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i'existence de ces inscriptions, c'est qu'elles furent gravees pen de temps apres la translation, pour conserver la memoire que ce lieu etait 1'endroit primitif ou avaient repose les martyrs. Le
(1) Extrait des Recherches historiques et anecdotiques sur Id mile de Sens, par Th. Tarbe, reeditees par M lle Marie Guyot.
panegyrique de saint Savinien, compose environ un siecle plus tard, renferme une phrase dont la ressemblance, sinon des mots, du moins de Fidee, avec la premiere inscription est si frappante, qu'elle n'en est certainement que la paraphrase : quam sacratissimus hie ager admirabilisque et beatus, in quo rneruit cirenescere tantorum martyrum thesaurus !
La troisieme inscription est celle dont 1' explication offre le plus de difficultes. . Elle est beaucoup plus explicite que les premieres, sans citer cependant le nom d'Altin. On retrouve les termes de cette inscription a la meme page du panegyrique de saint Savinien, ainsi que la paraphrase de la premiere inscription : ita ut
quatuor martyrum corpora unius edis receptaculo ambirentur,
corpus autem Serotini in altera basilica seorsum, seel in eodeni cimiterio constitueretur. L'auteur du Panegyrique n'a pas hesite, sans doute avec 1'aide de la Grande Passion on d'autres renseignements, de completer Finscription et d'yjoindre le nom d'Altin, devenu inseparable cle ceux de ses quatre compagnons. Mais le graveur n'avait peut-etre sous les yeux que Fancienne inscription : A paucis ministris, etc. x>, ou le nom d'Altin etait omis, et il se contenta de la copier.
Les caracteres epigraphiques indiquant une epoque qui ne saurait etre anterieure au ix e siecle et, d'un autre cote, lo sens meme des termes indiquant que cette pierre fut placee aupres des corps des martyrs, nous sommes force de conclure qu'elle fut gravee pour la crypte de Sainl-Pierre-le-Vif, ou les corps venaient d'etre transferes. Au xm c siecle, Fabbe Geottroy de Montigny ayant retire de la crypte du monastere les reliques pour les placer dans des chasses qui furent deposees dans une sacristie ou tresor, on enleva sans doute cette inscription devenue inutile et mensongere, et, dans un but de conservation, on la plaga pres des deux autres, dans la crypte de Saint-Savinien, ou 1 on crut peut-etre, mais a tort, qu'elle serait mieux, puisque les torn beaux des martyrs s'y trouvaient encore. Si 1'on admet que cette inscription fut gravee pour la crypte dc Saint-Savinien, il devient necessaire anssi d'admettre, contre toute vraisemblance, qu'une partie des reliques des martyrs y fut laissee. Chose fort singuliere, ni Odoranne, ni Clarius, ni Geoffroy de Courlon, n'ont iait mention de ces inscriptions ; ce silence est pour nous inexplicable.
La quatrieme inscription se lit au mur septentrional et n'offre que pen d'interet; elle est incomplete: Anno ab incarnatione
Christi et, par consequent, ne nous donrie aucun renseigne-
ment. La forme des lettres et d'autres raisons indiquent qu'elle ne doit dater que du xi e siecle, et la cause qui empecha de la
termincr parait etre 1'incendie qui s'opposa a 1'achevement de 1'inscription que Ton voit sur 1'un des chapiteaux du transept.
Cependant, 1'eglise de Saint-Savinien se trotivant depossedee des reliqucs des pontifes senonais, va rentrer bientot.dans le silence et Fobscurite cl'ou elle etait momentanemcnt sortie. Les multitudes de pelerins qui viendront implorer 1'intercession des martyrs se renclront a 1'eglise de Saint-Pierre-le-Vif, ou les moines ne cesseront d'entourer les reiiques d'tm culte solennel et assidu. Ces reiiques furent deposees clans des cercueils eii plomb. Quant au suaire de saint Savinien et a celui de saint Potentien, on les placa, au temoignage de D. Cottron, dans un reliquaire d'airain dore ayant la forme d'uri missel et portant graves les deux vers suivants :
Hoec duo poatificum sudaria continet area, Qui Senonas saci'o lustrarunt dogma te primi.
II regne Line grande incertitude sur la date de la translation de 847. Deux epoques sont admises par les historiens. Bien que les trois plus anciens chroniqueurs placent cette solennite au VIII des calendes de septembre, c'est-a-dire au 26 aout, 1'opinion la plus commimement admise aujourd'hui, confirmee par le recit de la translation, Fancier, martyrologe et le breviaire actuel dc Sens, rcnvoie cet anniversaire au XIV des calendes de novembre on 19 octobre.
Quoiqu'il en soit, la decouverte clcs reiiques, qui eut un si grand retentissement a Sens et dans toute la Gaule, devait avoir son lustoricn au monastere de Saint-Pierre. Nous avons fait allusion deja a cette question. L'auteur de la Translation des Martyrs (1) : Incipit translatio , devait etre un conteraporain. II s'est debarrasse des obscurites et de la barbaric des deux siecles precedents. De plus, cet ecrivain etait un temoin oculaire des prodiges qu'il raconte. II ne doit pas paraitre absurde, clit-il, de raconter le miracle de la lampe qui brule jour et nuit clevant les corps des martyrs et d'tm grand norabre de saints, dans la crypte voutee, puisque la voix de cetix qui 1'pnt vu est la pour Fattester. Racontant ensuite comment celui de ses freres charge d'entretenir la lampe avait oublie d'y renouveler 1'huile, il ajoute: Nous connaissons sa figure aussi bien que son nom, mais nous ne-1'avons pas designe de peur de le couvrir de confusion. Knfm le narrateur dc ces faits etait fort instruit. II connaissait a fond Fficriture sainte et 1'histoire ecclesiastique. Pour cxpliquer
(1) Bill. hist, de I'Yonne, t. II, p. 315.
le merveilleux de chacun des miracles qu'il raconte, il commente a 1'appui quelques passages des oeuvres du pape saint Gregoire, de la vie de saint Ambroise ou des epitres de saint Paul. Ces differents caracteres demontrerit bien que 1'auteur de ce recit etait un moine de Saint-Pierre et que sa relation revet toutes les garanties desirables d'authenticite.
L'abbe Anastase survecut quelques mois seulement a la decouverte du tresor qui enrichit son monastere. II s'eteignit 1'annee suivante, 848. On ignore le lieu de sa sepulture.
DIDON. ~ X e (848-866).
Le successeur d' Anastase, Didon, passa une vie tres obscure. II eta.it medecin fort habile, et les moines atteints de maladie recouraient a lui pour obtenir leur guerison. On place sa mort en 866.
AQUILA. XI e (866 ? - 871 ?).
N'etant encore que novice a Saint-Pierre, Aquila avait eu pour maitre Egile, elu dans la suite abbe de Prum, puis de Flavigny en Bourgogne. Sous son habile direction, Aquila avait fait tant de progres dans 1'etude des lettres sacrees et de la philosophic, qu'Egile le regardait comme 1'homme le plus erudit de son temps et disait qu'il ressemblait a 1'aigle, non seulement par le nom, mais par la science, qui le faisait planer a de grandes hauteurs. Quand Aquila fut eleve sur le siege abbatial, Egile venait d'etre nomine archeveque de Sens.
L'ancien religieux de Saint-Pierre n'oublia pas le monastere ou il avait fait ses premieres armes spirituelles. Au Concile de Pistes, en 865 ou 869, les eveques presents confirmerent, a sa priere et en presence du roi, la donation qu'il avait faite a Saint-Pierre-le- Vif de la villa de Sivry, situee dans le comte de Sens, avec toutes les manses de Villemer, de Sepeaux et de Longpaut (pres de Valprofonde), ainsi que 1'eglise de Saint-Pierre d'Auxon, prieure voisin de Saint-Florentin. II fit cette donation pour I'entretien d'un luminaire dans la basilique ou il avait choisi sa sepulture et restituer en meme temps an monastere, a 1'imitation de plusieurs de ses prede'cesseurs, quelques-uns des biens qui avaient etc enleves jadis par plusieurs archeveques, obliges de soutenir le poids des guerres et des calamites publiques (1).
A sa mort, vers 871, Egile fut enseveli, selon son desir, dans
(1) Cart. fftn. de I' Tonne, t. I, p. 97.
1'oratoire de Saint-Etienne, au nord du grand autel. Voici son epitaphe :
Artus almiflui conduntur hie tumulati Prcesulis Egilis quern capit aula poli.
L'abbe Aquila le suivit de pres dans la tombe et reposa aupres de son maitre et ami. Dans la suite, les religieux rendirent a Egile les honneurs dus aux saints, bien que son corps n'eut jamais ete leve de terre.
FRANCON. XIP (871 ? - 882 ?)
En meme temps que Francon devenait abbe de Saint-Pierre, Ansegise, moine de ce monastere, obtenait, par sa noble origine, son savoir et ses vertus, 1'honneur de succeder a saint EgiJe. Une amitie etroite les unissait; aussi 1'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif jouit-elle de toute la predilection de cet archeveque, qui 1'enrichit des plus augustes reliques, principalement du chef de saint Gregoire le Grand et du bras de saint Leon I er , donnes par le pape Jean VIII a Ansegise, clans un des voyages qu'il fit a Rome, en 875. C'est alors que Charles le Chauve, par reconnaissance des services qu'il avait recus de 1'archeveque de Sens, obtint pour lui du pape la primatie des Gaules et de la Germanic.
En 876, voyant un grand nombre d'eglises detruites par les barbares et redoutant une nouvelle invasion des Normands, ce prelat fit transferor a Saint-Pierre-le-Vif, le 24 juin, les corps des martyrs saint Sanctien et saint Augustin, pendant que les Senonais eux-memes detruisaient le village de Sancy, ou se trouvaient ces reliques, pour 1'empecher de devenir le repaire des barbares. De meme, la basilique des saints Gervais et Protais, ou avaient ete deposes primitivement les corps des saints archeveques Ursicin, Anrbroise, Agrice et Leon, etant detruite de fond en comble par les Visigoths et les Sairazins depuis 734, il fit transferer a Saint-Pierre-le-Vif leurs restes venerables, ainsi que de precieuses reliques des saints Innocents qu'y avait deposees saint Ursicin.
Le suaire qui enveloppait ces reliques des saints Innocents, conserve au monastere pendant tout le moyen-age, merite toute notre attention ; c'est un des plus anciens, sinon le plus ancien de ceux que possede actuellement le tresor de la cathedrale de Sens. II est presque entierement use, les couleurs en sont a peine visibles, et ce n'est qu'avec beaucoup de patience que nous avons pu en reconstituer le clessin ci-joint : encore est-il incornplet, car plusieurs endroits sont dechires et ailleurs la chaine de 1'etoffe, completement usee, ne laisse plus voir que la trame.
11 a exerce la sagacite de savants fort competents, tels quo le P. Martin (Melanges dSarcJi., t. II et IV), M. de Linas (Rev. des Societes' savantes, 1857, l cr sera.), et M. de Montaiglon (G-az, des Beaux-Arts, 1880). Ce n'est qu'un fragment de sole de faible dimension. II est d'origine orientale, et M. de Linas 1'assimile au