‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, Ordre de Saint Benoît et de la Congrégation de Saint MaurChapitre 47 sur 69 · JEAN-MICHEL DE CHARP1N DES HALLES · texte numérisé non relu

JEAN-MICHEL DE CHARP1N DES HALLES

Il était doyen de l'église séculière et collégiale de Saint-Pierre-Hors-les-Portes de Vienne, en Dauphiné, et abbé commendataire d'un monastère appelé en latin Sylva -Major, lorsqu'il fut nommé à Saint -Germain par le duc d'Orléans , régent du royaume , par suite de la résignation de son oncle. Il était fils de Pierre de Char pin, seigneur de Feugerolles, en Forêt, c'est pourquoi il en prenait le titre. Ses bulles ne furent expédiées de Rome que deux ans après sa nomination, qui avait eu lieu le 5 janvier 1721. Des difficultés sans nombre 'vinrent déjouer ses projets ambitieux. Le clergé d'Auxerre, ayant rejeté la bulle Unigmitus, vit son officiai écarté de la commission chargée par la cour de Rome de fulminer les bulles, et remplacé par celui de Sens, qui exigea différentes pièces que de Charpin ne put produire, étant en opposition avec son archevêque avec lequel il venait d'avoir un procès. On lui demandait surtout une lettre de tonsure et une attestation de bonnes vie et mœurs. De Charpin, prétendant que son affaire ne regardait point l'official de Sens, en appela comme d'abus. De Beaumont, chargé de faire exécuter les expéditions de la cour de Rome, écrivit plusieurs lettres pour presser son installation, disant que ses bulles devaient suppléer à toutes les pièces qu'on lui

(1) Ci ail. chrisl., 1. 12. Abb. de S.-G. Archiv. de la préTcct.

demandait; enfin, un arrêt du parlement du 7 février 1728, investit l'official d'Auxerre du pouvoir de le mettre en possession de l'abbaye de Saint-Germain (1). Ainsi, l'affaire de son installation dura sept ans. Ne voulant point paraître à Auxerre après tant de démarches humiliantes, il envoya au prieur de Lacodre les pouvoirs nécessaires pour qu'il prît possession pour lui.

Cinq ans après, cet abbé voulut s'emparer d'.une somme de six mille livres, provenant d'une coupe de bois de la mense des religieux. Ceux-ci y mirent opposition ; mais, considérant qu'ils allaient entamer un procès ruineux , ils confièrent cette affaire au prieur et au procureur du monastère, les engageant à la traiter à l'amiable, le plus avantageusement possible, ajoutant qu'ils prenaient cette mesure de prudence pour plusieurs raisons qu'ils n'osaient écrire sur le livre de leurs délibérations (2).

L'abbé de Charpin avait sa résidence à Vienne, où il mourut, le 14 novembre 1735, à cinquante-trois ans. On trouve à la suite des mémoires de Dom Viole, une longue notice sur la haute noblesse de sa famille. Sa mère, Louise de Villars, tante du fameux maréchal de ce nom, sortait de l'ancienne famille des CÏfponi, de Florence, dont les ancêtres ont gouverné cette république pendant quatre cents ans, en qualité de Gonfaloniers.

Les biens que les abbés commendataires avaient laissés aux religieux de Saint-Germain étaient tellement insuffisants, qu'un relevé de leurs affaires, dressé en 4733, porte leurs dettes à la somme de quatre-vingt-dix-sept mille cent onze livres. On a cependant cessé ces grandes constructions qui immortalisaient les moines; mais, comme nous l'avons déjà fait remarquer , s'il survenait une mauvaise année,

(1) Archives de la préfect.

(4} Begistre rapilul., p. 177.

des fermiers insolvables ou des réparations extraordinaires, il fallait recourir aux emprunts; c'est ainsi que le chapitre général en autorisa un de vingt mille livres, pour faire face aux besoins les plus pressants. Les religieux présentèrent aussi une requête au général de l'Ordre et aux pères assistants (1), pour les supplier de leur accorder, en entier, la remise de la taxe pour la congrégation, qui s'élevait , pour Saint-Germain , à cent quatre-vingt-dix livres par an ; ils demandaient aussi qu'ils leur fissent sentir les effets de leur charité paternelle, en tirant une forte somme du dépôt commun pour rétablir leurs affaires. C'est ce motif qui les détermina, en 173-4, à vendre, conjointement avec de Charpin de Feugerolles, leur abbé, les étangs et le moulin de la chàtellenie de Moutiers aux actionnaires du canal de Briare, moyennant douze cents livres de rente au principal de vingt-cinq mille livres, non compris une somme de mille livres pour achat d'ornements pour l'abbaye . . \\ ^li5{li. ..)nVi -m.

JEAN BOUHIEK.

Il descendait d'une des premières familles de Bourgogne. Sa noblesse, jointe à son savoir, ne tardèrent pas à amonceler sur sa tête les plus hautes dignités de l'Église. Il fut d'abord chanoine, conseiller ecclésiastique au parlement, puis doyen de la Sainte-Chapelle de Dijon, et, en cette qualité, procureur général du clergé aux Etats de Bourgogne. Enfin, Louis XIV le nomma, en 4715, premier

(1) Registre capital., p. 171.

(2) Cette propriété, dont les religieux jouissaient par moi lié avec leur abbé, se composait du grand étang de Moutiers, d'un plus petit appelé l'étang des Trois-Croix, d'un moulin aTec ses dépendances, d'un champ à faire chenevière cl pâture, àe cinq arpents de terres et débroussailles, et de trois arpents de prés. Regisl . capitul, p. £02.

500 HISTOIKE DE L'ABBAYE

évêque de Dijon. L'année suivante, il eut en commende l'abbaye de Saint-Etienne de Beze , et, en 4735, celle de Saint-Romain de Blaye. La même année, il sollicita et obtint celle de Saint-Germain d'Auxerre. Dom Pierre Vidal, sous-prieur, prit possession pour lui, le 47 août 4736. Deux ans après, il échangea cette abbaye pour le prieuré de Gigny. Il se démit aussi de l'évêché de Dijon, en faveur d'un de ses parents. H mourut dans cette ville, en 4744, à l'âge de soixante-dix-neuf ans, et fut inhumé dans la cathédrale.

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