‹ Histoire de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens [microform]Chapitre 39 sur 40 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Le monastere de Saint-Pierre-le- Vif avait done cesse d'exister. l.e meme sort allait-il etre reserve a I'eglise de Saint-Savinien, et de tant de souvenirs glorieux ne devait-il rester aucune trace, aucun vestige ? La Providence ne le permit pas, et ce sanctuaire dut a la modestie de son apparence de traverser sans trop de perils la periode de la Terreur.

(1) Tarbe. histoiro de Sens.

(2) Apres ce dernier malheur, a-t-on enleve les materiaux de la crypte, ou bien a-t-on simplement comble la cavite produite par cet affaissement, et, dans ee dernier cas, reste-t-il encore de ce monument quelques precieux vestiges? C'est ce que pourront faire connaitre des fouilles pratiquees a cet endroit.

De serieux dangers menac.aient pourtant son existence, et les premiers doramages lui vinrent de ceux memes qui avaient rec.u mission de le proteger. En 1792, deux fabriciens, le maitre d'ecole et ie.bedeau deroberent une partie du mobilier, jusqu'a 1'autel et aux tombeaux de lacrypte qu'ils consideraient comme des effets inutiles , et laisserentenleverle reste. Les choses en demeurerent la pendant deux annees. Gependant, le 18 fevrier 1794, le culte de la Raison etait installe a la cathedrale de Sens, et 1'eglise de Saint- Savinien semblaitirremediablement condamnee a une destruction prochaine, quand un excellent Chretien trouva dans sa generosite le moyen de detourner ce malheur. M. Simon-Andre Blanchet, ancien garde-marteau de la maitrise des eaux et forets du baillage, 1'acheta, le ISjuillet de lamemeannee, pour la sommede quatorze millelivres : ellen'etaitplus considered que comme une carriere de pierres. M. Blanchet exposa plus tard (24 juin 1826), dans un acte authentique, que par veneration pour la memoire de saint Savinien et de saint Potentien, premiers apotres de la foi a Sens, qui y furerit martyrises dans 1'eglise Saint-Savinien, et voyant les orages revolutionnairesmenacer d'une destruction prochaine cette eglise si ancienne et si recommandable aux fideles, il en fit 1'acquisition... la retablit de suite... la meubla et y lit celcbrer les saints offices .

Gependant Millin, qui passa a Sens en 1807 et visita cette eglise en compagnie de Tarbe, n'etait pas alors rassure sur son sort, car en prenant le dessin des inscriptions de la crypte, il ecrivait : J'ai cru devoir reproduire ici ces monuments de notre ancienne ecriture lapidaire etde notre histoire ecclesiastique. Deja la chaux a passe sur ces vieux caracteres et un impitoyable badigeonneur a reblanchi les noms de Savinien, de Potentien et d'Eodald, respectables par leur antiquite comme par la foi qu'ils inspirent. L'eglise passera bientot en d'autres mains, sera abattue, et ces religieux temoignages de la piete de nos peres disparaitront, mais peut-etre, alors, se trouvera-t-ilquelqu'unquisauvera ces pierres sacrees et mon travail aura contribue a les faire conserver .

Les craintes de 1'archeologue et du Chretien faillirentserealiscr. M. Blanchet ayant voulu donner 1'eglise et le cimetiere voisin a la fabrique de la paroisse, mais a condition que le titre de cure ou de succursale y serait attache a perpetuite, on la refusa ; la donation devint caduque, et la inort de M. Blanchet etant survenue sur ces entrefaites, le 2 juillet 1826, sembla livrer aux plus terribles hasards le monument qui retomba dans son dangereux abandon. Victor Petit raconte dans son Gruide pittoresque, 1'impression douloureuse qu'il ressentit en y entrant, quelque vingt ans plus tard : La nef servait de grange et le sanctuaire de garde-meuble ,

Ce fut le digne heritier de M. Blanchet, M. Edme-Marie-Simon de Feu, ecuyer, ancien chevau-leger, chevalier de 1'ordre de Saint- Louis, qui en n't don a Mgr de Cosnac, sous la seule condition d'y maintenir k perpetuite le service divin. Anime d'ime noble emulation, ce prelat affecta aux reparations de cette eglise les revenus d'un capital tire de sa cassette personnelle, et la donna enfin comme chapelle aux Sceurs du Bon-Pasteur qu'il etablit, le 26 mai 1845, dans les batiments reconstruits de Saint-Pierre-le-Vif.

Ghaque annee, le 18 octobre et pendant 1'octave, le chef de saint Savinien est expose a la veneration des fideles dans cesanctuaire qui porte toujours son nom et ainsi se perpetue parmi nous le culte du premier apotre des Senons.

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