‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 109 sur 116 · DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE

oontenant oe qui l'est patié pendant tout le temps des oonmiendes.

LOUIS DE BOURBON , CARDINAL DU TITRE DE SAINT-SYLVESTRE , COMBIENDATAIRE.

^iSil^ B roy François P% usant du droit que lui donnolt le ilK| concordat fait entre le pape Léon X* et Sa Majesté très- Jîlumi^ chrétienne, en l'année 1516, * nomma à Tabbaye de

(1) Ce concordat, dont Tun des effets fût Tabolition de la Pragoiatique- Sanction, donnait au roi le droit de nommer aux évêchés et de pourvoir les abbayes de titulaires. La nomination devait se faire dans les six mois , après vacance du siège , et les siqets proposés devaient réunir certsdnes conditions ou certains titres sans lesquels ils ne pouvaient être acceptés. Le grade de docteur ou de licencié en théologie ou en droit était nécessaire pour ceux qui étaient nommés à un évéché ; les titulaires aux abbayes et les prieurs conventuels n*ëtaient obligés à aucun titre , seulement ils devaient être Agés d*au moins vingt-

Saint- Vincent de Laon, vacante par le déced de dom Jean Charpentier, dernier abbé régulier, le sérénissime prince Louis de Bourbon , cardinal du titre de Saint-Sylvestre , en cette même année 1538.

Un événement qui n*eût pas de suiltes très-fàcheuses estoit arrivé le 7 septembre , veille de la Nativité de Notre-Dame de l'année 1536 , deux ans avant le déced de Tabbé Jean Charpentier. Sur les deux heures après minuit , tous les moines esr tant dans le chœur pour chanter matines à Tordinaire , comme ils achevoient Tofflce , le tonnerre tomba sur la grande tour de l'église de Saint-Vincent, et descendit dans le cbœur en forme d'une barre de fer tout en feu. Il fit plusieurs fois le tour de la lampe qui estoit devant le Saint-Sacrement , puis voltigea sur les moines sans en blesser aucun ; de là il passa dans la chapelle de Notre-Dame , où il fracassa et arracha quelques pierres de la muraille , puis sortant par la rose de la croisée septen* trionale, Il alla gâter et renverser une grande partie de la charpente qui couvroit Téglise et sortit par une fenestre ronde qui est au-dessus de la chapelle de Notre-Dame sans blesser personne. De quoi les moines rendirent grftces à Dieu après avoir achevé matines.

Quelques-uns virent dans ce fait une action de Tesprit malin, lequel se prévalut de ce que Féglise , achevée par les soins et récononûe de dom Jean Charpentier, n*avoit pu estre encore consacrée par Tévéque. Cette cérémonie avoit esté différée par le précédent abbé , et Louis de Bourbon estant devenu abbé de céans et évèque de Laon , son grand-vicaire messire Jacques Annexy, professeur en théologie et évèque de Calcédoine, jugea à propos d'en faire la dédicace le lendemahi de la feste de Saint-

trois ans et appartenir au même ordre que le couvent dont collation leur était Êdte. En &Teur des princes du sang , des grands seigneurs et des religieux mendiants qui ne pouvaient par leur position aspirer aux distinctions académiques, le défaut de degrés n*empéchait jamais la validité des nominations et provisions.

Barnabe, un samedi ii juin 4539. Cet évéque de Calcédoine estoit aussi chancelier de l'Université de Paris.

Le grand autel du choeur et un autre » derrière le cliœur» furent consacrez en même temps* Le même évéque y mit des reliques de saint Vincent et de saint Canoald , évéque de Laon, auquel Tautel derrière le chœur fut dédié.

Ce cardinal Louis de Bourbon estoit fils de François de Bourbon , comte de Vendosme, et de Marie de Luxembourg. 11 reçut la tonsure cléricale des mains du èardinal Georges d'Âmboise , légat à latere du Saint- Siège en France. Il fut consacré évéque de Laon le 3 mai de Tannée 4517, en l'élise du VaMes^Escoliers, à Paris, par Philippe de Luxembourg, éyèque du Bfans et cardinal-légat à latere du Saint-Siège. Ce dernier avoit pour assistants dans cette cérémonie les évéques Estienne de Paris, Jean de Luxeuil , les prélats de Castres, de Liège , d'Avranche, etc.

Le même Louis de Bourbon fut créé cardinal du titre de Saint-Sylvestre par le pape Léon X*, le premier jour de JuiUct de la même année 1517. Le chapeau de cardinal lui fat donné dans notre église de Saint- Vincent le 4 octobre de la même année , et il prit nom cardinal de Bourbon. Le lendemain, il fit son entrée à Laon , qui évéque habillé , qui cardinal monté sur une mule (ce sont les termes d'un vieux manuscrit). Il estoit assisté dans cette cérémonie par Tarchevêque de Reims , les évéques de Boissons , Chàlons , Amiens , Beauvais , Noyon et plusieurs abbéz du diocèse et princes de la maison de Yendosme ; son frère François de Bourbon , comte de Saint-Paul , le duc de Guise qui avoit épousé la sœur du nouveau cardinal , Monsieur de Piennes , le comte de Braisne et plusieurs autres gentilshommes du pais y estaient présents. Le même cardinal de Bourbon fut ensuitte fait evêque du Mans et archevêque de Sens en 1519 , puis abbé de Saint-Denys en France, de Saint-Léonard de Ferrières , de Sainl-Faron de Meaux , de Saint- Amand, de Saint-Serge. ' Il décéda le 13 mai 1557.

(1) Le cardinal de Bourbon était encore évéque de Saintes, de Luçon , de Tidguier, et abbé commendataire deCorbie, d'Aisnay et de St-Crépin-le-Grand.

Son corps a reçu sépulture dans la cathédrale de Laon et son cœur dans l'église de Saint-Denys en France , sous une colonne de porphyre située dans le collatéral du chœur devant Notre-Dame la blanche. Il avoit fait la cérémonie du couronnement de Catherine de Médicis, reine de France, épouse du roy Henri II, dans la même église de Saint-Denys.

Cet évêque-cardinal faisoit sa résidence dans notre abbaye de Saint- Vincent , où il avoit fait bâtir quelques logis et appartements , ce qui donna sujet aux moines de se trouver fort souvent en sa cour, aux dépens de la discipline régulière qui en reçut un préjudice et une perte, laquelle n'a pu estre ré-, parée du depuis. On doit néanmoins cette gloire à cet abbécardinal qu'il a fait réparer et entretenir les lieux réguliers de son abbaye et construit plusieurs édifices nouveaux dans la cour abbatiale pour la commodité de Tabbé. Il a fait refondre et augmenter de beaucoup les grosses cloches de notre église ; elles estoient les plus excellentes et les plus harmonieuses de tout le diocèse, mais plus tard elles ont esté cassées et brisées lorsqu'elles sont tombées de la tour où elles estoient en Tannée

Je trouve dans ces divers temps plusieurs fbndations faites par quelques-uns de nos moines. Dom Adam, normand, prieur claustral de ce monastère et titulaire du prieuré de Montaigu, fonda une messe pour les deffunts , avec diacre et sous-diacre, dans la chapelle de Notre-Dame, pour y estre chantée immédiatement après celle de la Mère de Dieu , au son des cloches moyennes et avec deux cierges allumez sur l'autel. Il donna au couvent pour cette fondation deux années de bled , à prendre par chacun an à Erlon , et quarante sols tournois à Gisy, dix sols 4)our le luminaire et le thrésaurier qui estoit obligé de dire cette messe , à prendre à Bucy. Cette fondation est de l'année:i502.

Un autre prieur claustral de céans, appelle dom Pierre Poitevin , titulaire du prieuré de Saint-Gobain , fonda aussi un

obit qui se devoit dire le second jour de novembre , dédié à la

mémoire de tous les fidèles trépassez, à haute voix , et pour lequel il donna au couvent une demi faulx de foin au village de Courbes. Le même dom Pierre Poitevin fonda aussi Tofiflce de la Visitation de Noire-Dame , au second jour dejuiUet, pour estre célébré avec solennité de premiçr ordre , en 1540. La messe qu'on avoit coutume de chanter tous les jours à l'aotel de Notre-Dame , doit estre chantée ce jour-là avec diacre et sous-diacre, chantre et sous- chantre, revêtus d'aubes, comme à la grande messe du même jour. Les grosses cloches doivent aussi estre sonnées et deux enfants novices doivent porter deux chandeliers avec deux cierges allumez. Cette première messe à Tautel de Notrs-Dame est de la fondation de dom Raoul de Corbie , prieur claustral et prédécesseur de dom Pierre Poitevin. Le même dom Raoul de Corbie obligea le couvent , par la même fondation , de donner tous les ans treize deniers aux pauvres le jour du jeudi saint. Je ne trouve presque point de fondations de séculiers en ces siècles. Je ne vois qu'un certain Jacques-le-6rand , prestre, lequel donna une vigne à Cormissy« afin de fonder une messe chantée à haute voix« pour le salut de son àme. Cette vigne fut aliénée par les moines du temps de Tabbé Geoffroy de Billy, pour subvenir à un procéz que ceux-cy poursuivoient contre leur abbé pour leur vestiaire.

Les anciens mémoires de ce monastère marquent que Tété de Tannée i544 fut si sec et si aride, que tous les puits et toutes les fontaines estoient taris presque partout , quoiqu'ils fussent très-profonds, et que cela dura deux années consécutives , ce qui rendit le vin si chaud et si fort que plusieurs en furent incommodez. Mais en contre- échange les vignes furent gelées en Tannée 1547, en la nuit du septième au huitième jour de juin, auquel on devoit célébrer Toffice du très-auguste Sacrement de Tautcl. Cette sécheresse des années i544 et 1545 fil naître une extrême cherté des vivres , eu sorte qu'en Tan 1546, le cartel de froment valoil 20 sols et Tasnée 12 livres.

Les mêmes mémoires rapportent que la paix fut faite entre

les rois de France et d'Angleterre , à condilioD que FAnglois rendroit aux François Boulogné-sùr-Mér, et que ia France payeroit trois cent mille livres. Ils disent de même quHl y eut difficulté, en cette même année i546 , ponr célébrer la feste de Saint-Jean-Baptiste ^ qui tombent le U* Jour de juin , concurremment avec le Jour de la feste du Saint-Sacrement de Tantel. C'est pourquoi les prélats de France ordonnèrent qu'on célébreroit la feste de Saint-Jean par tout le royaume le lundi ou mardi précédant immédiatement la dite feste.

L'année 1545 fut infortunée pour la grande égfise de Saint- Quentin, en Yermandois ; car le 11 avril, environ sur les huit heures du soir, le tonnerre tomba sur Téglise ' coll^ale de la ville de Saint-Quentin et en consuma toute la charpente avec le clocher qui estoit sur le chœur, et en fondit toutes les eloches qui s'y trouvoient, causant un dégât notable aux voûtes à caose du feu qui tomba dessus. Semblable accident arriva encore en l'année 1669, à cause de la n^ligence de quelques couvreurs qui avoient laissé du feu sur les voûtes sans y prendre garde. •

(1) L*antique église de Sai^-Quentin souffrit un notable dommage lors de ces dem ineendies. En 1545, elle pepdait un de ses clochers; en 1669, k charpente de Tëglise , les deux clochers , les orgues Auront totalement consamës. Lès sept grosses cloches, celles du petit dpcher et les six de Thorloge se fondirent, les voûtes mime et les pierres des entablements se calcinèrent; la voûte du premier transept , entre le chœur et la nef, creva sous la chute de son clocher. Peu s*en fallut que Tipcendie ne se communiquât à rintérieur de réglise. La rnianficence de nos rois vint en aide peur la restauration de ces ruines aux efforts remis des chanoines et des bourgeois de la ville... « G*est de « cette dernière époque (1669), dit Paul Colliette (Mém. du Vermandois, t « III) , que réglise de Saint-Quentin n*a plus qu*un petit clocher sur son « vaste comble , ombre légère des belles constructions que les flammes ont « dévorées. »

Deux processions^ commémoratives ont lieu tous les ans à Satnt-Qoentin, le 11 avril et le 14 octobre, en actions de grâces de la délivrance de ces deux incendies.

} %. Charles de Bourbon , sbcohd abbé comiEiiDATAiiui

DE L*ABBATE DE SAIMT-VINCEHT.

Une remarque insérée dans le livre des chartes de oette abbaye , m'oblige à dire que Louis de Bourbon résigna son titre d*abbé de ce monastère à un de ses parents appelle Charles de Bourbon, cardinal de la sainte église romaine, éTéqoe de Xaintes et de Carcassonne. Il estoit frère d'Antoine de Bourbon, duc de Vendosme et roy de Navarre , à cause de son épouse Jeanne d*Âlbret , mère de Henri IV. Toutes ces circonstances font assez voir que ce cardinal de Bourbon estoit un autre que Louis de Bourbon , ' lequel vescut encore dix ans après sa démission.

U me semble que ce fut tout aussitôt sa prise de possession que cet abbé-cardinal Charles de Bourbon fit un somptueux dtner à tons les religieux dans le réfectoire commun , auquel il assista en personne , le dernier jour de septembre de cette année 4547, qui tomboit un vendredi. Cet abbé Charles avoit probablement commencé sa possession dès Tannée 1546.

Dom Jean d'Oc, religieux et grand prieur de Saint-Denys en France, fils d'un autre Jean d*Oc , escuyer du roy, futiait évèquede Laon après le déced de Louis, * cardinal de Bourbon. Il retint néanmoins toujours la qualité de grand-prieur de Saint-Denys, même estant évéque, et décéda en l'année 4660. Son corps reçut sépulture dans la cathédrale de Laon , auprès

(1) Cette opinion , contredite par un certain nombre d*auteurs, a été adoptée par les écrivains du Gallia ChriUiana. (Voir tom. 9 , page 586).

(2) Ou plutôt après résignation de Louis, cardinal de Bourbon. Ce prélat, pour obéir à la constitution de Jules II , sur la pluralité des sièges épiscopaux, se démit de son titre (1552) en faveur de Jean d*Oc, grand-prieur de son abbaye de Saint-Denis. Néanmoins il conserva les honneurs et les revenus du âège de Laon sous le titre de ci-devant evéque , duc et pair de France. U mourut à Paris le 12 mars 1557 et fut enterré à Laon, dans le sanctuaire de la cathédrale.

de Louis de Bourbon , qui avoit esté son Mécénas et auquel il dédia deux livres sur VEiemelle génération du Verbe et sur sa Naissance temporelle.

Jean de Bours , abbé commendataire de Saint- Quentin-enrisle , laissa son abbaye au duc de Luxemboui^ , moyennant une pension annuelle de quinze cents livres, et fut fait évèque de Laon et consacré le 2 novembre 1564. Il prêta foy et hommage au roy le 21 novembre 1566. C'estoit un homme d'un port vénérable ; il esloit aumônier du roy et doyen de la grande église de Saint-Quentin. Il assista à rassemblée du clergé des estats de Blois en 1577.

g 3. GRESPIN de BRICHÀNTEAU, 3<^ ABBÉ COMMENDATAIRE.

Crespin de Brichanteau , moine bénédictin de Saint-Denys en France 9 noble d'extraction , fut fait abbé de ce monastère de Saint-Vincent par nomination du roy, en 1560. Peu demèsi ensuitte il fut nommé à Tévéché de Senlis et décéda dans çetfe dignité épijBCopale en Tannée 1590.

Vers ces mêmes temps les moines de notre aU>aye obtinrent un arrêt par lequel il fut ordonné que leurs pensions seroient augmentées de deux cents livres sur le tout et qu'on preiidroit la somme de mille livres annuellement sur lu mense abbatiale pour estre employée aux réparations et à romement de réglise. Mai^ aussi il futdeffendu aux moines découper aucun bois dans là futaie du Sart. Pour exécution 'de cet arrêt , le Parlement commit son autodté à Nicolas Lefebvre, lieutenant de Coucy, en la même année 1560.

cBAvn&fi HT.

GEOFFROY DE BILLY DE PRUNAY, i« ABBÉ COMMRNDÀTAIRE.

15ei.

B roy ayant fait Crespin de Brichantean évoque de Senlis , donna l'abbaye de Saint- Vincent de laon à Geoffroy de Billy, anssi religieux de S&înt-Dënys en France y en 1561. Il commença à payer les pensions aux re-> ligieux le 28 novembre de la même année ; depuis ce tenips-là ce ne fut que dissension entre lui et nos moines au sujet de ces pensions , en sorte que nos religieux furent obligez de vendre et aliéner quelques fonds donnez pour des fondations , afin de poursuivre les procéz qu*ils eurent contre leur abbé pour la réparation des lieux réguliers du monastère. Je ne pais passer sous silence Taction que cet abbé fit en chassant son prieur claustral de ce monastère , Tobligeant de se retirer à Vauxclair; il fut cependant obligé par arrêt du Parlement de le rappeller et de le recevoir au son des cloches et des orgues. Ce prieur s'appelloit dom Antoine d*Âvis , et le sujet pour lequel Tabbé le traita de la sorte estoit que le prieur se plaignoit des négligences apportées à la répartition des lieux réguliers , lesquels menaçoient ruine. Cette ruine arriva pour Téglise , laquelle porte encore les marques du peu de soin qu'on mit à la conserver.

Ce monastère souffroit beaucoup en ces temps-là^ et ce n^es-

toit qu'une suitte d'autres souffrances passées ; car du temps du cardinal Charles de Bourbon , on vendit plusieurs possessions de Tabbaye par son commaudjement , lesquelles possessions appartenoient à celles que dom Jean Charpentier acquit en 1552. On vendit aussi deux calices avec un bras d'argent dont la main et les bords du vêtement estoient couverts de lames d'or. Un ossement du bras de saint Philibert , abbé de Jumiège , y estoit renfermé depuis un très long temps et j estoit gardé dans le trésor de ce monastère. Plusieurs autres pièces très-considérables du même trésor, étoffées d'or, d'argent et de pierreries* furent aussi dissipées du temps du même abbé Charles de Bourbon.

La tradition porte aussi que les religieux de ce monastère se trouvant en nécessité à cause de la veiatîon des abbéz cornipendataires , voulurent rompre une image de Notre-Dame tenant son fils entre ses bras » et qu'un feu parut visiblement sortir de cette image , lequel épouvanta beaucoup sans blesser personne*

Un autre événement vint causer encore infortune à cette abbaye. Le roi Henri IV', estant maître du royaume, vint mettre le siège devant la ville de Laon , qui tenoit encore le parti des Ligueurs. Il commença le siège de cette ville en Tan 1594, le 25 mars. Le roy prit son quartier en cette abbaye de Saint- Vincent et faisoit sa demeure dans le chapitre , sous le dortoir ancien. Comme il estoit un jour sur une terrasse eslevée, contre le chevet de la chapelle de Sainte-Magdeleine , au milieu du jardin , on lui lâcha une couleuvrine des remparts , laquelle lança son boulet à un pied et demi ou deux pieds au-dessus de la teste du roy, faisant son trou et son éclat contre la pierre. Celui qui fit ce coup avoit remarqué le roy à Thabit de satin blanc dont il avoit coutume de se vêtir. Le roy, voyant le péril où il estoit , dit avec la gaieté qui lui estoit ordinaire : Ventre Saint-'Gris, il ne fait pas bon icy, retournons-nous en dans mon chapitre. * Pour venir à bout de la ville , il fit planter

(1) Voir la page 173.

son canon sur les voûtes de Téglise et auprès de cette abbaye ; ce qui ébranla tellement tous les bâtiments qa'une ruine déso* lante s'en suivit , causée par cet incident et le nuinqae d'entretien et de réparation. Plusieurs assauts ayant esté donnés à la ville « eelle-cy se rendit le 3 août de la même année 1594* et le roy y entra le même jour, partant de ce monastère. Il laissa ponr Tusage des religieux plusieurs choses grandes, rares et d'étemelle mémoire , dont Tabbaye se trouva fort honcnrée.

On ne manqua pas cependant de mettre irae taxe de neuf cents escus snr cette abbaye, et conmie elle n'avoit pas de qnoi y satisfaire , elle fut contrainte de vendre des fermes et plusieurs autres possessions à très-vil prix. La taxe ayant esté enfin payée , l'abbé Geoffroy, commendataire , fut aceusé de B*eslre emparé du surplus de la vente sous prétexte de faire embellir un Jubé au bas du chœor, lequel lui coâjta peu cher.

Il ne faut pas priver néanmoins cet abbé de la gloire qaMI s*est acquise dans la conjuration de la possédée Nicole Obry, de Yervins. L'histoire de cette conjuration, arrivée en décembre 1565 et en janvier 1566, marque son zèle à assister révèqae Jean de Bours en cette circonstance. Cet évêque revenolt de Paris où il estoit allé prêter serment de fidélité au roy, lorsqu*il trouva toute cette affaire dans son diocèse. Ce fut une occasion qui fit triompher le très-auguste Saint-Sacrement de l'autel à la vue d'une Infinité de personnes de toutes provinces et de tous paîs. Car dans cette conjuration on remarqua visiblement la puissance de ce sacrement par les opérations extérieures que le diable fit sur la possédée aux approches du divin mystère. *

(1) « Le diable doncques , dit la relation intitulée : Le thrésor et entière

t histoire de la triomphante victoire du corps de Dieu sur l'esprit nuUing

c Beelsébub , adjuré par les évangiles , croisons , conjurations , brnsleures de

« son nom et ostension de la vraye croix, de sortir présentement, respondit

« à la première foys : Qu'il ne sortiroit pas encores. Puis à ce que Tévesqne

« luy dist : Je ne te demenderay plus quand tu sortiras, mais je te feray bien

« sortir présentement par la puissance du Dieu vivant el du précieux corps

« de Jésus-Christ son cher filz ici présent. Il confessa que vrayement c*estoit

Cet évéque Jean de Bonrs gouverna le diocèse de Laon jusqnes en Tannée 1580 , en laquelle il est mort, le 22 du mois de Juin. L'abbé Geoffroy deBilty, sçachant qu'il avoit eslu sépulture en la cathédrale avec ses prédécesseurs, fit son possible vers Pierre Emotte, doyen de la même cathédrale, et vers Messieurs du chapitre , pour les obliger d'apporter le corps de Tévêque deffunt dans Téglise abbatiale de Saint- Vincent, afin d'y passer une nuit , selon la coutume ancienne , * promettant de le rendre le lendemain pour qu'il fut conduit honorablement en sa sépulture. L'abbé protesta à Messieurs du chapitre que slls estoient refusants de ce faire , il se pourvoieroit à la cour du Parlement. Les chanoines répondirent qu'il leur estoit impossible de satisfaire à cette demande, attendu que la rue Saint- Martin , par laquelle il falloit passer pour venir à. Saint- Vincent , estoit infectée de corftagion , et l'abbé Geoffiroy de Billy jugea leur excuse raisonnable, mais leur demanda unescrit par-devant notaire, pour servir tant à lui qu'à ses successeurs* en cas semblable; ce que Messieurs du chapitre trouvant raisonnable , lui accordèrent.

Maître Pierre Emotte suivit bientàt son évéque , car il décéda le 1*' d'août de la même année 1580, environ six semaines après Jean de Bours.

« luy, que c*estoit son maistre , quMl estoit fort fôché de le confesser, mais

« qu*il y estoit contraint, et que voirement il sortiroit présentement en la vertu

« d'iceluy Corps de Lieu ; qu'il estoit bien fâché de le confesser, mais qa*il

« luy falloit sortir ; qu*il estoit bien fâché de sortir si tost et de confesser cette

« vérité qui ne venoit pas dé luy, mais de son maistre qui Tavoit envoyé et

a lui commàndoit et contraigndt de la dire; répétant cela plusieurs fois. (Page

« 212). Et le peuple, avec larmes, fondoit en dévotion. Tous louoyent Dieu.

« Tous magnifioyent Dieu. Tous remercioyent Dieu. Ils disoient estre plus

« fermes en la foy dix mille foys plus qu'ils n*est6yent auparavant, qu'ils

« croyoient fermement que le précieux Corps de Nostre Sauveur et Seigneur

« Jésus-Christ est en la saincte hostie par le prebstre consacrée en la messe ,

« qu'ils vonloyent mourir pour soutenir la querelle de Diei, si quelqa*an y.

« vouloit contredire... » (Page 220).

(1) Voir la page 55.

Dom Yalentin Duglas , moine de Saint-Denys « en France , et de Saint-Remy de Sens , fut consacré évèque de Laon en 1584. Il prêta foy et hommage au roy le dernier jour de jaillet dé la même année et décéda le 5 avril 4588.

La communauté du monastère estoit composée en ces temps (1563] des moines qui suivent: Dom Jean Preslet , prieur claustral, dom Jean Charpentier, sous-prieur, Adrien Yfgnryz, pitancier, Jean Pîcart , thrésaurier, Michel Barbier et Jean de la Rivière , prêtres proféz. Le 22 juin 1565 , tout y estoit changé et la communauté se composoit ainsi : Dom Antoine de la Garde , prieur claustral, dom Jean Preslet, dom Antoine Postel , dom Michel Barbier, dom Germain , doyen , dom Adrien Yiguryz, sous-prieur, dom Paschal Macquart , prieur de Hontafgu, dom Claude Formez, curé de Versigny, dom Jean de la Rivière , thrésaurier, dom Jean Jessé de May, aumônier, dom Michel Chambellan , prêtre , lesquels firent un nouveau concordat avec Tabbé pour leurs vivres et leur vestiaire , qui fut changé par un autre fait en 4573 , le 15 octobre. Les moines estoient pour lors ceux-cy : Dom Antoine de la Garde , prieur claustral , Jean Preslet, Nicolas de Houchy, Antoine Postel, Germain , doyen, Jean Pelletier, Jean de la Rivière , sous-prieur, Jessé de May, aumônier, Michel Chambellan, prévôt, Crespin Morlet et Antoine Davis, prêtres , lesquels avec les novices et les serviteurs faisoient le nombre de vingt personnes.

La station de cette abbaye subsistoit encore dans ces tempscy ; un cordelier estoit gagé pour prêcher tous les vendredis d'avent et de caresme dans cette église. L'abbé lui fournissoit le pain et le vin qu'on lui donnoit.

Geoffroy de Billy fut fait evêque de Laon et consacré en 1600. Disons icy qu'il estoit fils de Louis de Billy, seigneur de Prunay, homme de guerre sous le roy François premier ; sa mère estoit Marie de Brichanteau. De moine de Saint-Denys il estoit devenu abbé de Saint- Vincent de Laon et de Saint- Jean d'Amiens , puis évëque de Laon. Geoffroy avoit un frère

nommé Jacques de Billy, homme docte , abbé de Saint-Michel en THerm , * interprêle des œuvres de saint Grégoire de Nazianze et de plusieurs autres auteurs.

Geoffroy, évéque de Laon , établit les Pères minimes dans le monastère de Saint-Nicolas du Val-des-Escoliers , dont nous avons parlé plus haut. ' Il décéda le 28 mars 1612 ; son corps a reçu sépulture dans la cathédrale de Laon.

Il a vu avant de mourir la désolation de cette église abbatiale de Saint-Vincent comme un funeste fruit de son avarice ; car la négligence qui fut apportée pour la réparation delà tour de la croisée septentrionale y fit que la ruine de cette tour fut en même temps celle de TégUse, dont l^ancien cbcnir fût renversé par le même désastre. Les belles et grosses cloches , si estimées par tout le diocèse , qui estoient en cette tour, furent fracassées y tombant plus tard avec toutes ces ruines.

(1) Ancienne abbaye de bénédictins , près Luçon.

(2) Pase 4a2.

PHILIBERT DE BRICHANTEAU , hJBBÉ DE SiUNT-VIHGENT ET ÉVÊQUE DE UON. (161Î).

HiUBBBT de Brichanteau , parent de Geoffroy de^illy, fut fait abbé de Saint-Yincent en la même année 4612, par nomination du roy, et en prit possession en même temps. Il ne négligea pas moins les réparations de Téglise que son parent et prédécesseur ; de là vint la ruine de la grosse tour où estoient les cloches dont nous avons parlé à la fin du précédent chapitre. Ce désastre arriva en Tannée 1618; l'abbé avoit dénié une somme fort modique pour empêcher cette seconde ruine. 11 donna aux révérends pères capucins les pierres et bois de ces ruines pour bâtir leur maison. 11 en donna aussi une partie aux filles de Sainte-Marie pour construire la leur, après les avoir fait venir en cette ville de Laon, laissant la seconde église et le second siège de sa dignité épiscopale tellement désolez , qu'il n'y avoit plus aucun lieu où on pût dire la messe en assurance , à cause du vent , lequel envola un jour la sainte hostie de dessus Tautel. Les moines alors furent contraints d'abandonner le grand autel et de se servir de Tautel de Saint-Nicolas et Saint-Martin pour les offices divins , prenant la vieille sacristie qui est au-dessous de Tancien dortoir pour servir de chœur, et la neige y couvroit quelquefois les

frocs des moines de telle soïte qu'il sembloit qu'ils estoient tout blaucs.

RÉFORMATION DE L*ABBATE DE SâINT-VINCENT,

Page 1