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Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. Mathieu

L*histoire que nous publions aujourd'hui est le fruit du labeur et des veilles d'un de ces pieux cénobites dont la vie, saintement féconde, se partageait entre le travail des mains , l'étude des lettres et la prière. Simple et naïve , elle retrace les débuts, la splendeur et la décadence d'un couvent autrefois célèbre. Ses récits embrassent une période de onze cents années ; l'histoire de I^on s'y mêle a l'histoire de Saint-Vincent et la vie des évêques Laonnois marche de pair avec la vie des abbés réguliers. 11 convenait que l'enceinte désignée dès le VP siècle pour servir de sépulture aux pontifes et aux nobles de la cité , gardât dans ses archives les hauts faits de ceux qu'elle devait abriter après leur mort.

L'auteur de cette histoire a été long-temps inconnu. Les chroniqueurs du XVIP siècle l'ont cité sans nous désigner son nom ; les auteurs plus récents lui ont donné le seul titre d'Anonyme. M. Melleville {Histoire de Laon, tom. V) croit pouvoir attribuer ce travail à dom Claude Vialard, religieux de l'abbaye de Saint -Vincent; mais dom Claude Vialard écrivait vers 1650, et l'histoire manuscrite que nous publions fut composée vers 1680. Les renseignements d'ailleurs les plus précis nous convainquent aujourd'hui jusqu'à l'évidence que dom Robert Wyard est le véritable auteur et nous aimons à placer son nom en tête de cette publication .

Dans le cours de l'ouvrage et particulièrement aux pages 104, 134 et 179, l'auteur fait allusion à plusieurs histoires composées par lui, notamment à une histoire de l'abbaye dlsle de Saint-Quentin {Insulense Sancli Quintini Cœnobium) , et à une autre histoire , manuscrite également et latine , du monastère de Notre-Dame de Breteuil {Vide hisloriam meam de Cœnobio BrituUensi). Trouver quelqu'un de ces ouvrages qui , par son titre ou une indication suffisante , nous révélât un nom , nous fit tirer une conjecture, tels furent dès lors

notre étude et l'objet de nos recherches. Or , la bibliothèque de la ville de Saint- Quentin nous fournit sous ce rapport les renseignements désirés. Le manuscrit de l'histoire de Tabbaye d'Isle qui s'y conserve porte à sa page première le nom de Robert Wyard : Insulense Sancti Quinlini ccmabium, seu hisloria chronologica cœnobii in insuld Somenœ constructi, ex char lis carlulariisqae ejusdem cœnobii deprompta per Fr. Robertum Wyard , quondàm ejusdem cœnobii monachum benediclinum.. Le texte même de la dédicace que l'auteur fait pieusement de son ouvrage à la Très-Sainte-Vierge , est une conGrmation de ce premier et important témoignage : Auguslissimœ Cœlorum , or bis terrarum et inferorum imperatrici, Angelorum reginœ, Virginum Virgini , Deiparœ , unicœ Virgini Matri Mariœ totum opus dical , cçnsecrat et offert Dominœ suœ Fr. Robertus Wyard , in monasterio Sancti Quintini de Insuld benediclinus cœnobila , an"" 1673 , die 14 octobris. Constatation faite encore des passages entre lesquels existe similitude dans l'histoire de l'abbaye d'Isle et dans celle de l'abbaye de Saint- Vincent, nous avons senti s'évanouir en nous toute espèce de doute. La difficulté nous parut dès lors résolue. Robert Wyard, auteur de l'his-

toire de l'abbaye dlsle en 1673 , composait encore vers 1680 ou 1685 l'histoire de l'abbaye de Saint-Vincent de Laon.

Cette dernière composition fut latine et française. A l'exemple des chroniqueurs de son époque et de ceux qui l'avaient précédé , Robert Wyard écrivit d'abord dans la langue des cartulaires les récits que lui fournissaient soit les chartriers des divers monastères, soit les publications, déjà mises au jour, de ses devanciers. Lui-même fait allusion à ce premier travail à la page 50® du présent ouvrage, quand, décrivant la cérémonie d'installation des évêques de Laon, il ajoute ces mots mis en marge et placés par nous en note : « Voyez cette cérémonie expliquée plus au long en notre histoire latine. » C'était d'ailleurs Tusage , même à la fin du XVIP siècle , que les chroniques et travaux d'histoire fussent composés presque tous dans la langue savante. Les éditeurs de V histoire de la Ville, Cité et Université de Rheims, par dom Guillaume Marlot (ouvrage publié récemment par les membres de l'académie de Reims), nous apprennent que le savant bénédictin avait d'abord commencé son travail dans l'idiôme natal , mais que ses doctes confrères lui

ayant montré tout le ridicule qu'il y aurait à se servir de la langue commune, contrairement aux usages reçus, Marlot se mit avec une naïveté patiente et courageuse à traduire ses manuscrits en langue savante , se réservant toutefois la satisfaction de les achever en français.

Nous n'avons recueilli aucun renseignement sur l'exemplaire latin de l'Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent. M. Devisme Histoire de LaoUj tom. V) 5 parle néanmoins de cet exemplaire de manière h faire supposer qu'il en a eu connaissance. « L'histoire, nous dit-il, allait jusqu'à l'an 1612 et pouvait être consultée avec fruit par un bibliomane. Elle contenait un inventaire de deux cent soixante-neuf manuscrits qui avaient échappé à la destruction de la fameuse bibliothèque de Saint- Vincent de Laon. » Nous ne regrettons de cet ouvrage que l'inventaire dont il est question , les autres documents relatifs à l'abbaye de Saint- Vincent se trouvant assez au complet dans l'histoire que nous publions.

La famille des Wyard était originaire de la Picardie. Les chroniques de cette province en font foi ; elle portait pour blason D'or , au chêne

desinople, le tronc traversé par un sanglier passant de sable, les défenses et lumières d'argent i.

Les premières années de dom Robert se passèrent au sein de la piété. Lui-même nous apprend ^ que , consacré dès sa tendre enfance à la très Sainte-Vierge , il vit s'écouler encore àrombre des saints autels et sous la sauvegarde puissante de la Mère de Dieu les jours de son adolescence. Admis bientôt dans l'ordre bénédictin, il fit profession solennelle en l'abbaye de Notre- Dame de Breteuîl , près Amiens. Son goût pour

[i] Nous devons le blason de la famille Wyard à i obligeance do M. deChauvenet, juge d'Instruction à Saint-Quentin, qui voulut bien relever et dessiner lui-même les autres blasons placés dans l'intérieur du lexte de l'auteur.

(2) Imutense Sancti QiUntini Cœnobiwn. Dedicatoria Beatœ Marix FtrgiHi.

les travaux historiques s'était révélé déjà ; une notice sur la Tunique san$ coulure de Notre-Seigneur avait été composée par lui vers 1669; bientôt il écrivit , d'après les chartes et documents qu'il put recueillir, l'histoire du monastère de Notre-Dame de Breteuil. Son activité était étonnante et sa fécondité merveilleuse. Transféré quelques années après à l'abbaye d'Isle de Saint- Quentin, il poursuivit avec un zèle nouveau ses travaux et ses recherches. Six mois à peine s'étaient écoulés 5 l'histoire de l'abbaye d'Isle paraissait. Commencée dès les premiers jours du carême de 1673 , elle était complètement terminée vers la mi-août de la même année * ; bientôt il lui donnait, comme appendice, l'histoire du monastère bénédictin d'Homblières , près Saint- Quentin et celle du monastère de Saint- Prix, en la cité. Mais la malignité s'était attachée à ses pas. Ses écrits , d'abord accueillis avec éloge , virent peu de temps après s'exercer sur eux la satire et la critique. Quelques-uns même lui furent honteusement ravis ; copiés et corrigés par une main étrangère, ils parurent, avec quelques

(4) y4b initia Quadragesimœ ad diem Augusti decimam sextant,, porte le titre du manuscrit.

variations de style, sous un autre titre et sous un autre nom. Tel fut le sort de Thistoire de la Tunique sans couture de Notre-Seigneur et de celle du monastère de Notre-Dame de Breteuil ; la première fut livrée à l'impression vers 1670 , nous ne savons sous quel titre ni sous quel nom ; la seconde resta manuscrite , mais n'en conserva pas moins le nom du plagiaire * . Robert Wyard , transféré vers 1680 à l'abbaye de Saint-Vincent de Laon, écrivit à cette époque l'histoire de cette abbaye.

(4) C'est Wyard qui, dans la Dédicace de Thistoire de Tabbaye d'Isle, nous transmet tous ces détails: « Tantâ devotione hune tibi offero^ dit-il, ac obtuli libellum de Tunicâ inconsutili Z^owitni mei Jesu ' Chrisfi , quam feceras infantulo filio ttto.,, à me editum, ut tu mihi testù es, etsi alterius nomîne fuerit in lucem propalatus et typis mandatus ^ anno cir citer,,. ^670. Quem etsi mihi ablatum serves velim,,. dîim tamen in eo nihil mali dogmatis admixtum sit, quod recuso.,. Illum, inqwim , tibi obtuli et cum cUio natu minori de Historià cœnobii Brithuliensis tui, etsi alius quidem et hune mihi rapere studuerit, laboris mei fœtum , tibi tamen dicatum , quem cîim bénigne raptori credidissem , latumet prolatum laude et iterùm alio vesiitu seu stylo coopertum, meum esse negans, suum esse affirmavit. Iniquitatem tu nôsti^ Domina mea.... Encurge igitur et judicacausamtuam,,. etc.

Le but que nous nous sommes proposé dans la présente publication a été de sauver de l'oubli les précieux documents tombés par hasard entre nos mains. Qui ne lira volontiers et avec intérêt les chroniques de ce vieux monastère , autrefois refuge de la science et sépulture magnifique des pontifes et des preux ? Qui ne voudra , parcourant la vie de ses abbés ou des illustrations auxquelles il sert de tombeau , y chercher le souvenir d'une gloire éteinte , un mot , un vestige du passé ?

Diverses copies de cette histoire ont été faites depuis 1680. La première , qui semble écrite toute entière de la main de dom Bugniâtre^ se trouve à la Bibliothèque impériale; elle fait partie de la collection des mémoires sur la Picardie réunis en 1771 par dom Grenier ; mais elle est bien abrégée et bien incomplète. C'est plutôt même un résumé sommaire qu'une copie véritable ; elle s'arrête à l'année 1113. Une autre plus

fidèle , mais mêlée de nombreuses inexactitudes, a été faite il y a quelques années; elle est conservée au dépôt des archives de la Société archéologique de Soissons. Publier donc un texte

la curiosité d'examiner, celuî-la peat fermer les annales de l'histoire et cesser ses études sur le domaine du beau. Il n'existe pour lui ni phénomènes historiques, ni beauté morale; son intelligence est dans les ténèbres et son cœur dans ta poussière. »

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