HUGUES, SON ÉLOGE. DÉCED DE L*ÉVÉQUE DE LAON
L€siEUBs autres donations furent encore faites à notre abbaye du temps de Tabbé Hugues. Jean d'Erevy, père d'un chanoine de Reims nommé Blihard , lui céda tout ce qu'il possédoit à Mauregny, Fussigny^ Coucy et Gonrtrisy, du consentement de sa femme et de ses enfants , ainsi que de Tagrément de Hugues, seigneur de Pierrepont, et de son fils Robert. Notre ftbbaye faisoit une pension viagère au même Blihard pour ce sujet , lui donnant soixante sols par an.
Pendant ce temps un nommé André , qui desservoit la paroisse de Montaigu , annexée au prieuré du même lieu , tourmentoit fort notre abbé Hugues « qui avoit ce prieuré sous sa dépendance , afin d'obtenir augmentation de pension, se plaignant que ce qu'il recevoit n'estoit pas suffisant pour son entretien. Il alla par toutes les cours de justice afin d'avoir gain de cause , et enfin 11 s'adressa au pape en l'année 1179. Le pape Lucius , qui tenoit pour lors le Saint-Siège , envoya un rescrit sur ce sujet à notre abbé , en la même année 1179 ; mais enfin le bon prêtre André fut contraint de venir se jetter entre les bras de la miséricorde de notre abbé , qui lui donna
librement la quatrième partie des dixmes, treatains, offrandes, etc. L'entremetteur de cet accomodement fut Pierre , abbé de Saint-Bemy de Reiras , depuis évêque de Chartres. Mais le bon prêtre André ne tarda guère à recommencer ses plaintes et ses poursuites , en sorte que Yiman, cardinal-prêtre, du titre de Saint-Estienne, au Mont-Cœlius, et un autre cardinal-prêtre, du titre de Saint- Laurent , furent eontraints d'envoyer un second rescrit à notre abbé Hugues touchant la cause du même prêtre André, en li8.'L
La difficulté passa du prêtre aux bourgeois de Montaigu , concernant Téglise et la garde des reliques et autres ornements. Les procéz occasionnez à ce sujet perdirent beaucoup de temps et ne furent terminez qu'en li88 par une transaction faite entre les deux parties. Elle portoit que la première clef du trésor de Montaigu seroit gardée par les moines du prieuré, et que l'autre clef seroit gardée par les bourgeois , selon que je Fai déjà dit/ Gecy fut fait moyennant certaines conditions exposées au lien oili nous en avons précédemment parlé.
Mais Dieu sçait mêler la joye à la tristesse; voyant que notre abbé Hugues estoit tourmenté dua costé, il le consola d'un autre « car Roger de Rosoy, évêque de Laon , donna Tautel de Chivy à Saint-Vincent, en 1180, en présence de Robert, doyen de son chapitre, de Foulques, chantre, et de plusieurs autres. Presque en même temps Dieu toucha le cœur de Evrard Strabon et de son fils Raoul , seigneurs en ce pais , lesquels connoissant qu'ils tenoient encore les menues dîxmes de la même paroisse de Chivy avec plusieurs dépendances, contre les saints décrets et leur conscience, les donnèrent à Saint- Vincent avec deux muids de froment sur la grosse dixme du même fieu ; un de ces muids fut donné pour le fils Raoul , qui avoit fait profession de la vie monastique en cette abbaye de Laon, Les témoins furent Robert, doyen de la cathédrale , Renier, archiprêtre , et Guillaume , pannetier,
(1) Page 381.
En même temps Gautier, seigneur d'Aiselles , donna toutes les pastures du même village de Ghivy, en faveur du prieuré de Saint-Thomas, dépendant de cette abbaye, pour la commodité de la ferme de Pierrepont. Hugues de Pierrepont et sa femme Clémence , ainsi que leurs enfants , Robert et autres , accordèrent libre passage aux religieux de notre abbaye par leur chaussée de Pierrepont/ L'évéque Roger et plusieurs abbéz estoient témoins de cette donation, sçavoir: Jean, abbé de Nogent, Robert, abbé de Saint-Nicolas-aux-Bois, Gaultier, abbé de Saint-Martin de Laon , Raoul , abbé de Notre-Dame de Bohéries, Ingelran , archidiacre. Renier, archiprêtre , Clarembauld de TAbbaye, Guy, seigneur de Rochincourt, et plusieurs autres (1480).
Hugues et les moines de Saint-Vincent estoient aussi libéraux envers les autres églises qu'on Testoit envers eux. Ils accordèrent à Evrard , abbé de Saint-Prix , à Saint-Quentin, la permission de posséder dans Semilly, dépendance de Saint-Vincent, ce qu'il y avoit acquis, à condition néanmoins que ni lui ni sa communauté de Saint-Prix ne pourroient plus y rien acquérir, ni même y avoir aucun pressoir, de crainte que le grand nombre de leurs acquisitions ne diminuât de beaucoup la seÎT gneurie de Saint- Vincent dans Semilly.
Le même abbé Hugues accommoda aussi Tabbaye de Fonsommes d'une terre dépendante du prieuré de Saint-Jean de Lesquielles , laquelle s'appelloit le Bon Lieu. Pour cette terre , Tabbesse nomme'e Marie, promit qu'elle donneroit trente-cinq sols de rente annuelle. Il porta aussi la communauté de Saint- Vincent, dont le prieur s'appelloit Wibold ou Wibaud, le sousprieur Bovon, lesquels sont nommez dans Tacte ainsi que quelques moines, à faire un accommodement avec Odelin, abbé de Foigny, touchant quelques terres.
Raoul , seigneur de Coucy, fit quelques donations à ce monastère, et son fils Ingelran III« termina quelques différends
(l) Mqjus cartul, Sancti-Vincentii.
avec cet abbé Hugues , lequel mourut enfin le 47 août 4905. Son corps est enterré dans le chœur qui estoit Tancien presbytère avant la ruine de la croisée septentrionale de Fégllse. Sa tombe se voit encore au chevet de celle de Roger , évèque de Laon.'
Tous les nécrologes ou martyrologes manuscrits de Saint- Vincent font mémoire de cet abbé Hugues et font son éloge en ces termes :
c Le 16* jour devant les calendes de septembre est décédé d dom Hugues , abbé de ce lieu , lequel a beaucoup augmenté a cette église au dehors et au dedans , en terres , vignes, re- <r venus et édifices , pendant qu'il a esté abbé. 11 a renouvelle (X le temple de cette abbaye depuis les fondements, et n'a cessé a d y faire travailler avec diligence tant qu'il a vescu. Il a a amassé plusieurs ornements très-beaux et considérables, fait < faire plusieurs vases d'or et d'argent et plusieurs ustensiles d sacrez , dont il a enrichi cette église de Saint-Vincent. Il a a laissé au couvent , pour son anniversaire solennel chaque <r année , quatre livres et demie à Manlieu , vingt-et-un sols a à Laon , 20 sols à Semilly, huit muids de vin i Valanren>, a une vigne située à Sons , trente-six sols sur six maisons et (( onze jallois de froment à percevoir sur la ferme de Courbes a et à La Ferté. On chante cet obit à haute voix et le même a jour on fait Taumosne générale. L'abbé doit fournir le pain « et l'aumonier doit fournir le vin nécessaire pour cette aua mosne.* )>
(1) Voir la page 255.
(2) En marge du manuscrit sont ajoutés ces mots : « On garde encore au- « jourd'huy une croix d'argent à deux travers , en façon des patriarchales , « dans le trésor de ce monastère , dans laquelle sont quelques parcelles de la « vraie croix de N.-S. J.-C. , faite du temps de cet abbé, selon l'inscription « qui y est gravée sous le pied de la croix: Crux Hugonis àbbutis. »
Cette croix dont nous donnons ici un fac-similé , appartenait autrefois aux religieuses de Saint-Vincent-de-Paul, chargées de Thôpital, à Laon. Achetée en septembre 1855, par Monsieur de Niewerkerke, directeur des Musées Im-
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CROIX DE L'ABBE ïlËùnL
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Voilà ce que dit Pobituaire en termes latins que je n'ai fait que mettre eu françois. Quand nous n'aurions que ces titres en faveur de l*abbé Hugues , ils seroient suffisants pour le rendre recommandable à toute la postérité , et le faire passer pour le plus grand abbé de Saint-Vincent. L'église du monastère qu'il a fait bâtir est celle qui subsiste encore aujourd'huy.
Roger, évoque de Laon, décéda deux mis après Hugues, abbé de Saint- Vincent , sçavoir , en 1207 , et non pas au mois de septembre, comme le dit le sieur Bellotte en ses Observations sur les cérémonies de Féglise de Laon, car Tobituaire de Saint- Vinc^t met le déced de cet évêque au 21 mai. Son corps est enterré dans l'ancien presbytère de Saint-Vincent , aux pieds de l'abbé Hugues dont nous venons de parler. '
L'année même qu'il mourut , ce prélat avoit déclaré par un escrit que les évéques de Laon n'avolent aucun droit de procuration ou hospitalité dans Tabbaye de Saint- Vincent ni dans aucune de ses dépendances. H semble que c'est sous lui que furent instituez les officiaux, selon que Je l'ai dit au premier livre de cet ouvrage,* car je ne trouve aucun ofQcial avant Tannée
Il a eu cette déférence pour notre monastère qu'il n'a pas voulu choisir ailleurs sa sépulture ni user du droit que lui donnoit la transaction du chapitre de Laon avec Saint- Vincent , laquelle lui créoit pouvoir de choisir sa sépulture où bon lui sembleroit.
Si nous en croyons Jérémie Laurent , dans son Abrégé de l'histoire de Laon , Roger de Rosoy a esté le premier évêque qui a porté la qualité de duc de Laon et de pair de France , ayant esté élevé à cette dignité par le roy Louis-le-Jeune; mais
périaux, elle orne aujourd'hui le Musée du Louvre. Voir la Notice et la description qu'en a faites M. Bretagne, membre de la Société académique de Laon,
(1) Voir son épitaphe, page 255.
(2) Page 36.
]a chose n'est pas probable , d'après Fiodoard , parce que réfection de l'évéché de Laon en duché et pairie fut ùilte avant le dixième siècle, comme nous Tavons déjà dit. '
Du temps de cet évêque vivoit Ingelran III , seigneur de Coûcy et ennemi très-fafal de l'église de Laon , laquelle il ne cessa d'affliger nonobstant tontes les remontrances et excommunications. Il mit Adam de Corlandon , doyen de la cathédrale, dans une prison ' Les églises et chapitres de la province , portant compassion aux pauvres chanoines , leur envoyèrent des lettres de condoléance et de compassion. Ils escrivirent en même temps au métropolitain de Reims, leur supérieur, pour Tobliger à porter remède aux désordres que cet Ingelran commettoit dans le diocèse de Laon. Jacques de Troyes archidiacre, et depuis pape sous le nom d'Urbain IV® , fit rédiger par escrit en un livre particulier toutes ces lettres, afin d'en laisser la mémoire à la postérité. Adam , doyen de Laon, décéda environ Tannée mil deux cent vingt-trois.
(1) Page 19.
(2) La cause première des démêlés d'Enguerrand 111 avec l'église de Laon est incoDmie... Le sire de Coucy ayant fait ravager, par vengeance, les terres du chapitre , Adam de Corlandon , doyen de Laon , fit mettre en prison quelques vassaux d'Ënguerrand. A cette nouvelle, le sire de Coucy arme ses gens, se met à leur tête , entre dans Laon et fait enfoncer les portes de la cathédrale; Adam de Corlandon est saisi , chargé de chaînes et emmené à Coucy, où il est jeté dans un cachot. Les églises de la province de Reims prirent chaudement la défense des chanoines de Laon. Le chapitre de Soissons leur offrit de partager ses demeures et ses revenus , les autres chapitres imitèrent cet exemple. Honorius III , alors souverain pontife , appuya la cause de l'église de Laon et chargea les métropolitains de Reims , de Rouen et de Sens de multiplier les censures contre le sire de Coucy. La paix cependant ne fut faite que deux ans après, vers l!219; Adam de Corlandon fut mis en liberté et Enguerrand 111 promit de ne plus dévaster à l'avenir les terres du oliapitre de Laon.
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