VUE A VOL D'OISEAU DU MON
d'aprte le Mona.s
LEGENDE. 1. Basilique majeure. 2. Oratoirede Saint-Serotin. 3. Grand clocher. 4. Cloitre. 5. Dortoir. 6. Refectoire. 7. Infirmerie. 8. Hotellerie. 9. Cuisines. 10. Refectoire des domestiques. 11. Petit cloitre. 12. Cellules du cellerier et du portier 13. Porte interieure du monastere. 14. Pretoire du bailli. 15. Grande porte du monastere. 16. Ecurie. 17. Grenier. 18. Cour
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d'apres le Nonas ti> cm gallicanum.
loclier. 4. Cloitre.
- 10. Refectoire des
interieure du monas-
Grenier. 18. Cour
nterieure. 19. Grange. 20. Pressoir. 21. Maison abbatiale 22. Ancien cinietiere ou sont ;nterres tant de corps saints. 23. Vigne. 21. Jardin. 25. Atelier pour travailler la laiue. 16. Chemin public allant a Sens. 27. Cour interieure du monastere. 28. Cellule on ermitnge. 19. Puits du cloitre.
ployes a cette oeuvre trouverent sous la pierre de 1'autel trois cercueils contenant des ossements, avec 1'inscription : a.paucis ministris, etc. , et superposes a trois autres cercueils vicles. Corame ces ossements etaient ceux des Chretiens martyrises avec saint Savinien et ses compagnons et qu'on avait laisses dans ces tombeaux apres la translation du ix e siecle et les travaux du xi e siecle, leur presence devait donner lieu a Line meprise chez ceux qui ignoraient 1'histoire de 1'abbaye et leur fairc croire que c'etaient les ossements de saint Savinien et de ses compagnons. Mais 1'inscription a disparu depuis, et peut-etre l'a-t-on enlevee pour dissiper 1'equivoque. On replac.a les ossements dans les tombeaux qui mrent proteges par une grille de fer, et Jacques Boileau, frere du satirique et doyen de Sens, fut charge de composer une inscription pour en perpetuer la memoire.
Le 19 octobre 1687, on exposa pour la premiere fois a la cathedrale une cote de saint Savinien et 1'os principal d'un bras de saint Potentien. Le reliquaire, riche present des chanoines Paul et Jean Leriche, se composait de deux anges portant les reliques dans un tube de cristal. Le chanoine Jacques Chaumoret qui rapporte ce fait, dit que les deux statues pesaientSl marcs 4 onces.
D. Mathoud mourut, le 29 avril 1705, a 1'abbaye de Saint-Pierre de Ghalon-sur-Saone ou il s'etait retire. II eut pour successeur frere Leonard d'Arfeuille qui se consacra tout entier a la restauration de 1'eglise et eut la joie d'en voir 1'achevement et la consecration . Le deuxieme dimanche de careme, jour de 1'ancienne declicace de 1'eglise, le vicaire general de monseigneur de la Hoguette, Barthelemy Mouffle, vint la benir solennellement au milieu d'un grand concours de peuple.
Cependant un changement des plus importants etait sur le point de se produire a Saint-Pierre-le-Vif, qui allait diminuer encore les ressources des religieux ; mais ce devait etre pour le bien general de 1'Eglise. Une decision du concile de Trente(1563) ordonnait dans chaque eglise cathedrale 1'etablissement d'un seminaire, ou ceux qui se destinaient a 1'etat ecclesiastique viendraient se former pendant plusieurs annees a la piete et a la science ecclesiastique. Pour entretenir ces ecoles, il avait ete permis aux eveques de prelever les frais necessaires sur la mense episcopale ou capitulaire, sur les offices, personnats, prebendes, abbayes, prieures et au-tres benefices quelconques.
C'est en vertu de cette decision que, un mois apres la mort de Louis-Henri de Gondrin, dernier abbe de Saint-Remi, et par des lettres de Louis XIV, le 19 octobre 1674, la mense abbatiale de ce convent avait ete transmise a la congregation dela Mission, fondee
par saint Vincent de Paul, que 1'archeveque avail' appelee vingt ans auparavant a Sens pour diriger le seminaire diocesain qu'il fondait. Elle etait destinee a y entretenir six pretres de la Mission. Le pape confirma cette mesure en 1676; mais a cause de 1'opposition des religieux qui voyaient avec peine cette nouvelle diminution de leurs revenus, les lettres pontificales ne furent fulminees a Sens que le 16 septembre 1679.
Environ un demi-siecle plus tard, cette mesure fut completee par une ordonnance royale (l er novembre 1713) qui eteignait le titre abbatial de Saint-Pierre-le-Vif et en assignait les revenus aux pretres de la Mission. L'abbe Rouget mourut lui-meme 1'annee suivante, le 24 mars 1714, a 1'age de quatre-vingt-cinq ans.
II y avait longtemps, en realite, que le monastere n'avait plus d'abbe. Depuis la commende, la plupart de ceux qui en portaient le titre demeuraient indifferents a toutce quise passait a 1'abbaye, et ne s'occupaient que de percevoir le revenu de la mense abbatiale qui leur etait donnee en benefice. La direction interieure et la conduite des moines appartenaient depuis lors a un superieur triennal portant le nom de prieur, et qui tenait son autorite du chapitre general de la congregation.
Cette derniere mesure modifia encore la constitution de 1'abbaye. En meme temps qu'elle la faisait relever du superieur general de 1'Ordre de Saint-Maur, elle lui enlevait plusieurs droits, entre autres celui de nommer aux prieures qui en dependaient, au nombre de six : Saint-Loup-du-Naud (pres de Provins); Saint - Barthelemy-du-Buisson (pres de Villers-Saint-Georges, Seine-et- Marne) ; Saint-Hilaire d'Andresy (pres de Courtenay); Saint-Pierre d'Auxon (pres d'Ervy, Aube) ; Notre-Dame-de-Faux, aux Riceys (pres de Bar-sur-Seine), et Saint-Pierre de Paroy (pres de Joigny). II appartinfc desormais au roi de nommer a ces benefices, avec le consentement de la cour cle Rome. Comme on le voit, depuis plusieurs siecles les droits et les prerogatives du monastere avaient considerablement diminue et se trouvaient reduits presque a rien. Le 8 juillet 1716, les religieux partagerent avec les Peres de la Mission la mense abbatiale et, d'apres cet accord, ils conserverent le droit de nommer aux cures de Saint-Laurent, a Saligny ; de Notre-Dame, a Maillot; de Saint-Savinien et de Saint-Pierre-le- Donjon, a Sens. Les moines de Saint-Remi garderent sous leur patronage onze eglises et les pretres de la Mission eurent 1'obligation de nommer des religieux de Saint-Pierre -le-Vif aux benefices simples de Saint-Remi.
HISTOIRE DE SAOT-MERRE-LE-V1F. 179
Parmi les coutumes alors en usage au monas+ere, il en est une assez bizarre sur laquelle nous nous arretons, a cause des debats qu'elle occasionna a cette epoque. Au moyen age, les eveques avaient perinis aux moines, la veille des fetes avec jeune, de prendre quelques rafraichissements apres les premieres vepres, pour apaiser la soif qu'augmentaient le jeune et le chant des psaumes. A Saint-Pierre-le-Vif, on continuait de donner a cet usage 1'appareil d'une ceremonie solennelle. Les religieux et les chanoines se retiraient sous le cloitre. La, trois des cures do la banlieue sous le patronage de Fabbaye venaient en surplis, tete nue, chacun un verre a la main, se presenter devant le prieur qui benissait ces trois vins. Quands ils en avaient offer.t aux chanoines et aux religieux, ils deposaient les verres sur une table ou se trouvait une certaine quantite de vin. Le bas choeur de la catliedrale assistait a la ceremonie, sans que rien le mit hors des atteintes de la soif: de la, avec le temps, d'assez graves alms.
Les cures qui, a titre d'hommage, avaient 1'obligation de presenter Je vin au prieur, protesterent, au commencement du xviii siecle, centre cette charge qu'ils trouvaient ridicule, et dont les moines faisaient si pen de cas, disaient-ils, qu'ils ne voulaient pas la faire remplir par leursfreres convers. Ils composererit done une consultation adressee a la Sorbonne et, avec la reponse de plusieurs docteurs, ils en firent un memoire anonyme r imprime, pour reclamerl'abolition de cette coutume. Les plus graves arguments du requisitoire etaient : que boire ainsi, entre le diner et la collation, c'etaitexposerbeaucoup de monde, surtout lesjeunes gens et les bedeaux de la cathedrale, a boire avec exces ; que cette ceremonie pouvait etre considered comme un reste de la fete des fous, laquelle a vait commence, disait-on, danslemonastere meme. La conclusion de la reponse donnee par les plus celebres docteurs de la Sorbonne, en novembre 1717, fut que ladite ceremonie constituait un veritable abus, et que les religieux devaient etre les premiers a la supprimer.
Nous ne savons quelle suite fut donnee a cette affaire. Mais une note manuscrite inseree a la tin de cette consultation fait remarquer que 1'expose du requisitoire etait presque entierement faux. Pendant la premiere rnoitie du xvm e siecle, rien d'important ne vient troubler lapaix et le calme du cloitre. Des reparations assez considerables se continuent aux vieux batimenls, auquels on ajoute une aile. Un devis de 1726 porte le montant des travaux a une somme de 75,000 livres.
Les traditions de cliarite chretienne restent vivaces au monastere, et le bien qu'elles produisent font benir les religieux.
Tandis que les Peres de la Mission fondent une maitrise d'ecole aux Sieges, grace a un don fait parle <r maitre d'ecole des pauvres dans la ville de Versailles, les moines recoivcnt du cure de la meme paroisse une rente d'une pistole pour un chirurgien charge de soigner les pauvres du pays.
Mais voici une nouvelle catastrophe. Le 10 mai 1743, a quatre heures du soir, apres les vepres, an milieu d'un oragetres violent, le tonnerre tomba sur le campanile et y mit le feu. Dans 1'espace de quelques instants 1'incendie fondit les cloches et le plomb du clocher, et se communiqua aux charpentes du choeur qui furent consumees ; iln'y eut d'epargne, comme en 1632, que latoiture de la nef et celle des deux tours qui touchaient an dortoir.
Devant cette epreuve inattendue, les moines ne perdirent point courage. En moms de cinq mois, Feglise fut recouverte et les voutes ecliapperent aux intemperies de 1'hiver. Les quatre cloches refondues prirent place dans un autre campanile. Mais ces heureux resultats ne furent obtenus qu'au prix de maints sacrifices. Les depenses occasionnees par le precedent incendie n'etaient pas encore totalement payees et il fallut recourir a 1'emprunt. On venclit a Paris la statue en cuivre de Mo'ise, et le prix servit a acheter un tabernacle et six chandeliers en cuivre d'une grande beaute. Les reparations de la toiture couterent trente mille livres, dont les directeurs du seminaire durent prendre la moitie a leur charge.
L'eglise, la crypte, le cloitre et le chapitre renfermaient alors un grand nombre d'inscriptions et d'epitaphes des archeveques, des abbes et des autres personnages qui avaient ete ensevelis dans 1'abbaye ; mais ces inscriptions n'offraienl que pen d'interet, car elles etaient de date recente et n'avaient ete redigees, pour la plupart, que clepuis la reforme. Tarbe nous en a conserve le texte dans son ouvrage des Epitaplies et Inscriptions sdnonaises, avant 4789 (1).
Toutes les tribulations qu'avait eprouvees le monastere n'etaient que peu de chose en comparaison de Tirremediable malheur qui le menagait et allait 1'envelopper d'une destruction derniere. On etait a la veille de la Revolution. L'histoire des derniers jours de Saint-Pierre-le-Vif nous est presque inconnue : il y regne ce silence pro fond et terrible, sinistre precurseur des epouvantables tempetes.
Le 4 aout 1789, un decret de i'Assemblee Rationale abolit les titres de noblesse et enleve a 1'abbaye ses droits de justice ; puis
(1) Bibliotheque d'Auxerre, n 182.
un autre, du 13 fevrier 1790, supprime les ordres religieux et les voeux monastiques, et met les biens du clerge a la disposition cle la nation.
L'agonie du monastere, qui avait eu des pages si brillantes dans son histoire, va etre marquee par des evenements singuliers ou se rencontrent, suivant 1'expression d'un grand ecrivain, toutes les extremites des choses humaines. Ce futlel9 fevrier 1791 qu'eut lieu une premiere adjudication des bailments du monastere. Le proces-verbal detaillait : la inaison couventuelle et batiments claustraux, 1'eglise, le jardin fruitier et petager, charmilles et cours, le tout entoure cle murs, sur la place qui est au-devant desdits batiments et eglises, et sous la reserve du batiment qui servait d'auditoire et de prisons qui se trouve clans la cour de la ferine, adossee contre 1'eglise, comme aussi sous la reserve de la place qui est au-devant dudit auditoire et de la ferme .
Le tout fut laisse provisoirement pour le prix de quinze mille livres au sieur Heurtaut, pretre, seul encherisseur . L'adjudication definitive n'eut lieu que le; 5 mars 1791. II etait ajoute a la reserve, entre autres choses : des grilles de fer, stalles, statues de toutes especes, des autels tant en bois que pierre et marbre, et tombeaux qui sont dans la grande eglise et dans 1'eglise souterraine, du carreau et des marches tant en pierre que marbre qui sont dans le choeur, dans le sanctuaire et dans la chapelle de la Vierge de ladite eglise, de toutes les statues en marbre qui sont dans la chapelle de la Vierge et qui forment les montants et tableaux des niches, etc.
Un greffier de 1'election de Sens, Christophe Bertrand, acheta le tout pour une somme de quarante-deux mille livres, an nom de dame Louise-Anne-Constance Poupardin d'Amaury, veuve de Paul-Charles-Marie de Lomenie cle Brienne.
Les batiments de 1'abbaye tomberent ainsi en la possession de 1'archeveque de Sens, Etienne-Gharles de Lomenie de Brienne, qui voulait en faire sa demeure. Ce prelat, entre sans vocation dans 1'etat ecclesiastique, imbu des sa jeunesse des principes philosophiques de 1'epoque, avait ete successivement eveque de Condom, archeveque de Toulouse, ministre de Louis XVI et cardinal.
Lorsque plusieurs paroisses de la ville furent supprimees, trouvant sans doute 1'eglise du monastere trop grande pour lui servir de chapelle, peut-etre aussi par un reste de religion et de generosite, il voulut en faire cadeau aux habitants du faubourg, et rein placer par ce bel edifice leur vieille paroisse cle Saint-Savinien et les deux autres eglises du faubourg supprimees par lamunicipalite. L'historien Tarbe, en racontant ce detail, ajoute que les habitants
s'assemblerent pour deliberer et refuserent la proposition avec opiniatrete clisant que le diable pourrait bien venir habiter I'eglise, puisque Ic monastere etait detruit .
M. Perrin regard e comme probable qu'ils alleguerent d'autres raisons d'un ordre moinssurnaturel, car aussitotque le monument fut tombe sous la pioche des demolisseurs, leurs protestations s'eleverent nombreuses et menacantes. Mais I'oeiivre nefaste etait accomplie : I'eglise etant rasee, il n'en resta plus que la crypte, eclairee par un soupirail vitre. Une nuit, la voute, humectee par les pluies, s'elfondra et ecrasa les pauvres volatiles (1). Ainsi disparut ce monument, le plus venerable clu Senonais, apres I'eglise de Saint-Savinien ! (2)
Au milieu de ces tempetes et de ces clefaillances, les reliques du monastere echapperent a la destruction, grace au courage de deux pretres : MM. Thomas et Mace. Ces deux genereux Chretiens, dit le registre du Tresor de la cathedrale de Sens, sans calculer le danger auquel ils s'exposaient a cette epoque de terreur (1793), entreprirent de sauver des mains profanes toutes les reiiques qui reposaient dans les differentes eglises de la ville de Sens. La protection divine les accompagna dans 1'accom.plissement de leur genereux dessein... Au inoyen de secretes intelligences, ils penetrerent pendant la nuit dans I'eglise de Saint-Pierre-le-Vif, enleverent toutes les reliques que possedait cette ancienne abbaye, et les rapporterent dans I'eglise de Saint-Pierre-le-Rond, qui etait de venue leur propriete particuliere. Elles y resterent pendant cinquante-deux ans . C'est de la que Tautorite ecclesiastique les retira en 1843, pour les deposer, avec les precieux suaires qui les enveloppaient, dans le Tresor de la cathedrale de Sens.