pas qu'un lieu aussi saint fût exposé à la profanation à cause de lui, s'échappa et s'enfuit en Bourgogne auprès de son oncle Gontran. Erpon l'arrêta près d'Auxerre, mais, trompant sa vigilance, le prince s'arracha de ses mains, et eut le bonheur de gagner l'asile de Saint-Germain, qui lui assura la liberté et la vie. î ***m;h *ut\m viwl

On voit, par un passage d'Héric (1), qu on n'osait même

(I) Labb.y tribl. mss. Herici de mirac, l i, p. 550.

pas jurer sur l'autel de la basilique île Saint-Germain, pour une chose vraie; que ceux qui, pour un mensonge, juraient sur le seuil de la porte, étaient punis sur-leehamp ; que les uns étaient morts subitement, que d'autres avaient perdu la raison, ou avaient éprouvé les effets de la vengeance céleste. Telle était la persuasion du peuple au huitième siècle.

L'asile, l'hôpital, et l'hôtellerie demandaient des appartements plus spacieux que ceux qui étaient destinés aux moines; c'est pourquoi les bâtiments des grandes abbayes étaient si considérables. Les mœurs simples de ces époques reculées n'exigeaient pas pour ces édifices autant de dépenses que de nos jours, où une éducation molle oblige à tant de précautions sanitaires. Les salles destinées, soit aux hôtes, soit aux religieux, étaient immenses. En 1150, le dortoir des moines de Pontigny qui servait en môme temps à l'abbé avait cent-sept pas de longueur.

La mort ayantenlevé, vers l'an 621 , l'évèque saint Didier, tous les regards se portèrent sur l'abbé Pallade pour le remplacer. Sa modestie, son humilité, ne purent le soustraire aux vœux du peuple et du clergé. Quel que fût son amour pour la retraite, il consentit pour le bien de l'Eglise à monter sur le siège épiscopal d'Auxerre. Ses vertus, renfermées jusqu'alors dans le silence et l'obscurité du cloître, parurent au grand jour. Sa porte était continuellement ouverte à tout le monde. Il avait une prédilection particulière pour les pauvres, les malades et les affligés. Ses instructions, soutenues par la sainteté de sa vie, produisaient des fruits merveilleux. Non-seulement, il convertit un grand nombre de pécheurs, mais il engagea encore beaucoup de personnes de l'un et de l'autre sexe à renoncer au monde. Il fonda divers monastères, dans lesquels plusieurs de ceux qu'il avait convertis reçurent de ses mains l'habit religieux.

Comme ce saint évoque avait aparté, en montant sur le siège épiscopal, moins de fortune que se9 prédécesseurs, le roi Dagobert vint à son secours pour lui aidera soutenir son rang et lui fit présent de trois terres : Migennes, Vin-

relles etTrucy. Notre saint les employa aussitôt en bonnes œuvres. Il fonda le monastère de Saint-Julien, près de la \ ille. au levant, et y plaça des vierges et des veuves. Il dota aussitôt ect établissement de grands biens qu'il retira à des églises très-riches. Ce monastère renfermait trois églises, dans chacune desquelles l'abbessc devait faire célébrer tous les jours une messe, outre celle de communauté, et nourrir douze pauvres. Tous les jeudis elle était encore tenue d'en faire célébrer une dans l'église de Saint-Etienne, de s'y rendre procession nellemcnt avec la communauté, etde nourrir trente pauvres. Le Jeudi-Saint elle devait en nourrir soixante et les habiller. Ces aumônes et ces prières étaient pour le roi Dagobert cl la famille loyale, pour l'évoque d'Auxerre, pour ses prédécesseurs et ses successeurs. L'acte de fondation est de l'an 635 (1). Les moines, en distribuant du pain aux classes pauvres, leur donnaient aussi des instructions, ils suivaient le malheureux dans sa chaumière, et voulaient le voir à l'église. Sa position était bien différente de celle qui lui est échue depuis la suppression des cloîtres.

Saint l'allade fonda encore un autre monastère près des murs de la cité, au midi, et le dédia à saint Eusèbe de Verccil. Il le fit entourer de murailles de tous côtés, comme il avait fait pour celui de Saint-Julien.

Nous ne suivrons pas le pieux évoque dans tout ce qu'il entreprit pour la gloire de Dieu, durant les trente-six ans qu'il tint le siège épiscopal. Il mourut vers l'an 657, cl fut inhumé dans la basilique deSaint-Eusèbe qu'il avait bâtie. liiJrit l wii>î** il* îïOiu.'Yi J »■> mj< •> Jii; / j ii jqj/'fo

,11 Uisl <lo V:\hb. de Saint-Julie», |>. 17 el siiiv.

ÎMÎ SAINT— GERMAIN. 30

Sa souscription, conservée au bas de deux chartes, marque sa profonde humilité : Pailadius, peccator (I), c'est-à-dire, Pallade, pécheur. L'histoire des évèques d'Auxerre parle des miracles qui s'opérèrent sur son tombeau. Il fut canonisé par Guy, l'un de ses successeurs, vers le milieu du dixième siècle. Ce prélat ayant fait ouvrir son tombeau, ainsi que celui de saint Tétrice, le 30 juillet 945, ramassa avec piété leurs ossements et les renferma dans des châsses, qu'il fit placer au-dessus de l'autel, afin qu'ils fussent mieux exposés à la vénération des fidèles, et qu'il ressentît lui-même plus puissamment leur intercession. Ces reliques furent conservées dans l'église de Saint-Eusèbc jusqu'au désastre des huguenots, en 1567.

LUPONE.

Cet abbé est cité dans le titre de fondation du monastère de Notre-Dame-la-d'Hors. Il avait vendu à saint Vigile, qui en était le fondateur, certains emplacements, proche al porte de Paris. Quoique dans ce titre, appelé le testament de saint Vigile, il ne soit pas désigné comme titulaire de Saint-Germain, le père Viole n'hésite pas à le ranger parmi les abbés de cette maison, parce que les propriétés qu'il céda ont dû faire partie de celles que le monastère possédait, dans cette contrée, de temps immémorial.

SAINT TÉTRIQUE.

L'édification que l'Eglise d'Auxerre reçut de l'abbaye de Saint-Germain, durant les premiers siècles de sa fondai rm, fut telle qu'on pouvait lui appliquer celte prophétie d l-

(I) Lcb., uicm., \. I. p. 17>8 el ir>9.

saïe, louchant la loi nouvelle: « La solitude sera dans l'allégresse; elle fleurira comme le lis; elle sera dans la joie et les louanges (t). » Là, on voyait des moines marchant sur les traces de Jésus-Christ, parlant peu, descendant souvent dans leur intérieur pour se connaître eux-mêmes, et contractant la sainte habitude d'avoir leur conversation dans le Ciel.

Un des abbés les plus recommandâmes que le monastère ait possédés, fut Tétrique ou Tétrice, que l'Eglise a mis au nombre des saints, à cause de l'extraordinaire pureté de mœurs qu'il montra dès son enfance. 11 naquit, dans le comté de Sens, de parents vertueux qui le formèrent à la piété. Il quitta le monde de leur consentement, et alla finir son éducation à Saint-Germain. Son zèle pour la perfection le distingua bientôt des autres frères, qui l'élurent d'une voix unanime pour leur abbé. Il se livra alors, avec plus d'ardeur, aux exercices de la prière et de la pénitence. Il prit un soin particulier des pauvres, classe si nombreuse dans ces siècles où le commerce était presque nul et où les troubles do l'Etat enlevaient les ressources de tant de familles. Le siège d'Auxerrc étant venu à vaquer, le saint abbé on fut élu évèque (2). Comme son humilité le portait à fuir cette dignité, on l'enleva presque par force de son monastère, pour le placer sur le trône épiscopal (3). Sa vie répondit à l'attente du peuple et du clergé. Il annonça souvent la parole de Dieu, et tint des synodes; mais la discipline qu'il s'efforçait de faire fleurir dans son diocèse lui attira des ennemis. Son archidiacre (4), comme on croit, ne pouvant vivre avec un pasteur aussi vigilant, forma le

(1) Isaïe xxxv, 1, 2, 6, 7.

(2) Lab., bihl. mss., t. 1, p.

(3) Viole, mss., t. 2, p. 819.

(î) Lab., bibl. mss., 1. 1, p. 4ïf).

dessein de le tuer. Etant donc entré un jour chez lui. il le trouva endormi sur un banc et lui plongea un poignard dans le sein. C'était le 18 mai 706 ou 707. 11 fut inhumé dans l'église deSaint-Eusèbe. Les évoques, ses successeurs, flrent bâtir, sur le lieu de son martyre, un oratoire de son nom qui, sous le règne de Charlcs-lc-Chauve, était trèsfréquenté.

QUINTILIAN.

Quintilian ou Quintilien, né en Puisa ye, d'une famille distinguée par ses vertus, sa noblesse et ses grands biens, embrassa la vie religieuse dans le monastère de Saint-Germain, et en devint abbé. Son père nommé aussi Quintilian, était seigneur du pfeys; il avait fondé dans cette contrée le monastère de Moutiers, avec un hôpital, pour recevoir les étrangers, mais spécialement les pèlerins qui allaient à Home.

Quintilian, enseveli dans la retraite avec ses moines, cultivait en paix les vertus religieuses, lorsque le clergé et le peuple d'Àuxcrre l'élurent pour évêque. L'obéissance qu'il devait à l'Église, lui fit quitter sa chère solitude, mais non sans verser beaucoup de larmes. U mourut quelque temps après, et alla, dans une vie meilleure, recevoir la récompense de ses vertus. Son corps fut inhumé à Saint- Germain, auprès de ceux de ses prédécesseurs. On lui donne le titre de bienheureux (1).

Lorsqu'il fallait élire un évêque, le clergé et le peuple s'assemblaient au monastère de Saint-Germain. La sainteté

(1) Lebcuf lui donne onze ans d épi&copal, il pense que f.illien, doul oo fait un autre évêque d'Auxcrre, esl le même que QuinUllicn. Leb., mena., t 1, p. 10"

du lieu semblait les éclairer sur le choix qu'ils avaient à faire. L'élu avait coutume de passer plusieurs jours en prières, sur le tombeau du saint fondateur, afin d'obtenir la protection de ce grand pasteur des ames, pour gouverner dignement le troupeau qui lui était confié. De là vint cette coutume que 1 evêque d'Auxerre se rendait toujours à Sain t- Ocrmain, où il passait une semaine, ou un jour et une nuit, au moins, avant de prendre possession de son diocèse (2).

Un prélat était alors un personnage bien autrement important qu'il ne l'est de nos jours; c'était l'unique puissance des églises provinciales. 11 était le maître et le distributeur des richesses ecclésiastiques, dans toute l'étendue du territoire diocésain; il était le représentant de l'opinion publique et religieuse, le protecteur et le modérateur de toute la parlie civile de son peuple. Les synodes et les conciles provinciaux veuaient fortifier son influence. Les vaincus se plaçaient sous l'égide de son pouvoir tutélairc ; les vainqueurs eux-mêmes fléchissaient le genou devant ce chef de la religion chrétienne. Les descendants de Charlemagnc connurent, par expérience, de quel poids les évoques français pesaient dans la balance des nations.

Leur pouvoir sur le temporel des églises les rend toutpuissants pour le bien de leur diocèse. Us nourrissent les pauvres, ils fondent des monastères, ils bâtissent de nouvelles églises, et multiplient, de toutes parts, les monuments de leur charité.

Dans ces temps de trouble et de servitude, la religion prenait en main la direction de la société tout entière ; elle faisait, dans les conciles et les synodes, des lois pour le gouvernement temporel des peuples; elle se chargeait des pauvres; elle accueillait dans ses monastères les hommes sans emploi et les pécheurs mêmes que la société repous-

(2) Gall. c/</ ., t. 12, col. 3G8.

PE SAINT-GERMAIN. 1,'t

sait; les filles, que leur abandon dans le monde exposait a des dangers é\ idents, avaient aussi leurs maisons de refuge ; enfin, elle rachetait les captifs, protégeait les orphelins, et amnistiait les prisonniers. Cette amnistie était accordée par les plus grands serviteurs de Dieu, au nom de Jésus- Christ, souvent au passage de quelques reliques. Saint- Vigile est assassiné auprès de Soissons, en 684, victime de son zèle. En rapportant son corps à Auxerrc . on traversa la ville de Sens. Tout-à-coup les portes des prisons s'ouvrent miraculeusement ; les chaînes des détenus se rompent. Toute cette foule de misérables, accourue à la suite du convoi, l'accompagne jusqu'à Auxerre. Plusieurs déposent leurs chaînes sur le tombeau du saint. Laissant à part le miracle, qui peut être l'ouvrage de l'historien mal informé, le fait certain, c'est qu'au passage des reliques, la liberté fut donnée à tous les prisonniers (1). Lorsqu'on porta en terre le corps de saint Amatrc, les prisons d* Auxerre s'ouvrirent également, et les détenus recouvrèrent la liberté. Quelle influence une grâce obtenue par l'intercession d'un saint, ne devait-elle pas avoir sur le moral de ces prisonniers? La reconnaissance retournait à Dieu, l'auteur de tout bien, et le coupable était corrigé.

Depuis longtemps, les grands convoitent les biens des églises. Les invasions sarrazines leur fournirent l'occasion de s'en emparer. Les Sarrazins, ces féroces vainqueurs, avaient étendu leurs conquêtes en Espagne, et jeté l'épouvante dans le royaume de France, où ils pénètrent les armes à la main. Us poussent leurs succès jusqu'à Auxerre et à Sens. Le pillage des monastères, le massacre et l'incendie marquent leur passage; chassés de nos pays par saint Ebbon, archevêque de Sens, ils se replient sur Poitiers, où Charles-Martel les joint avec l'année française,

i\) Lcb., mcm., t. \, p. 1 13 cl 2j.

et remporte sur eux une victoire complète. Pour récompenser les officiers de son armée, ce prince s'empara du droit qu'avaient lesévêques sur le temporel des églises et des monastères, en forma autant de bénéfices, dont il disposa en leur faveur. Ces militaires prirent le titre d'abbés, et ne laissèrent aux moines que le strict nécessaire pour vivre. Cbarles-Martel no leur avait donné que L'usufruit des biens ; mais, à la faveur des troubles du royaume, ils en disposèrent en maîtres, les vendirent ou en gratifièrent leur famille. Le monastère de Saint-Germain perdit ainsi les terres de Gucrchy , de Moulins , de Corvol, qui avaient été données par saint Germain luimême; les autres biens, légués par saint Aunaire et saint Didier, passèrent aussi en des mains étrangères. On espéra d'abord recouvrer ces propriétés si injustement enlevées ; mais les spoliateurs furent maintenus dans leurs possessions.

Pépin, fils de Charles-Martel, étant monte sur le trône en 750, se montra favorable à la religion, il écouta les plaintes des moines de Saint-Germain; mais il n'osa pas leur faire restituer leurs biens : il crut les dédommager en leur donnant un abbé régulier et en leur permettant d'avoir quatre bateaux sur les rivières, pour transporter les provisions du monastère sans payer de droits. Ce privilège fut confirmé par Charlcmagnc, dans un titre daté d'Aix-la- Cbapellc. Ce prince demanda à l'évêque d'Auxerrc, saint Aaron, la main de saint Germain, pour en faire présent au monastère de Cuzan, qu'il avait fondé, et à qui il avait donné le nom de ce grand saint. 11 parait qu'il entendait par là un reliquaire en forme de main, dans lequel se trouvaient des choses qui avaient touebé le corps du saint éveque, ou qui avaient servi à son usage , car son tombeau ne fut ouvert pour la première fois qu'en 81i.

\.v monastère trouva une compensation de ses perles

ne SAINT-GERMAIN. 45

dans les donations d Haymard, éveque d Auxcrre. 11 concéda, pour la subsistance des moines, le village d'Annaysur-Loirc, avec les bâtiments, les serfs, les bois et autres dépendances; il y ajouta un village du Gâtinais, appelé Ponlnaissant, et tout ce qui en faisait partie. Il ajouta encore, pourdoter l'hôpital, Néron et Lignorelles, avec leurs dépendances.

Le prieuré de Mouticrs fut donné à l'abbaye à la suite des malheurs de cette époque. Dans le plus épais des forêts de la Puisa ye, non loin de Saint-Sauveur, se trouvait une chapelle dédiée à la Vierge, sous le vocable de Notre-Dame de-Mélédrat. La tradition du pays assurait qu elle était bâtie sur l'emplacement d'un des quatre autels que les Druides avaient consacrés dans les Gaules à la vierge qui devait enfanter (1). Cette chapelle était devenue célèbre par le concours des pèlerins qui s'y rendaient, surtout depuis que Quintilien, père de l'abbé de Saint-Germain, eut fondé auprès, vers l'an 700, une celle, ou petit monastère, d'où lui vint le nom de Mouslier ouMoulicr, et y cul joint un hôpital pour recevoir les Bretons ou Anglais, qui passaient par là en allant visiter les lieux saints de Rome. Ces faits sont attestés par Glabert et par les trois auteurs qui ont écrit la vie des premiers évèques d'Auxerrc, vers l'an 873. Moutiers devint bientôt un monastère que sa beauté et son importance signalèrent à l'intérêt de l'Eglise d'Auxerrc. Il réunit jusqu'à vingt-six religieux qui célébraient l'office du jour et celui de la nuit dans une église dite de Saint-Germain qui joignait celle de Notre-Dame (2). Cet état brillant ne subsista pas longtemps. Vers l'an 730, Charles-Martel donna ce monastère, ainsi que beaucoup d'autres du diocèse, à des séculiers qui s'emparèrent des

(I) Virgini pariturœ, dom Viole, mss., I. i. p. (l) Gall chr., t. -2, roi. 370.

if» HISTOIRE DE I. ABBAYE

revenus et s'approprièrent les biens. Ce fut flans ces circonstances que les religieux, menacés d'une ruine prochaine, s'associèrent du consentement de leur abbé laïque, le comte Conrard, au monastère de Saint-Cermaiu. Cette association fut continuée par le roi Cbarles-le-Cbauve, en 881, et par un concile tenu à Piste-sur-Andelle, en Normandie. L'original de la pétition des moines de Notre- Dame-de-Mélédrat, adressée à l'abbaye de Saint-Germain, et signée par eux, fut produite par l'abbé de Beaujeu, pour soutenir les droits de ce prieuré, en 1312. Celle pièce fut détruite par les huguenots. Le monastère y est désigné sous le nom de Celle. Cependant, il a toujours été qualifié du tilre d'abbaye: il portait une crosse dans ses armes (I).

(1 ) L'abbé Ileldric fut le restaurateur de ce monastère en 996.

Vers Tan 11 GO, le comte Guillaume IV lui accorda plusieurs franchises. Le prieur dom Martin le libéra de quatre-vingts livres de dettes, somme considérable pour ce temps-là. 11 reconstruisit les cloîtres, le dortoir, le chapitre, l'infirmerie, le réfectoire , les cuisines ; il rebâtit les murailles de clôture, fit des acquisitions de bois et de moulins à Saint- Arnaud et à Annay. Les guerres de Bourgogne, les pestes et autres calamités qui affligèrent la Puisaye, dans les siècles suivants, ruinèrent tellement ce prieuré, que les édifices, les frères, tout manqua ;i la fois. C'est pourquoi, en 1414, le pape Jean XXII supprima son titre et attacha ses biens à la fabrique de l'église de Saint-Germain. Mouticrs cessa dès-lors d'être un prieuré titulaire, quoique l'abbé de saint Germain y envoyât des frères pour faire le service divin.

Le frère Jacques de Nanlon en avait les biens à bail, eu 14C0, moyennant cinquante-deux livres de rente , savoir : quarante pour la fabrique et douze pour les religieux. Lo soin qu'il prit de tenir les bâtiments en bon état, le fit surnommer le bon prieur. Au bout de neuf ans d'administration, en bulto aux vexations des officiers d'Antoine dcChabanncs, seigneur de Sainl-Fargeau cl grand maître de France, il fut obligé de donner sa démission ; il fut ensuite élu abbé de Qucures, où il périt malheureusement d'uuc chute sur un escalier.

Les abbés eommeudataires prirent la régie des biens de ce prieuré en 1510 et s'en approprièrent tous les revenus, eu disant que, d'après leur bulle de Rome et la bulle d'annexé à la fabrique de Saint-Germain.

ALÉGRECUUE.

Durant les guerres civiles de Louis-le-Débonnaire et de ses enfants, les chartes du monastère de Saint-Germain furent perdues, et avec elles le nom des abbés réguliers, établis par Pépin et par Charlemagnc. La Gaule chrétienne parle d'un titulaire du nom de Burgoalde qui aurait précédé Alégrecque et qui vivait en 816. Celui-ci obtint du roi Louis-le-Débonnaire une charte datée d'Aix-la-Chapelle, le dix mars de cette année, dans laquelle le monarque dit: « Nous faisons savoir aux évêques, aux abbés, aux ducs,

aux comtes à tous les fidèles de l'Eglise do Dieu, que

le vénérable Alégrecque, abbé du monastère de Saint- Germain, situé dans un faubourg d'Auxerre, a porté à notre connaissance les concessions que le roi Pépin, notre aïeul, Karl (Charlcmagne), d'heureuse mémoire, notre auguste et très-pieux père, et plusieurs rois francs, nos prédécesseurs, ont faites à son monastère, en vue des récompenses éternelles, savoir, qu'ils pouvaient avoir quatre» bateaux sur la Loire ou sur tout autre fleuve, pour transporter les provisions du monastère sans payer de droits. » Puis le roi ajoute : « Pour l'amour de Dieu, et par vénération pour le pontife saint Germain, nous voulons aussi qu'ils aient quatre bateaux sur la Loire ou sur tout autre fleuve hors du diocèse d'Auxerre, sans qu'on puisse exiger de droits sous quelque prétexte que ce soit (i). »

l'entretien de l'église était à leur charge. Pierre de Lyon réduisit les frères, qui étaient cinq depuis un siècle , a un seul. Toutes les réclamations des religieux furent en pure perle. Lab., bibl. mss., toy. Car lui., f. 100, bulle d'annexé du pafte Jean XXII.

(1) Cailul. de Saint-Germain , feuille 36. Cette pièce est imprimée dans les capilul. de Ilaluze, t. % p. 144, et dans les annales du P. Le Coinle, I. 7. p. 3C3.

Alégrecquc, distingue! par ses talents et par ses vertus, fut député par l'évêque d'Auxerre, au concile d'Aix-la- Chapelle. 1) en rapporta non-seulement les décrets, mais encore les règlements d'Euticius, c'est-à-dire les lois, les usages et les coutumes de saint Benoît d'Aniane. De son temps, beaucoup de moines d'une sainteté éminente florissaient dans son abbaye. Sachant que rien, dans l'Eglise, n'est plus grand que de travailler au salut des aines, ils se chargeaient toujours du ministère de la parole. Les monastères les plus renommés de ce temps-là, tels que Corbic, Sainl-Médard, évangélisaient aussi les peuples des villes et des campagnes. Les religieux de Saint-Germain se livrèrent aux fonctions pastorales jusqu'à l'abbé Hugues de Montaîgu ou saint Hugues, vers l'an 1100, c'est-à-dire aussi longtemps qu'ils crurent que la gloire de Dieu et le salut du prochain réclamaient les secours de leur ministère (I).

iious sommes ai rives a nue tics époques les pins 1101 lisantes de I abbaye. Sous le règne de Charlcmagnc, prince zélé pour la propagation de la foi et pour le maintien de la discipline ecclésiastique, on tint beaucoup de synodes. La loi brille d'un nouvel éclat ; les fidèles, animés du désir de travailler à leur perfection, peuplent les monastères. Celui de Saint-Germain renfermait alors plus de six cents moines. Os nombreux cénobites s'appliquaient alors à l'instruction de la jeunesse. Quoiqu'on ne dissertât pas beaucoup sur la vie religieuse, on mettait en pratique dans l'abbaye ce que saint Thomas a prouvé depuis par l'exemple de Jésus-Christ, celui de la sainte Vierge et des apôtres, qu'il n'y a pas d'état plus parfait que celui où les fonctionsde la vie active sont sanctifiées par les exercices de la vie contemplative.

(1) Gall. chr.. t. 12, p. 370

accueillent les étrangers, soignent les malades dans leurs hôpitaux, et ouvrent un asile aux proscrits. Toujours disposés à se prêter aux besoins du temps, ils secondent, au neuvième siècle, le génie de Charlcmagne, qui mettait u> Icttrescn lionncur parmi ses sujets, voulant dissiper l'ignorance grossière qui régnait parmi eux. Ils ouvrent alors une école publique oii l'on enseigne la grammaire, le calcul, le chant et les autres sciences ecclésiastiques. Les évoques en fondent également dans leurs maisons épiscopales. Le fameux Aleuin, religieux, fut nommé inspecteur général de toutes les écoles de France.

Celle qui fut établie à Saint-Germain devint une des plus célèbres du royaume. On y vil accourir des princes, des gentilshommes, enfin, toute la noblesse du pays. Le nombre des étudiants fut porté à deux mille, on dit même jusqu'à cinq mille (1). Les moines se chargeaient euxmêmes de cette nombreuse jeunesse, qu'ils se partageaient dans leur vaste établissement. Le travail, la récréation, et jusqu'au sommeil de chacun de ces enfants, étaient l objet de leur attention continuelle. Les portes de leur école étaient ouvertes à toutes les classes de la société. Les mœurs grossières et parfois féroces que l'on remarquait parmi le peuple et parmi la noblesse, gagnèrent singulièrement à cette éducation chrétienne, donnée par des moines dont la plupart étaient de grands serviteurs de Dieu. Ils développaient peu à peu dans les masses ce qu'il y a en elles de bon, de confiant et de généreux.

Charles-le-Chauve plaça son fils Lothaire dans les écoles de Saint-Germain. Alton et Bauson, cousins de Lothaire. Ilucbalde, docteur fameux, Abbon, Ebrard, princes teutoniques, y firent leurs études. Dans le dixième siècle.

(I) Doiu Viole a écril 200<> , une main étrangère a écrit au-dessus

rvooo.

Héribeit, comte d'Aquitaine, y envoya son lîls, Hugues de Vermandois, qui y passa plusieurs années. On en vit sortir des élèves et des maîtres d'un mérite distingué, lels que Héric, la luniière de celle école par luniversalilc de ses connaissances, elKcmy d'Auxerrc, le digne héritier de sa chaire et de son savoir : il fut appelé à llcims par l'archevèque Foulques, pour rétablir les écoles de celte ville. De là il passaà Paris, où il ouvrit, vers l'an 900, la première école publique. Son enseignement embrassait les sciences divines cl profanes. On était convaincu qu êtant bien étudiées, elles se prêtaient un mutuel appui. 11 a laissé des commentaires sur presque toute l'Ecriture- Sainte (I). Rodolphe Glabert, le chroniqueur le plus renommé du onzième siècle, sortait aussi de l'école de Saint- Germain. Vers l'an 1 1 40, saint Thomas de Cantorbéry vint y étudier le droit cl s'y livrer aussi a l'enseignement. On voit qu'on s'exerçait à Saint-Germain sur les matières les plus dignes, par leur grandeur et par leur importance, d'occuper l'intelligence humaine. De tels travaux suppo- * sent une bibliothèque avancée et des ressources littéraires bien r#re£ ailleurs. v t L t ,j . }iu ... ,,,«., mon:>- ^

Sur la fin du neimème siècle, saint Odon, depuis abbé de Cluny, fut un des successeurs de Ucmy dans celle école célèbre. La bonne éducation que saint Germain, évèque de Paris, avait reçue à Avallon et à Luzy, du sainl prêtre Scopillon, son parent, prouve que les sciences n'étaient pas négligées dans les villes voisines. ^ tIlJ1i 0i ^ illt L.

Les écoles tle Saint-Germain conservèrent presque toute leur splendeur et toute leur réputation jusqu'au onzième siècle; alors on trouve l'abbé Heldric, peintre el

(1) On a de lui une exposition de la messe, des commentaires sur les petits prophètes, sur les cpilres de sainl Paul , l'Apocalypse el les psaumes. Cologne, in-folio. Il mourut en !>08. Voyez l.cbenf, mém.; t. 2. p. 481.

DE SAINT— GERMAI??. 51

poète, et Achard, son successeur, qualifié d'homme trèsérudit.

Tout en applaudissant aux succès de ces écoles, on ne peut s'empêcher de dire que les maîtres qui les dirigeaient, nous ont laissé des écrits qui manquent de critique et de discernement dans le choix des faits* Héric rapporte une foule de miracles de saint Germain, dont plusieurs sont si singuliers qu'on se refuse à y croire. On voit qu'il admettait sans examen ce qui se débitait parmi le peuple, ne distinguant point les événements qui portaient l'empreinte du doigt de Dieu de ceux qui étaient dus à l'ignorance et aux passions humaines. Néanmoins cet ouvrage le mieux écrit de l'époque dut édifier la piété des fidèles et étendre leur admiration pour le saint héros qu'il célèbre. Les œuvres de Rémy, soit qu'il établisse les vérités de la religion, soit qu'il réponde aux difficultés qu'on lui propose, annoncent un esprit vaste et profond. Si on considère le temps où il fournissait sa carrière, et le champ à peine défriché dans lequel il travaillait, on doit lui passer bien des imperfections, et le regarder comme un homme suscité pour ouvrir, dans les écoles, la voie des sciences.

Glabert s' appuyé sur ce faux principe que Dieu punit ordinairement les méchants dans cette vie et qu'il récompense les bons; c'est pourquoi il relève de prétendus miracles, ramenant ainsi les chrétiens à l'état de l'ancien testament, où les promesses et les menaces étaient temporelles. Il exposait ainsi la religion au mépris , puisque nous voyons tous les jours des usurpateurs du bien d'autrui demeurer impunis et prospérer dans le siècle. D'ailleurs, si tout péché était puni ici-bas , rien ne serait réservé pour le jugement dernier , et si Dieu ne vengeait sur la terre aucun crime , on croirait qu'il n'y a pas de Providence. Les faux principes émis par Glabert étaient reçus généralement du temps de nos savants.

La rareté des livres rendait l'élude des sciences trèsdifficile. Depuis que les Sarrasins étaient maîtres de l'Egypte, on ne voyait plus de papier en Europe. On fut obligé d'écrire tous les ouvrages sur parchemin. Comme il était d'un prix trop élevé, les manuscrits devinrent trèschers. L'invention du papier de chiffons, au onzième siècle, facilita singulièrement l'étude et le progrès des sciences.

Les moines de Saint-Germain , au milieu de leur vie si pleine d'occupations utiles , pouvaient encore se créer de laborieux loisirs, qu'ils employaient à recueillir et à augmenter le précieux dépôt des lettres grecques et latines, en transcrivant les manuscrits. Cette occupation était inséparable de l'étude à laquelle ils étaient obligés de se livrer pour instruire les autres. On conserve à la bibliothèque d'Àuxerre de beaux manuscrits qui sont leur ouvrage. Comme la coutume des premiers siècles de la monarchie obligeait les grands seigneurs à faire au roi des dons annuels, les moines de Saint-Germain offrirent, au septième , un exemplaire de la vie manuscrite de leur saint patron, dont le prince parut très satisfait (1), ce qui montre le prix qu'on attachait à un livre.

SAINT IIÉMBALDE.

Il était fils d'un riche et noble Bavarois , nommé Anthelme. 11 fut élevé avec soin dans les maximes de la piété chrétienne et dans la connaissance des lettres, mais à peine fut-il à la cour de Louis-le-Débonnaire qu'il en prit l'esprit avec le goût des vanités. Son habileté dans les affaires lui acquit une grande considération. 11 fut nommé premier chapelain du palais. Le roi l'envoya encore en ambassade auprès du pape Etienne, en 846. Héribalde, voyant que le

(I) CouilépiM», (. vu.

DE SAI>T-GEIUUIX. îui

prince se relâchait des sages résolutions qu'il avait prises, et qu'il commençait à donner les abbayes aux seigneurs laïques, demanda pour lui-même celle de Saint-Germain, qui lui fut accordée , à condition qu'il y aurait un abbé régulier. Telle était la faiblesse du monarque et le faux jugement que l'on portait sur les affaires de l'Eglise; il répugnait à sa conscience d'aller contre les canons en s'opposant à la libre élection des abbés, mais ii crut pouvoir en nommer un second qui serait maître du temporel du monastère et qui pensionnerait les moines. Héribalde, encore plein des idées du monde , accepta cette condition et s'imagina que , sans blesser sa conscience , il pouvait dissiper en profusions le patrimoine des religieux. Dieu, qui avait sur lui des desseins de miséricorde, ménagea une circonstance qui lui ouvrit les yeux sur l'état déplorable où il se trouvait. Etant tombé dangereusement malade, il fit de sérieuses réflexions sur les vanités du monde, et résolut de changer de vie. En effet , après avoir recouvré la santé, il devint aussi recueilli , aussi édifiant qu'il avait été dissipé et mondain. II donna beaucoup de temps à la prière, durant laquelle il répandait des larmes abondantes; il distribua de grandes aumônes. Ses historiens, sans nous donner de détails à ce sujet , disent qu'il était admirable dans la manière dont il faisait cette distribution. L'évêché d'Auxerre étant venu à vaquer, le peuple et le clergé réunirent leurs suffrages en sa faveur. Lebeuf ajoute que l'influence de Louis-le-Débonnaire se fit trop sentir à cette élection (1). Héribalde , devenu évêque, se démit de l'abbaye de Saint-Germain et rendit aux moines la liberté d'élection. On peut lire, dans les mémoires de l'auteur que nous venons de citer, la manière dont il illustra le siège d'Auxerre. Comme il aimait les sciences, il fit venir

(I; Leb., niôm., I. I, p. 176. Gesta episcop. Autixs.

54 HISTOIUE DE L'ABBAYE

des maîtres célèbres , fonda des écoles et obligea les chanoines à s'appliquer aux sciences ecclésiastiques. Léchant et les cérémonies de l'Église acquirent , sous sa direction, un nouveau lustre. H embellit la cathédrale, profita de son crédit à la cour pour lui faire restituer quelques terres qui lui avaient été enlevées. Il assista à plusieurs conciles et fut un des évêques remarquables de son temps.

11 fit présent à la basilique de Saint-Oermain d'une table d'argent et permit aux moines de transporter, dans leur monastère, le corps de saint Romain, solitaire de Druyes , qui reposait depuis quelque temps dans l'église de Saint- Amatre. A sa mort, arrivée le 15 avril 856, son corps fut déposé à Saint-Germain. Son tombeau est le premier que l'on rencontre , à gauche , en entrant dans les cryptes. Il apparut quelque temps après à un moine, le suppliant avec instance de demander qu'on fit pour lui des aumônes, des prières, et surtout qu'on offrît le saint sacrifice de la messe. Saint Abbon, son frère, en écrivit à Hincmar , archevêque de Reims , qui avait été en relation avec lui , et qui lui donne le titre de Vénérable (1). Les suffrages qu'il réclame ne répugnent point à la sainteté de sa vie; car bien des saints ont passé par les flammes du purgatoire. Sa plus ancienne épitaphe le qualifie de sainte mémoire (2).

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