‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens [microform]Chapitre 23 sur 40 · EUDES. XXX C · texte numérisé non relu

EUDES. XXX C

Un des premiers actes du nouvel abbe, Eudes ou Odon II, fut d'inlmmer (1178) dans le chapitre du monastere le vicomte Warin ou Garin qui avait eu des demeles avec 1'abbe Girard au sujet de droits d'usage dans la foret d'Othe et qui donna a Saint-Pierre, pouryreposer, deux muids de froment a prendre sur les moulins de la vicomte de Sens.

(1) Ce fait laisserait croire qu'Odoranne ne fit point de chasse pour les reliques de saint Potentien.

HISTOIRE l)E SAINT-PI ERRE-LE-VIF. 115

La meme annee, 1'archeveque Hugues mourut et.fut egalement enseveli a Saint-Pierre-le-Vif, dans le chceur cles moines. Sur son sepulcre, elevc de terre et qui se voyait avant 1'incendie de 1632, etait gravee une epitaphe en vers latins. II passe pour le dernier archeveque qui regut la sepulture dans 1'abbaye. On ne possede, en somme, que des details tout a fait sommaires sur les sepultures des archeveques. D'apres D. Mathoud (Catalogus arch. sen. p. 46) elles se trouvent soit dans des caveaux, a 1'interieur de l'eglise,soit dans des cryptes creusees dans le sable arenariis cryptis. Ces cryptes ne seraient-elles pas ce sou terrain voute qui fut decouvert en 1882 et qui se trouve a une profondeur de six metres ? Les cases transversales qui y sont menagees en plusieurs endroits semblent confirmer cette hypothese. Nos renseignements nous permettent de croire que ce long caveau se trouvait precisement sous le cloitre. Mais comme ce souterrain etait vide quand il fut decouvert, on pent supposer que les tombeaux auraient ete violes et enleves a la revolution, ou bien que ce n'etait la qu'un des nombreux souterrains, a la destination inconnue, qui, au temoignage d'un historien du xvn e siecle, furent creuses clans le sol de 1'abbaye pendant la duree du moyen age.

L'abbe Elides eut la satisfaction, comme ses predecesseurs, de voir 1'abbaye prospere et enrichie par la piete des fideles. G'est ainsi que Henri, comtede Troyes, donna, en 1167, au monastere deux maisons sises a Provins et tout ce qu'il possedait a Naud, a Fexception des fideles. II voulait temoigner sa reconnaissance envers les moines qui lui avaient fait don de reliques de saint Potentien et de saint Altin, dans un voyage de devotion qu'il avait )n accompli au tombeau des martyrs. Un pen plus tard, il confirma I 1 i de nouveau le monastere dans le droit de poids a Bar-sur-Aube et a Troyes. A cet efiet, il defendit, sous peine d'amende, de porter ailleurs qu'au bureau des poids de 1'abbaye les marchandises a peser, etchargea sesofficiers de publier cetedit au commencement de toutes les foires.

Parmi ies autres bienfaiteurs, comptons Guillaume I ev , comte de Joigny, etAnsaut-bise-le-mene. Dememe, Gui, eveque de Langres, confirma au monastere cinq sous de cens annuel que lui devait 1'abbaye de Molesme dans la paroisse de Pauliac.

Le pape Alexandre III, de son cote, n'oubliait pas Saint-Pierrele-Vif. En 1170, alors qu'il se trouvait a Benevent, il lui donna une bulle qui le confirma dans ses privileges et exemption et dans la possession de tous ses biens. Neuf ans plus tard, il renouvela a 1'abbaye les droits de presentation cles pretres, de dimes et d'oblations sur les eglises de Saint-Savinien, Saint- Pierre de Naud,

416 HISTOIRE DE SAINT-PIERRE-LE-VjPFt/'

Saint-Hilaire d'Andresy, Saint-Pierre le Donjon, Sainte-Marie de Maillot., Saint-Laurent de Saligny, Saint-Michel d'Arces, Saint- Martin de Boi et Saint-Pierre d'Auxon/C, j, Cr--.^ * * - '"" > fl ^

Cette prospcrite permit a Eudes de faire une acquisition importante : il acheta de Girard, comte de Joigny, quatre moulins a foulon qu'il avait batis sur la Vanne. Le roi, en reconnaissance de ce que Girard lui avait abandonne la moitie des revenus de ces moulins, avait cretonne a ses bourgeois de Sens et aux homines soumis a son prevot d'aller moudre a ces moulins ; il maintint cet etat de choses en faveur des nouveaux proprietaires.

Vers cette epoque, 1'abbe eut a reprimer une nouvelle tentative du couvent de Mauriac de se separer de 1'obedience de Saint- Pierre-le-Vif. Manfrede, doyen de Mauriac, etant mort, le peuple et le clerge se hate-rent, contrairement aux canons, de lui choisir eux-memes, pour successeur, un moine nomme Hugues cle Vaisis. Puis un des religieux et un clerc furent envoyes a Sens, porteurs cle quatre lettres pour 1'abbe. La premiere, ecrite par Pierre, prieur cle Mauriac, lui faisait part cle la mort de Manfrede et de 1'election de Hugues de Vaisis. Pierre rapportait que le nouveau doyen, eleve dans le monastere, devenu ensuite professeur, possedait toute la maturite de 1'age, un jugement sur et une grande honnetete de mceurs ; il ajoutait qu'ii avait precipite 1'election pour oter toute cause de troubles, et que 1'elu se rendrait a Sens immediatement apres les fetes de la Pentecote. La seconde lettre etait de Pierre, eveque des Arvernes : il declarait que remplissant les devoirs de sa charge, il s'etait rendu a Mauriac apres la mort de Manfrede ; il vantait les hautes qualites d'Huges de .Vaisis, et priait 1'abbe Eudes de confirmer son election. Les deux autres, 1'une, de 1'abbe cle 1'eglise de Tulle, cousin-germain de Manfrede, 1'autre, du vicomte Ebbon de Ventadour, avaient egalement pour objet d'engager 1'abbe de Saint-Pierre a confirmer 1'election faite par les religieux et le peuple de Mauriac.

Eudes repondit en se plaignant que cette election eut ete faite centre la regie benedictine, sans son consentement ni son conseil ; il rappelait les moines a 1'obeissance monastique, et declarait excommunies tous ceux qui obeiraient au nouvel elu. II promettait pourtant de leur pardonner, s'ils lui juraient obeissance et lui envoyaient immediatement quatre d'entre eux : Pierre, le prieur, Hugues de Vaisis, le chambrier et H. de Jegnac. On se con forma a ses orclres, et les quatre delegues vinrent a Sens. Hugues fit sa soumission clans le chapitre, en presence de tous les moines, et 1'abbe Eudes 1'ayant proclame doyen, regut son serment de fidelite.

La concorde fut ainsi retablie. Un peu plus tard, Eudes, ecrivant

au doyen de Mauriac, lui rappelait les devoirs de sa charge, toute de charite, lui deleguait les pouvoirs dont il pouvait avoir besoin et confirmait d'avance tous ses actes, a condition que le couvent de Mauriac ne leserait en rien les clroits de 1'abbaye de Saint-Pierrele-Vif, sa mere. Hugues de Vaisis ecrivait de son cote, au prieur de Sens, Bernard, lui rappelant 1'excellent souvenir qu'il conservait de lui, et le priant de lui garder, malgre 1'eloignement, ses meilleurs sentiments d'amitie.

II n'est desormais plus question de 1'abbe Eudes, et Ton ignore 1'epoque de sa mort. Plusieurs siecles apres, on voyait encore dans le chapitre line petite pierre sepulcrale avec ces mots : Oclo, aMas Jmyus loci .

GAUTHIER. XXXP (1182-1202).

Le nouvel abbe, Gauthier, surnomme de Naud, probablement parce qu'il etait du prieure de ce nom, regut, 1'annee rneme de son intronisation, une donation de Guillaume I er , comte de Joigny, qui, pour le repos de Tame de son pere, abandonna au monastere des hommes qu'il possedait a Paroy et a Villemer. II consacra une grande partie de son activite a lutter contre les attaques de la commune de Sens.

La vengeance crtielle accordee au sang verse n'avait pas arrete longtemps les bourgeois. Des 1156, ils avaient conteste aux monies le clroit de donner 1'hospitalite dans le bourg de Saint-Pierre aux marchands etrangers et d'y tenir des foires, pretendant que ces franchises portaient atteinte a leurs interets et a leur Industrie. Mais le roi n'avait pas accueilli leurs reclamations, et avait rnaintenu 1'abbaye dans les privileges accordes par son pere. La commune allait pourtant relever la tete. Elle enteridait non loin d'elle les demandes d'affranchissement qui se faisaient entendre a Vezelay, a Auxerre, a Villeneuve-le-Roi et dans d'autres endroits. D'ailleurs, le prevot de Sens, charge de 1'administration des hommes du roi, avait le droit de recevoir sous son autorite tous ceux des habitants de la ville qui se reclamaient de lui. Get etat de chose permettait a un habitant, au moindre mecontentement, de quitter son seigneur et de se declarer bourgeois du roi.

II est vrai qu'en meme temps le roi Phillippe Auguste etait attentif a sauvegarder les interets de 1'abbaye. Comme preuve effective de sa protection specials, il defendait, en 1182, a sesjuges d'exercer la justice ni dans le bourg, ni sur les chemins, ni dans les terres des moines, et orclonnait que les marchands qui viendraient aux foires du bourg, y fussent en surete. II reconnut egalement a 1'abbe le droit de changer a sa volonte les chemins et les

ponts dans les domaines du monastere, et le conflrma dans la possession du village d'Arces, bati dans la foret d'Othe, sous la regne de son pere, ainsi que des dimes de ble et de vin sur le territoire de ses eglises.

Lestermes de cette charte et d'autres indices certains prouvent que la commune existait toujours, au moins avec ses caracteres principaux, et que les bourgeois etaient tout disposes a attirer les hommes des eglises de Sens dans leur association. En 1186, le roi se trouvant a Moret, voulut pacifier les debats sans cesse renaissants. II fit preter serment aux pairs et aux jures de la commune de respecter la vie, les libertes, droits et coutumes de I'archeveque et du clerge, sauf la fidelite qu'ils leur devaient. II regla aussi les contestations qui existaient entre les seigneurs ecclesiastiques et la commune, au sujet des hommes que celle-ci avait indument enroles. II ordonna que les transfuges fussent rendus a leurs seigneurs respectifs, sur 1' attestation de sept hommes etrangers aux seigneurs senonais et qui devaient preter serment sur les saints Jfivangiles, sans qu'on eut recours au duel. II exigea en outre que le maire, les pairs et les jures fissent le meme serment devant 1'archeveque, a 1'epoque du renouvellement de leurs pouvoirs, lequel avait lieu chaque annee lelendemain de la Saint-Simon.

Ces dispositions resterent a pen pres a 1'etat de lettre morte, car, en 1193, quatre ans apres le retablissement de la commune, le roi fut encore oblige d'intervenir. La commune voulait accaparer tons les bourgeois du bourg de Saint-Pierre et des villages de Malay et de Saligny, alleguant qu'ils etaient les hommes du roi, mais 1'abbe Gauthier s'opposa energiquement a ces tentatives. Un jugement rendu par trois juges delegues : Foulques de Trainel, Pierre d'Orbet eL Daimbert, determina quels etaient les hommes du monastere, et il en fut dresse une liste de 268 chefs de famille qui representaient plus de 700 personnes demeurant dans ces trois localites.

La meme annee 1193 vit se terminer une contestation touchant les oblations faites en 1'eglise Saint-Savinien et que le cure Simeon revendiquait pour lui seul. Quatre pretres et quatre la'iques en firent une repartition equitable entre lui et le monastere. L'archeveque de Sens, Gui, ratifia le jugement des arbitres et regla de plus que tout paroissien de Saint-Savinien serait libre de choisir sa sepulture clans le cimetiere clu convent ou celui de la paroisse, les droits du cure etant respectes.

L'abbe Gauthier put se soustraire aux soucis et aux ennuis de sa charge, en faisant le pelerinage de Jerusalem. A son retour, il trouva Fabbayc florissante. Trente-deux moines y vivaient alors

dans le silence du cloitre, sans compter les prieurs absents, les jeunes profes, les novices et les enfants eleves an monastere qui se destinaient a la vie religieuse. II renouvelarassociation conclue par son predecesseur avec les moines de Haut-Villiers et 1'etablit avec d'autres monasteres. En -1187, il fonda egalementdes prieres arinuelles a dire, le 24 septernbre de chaque annee, pour le repos de Fame de vingt-huit personnages, pontifes, abbes, nobles et autres bienfaiteurs inhumes dans 1'eglise. Geoffrey de Courlon et D. Cottron pensent que Gauthier ensevelit (1199) 1'arclieveque Michel de Corbeil, a Saint-Pierre-le-Vif. II mourut lui-meme en

Page 1