SAINT-VINCENT ET TRANSLATION DE QUELQUES
AUTRES. DÉCED DE L'ÉVÉQUE RENAUD ET DE L'ABRÉ INGELRAN.
wiiUf
-r^xy
NGBLBAN premier, surnommé Nior, succéda à Hugues en Tabbaye de Saint-Vincent , peut-estre même dès cette année 1205, quoique les chartes de Tabbaye n'en
fassent mention pour la première fois qu'en l'année 4906. Cet abbé prenant en affection ce que son prédécesseur avolt fait, tâcha de l'augmenter de tout son possible , et comme il sçavoit que la collégiale de Saint-Julien-au-Bourg estoit un ouvrage de Tabbé Hugues, il ût en sorte d'y faire annexer les deux chapellenies de Thierret et Clacy, dont les chapelles furent érigées dès lors en paroisses, avec cimetière pour chacune, par le même chapitre de Saint-Julien (1206).
Le même titre qui donne connoissance de cecy à la postérité, ajouté à plusieurs autres , nous fait dire qu'il y avolt, proche Laon , un lieu fort connu sous le nom de Tombe Brunehault , ad tumulum Brunechildis , Uamha Brunehault. Quelques auteurs ont voulu dire que c'estoit le tombeau de la reine Brunehault, notre fondatrice, mais il est bien facile de voir que cela ne peut pas estre , car elle ue fut pas affligée du supplice dans ces païscy, mais bien en Bourgogne. On montre même à Saint-Martin d'Âutun un tombeau que la tradition tient estre celui de cette reine, fondatrice du monastère de Saint-Martin. Cette tradition est confirmée par l'expérience qui eut lieu lorsqu'on ût l'ouverture du même tombeau ; on y trouva des cendres et des charbons.* Les historiens remarquent en effet que cette infortunée princesse ayant eu le corps mis en pièces et en lambeaux, on en ramassa les différentes parties qu'on brûla au feu. Ainsi le tombeau de Brunehault dans le Laonnois ne peut estre celui de cette reine infortunée, mais peut-estre celui de quelque autre personne. Outre que ce n'est pas le seul lieu qui soit qualifié du nom de tombe ; car dans le pais de Boulenois il est une éminence qu'on appelle tombe, soit qu'on y ait enterré anciennement les corps morts , soit qu'on ait qualifié du nom de tombe toute élévation de terre telle qu'est celle-cy. Or il peut se faire que cette élévation ou tombe ait tiré son nom d'une Brunehault qui en estoit propriétaire. Ce qu'on peut dire aussi de la fontaine dite cbBrune^/t, sous la montagne de Laon. Mais retournons à notre histoire.
(1) Page 64.
L*évéché de'Laon estant vacant par la mort de Roger , le chapitre de Laon élut Renaud Sourdelle pour son évèque et prélat, n estoit chanoine et chancelier de la même église avant son élection, laquelle se fit en la même année i207. Il occupa le siège jusques en iâlO , qu'il décéda, le 16 mars. Son corps gtt dans Fancien presbytère de notre église de Saint-Vincent, à costé de Roger de Rosoy, son prédécesseur. ' C'est le dernier évêque que je connois avoir esté enterré dans notre abbaye.
Quant à notre abbé Ingebran Nior, il fit société avec Fabbaye de SaintrJean-Raptiste de Laon , pendant que Hugues gouvernoit cette dernière abbaye. Les conditions de cette société furent que les religieux de chaque communauté seroient admis dans le réfectoire de Tautre communauté et y auroient place , comme s'ils estoient du même couvent, sçavoir, ceux de Saint- Vincent à Saint*Jean et ceux de Saint-Jean à Saint- Vincent. Il en fut de même pour le chœur et le chapitre , à moins que quelques-uns de ceux qui se présenteroient n'eussent commis une faute considérable qui méritât qu'on leur refusât la même grâce qu'aux autres. Dès lors qu'on annonçoit le déced d'un religieux d'un des deux monastères dans l'autre, on y devoit sonner les cloches , dire une messe générale en communauté , et donner la portion d'un religieux aux pauvres le même Jour. Chaque prêtre devoit dire trois messes particulières , chaque frère élève réciter une fois le psautier, les convers dévoient réciter dix fois les sept psaumes péniteutiaux , ou soixante-dix fois le Miserere meî , ou cent fois le Pater naster. On devoit un trentain avec un septième de messes en communauté, et de plus il y avoit obligation de dire en commun le Verba mea pendant trente jours. Outre cela , la dignité abbatiale demandoit quelque chose au-dessus du commun ; il fut réglé qu'on donneroit une portion de religieux pendant trente Jours aux pauvres, tant pour le déced des mêmes abbéz que pour CQlui des premiers prieurs des deux églises. Au cas que quelque différend arrivât
(i) Voir la page 257.
entre les deux moaastères , on choisiroit de part et d'autre les abbéz et religieux nécessaires pour terminer le tout amiablement et sans procéz.
Le même abbé Ingelran contracta une autre société avec Tabbaye de Saint-Prix , à Saint-QuenUn» peu après celle-cy; nous n*en rapporterons pas les titres et obligations qui se trouvent au long dans le Cartulaire majeur de Saint-Vincent. '
Ajoutons icy qu'il obtint la confirmation de tous les droits et privilèges de notre abbaye du pape Innocent III*, en la I7« année du souverain pontificat de ce dernier, laquelle revient à Fan de Notre- Seigneur 1244.
Du temps de cet abbé , nos moines exerçoient encore l'agriculture par leurs mains et quelques-uns demeuroient dans les fermes avec les convers et converses , qui avoient soin d'ensemencer les terres et de faire les récoltes ; pour cette raison , leurs habitations s'appelloient granges. Comme la grange de Mussencourt ,' dépendant de cette abbaye, estoit de ce nombre et de cette qualité , et que plusieurs religieux convers et converses y faisoient résidence , comme d'un autre eosté , cette grange estoit assez esloignée de l'église paroissiale , Tabbé et les religieux de Saint- Vincent ayant présenté leur requête à Renaud Sourdelle , évêque de Laon , en 1209 , ce prélat leur permit d'avoir une chapelle particulière et propre à cette grange, pour y administrer les sacrements à toutes les personnes qui se trouveroient en faire partie.
Notre abbé , de concert avec cet évêque, fit aussi borner par de grosses pierres le détroit de Saint- Vincent ; quelques-unes se voient encore aujourd'huy. Cecy se passa en 1209.
C'est la dernière action qui me paroît avoir esté faite par Tévêquè Renaud Sourdelle , car il décéda peu de mois après , en 1210, comme je Tai déjà dit. Robert de Châtillon fut élu évêque
(!) L'auteur les rapporte plus bas, page 448. (2) ou Muscourt.
en sa place , en la même année ; il estoit thrésaurier de la ca* thédrale de Beauvais avant son élection à Tépiscopat.
Ce fat par son moyen et par celui de son frère Guy, comte de Ghâtillon , que notre abbaye obtint et possède encore anjourd'huy un ossement du gosier de saint Vincent , lévite et martyr, patron du monastère. Car les moines de Saint- Vincent ayant appris que Tabbaye de SaintrVtnpent ou Saint-Germaindes-Préz , à Paris , avoit obtenu une partie de la mâchoire de ce saint patron , en d2i5, par faveur du roy Louis Vlll% employèrent le crédit de Tévéque Robert , leur ami, lequel négocia si bien par le moyen de son frère Guy de Ghâtillon, comte du même lieu , qu'il obtint la relique dont je viens de parler. Un escrit attestant rauthenticité accompagnoit cette relique ; nous le plaçons en marge de cette page. *
Presque en même temps les moines de Castres * firent encore présent d'un os du bras de saint Vincent à cette abbaye. Cette relique est encore présentement dans le trésor de Saint- Vincent , et on Texpose à la vénération des fidèles à toutes les bonnes festes de Tannée. Je n'ai pu voir Tescrit qui en fait foy, car il est enfermé dans le reliquaire avec la relique elle-
(1) Venerabili Domino ac patri suo in Christo caiHssimo, Roberto, Dei gratiâ Lattdunensi episcopo , et amicis suis charissimis abbati et conventui Beati-Vincentii Laudunensis, ^usdem permissione , Carcassonensis épiscopus et Simon, Dominus Montis-ForUs et cornes Lgcest et vieomes Bituricensis et Carcassonensis , salutem et âevotam ad omnia vohmtatem. Noverit tmiversitas vestra quod Wido de Castello, vir nolnlis et cornes SancH- Pauli, in tantum nobis et abbati et conventui de Casiris institit, quod reliquias beati VincerUH, scUicèt portionem de faucihus, ei dedimus ad reponendas in ecclesiâ Sancti-Vincentii Laudunensis. Quocireà vestram rogamus dUecUonem , quatenùs singulis annis anniversarium prœfati comitis Lycest Dominique Montis-Fortis et vicecomitis Bituricensis et Carcassonensis post e^us decessum parentumque suorum, in ecclesiâ supra dicta Sancti-Vinceniii Laudunensis fieri faciatis. Datum apud Albanum Montem, vigiliâ Pentecosten, anno MCCXV. Parvum cartul. Sancti-Vinccntii.
(2) Ancienne abbaye de bénédictins dans le Haut-Languedoc.
même. Monsieur Claude Robert dit qu'elle a esté donnée en la même année i2i5, mais je crains fort qu'il ne prenne Tone des deux reliques pour l'autre et qu'il ne se trompe , comme à son ordinaire.
Robert de Chàtillon , évéque de Laon , décéda Tan 1245 , si nous en croyons le sieur Bellotte et le sieur Robert L'obituaire de Saint-Vincent met son déced au dernier jour d^octobre ; je ne trouve aucune mémoire du lieu où il a esté enterré. On distingue ce Robert de Chàtillon d'un autre Robert de Chàtillon qui estoit évéque de Langres.
Anselme de Mauny fut élu évéque de Laon et successeur de Robert en la même année 1215. En considération de ce prélat, la communauté de Saint- Vincent accorda pleine société à Guy de Hauny son frère. Je remarque entre les principales actions de cet évéque^ qu'il assista aux obsèques du roy Philippe-Auguste , dans l'église de Saiât-Denis , en France , l'an 1S23. Il admit aussi les cordeliers en la ville de Laon , Tan 1234.' Ce prélat fonda son anniversaire en cette abbaye de Saint-Vincent» donnant cent livres pour cet effet. Le sieur Robert met son déced en 1238, le dimanche avant la Nativité de Notre-Dame. Le sieur Bellotte dit que quelques escrils le marquent encore vivant en 1240. L'obituaire de Saint-Vincent met son déced au 4 septembre.
(1) Auteur du recueil intitulé : Gallia Christiana , revu et considérablement augmenté par MM. de Sainte-Marthe et les Pères bénédictins. Il était archidiacre et grand-vicaire de Châlons-sur-Saône. Ce savant , qui ne mérite pas les reproches à lui faits par l'auteur, mourut en 1636.
(2) Les cordeliers occupèrent d'abord un terrain situé au nord de Tabbaye de Saint-Martin , où ils construisirent quelques cellules et une église. Mais en 1270 , se plaignant des vexations des Juifs établis dans leur voisinage , ils obtinrent du roi Louis IX les restes et l'emplacement de l'ancien palais royal, et la donation de quelques maisons. (Voir page 46). Après quelques contestations avec l'abbaye de Saint-Jean, qui jouissait des deux tiers de la seigneurie et de la censive de ces mômes maisons , ils parvinrent enfin à y établir leur couvent.
Le sieur Marlot , religieux de Saint-Nicaise de Reims , dit qu'Anselme , évêque de Laon , fit la translation des reliques de saint Marcoul dans le prieuré de Gorbeny, au mois de juillet de Tannée 1229. Adam , abbé de Saint-Basie , y assistoit. Ce fut aussi du temps de cet évéque Anselme que Littard et Simon , chanoines de Laon , firent la translation des reliques de saint Béat, apôtre de la même ville , dans une châsse d'argent. Ils y renfermèrent aussi une cuisse de saint Génebault avec les costes , le bras gauche de saint Montain et le chef de sainte Probe ou Preuve , vierge et martyre. Celte action se fit le samedi après la feste de saint Matthieu, en 1228.
Le corps d'Anselme , évéque de Laon , reçut sépulture dans Tabbaye de Yalle-Luisante , au diocèse de Sens. ' Cette abbaye appartient à Tordre de Citeaux.
Quant à Tabbé Ingelran Nior, il est décédé le 23 septembre, environ Tannée 1218. Il donna une maison qu'il avoit fait bâtir à Laon pour son anniversaire.
(1) Dqd Guillaume Marlot, né eu 1596, grand-prieur de Saint-Nlcaise de Reims, est auteur de divers ouvrages dont les principaux sont une Histoire latine de la métropole de Reims, et le Théâtre é^honneur et de magnificence préparé au sacre des rois^ Il mourut en 16^7, au prieuré de Fives, près Lille , en Flandre .
(2) Voir son épitaphe, page 276.
g 1. BAUDUIN DE COURTRAY.