SIMON. XXXVIII
Le siege abbatial etant vacant, les moines obtinrent de 1'archcveque, Gilon II, la permission de se reunir pour se choisir un autre abbe. Apres 1'election par voie de scrutin, les suffrages se partagerent entredeux candidats. L'un et 1'autre en appeierent immediatement a Rome, et, lorsqu'ils comparurent clevant le pape Martin IV, 1'un des deux renoncaa ses droits, rnais en demandant que son competiteur fut soumis a un exarnen.
Comme Finstruetion tpainait en longueur, le pape renvoya les deux elus et, cedant aux conseils de son frere, Gilon de.Brion, il nomma abbe le prieur de Joigny. Gelui-ci fut beni par 1'archeveque de Sens et recu a Fabbaye avec beaucoup de respect et d'honneur (1283).
Simon -Pierre de Gharlieu etait moine de la Charite avant de remplir la charge de prieur de Joigny. C'etait un homme pieux, d'une grande bonte, raais manquant d'ordre et d'o.conomie. Pour entretenir une suite nombreuse, il depensa une partie de ce que son predecesseur avait laisse dans le tresor de 1'abbaye, et que le couvent avail epargne pendant la vacance, sur les revenus de 1'eglise. Ce ne fut que sur les exhortations de ses freres et le conseil de gens de bien, qu'il s'adjoignit, pour regir les biens de la coramunaute, le tresorier, norame Jacques de Champigny. Ce religieux, d'une grande piete et d'un grand merite, remit bientot en ordre et en equilibre les affaires du monastere.
Pendant les six annees qu'il resta a la tefce de ses freres, Simon fit construire a Paroy et a Servigny, etachetaquelques proprietes.
II obtint aussi du pape Honorius IV la confirmation de tons les privileges de Fabbaye. A sa mort (18 mars) il fut enseveli dans le chapitre, a gauche de la stalle du prieur. Sur son tombeau que Ton voyait encore, au xvn e siecle, dans la partie orientale du chapitre, a droite en entrant, il etait revetu d'habits pontificaux, a 1' exception de la mitre, et portant une longue barbe.
JACQUES. XXXIX e (i 288-1310).
A la majorite des suffrages, les moines elurent Jacques de Champigny et ceux qui lui avaient d'abord refuse leur voix se rallierent a lui avec joie. Apres 1'examen d'usage, Gilon Gornut le confirma et le benit dans 1'eglise de Ferrieres : puis, le jour de 1'Ascension 'H88, le nouvel abbe fit son entree solennelle a Sainl-Pierre-le-Vif.
En 1293, le monastere donna asile a un hote illustre, Charles II, roi de Sicile. Ce prince cherchait le prix de sa rancon qu'il avait promise a son vainqueur et pour laquelle il avait laisse ses fils en otage. En quittant le roi Philippe pour se rendre en Apulie, il s'arreta une journee a Saint-Pierre-le-Vif ou on lui fit une reception des plus brillantes. Le lendemain, il se rendit a Tonnerre aupres de la reine, veuve de son pere, le roi Charles.
L'annee suivante, Etienne Bequard on Becard, revenant dc Rome ou il avait rec.u le titre d'archeveque de Sens, se presenta au monastere, a 1'imitation de ses predecesseurs et y fut recu suivant le ceremonial habituel. Apres qu'il eut passe la nuit aupres des tornbeaux des saint martyrs, le clerge, la magistrature et le peuple senonais vinrent lui preter serment ; 1'archidiacrerinstalla sur le siege de 1'abbe, et les religieux le porterent en triomphe dans un fauteuil jusqu'a la porte de 1'eglise, ou se tenaient les barons qui devaient remplir cet office jusqu'a la cathedrale. C'etait : Guillaume de Joigny, pour son neveu le comte de Joigny ; Etienne de Galathas, pour le seigneur de Courtenay ; Pierre de Saint-Phalle, pour lui personnellement; Anselme de Trainel, pour lui personnellement; Guillaume et Jean de Bragois, pour eux personnellement. Comme on agitait la question de savoir si le comte de Champagne n'etait pas term a ce devoir, il se presenta pour lui un chevalier, du norn de Huges de Bouilla, disant que si le comte y etait oblige, il le rernplarerait, mais qu'aucun de ses ancetres n'ayant jamais rempli ce devoir, il ne 1'y croyait pas astreint. Et la ceremonie se passa comme d'ordinaire.
Gette entree d'Etienne Becard est le dernier fait que rapporte Geoffrey de Courlon, danssa chronique. On a presume de la qu'il etait mort. peu apres, rnais D. Cottron affirme qu'il avait promis d'aller jusqu'en 1298, et qu'il ne composa que cette annee la son
TraiU des Rtliques. Cette affirmation laisserait croire que Geoffrey a vecu jusqu'a la fin du xm e siecle.
Quoi qu'il en soit, aucun moine de Saint-Pierre ne clevait reprendre de longtemps la plume de chroniqueur, et la penurie de renseignements se fait sentir jusqu'a la re forme. douleur, s'ecrie a ce propos D. Gottron, il ne s'est pas trouve apres lui un sen I religieux pour ecrire ce qui s'est passe au monastere. Leur paresse et leur incurie furent telles qu'ils ne consignment meme pas la mort de ce remarquable chronologiste, ni le lieu ou ils I'inhumerent . Ce cri de regret nous revele le relachement de la discipline et la degenerescence que commengaient a produire 1'abondance et les richesses et qu'allaient augmenter bientot d'autres causes plus energiques encore.
Une des causes les plus imrnediates fut la lutte engagee entre Philippe le Bel et Boniface VIII. Pendant 1'interdit clont fut frappe le royaume de France, 1'abbaye obtint du pape, a cause de .son importance, non seulement la confirmation des indulgences et des privileges anterieurs, mais encore la permission de celebrer dans 1'eglise 1'office clivin. II etait mis comme conditions que I'office se reciterait a voix basse, les portes closes, sans le son des cloches, et apres qu'on aurait chasse les interdits et les excommunies. Malgre cette concession du Saint-Siege, 1'abbe Jacques donna, en 1303, a 1'imitation du clerge frangais, son adhesion a 1'appel de Philippe le Bel centre Boniface VIII.
Le reste de la vie de Jacques de Champigny n'est signale que par des faits de peu d'importance. II acquit le cens sur le faubourg Saint-Antoine, puis les moulins publics de Malay-le-Roi, et eut une composition avec 1'abbe de Saint-Jean au sujet du prieure de Saint-Sauveur. En 1309, il recut solennellement Philippe de Marigny, archeveque de Sens, qui jura, en presence deschanoines et de leur doyen, de respecter les coutumes, libertes et privileges du chapitre metropolitain.
Parmi ceux qui recurent alors la sepulture au monastere, il faut citer (1292) maitre Thibault de Sens, dit Beloce, qui avaitfait construire la premiere chapelle, a gauche en entrant dans la cathedrale, en 1'honneur de saint Firmin et de saint Sulpice. Sa tombe se trouvait devant 1'autel de la sainte Vierge et de saint Andre. De meme, noble dame Marguerite de Foissy fut inhumee (1298) pres de la porte du chapitre, a cote de Guiard, son pere.
Jacques avait eu soin de fonder son anniversaire avant de rendre
son ame a Dieu.
JEAN. XL e (1310-1324).
II ne nous est reste aucun document sur la vie de Jean de
Tricherac. On ne connait que 1'annee cle son elevation et celle de sa mort ; celle-ci a ete marquee an l er juillet, sur Fancien necrologe ou il est appele Jean de Trederiac on de Treclenac. II faut sans doute attribuer cette penurie cle documents auxruines deja amoncelees par les guerres des Flamands et des Anglais.
JEAN. XLI e (1304-1328).
Le meme silence de mort s'etend sur la vie des abbes suivants. Jean de Paris obtint, en 1325, du prevot de Sens, une sentence qtii empechait aux habitants du bourg de se servir d'autres mesures que de celles du monastere dans les achats et les ventes, et de creuser des fosses ou de couper les bords de la Vanne, ami de ne pas interceptor les chemins.
En 1326, il permit aux Celestins de poser les fondements de leur convent dans les dependances de 1'abbaye. Un pen plus tard, 1'intronisation et la reception, a Saint-Pierre, de Farcheveque Guillaume de Brosse furent marquees par de curieux incidents. Les depenses occasionnees au monastere par cette ceremonie etaient eleven ties considerables et devaient provoquer dans la suite les recriminations des abbes. Ce prelat, pour ne pas etre a charge, defendit a sa suite de faire nourrir ses chevaux aux clepens du monastere et n'y laissa avec lui que trente-deux chevaliers de sa maison. II ordonna de plus a ses familiers de restituera 1'abbe les peaux cle boeufs, de brebis et de lapins qu'ils avaient vendues a leur profit, et donna a 1'eglise de riches ornements : un drap d'or, une chasuble, une dalmatique et une tunique.
Get archeveque visita, en 1333, les reliques de saint Gregoire le Grand et d'autres saints, dont il renouvela les authentiques. La mort de Jean de Paris survint le 30 mars. II laissa au convent la somme de 27 livres pour son anniversaire et une messe a dire chaque semaine.