CHAPITRE VII
EXEMPTIONS ACCORDEES PAH LES ARCHEVEQUES KT LES nois. RECONSTRUC- TION DE L'EGLISE SAINT-SAVINIEN ET DECOUVERTE D'OSSEMENTS. L'AHHE AllNAUl), SA VIE TOURMENTEE, SES TUAVAUX 1'OUR HECONSTITUEU LA H1BLIO- THEQUE 1)U COUVENT DETRUITE PAR UN INCENDIE. OLARIUS, ELEVE I)'Au-
NA1II), KC1UT UNE CllUONIQUE DE SAINT-PlERKE-LE-VlK.
GERBEKT. XXIV (104G-1079).
Elcve a Saint-Pierre, Gerbert etait abbe do Sainte-Marie-horsles-rnurs quancl il fut appcle a succuder a Ermcnakle. II montra lo memo zoic quo scs predeccsseurspourle maintien dc la discipline ct dcs droits temporcls clu monasterc.
II obtint d'abord la restitution du chef de saint Quiriace dont s'etait cmparo Gekluin. Apres la mort de cc prelat, qui fut inhume dans le chapitre de Saint-Pierre, Maynard monta SLIP le trone archiepiseopal. II avait ete elevea Saint-Picrrc-le-Vif, aussientoura-t-il cette abbaye de toute son affection, ni'affranchit de toutes les coutumes pcrnicieuses quo son predeccssour y avait introduites et apres ime vie trop courte, passive a i'airc le bien, il fut egaloment enseveli dans le chapitre, pros de son pere Maynard et dc son irerc Daimbcrt.
L'archeveque Richer temoigria la memo bienvcillance aux religicux de Saint-Pierre. En 1003, Gerbcrt voyant que 1'abbayc no pouvait suflh'c a son cntretion avec les bicns qui 6 talent restes en sa possession, deinanda a Richer la villa de Sognes, qui avait jadis appartenu au monastere ct qui etait alors entre les mains des la'iqucs. Le prelat la lui rendit en se recomniandant, lui et ses predecessetirs, aux priercs dcs moincs. On construisit plus tard im prjeure dans cc village. II conlirma dans la rnerae charte, donnee an inois d'avril, un privilege accorde par rarcheveque Sewin et rclatif aux droits dc synode ct dc visile sur les cgliscjj d'Auxjin et dc Naud. II accorda la menie concession, octroyec par Maynard pour : Feglisc de Saint-Martin dc Bayiac, a condition quc les moincs lui paicraient pour cet autel huit dcniers an premier
synode apres Paques et neuf au synode des calendes de septembre. II leur abandonna encore une portion de son aleu de Plancy, et il retira du revenu de 1'eglise Saint-fetienne, avec le consentement du ehapitre, une femme nominee Raimburge avec tons ses enfants pour en faire don a Dieu, a saint Pierre et a saint Paul, a saint Savinien et aux autres protecteurs du monastere. Les religieux recurent aussi dans la suite (1072) de la munificence de Richer 1'eglise de Saint-Martin de Viinbredium, situee dans le pays de Provins, avec la cliapelle d'Alnodium qui en dcpendait, a conditiorTde pourvoir de pretres les autels.
Cependant, clepuis le triomphe inou'i par lequel le roi Robert et la reine Constance avaient exalte les restes de saint Savinien, et qui avait attire a Sens des foules considerables, le culte et la menioire du premier martyr senonais avaient grand! encore a Saint- Pierre-le-Vif. II n'en elait pas de raeme de son cglise, dorit les chroniques ne nous disent mot clepuis plus de deux siecles. Nous avons deja fait remarquer 1'indifterence des moines pour ce sanctuaire, alors parpisse sous leur dependence et presque oubliee depuis qu'ils possedaient dans leur proprc basilique les restes des saints. Un indice frappant de cette indifference est le silence que les trois premiers chroniqueurs de 1'abbaye out garde sur les inscriptions de la crypte de Saint-Savinien, cependant fort interessantes.
On en vint pourtant a trouver que 1'eglise ou les martyrs avaient repose pendant de longs siecles etait d'une architecture trop simple; on resolut de 1'abattre pour la reconstruire dans de plus belle proportions. Les fouilles que necessita cette operation amenerent la decouverte des tombeaux tels qu'on les avait laisses en 847. Pendant ces travaux, difc Clarius, on mit a decouvert les sepulcres des saints martyrs dont 1'existence en ce lieu n'etait conn ue de personne, remplis de sarcophages et de cercueils en pierre, en plomb, en platre et en dalles assemblees, qui renfermaient des corps embaumes et enveloppes avec honneur clans des suaires. On remarqua avec etonnementcjueplusieurs deces corps n'avaient point de tetes, et que quelques-uns portaient encore des sandales aux pieds. Sous le marchepied de 1'autel on trotiva une tombe faite de briques et de ciment, et, a 1'interieur, une dalle avec cette inscription :
Calcator mundi jacet liac Titulphus ai^ena ; Corpore conlectus, sidera mente tenet.
On decouvrit egalement sur une autre dalle ces mots : Hie positus est Titulphus ante sepulchra martymm, fabricator liujus
eccle&ice. (Cette seconde inscription n'est pas indiquee dans la relation de 847. Peut-etre ne fut-elle ajoutee qu'a cette epoque.) Pour ces motifs et pour d'autres qu'ii scrait trop long d'enumerer (1) on commenga I'eglise clans des proportions plus grandes qu'il n'avait d'abord ete decide. A la tcte de 1'ceuvre se Irouvait comme econome un pretre, Eudes. Mais il regardait trop a la depense et il regut jusqu'a trois avertissements de saint Savinien et les reproches de plusieurs pieux paroissiens : ce fut en vain. Aussi tomba-t-il malacle et il mourut miserablement moins d'un an apres. II fut remplace par Baudouin, maire de 1'abbaye, qui la termina avec largesse et honneur et merita ainsi, avec son epouse, Petronille, de mener une vie heureuse dans 1'abondance de tous les biens.
La mort clu pretre Eudes, regardee comme une punition du ciel, avait vivement frappe les esprits, car peu de temps apres, 1'abbe Gerbert confia a Fun de ses moines le soin de noter cet evenernent. Le religieux fit, dans ce but, deux ecrits qui se trouvent sous le n l cr des Actes de saint Savinien. II est beaucoup plus etendu que Clarius. Dans le premier, apres avoir cite la rubrique du martyrologe relative aux saints martyrs, 1'ecrivain continue : Scruter les ceuvres divines pour eclairer les hommes, c'est travailler au bien de la religion et accroitre la piete chretienne, etc. et, du style barbare de cette epoque, il developpe cette pensee que le pretre Eudes dut a son mepris pour saint Savinien d'etre severement puni parDieu . L'abbe de Saint-Pierre trouva, sans doute, ce premier travail insuffisant car, dans un second qui suit, le moine traite le meme sujet avec plus de longueur et de diffusion ; il y est aussi plus explicite : A votre parole, seigneur Gerbert, pere venere, moi, le dernier de vos freres, je suis venu recevoir vos ordres^de grand cceur. Mais apprenant que vous imposiez a ma pauvre intelligence la tache d'ecrire des clioses qui la surpassent et de celebrer le saint pontife Savinien, j'ai fremi jusqu'au fond de mon etre; je ne suis pas meme digne de prononcer son nom . Et, plus loin, il ajoute, faisant allusion a sa premiere composition : Je vous obeirai comme je 1'ai deja fait naguere .
. Grace a ce religieux, nous possedons sur Eudes d'amples renseignements que Glarius n'a fait que resumer dans sa Chronique. G'etait un pretre distingue de sa personne et d'une noble origine. II avait regu, avec les ordres sacres, la cure de Saint-Savinien et la
(1) II est bien regrettable que Clarius no nous ait pas inclique ces autres motifs.
mission de restaurer son eglise. Mais, entraine par 1'avarice, il arrondissait, sur les revenus de 1'eglise, une somme considerable qu'il esperait leguer a quelque heritier; il pensait meme, contrairement a la loi divine, transmettre son ministere par droit de suc-
PIL1ER ROMAN DE L'liGLISE DE SAIMT-SAVINIEN (1 )
(cote de 1'epitre).
"cession. Ce fut alors qu'on ie chargea de reconstruire Teglise; mais il ne faisait que cles depenses derisoires, se restreignant aux plans anciens, et n'usant que de 1'argent d'autrui ; il laissa memo les travaux stispendus plus d'une anriee, de sortc que la pluie ct
(1) Tire des Recherches sur la mile, de Sens, par Th. Tarbe, reeditees par M elle Marie Guyot.
la gelee detruisirent pendant 1'hiver ce 'qui avait ete fait pendant 1'ete. Ni les avertissement divins, ni les reproches qu'il recevait chaque jour, ni la mort de ses heritiers ne purent 1'ebranler. Enfin, il fut atteint d'une maladie qui 1'entraina promptement au torn beau.
L'eglise Saint-Savinien existe actuellement telle a pen pres qu'elle fut construite a cette epoque. Le recit qui precede nous porte a croire que ce fut Eudes qui reconstruisit la crypte et le sanctuaire suivant les plans anciens . La crypte est en effet de la plus grancle simplicite; elle offre le miserable aspect cl'une cave, et 1'on y descend par un escalier moderne. Une seule fenetre basse, ouverte derriere 1'autel, y donne un peu de jour.
Le reste de 1'edifice semble avoir ete construit par Baudouin, comme il est indique plus loin. C'est d'aborcl le transept qui communique au sanctuaire et a la grande nef par deux grandes arcades en plein rintre. Les deux autres cotes s'ouvrent sur les croisillons par des arcades geminees, separees par une colonne basse et massive que couronne un cliapiteau romairorne de feuillages .ct de palmettes, les seules sculptures du monument. Les arcades qui reposent sur ces colonnes sont surhaussees et formees d'un double rang de claveaux simples sans moulure ; les bases sont monolithes, tandis que les futs sont en petit appareil.
Sur le tailloir du cliapiteau, cote norcl, on pent lire ce commencement d'inscription en capitales romaines et qui n'a pas ete terminee : Vir clarus Balduinus et Petronilla, uxor ejus, 1m.... II est facile, a 1'aide du chroniqueur, de la completer ainsi : Illustre personne Baudouin et Petronille, son epouse, ont reconstruit cette eglise Jianc eclesiam Teedi/icavenint.Gett'c interruption parait due a 1'incendie qui devait produire quelques annees plus tarcl tant de ravages a Saint-Pierre-le-Vif.
Enfm, la grancle nef, dans laquelle on descend du dehors par quelques degres, s'ouvre des deux cotes par quatre arcades en plein cintre sur deux bas-cotes modernes qui font suite aux chapelles des croisillons. Elle n'a jamais ete voutee et le plancher primitif a du disparaitre dans les flammes de 1'incendie.
Au-dessus du transept s'eleve une tour massive dont le premier etage est bien de r epoque.. Le second etage accuse le xm e siecle. Est-ce 1'incendie de 1093 qui empecha de terrninerla tour, a cause de la penurie des ressources, ou bien, si la tour etait des lors terminee, 1'incendie ruina-t-il la partie superieure que 1'on fut contraint de reconstruire deux siecles plus tard ? Ces deux suppositions sont admissibles.
Gependant, 1'exemption de juridiction seculiere accordee par le
98 HISTOIRE DE SAINT-PIERRE-LE-VlF.
roi Henri I er au monastere etait tombee vite en desuetude. Les prevots et ies officiers de justice empietaient de jour en jour sur ce