‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 108 sur 116 · L*ABBÉ ASSISTE AU SACRE RE LOUIS U · texte numérisé non relu

L*ABBÉ ASSISTE AU SACRE RE LOUIS U

Jean de Monts gonyernoit cette abbaye en qualité d'abbé dès l'année 1460 , et il semble qu'il avoit d^à commencé auparavant. C'est pourquoi je rapporte à son temps la reeonnoissance que messire Jean de Brive et maître Jean Boulanger, prètrescaréz de Mons-en-Laonnois, ont faite le 12 août 1459, que les deux parts des offrandes qui avoient lieu annuellement au jour de la Chandeleur en toutes les messes qui se disotoit dans la paroisse du lieu, appartenoient à Saint-Yincent. L'abbé commit pour en recevoir acte un nommé Jean Cheron , maire de notre abbé en sa juridiction sur le même lieu. L'acte ne fut point passé par-devant notaire, mais par-devant un commis du ro j, établi à cet effet ; c'estoit Simon Crochart d'Estouvelles. Cecy confirme la qualité de patron ou de curé primitif que noe abbéz possédoient à Mons-en-Laonnois. C'est d'après ce droit que les religieux de notre abbaye eurent soin de fledre exécuter la fimdation de Henri Carpentin, chanoine de Toumay, lequel oMigea les curez de Mons de lui dire annuellement quatre messes par semaine à l'autel de Saint-Nicolas ; les marguilliers du lieu estoient obligez de fournir les ornements. Pour cet effet, il donna dix-sept verges de vignes dans un lieu dit TEpinette , et cent autres terges ou environ en un autre lieu dit les Orgelois.

L'abbé conserva aussi , en 1459 , le même droit d'avoir des oblations , en la paroisse de Pierrepont , aux jours de la Purification de Notre-Dame et du Vendredi saiot , à l'adoration de la vraie Croix.

n constitua dom Simon Félon , prieur claustral de Saint- Vincent , dom Jacques Watel et dom Jean Corbiau , moines de la même communauté , pour estre ses procureurs et maintenir ses droits contre le chapitre de la cathédrale , en un différend pour une somme de 90 livres de rentes annuelles. Pierre

Du Pont, abbé de Saint-Martin de Laon , fut pris pour arMtre par les deux partis.

Il assista, au milieu des autres prélats, au sacre du roy Louis XI% à Reims, en l'année 1462.

Le temps de son gouvernement ne fut pas plus heureux que celui de ses prédécesseurs abbéz ; car un moine de cette abbaye , nommé frère Guillaume Joubelat , contemporain de Jean de Monts , témoigne que la pauvreté estoit si grande en ce monastère que Fabbé fut contraint d*engager ses ornements et habits pontificaux pour subvenir aux frais de la nourriture de la communauté. La peste et la guerre faisoient alors beaucoup de dommage dans la Picardie, et il semble que le pauvre abbé mourut dans ces misères le 13 avril , environ 4467.

§ 3. Jacques Watel et Jean Gorbiau , abbéz de Saint-Yincent. Charles de Luxembourg est fait évêque de Laon en U72.

Jacques Watel , moine de Saint-Yincent , fut élu abbé en la place du deffunt Jean de Monts. Le temps de son gouvernement fut fort court et assez malheureux , car il perdit le procéz intenté contre le chapitre de la cathédrale. Pierre Du Pont , abbé de Saint-Martin , condamna le monastère à payer 1,735 livres au même chapitre. Jacques Watel décéda le 22 avril 1468 ou environ. Il fonda son anniversaire , laissant au couvent nne maison à Saint-Thomas , avec deux jallois de vignes rapportant pour lors sept livres tournois de rente.

Jean Corbiau estoit déjà abbé de Saint-Yincent en 1469 , selon le gros cartulaire de cette abbaye ; il est décédé en 1477, le 17 juillet. Je ne trouve rien de plus remarquable sur cet abbé.

De son temps Jean de Gaucourt , évêque de Laon , décéda et Charles de Luxembourg, chanoine de Cologne, fils de Louis, comte de Saint-Paul et connétable de France , et de Jeanne de Bar , fut élu évêque de Laon en 1472 , n'estant alors âgé que de vingt-six ans ; il obtint dispense du pape Sixte lY* touchant le defikut de son âge. Ce prélat prit possession de Tév^ché par

procureur le 26 j uin 1 473 ; mais comme il encourut la disgrâce du roi Louis Xl^y par suite de la trahison de Louis de Luxem* bourg, son père, le pape donna un rescrit pour qu'il fut transféré à révôché de tombez , que Jean de Grolay occupoit pour lors. Ce rescrit , daté de Rome , à Saint-Pierre y le 16 avril 4483 , ne fut point exécuté. Charles de Luxembourg institua la feste de la Visitation- de Notre-Dame en son église de Laon et décéda le 24 novembre de Tannée 4509 ; son corps est enseveli dans la cathédrale sous une belle tombe de cuivre. *

(1) Voir son épitaphe, page 278.

HÉLIE D'ARSON, GOMMENDATAIRE. *

^INSTITUTION des oommendes, sainte et nécessaire , parce qu'elle este aux couvents le superflu de leurs biens , avoit dégénéré en telle sorte pour c^ux qui en estoient investis , qu*elle n*estoit plus qu'une couverture d'avarice et d'ambition pour avoir le prétexte de mettre la main sur les biens et les honneurs de réglise« Ce vice s*estoit tellement multiplié dans la France en ce temp&-cy, selon le témoir gnage de Sponde, qu'un cardinal ne craignoit pas de dire au pape dans le conclave que dans peu de temps il n'y auroit plus aucune abbaye en France qui eût son propre abbé régulier. L'abbaye de Saint-Yincent courut même fortune que les autres après le déced de dom Jean Corbiau. Un certain ecclésiastique, nommé Hélie d'Arson , protonotaire apostolique , en obtint la commende par une bulle du pape Sixte IV, donnée le cinquième jour de Juin de Tannée 1478 , qui estoit la sixième de son pontificat.

Les torts que cet abbé commendataire fit à notre abbaye de

(1) On appelai! abbé c&mmendaUm^ celui qui , sans être astreint aux règles du couvent , et même quelquefois sans y demeurer, percevait une partie désignée des revenus de la maison, et abbé titulaire ou régulier celui qui gouvernait la communauté, en observait les r^les, et était tenu sévèrement i la résidence.

Saint- Vincent furent très-grands. Il dissipa plusieurs fonds et revenus 4^ cette église, sous prétexte de faire un jubé orné de plusieurs figures de la Passion de Notre-Seigneur, dont la table d'aotel est aujourd'huy composée.

ta foudre du ciel n'épargna pas non plus cette église ; le 23 juin 4493 , après un horrible tonnerre, elle en brisa toutes les vitres.

' Les anciens comptes de cette abbaye font foy que la peste affligea encore une fois ce monastère et tout le pais de Laon ; ce qui fut cause que le célèbre anniversaire de Tabbé Hugues fût différé en cette abbaye depuis te mois d*août jusques au premier jour des À vents de la même année 1498. Cest pourquoi le fermier de Tabbaye résidant à Courbée (ht averti dene {>olnt foire et apporter les pains j^ur Taumosne générale db cet aililiVersaire , mais de les différer jusques au jour que je viens de dire. Le même fermier estoit obligé aussi de faire fournir e| apporter le pain nécessaire pour Taumosne générale du jour des cendres , au commencement du caresme.

Du temps de cet abbé Hélie d*Ârson , révèqué Charles de Luxembourg fit son entrée ducale et épiscopale à Laon. Toute la communauté de Saint-Vincent raccompagna jusques au portail de la cathédrale , selon Tusage. Il n'est pas fait mention dans Pacte de cette cérémonie de la présence de Tabbé , soit qu'il fut pour lors absent , soit que les moines ne le voulussent pas recevoir dans leur corps. Le grand majeur de Saint-Vincent 9 qui estoit juge ou garde de la justice de ce monastère » y estoit présent ; il s'appelloit Jean de Bucilly.

Le eommendataire Hélie d*Arson fonda son anniversaire en cette abbaye en Tannée 1493 , et décéda le 12t août de rannée 1504. Le nécrologe de Saint-Vincent place son anniversaire au 30 septembre , mais il faut alors qu'il soit différé , car il est constant par les actes de Télection de dom François de Freschencourt qu'il décéda et fut enterré le 12 août 1504.

g 2. François de Feeschencourt , 39e abbé*

L*abbé commendataire Hélie d'Arson estant décédé , les moines de Saint-Vincent , craignant qu^un second abbé com-* mendataire ne prtt la place du premier, s'assemblèrent et indiquèrent rélection d'un prélat successeur au Jour suivant i 3 du même mois d'août 1504. Ils firent une telle diligence que tous les religieux forains, tant des cures que des prieuréz , se trouvèrent présents. Dom Simon de la Croix expédia toutes leslet» très et les scella du sceau du couvent en son nom.

La communauté fut assemblée en les personnes de dom Raoul de Corble, prieur claustral et titulaire de Hontaigu, dom Jean Beuzart, prieur de Lesquielles , dom François de Frescbencourt, prieur deYendeuil , qui avoit esté pitancier du monastère et prieur de Saint-Thomas du temps dé Tabbé Hélie d'Arson , dom Antoine Chevalier, Guy Martin , prieur d'Hautmont , Charles Morel , prietkir de Saint-Gobain , Simon de la Croix, Jean Mourette , tiers'prieur de Saint-Vincent, Antoine Lambert , sous-prieur et chantre du monastère! et prieur de La Ferté , Antoine Cachou , thrésaurier, Jean CociUô , cellèrier, Guillaume Sandraps, pitancier, Guy Bourré, sous-chantre, Estienne de Leuzis , Léon de Franqueville , Antoine Locquet , prieur de Neufville , Nicolas Adam , Jean Charpentier, tous religieux profét et prêtres composant la communauté avec Jean Chaudron , qui n*estoit que diacre pour lors.

Lorsqu'ils forent tons réunis dans Téglise , entre cinq et six heures du matin , on dit une messe basse du Saint-Esprit pour l'élection future d'un àbbé. Quinze des religieux que je viens de nommer y communièrent et les autres se réservèrent pour dire les messes ordinaires dans la même journée. La messe estant termiùée, dom Simon de la Croix fut eslu pour président de l'élection , lequel reçut le serment des notaires et autres témoins. Cela fait , il fut demandé si tous ceux qui avoient droit d'assister à l'assemblée estoient présents , à quoi il Ait répondu que tous y estoient. Alors le président prononça un monitoire

par lequel il commandoit à tous excommuniez, suspens de leurs ordres et interdite , ainsi qu'À toutes autres personnes qui ne dévoient point assister à Félection , si aucune s'y trouvoit , de se retirer, d*autant que Tintention du chapitre n*estoit point de les rendre participants de cette action ni d'user de leur service^

Ensttitte les religieux choisirent la voie d'inspiration ou du Saint-Esprit pour procéder à Télection , avec protestation faite par le président , au nom des capitulants , qu*ils pourroient avoir recours aux deux autres voies , en cas qu'ils ne réussissent pas en celie-cy. Puis tous s'estant mis à genoux , les religieux récitèrent à voix basse le Veni Creator, le verset EmiUei avec la collecte Deus, qui corda. Puis le président s'estant levé au milieu de tous les religieux qui estoient en silence, fit le signe d.e la croix , et levant les yeux au ciel , estant prié de faine lui-même Véiection , dit ce qui suit en langue latine : *

A nomim Pairis et Filii et Spiritûs Sancti, Amen, Ego, Simon 4e Qi!»eet prœdtyier religiosus professus hujus monasterii Sancti-Vincentii . prppè et extra muros Laudunensis, ordinis Sancti-BenedicH , vice meà ommumque et singulorum meorum confratinim , nomino et eligo in ab^ hatem et pasiorem ipsius monasterii Sancti-Vincentii religiosum virum dominum Franciscum de Fresehencourt , prœsbyterum » ejmdem monasterii religiosum , in œlate légitima constitutum et de légitima matrimonio procreatum, vitâ et moribus ac in tUroque regimine multipliciter cornmendatum.

Tous consentirent à cette nomination , et s'estant levez de leurs sièges , commencèrent incontinent Phymne Te Deum à haute voix , laquelle ils continuèrent conduisant le nouvel abbé devant le grand autel , au son des cloches. L'hymne estant achevée , dom Simon de la Croix , au nom de tous les capitulants , présenta au nouvel abbé Véiection qui venoit d^estre faite de sa personne afin qu'il y donnât son consentement , ce

(1) Les cérémonies d'élection de François de Freschencouri et de ses successeurs sont tout-à-fait distinctes de celles que Fauteur indique au chapitre 4 du livre 3«, page 300, et à la page 478.

— Ml —

qu'il fit en ces termes latins » après avoir quelque peu délibéré à part sol :

Ad honorem sanetœ et individuœ TrinUoHs, Patn$ et Fttii et Spiritûs Sancti glûriosissimœque Virginis Mariœ ac heatorum mariyrum Vincentii et Christophori, in quorum nominUms fundaia est prcuens eeclesia, nolem divmœ resisterê voluntaii, eleetUmi de me factœ eonsentio.

Le président ou directeur de Télectlon » ayant reçu le consentement de Tabbé » le mit en possession de la dignité abbatiale, Ty installant dans la première chaire du choeur, au costé droit , vers le grand autel. Tous les religieux du monastère y estant présents , on présenta une seconde fois Téleetion à Tabbé pour en obtenir son consentement , qu'il donna aussitôt. Ensuitte dom Raoul de Gorbie , prieur claustral de céans , publia rélection à haute voix, ajoutant que le chapitre des religieux avoit jugé à propos d'en user de la sorte, faisant l'élection en secret , de crainte que les officiers du roy, qut estoient acturflement dans le monastère, n'apportassent quelque empêchement à leurs projets. De quoi ils demandèrent et obtinrent acte des notaires qui estoient Matthieu Larehier , prêtre natif du diocèse de Bayeux, notaire et tabellion juré de la Cour spirituelle de Laon , par autorité apostolique , et Nicolas Roquier, aussi prêtre et notaire. Les témoins estoient Nicolas Hàren et Jean Sans-Terre , prêtre de Laon. Cette élection se fit le 13 août i 504.

Les moines s'estant assemblez une seconde fols le 19 août de la même année , nommèrent pour procureurs dom Jean Gocille, Antoine Cachou et Antoine JLocquet, moines de cette abbaye , avec quatorze séculiers , présents et absents en partie , qu'ils envoyèrent à Monseigneur Charles de Luxemboui^ , évêque de Laon , pour lors en son château de Yendeuil , afin d'obtenir confirmation de l'élection de leur abbé. L'évêque ne voulut pas terminer l'affaire par lui-même , mais il renvoya les députez des moines aux vénérables chanoines de Laon Jean de Lor , doyen de la cathédrale , Jacques de Yauboulon et Ro-

bert Nogaillety licenciez ès-décrets, par un rescrit daté du S3 août de la même année 1504.

Le rescrit fut mis ès-mains des grands- vicaires de révéqae dès le même jour, 28 août, et le 23 ils mirent leurs affiches à la porte des églises cathédrale et abbatiales de Laon , pour enjoindre y SOUS peine de suspension , à tous les ecclésiastiques et séculiers du diocèse , de se trouver le 16 septembre devant eux, afin de déclarer sMls avoient quelque raison de nullité eontre cette élection , à faute de quoi ils procéderoient à la déclarer bonne ou autrement de nulle valeur.

Dans cette conjoncture , un certain maître Jacques Hurault, protonotaire apostolique , croyant que Télection de dom François de Freschencourt estoit nulle , obtint des bulles dq Saint- Père Jules f en date de la même année 1504 , par lesquelles il la fSedsoit pourvoir de Tabbaye , par droit de dévolu , selon et en vertu des saints décrets , et en commende , selon qu'il le fai- SKÂi connoltre par ses plaidoyers faits en présence des grandsvicaires de Laon.

Les causes de nullité qu'il objectoit à cette élection estoient que les moines avoient traité de la future élection du présent abbé avant le déced de maître Hélie d'Arson , commendataire, et que pour cette raison ils avoient convoqué tous les religieux des prieuréz de leur corps , avant que Tabbaye ne vint à vaquer. Surtout il alléguait que dom François de Freschencourt, nouvel abbé élu , les avoit attirez afin d'avoir leurs suffrages pour son élection; de plus que les notaires publics et les témoins avoient esté introduits par^dessus les murs dans le monastère et non par la porte , et que l'abbé leur avoit promis de les mettre à couvert de toute sorte de punition à ce sujet , par ta protection et par son autorité. Il accusoit ensuitte le nouvel éia de s'estre vanté d'avoir douze voix pour soi , les ayant mendiées avant le déced du prédécesseur ; il ajoutoit que la messe du Saîn^4ESsprit n'avoit point esté dite avant l'élection et quêtes religieux n' avoient pas reçu la Sainte Eucharistie avant d'y procéder.

Mais d'ailleurs le même Jacques Hurault estoit coupable de ce doDtilaccusoitles moines capitulants; carlui*même, prévoyant que Hélié d'Ârson estoit cassé de vieillesse, avoit obtenu du roy Louis XII% six mois avant le déced du même Hélie y des lettres par lesquelles le prince ordonnoit aux moines de Saint- Vincent de demander le susdit Jacques pour leur abbé^ comme estant noble de père et de mère. Cela fut cause qu'un certain mattre Regnauld Doulcet fit entrer des gens d*armes dans le monastère « trois jours avant le déced de Hélie d' Arsoq, et que Je même Doulcet fit deffense de la part du roy aux moines de procéder à une élection ou postulation d'autre personne que du même Jacques Hurault. Le susdit Regnauld Doulcet avoit même mis le temporel de Tabbaye entre les mains des commissaires , couvrant cecy de ce prétexte que la ville de Laon estant limitrophe du royaume de France et des estats du duc de Boui^ogne , le roy avoit intérêt à ce qu'il y eut à Saint-Vincent un bon abbé qui lui fàt fidèle. Il avoit même engagé le procureur du roy à Soutenir cette affaire ; sur quoi les moines prirent prétexte pour faire venir leurs religieux forains afin de prendre avis pour sçavoir par quel moyen ils poorroient se délivrer d'une telle vexation. Le procéz M porté au Parlement de Paris , où Télection de dom François de Freschencourt fut maintenue et confirmée et le commendataire débouté le 13 mars 1504.

Dom François de Freschencourt estoit titulaire de Saint- Thomas depuis Tannée 1492 et continua Jusqnes à ce qu'il eût obtenu Tarrêt du Parlement de Paris pour sa confirmation. Il estoit noble d'extraction » et ses parents estoient assez connus dans le Laonnois où il avoit pris naissance ; il est marqué dans les antiquitéz de cette abbaye avec le titre de très«digne abbé. Il donna deux vignes situées à Semilly et une maison située à Saint*Thomas « du couvent de ce monastère pour y fonder son anniversaire. Je ne trouve presque rien autre chose de lui , parce que le peu de temps qu'il a gouverné l'abbaye ne lui a pas permis de faire grande chose. 11 décéda le 19 février de

l'aDnée 1506, environ près de deux ans après sa confirmation en l'abbaye en qualité d'abbé. Son corps est enterré dans le cbœur de cette église , à costé de Tépttre , proche de la muraille qui sépare la nef ruinée d'avec le chcBur, qui estoit l*ancien presbytère. '

g 3. DoM Charles Morel, iO« abbé.

Les ftinérailles de dom François de Freschencourt » dornier abbé , ayant esté faites selon la coutume , le SO févriœ 1506 , les religieux demandèrent et obtinrent permission de Charles de Luxembourg , évéque de Laon , pour procéder à une nouvelle élection. Le 21 des mêmes mois et an , tous s'asseoiblèrent en chapitre poor ce sujet, sçavoir» dom Baoul de Corbie, prieur claustral de Saint-Vincent et titulaire de Montaigu » Jean Beuzart, prieur de Lesquielles, Charles Horel , prieur de Saint-Gobain » Simon de la Croix , sous-prieur, Jean Mourel, pitancier, Antoine Lambert, prieur de La Ferté, Jean Codile, thrésaurier, Guillaume Sandraps , prévàt , Guy Bourre , Antoine Locquet , prieur de Neufville , Estienne de Lersis , eellerier, Léon de Franqueville, chantre , Nicolas Adam » souschantre , Jean Charpentier, coutre de Téglise , tous prêtres proféz , et aussi Jean Chaudron , proféz diacre.

On dit la messe du Saint-Esprit à laquelle quelques-uns communièrent , les autres se réservant pour célébrer en particulier, et réiection eut lieu en la même forme que celle de François de Freschencourt. Je remarque seulement que dom Simon de la Croix fut encore président de Télection et proclamé tel par l'organe de Nicolas De la Place , chanoine de la cathédrale de Laon , lequel avoit esté prié d'estre directeur d^ la future élection. Je remarque encore qu*au moment de Tappel des moines devant faire partie de la cérémonie, un nommé dom Albin Cachou , moine de cette abbaye et prieur de Saint-Gobert-d'Hautmont , se trouva absent. On le fit chercher partout , par ordre

(1) Voyez son épitaphe , page 258 , note 3.

da président , sans qu'on pût le trouver; ce qui tu«. cause qu'on le déclara contumace par Torgane d*un des notaires et sur l'ordre du président et du directeur.

L'hymne Vent Creator estant cliantée , tous les moines prièrent Simon de la Croix de choisir selon sa conscience celui qu*il trouveroit plus capable et plus utile pour la charge d'abbé, et son choix tomba sur dom Charles Morel , qu'il proclama selon la forme voulue. Tous les capitulants se levant donnèrent leur consentement à cette élection» et le nouvel abbé y consentit aussi en ces termes :

Ego confidem in àdjutorio D. N» /. Cf., eleclùmi de me faeUz consentio et vobis gratias mihi possibUen reférendo.

Le même 2tl février 1806, l'élection fût confirmée peur Charles de Luxembourg, évoque de Laon. Les trois témoins furent Jacques Camus , chanoine, Jean de Romay, chapellain , et Thomas de Beaujeu , curé de Yoyenne. Le pape existant alors estoit Jules i*'.

Cet abbé n'a gouverné Tabbaye que quatre ans ; il est décédé le 26 mars iSiO. Son corps est enterré vis-à-vis de celui de son prédécesseur dom François de Freschencourt , proche de la muraille qui fait aujourd'huy la séparation du chœur ou ancien presbytère d'avec la croisée et la nef détruite et abandonna. C'est du costé de l'évangile, où il parott sur sa tombe gravé avec habits pontificaux et mitre en teste. * Il estoit natif de Yendeuil.

§ 4. Jean Charpentier , 41» abbé.

Dom Jean Charpentier, natif de la ville de Reims , ' moine proféz et thrésaurier de notre église abbatiale , fut fait abbé après dom Charles Morel , en l'année 1810, par les communs suffrages de tous les capitulants.

(1) Voyez son ëpitaphe, page 259.

(2; La famille des Charpentier, d*après Paul GoUiette, était originaire de Saint-Quentin.

— sas —

C'est cet abbé qui fonda la mesae de la Pasaion de Notre- Seigneur pour tous les Jours de vendredi de Tannie , laquelle s^acquitte encore aujourd*huy. Pour cette fiMidati<m il adonné la ferme de Housseaux, située à Lhmis. Il a fondé aussi son anniversaire , qui doit estre fait le jeudi avant la feste de la Pentecôte, et pour lequel il donna une autre ferme appellée d'Hautvillers. Il donna aussi cinq livres de rente annuelle pour Conder une messe ou obit solennel par chaque année » laquelle devoit se dire tous les ans le lundi après le dimanche CanMe * pour tous les fondateurs et bienfaiteurs de notre abbaye. Cette fondation est du 13 mars 1535.

La maison appartenant à cette abbaye dans le faubourg de Laon lui doit sa structure , c'est l'hospice que nous appelions aujourd'huy le Petit-Saint-Yincent. Cette structure de fort belles pierres de taille marque assez la magnificence et la générosité de cet abbé, qui en augmenta le pourpris > et Festendue en l'année 1SS7, par eschange de quelques maisons, afin d'en avoir d'autres plus proches de celle-cy. Cette maison a presque toujours servi pour la Justice du bailly ' et ofOcier de l'abbaye,

(i) i* dimanche après Pâques.

(2) C*estrà-(iire Vendo$,

(3) L'abbaye de Saint-VinceDt, comme la [dupart des communantés religieuses, avait un officier chargé de rendre la justice dans rintérieur de ses domaines ; cet officier se nommait haïllfi.

D'autres officiers relevaient encore d'elle et leurs fonctions étaient tout honorifiques. Les vieux auteurs nous parlent d'un chambellan , dont la charge était d*accompagner Fabbé à l'église et d'assister à sa cour, une verge à la main, n marchait de plus en tête de la procession le jour des fêtes de Saint- Vincent et de Saint^ristophe , gardait l'huis du chœur et veillait, pendant le repas , à la vaisselle de la maison. Cet officier en revanche jouissait de certains droits, que nous trouvons ainsi désignés au 15^ siècle: // avoU une miehe de pain, chaque an, et un lod de vin; aux festes de Saint-Vincent et de Saint-Christophe, une miche dé pain et un septier de vin et, le jour du earesme prenant, une charbonnée de lard d'un pied et demi de long, prise de Vespès du bacon, sans fendre à tout la couenne.

sar ses sujets , comme il* parott par un escrit de Tannée

L'église abbatiale doit sa perfection à cet abbé Jean Charpentier ; il en a achevé la nef et fait faire le portail plein de figures et assez agréable. (Test cet abbé qui a bâti le bout du dortoir contigu au cloître, au-dessus du Chapitre et des deux parloirs. Il a rétabli la moitié du elottre on plutôt Ta rebâti tout à neuf; le reste du clotlre et le réftSctoire me semblent subsister depuis le temps de Tabbé Hugues, sur la fin du douzième siècle. Les voûtes de toute Téglise et la chapelle de Saint-Christophe, der* rière le chœur, le reconnoissent pour leur auteur, et elles en portent les marques par les armes de cet abbé qui y sont attachées. Mais de tout ee grand corps d*ég1ise il n'y a plus que les chapelles de Saint-Christophe , de Saint-Quentin , de Saint- Benoit , de Notre-Dame et de Saint-Nicolas, laquelle est à présent la sacristie , qui subsistent , avec le presbytère dont les voûtes menaçant ruine sont retenues par de groses chaînes de fer. ' L'abbé Jean Charpentier embellit cette église de plusieurs ornements dont elle avoit esté privée depuis que les Anglois

(i) Noos empruntons à une noiice de M. Melleyille , intitulée : Les Eglisu de Laon , quelques détails sur Tordonnance intérieure de TégUse de Saint- Tmeent:

t Cette ^Use, à lintérienr, dit M. Melleville, présentait une grande ressemblance avec la cathédrale. À Saint-Vincent , Togive peut-être moins ind^àse que dans cet édifice , s*y montrait aussi partout mêlée au plein cintre; une large allée principale entourée d*étroits bas-côtés; des colonnes dont les chapiteaux portaient les méme^ ornements ; des travées ogivales surmontées d*une seule petite galerie ; des voûtes également ogivales et dont les nervures retombaient sur des faisceaux de colonnettes qui descendaient elles-mêmes jusque sur les grosses colonnes , en se rattachant aux parois de relise par des anneaux ; un chevet carré percé de trois fenêtres lancettes dans le bas et d*une rose dans le haut; une double rangée de petites fenêtres cintrées ou à peine ogivales , ouvertes au-dessus de la galerie et le long des bascôtés; tout, en un mot, dans Téglise de Saint-Vincent, rappelait la cathédrale et paraissait aivoir été copié sur eUe. Néanmoins cette église n'était

estoient venus en ces paîs. Il avoit plosieurs antres bonnes intentions qu'il n*a pu mettre à exécution , ayant esté prévenu de la nécessité à laquelle tous les hommes sont sujets.

Sa charité envers les pauvres a para notablement lonqae la fiamine estant en ces contrées , il fit distribuer à très-vil prix les grains qui estoient dans les greniers» L'observance régulière le reconnolt pour son protecteur en ce monastère , lequel en a reçu une très-bonne odeur par sa piété.

Cet abbé Jean Charpentier avoit un neveu qui estoit doyen en la cathédrale de Laon, lequel , à Timitation de son onde, fit quelques fondations. C'est au nom de ce neveu» lequel s*appelloit Claude Charpentier, que la fondation de la messe dite pour les bienfaiteurs et fondateurs le lundi après le dimanche Cantate , a esté faite en 4535. Pour lors la communauté de ce monastère estoit composée de ceux dont les noms suivent : Dom Pierre Poitevin , prieur» dom Simon de la Croix , dom Léon de Franqueville, prieur titulaire de Saint-Gobain , dom Pierre de la Fosse , thrésaurier, dom Nicolas le Grand , cdlerler, dom Michel Barbier, dom Nicolas de Monehy, prévôt , dom Nicolas Turpin, sous-prieur, dom Jean Preslot, pitancier , dom Bastien de Hesrelessart, dom Jean Verges , dom Clarembauld Camus , dom Jean Chauveau, prêtres religieux proféz, frère Jean Picart , diacre, Regnauld de Condé, sous-diacre, Antoine de la Garde, sous-diacre , Jean Pelletier, Innocent Cotte , novices proféz , Vincent Boileau , Adrien Vignoc , Pascal Macquart et Antoine de la Forge , novices , tous ensemble faisant vingt-deux religieux, sçavoir, treize prêtres, cinq novices proféz et quatre novices non proféz.

L'abbé avoit un prêtre séculier qui vivoit dans ce monastère, en qualité de procureur du temporel , comme on le remarque à propos d*UDe difûcullé soulevée contre le prieuré de Saint-

« ornée que d'une seule tour, qui ne fut même terminée qu'en 1511. A cette M époque on reconstruisit le portail et l'on voûta la nef. »

De Tancienne église de Saint-Vincent , détruite à l'époque de la révolution, il ne reste plus ai^ourd'hui que quelques pans méconnaissables.

Thomas, pour lequel Jean Le Barbier, chanoine de Saint- Vulfran d'Abbe ville , commis à cet effet par le roy, vouloit faire payer ce qui estoit d*asage pour les francs-fiefe. Le prêtre séculier qui se nommoit Nicolas Lemoine , répondit , soutint et prouva qu'il ne devoit rien pour le prieuré de Saint-Thomas , d'autant qu'il estoit uni à la mense abbatiale de Saint-Vincent, selon qu'il le prouva par plusieurs bulles des papes et autres pièces authentiques à Vailly» le 20 septembre 1518*

Enfin Tabbé Jean Charpentier paya le tribut à la nature le 8 septembre 1538 , après avoir fait bâtir dans Tenclos du monastère un beau logis abbatial qui subsiste encore présentement , augmenté les pitances de plus de quatre cents livres de rente , et rédigé les comptes du temporel de cette abbaye sur parchemin , pour conserver plus longtemps la mémoire du revenu , et enfin après avoir fait connottre aux pauvres que sa charité n avoit point de bornes.

Son anniversaire doit se faire au son des grosses cloches , selon la convention de la fondation faite de son vivant. J'ajouterai que la tradition des plus anciens de cette abbaye porte qu'ils ont vu des personnes qui vivoient du temps de cet abbé, lesquelles assurent qu'il assistoit fort souvent aux offices divins dans la cathédrale de Laon, où il occupoit la seconde place du chœur, et qu'il y faisoit Tofflce aux grandes festes , en l'absence de l'évëque , selon le droit ancien de notre abbaye.

Soii corps est enterré au milieu de la nef de cette église abbatiale , sous une fort t)élle. pierre dé tombe qui porte sa figure en bosse, laquelle le représente avec la crosse , la mitre et les autres ornements pontificaux. ' Cette pierre et figure de la tombe de Jean Charpentier a esté transportée dans la chapelle de Saint-Christophe , à costé de Tépitre, quand la nef de cette église fut plus tard ruinée par la n^ligence des coromendataires.

(i) Voir son épitaphe, page ««9.

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