‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 114 sur 116 · GUILLAUME EGON DE FURSTEMBERG, 7* ABBÉ COMMENDATAIRE · texte numérisé non relu

GUILLAUME EGON DE FURSTEMBERG, 7* ABBÉ COMMENDATAIRE

^^ RitfAND de Hocquincourl estant transféré de l'abbaye de \<i Saint- Vincent à Tévêché de Verdun, le monastère resta IImSSO quelques années vacant , et enfin haut et puissant prince Guillaume de Furstemberg en fut pourvu au commencement de l'année 16 . . .

ICY FINIT l'histoire MANUSCRITE

DE l'abbaye de Saint -Vincent de Laon.

§1- Guillàume-Egon de Fdrstemberg , Jean-Ernest de Lowenstein ,

François de Baglion de la Sale, Paul d'Albert de Luynes, Etienne René Potier de Gesvres , derniers abbés gommendataires.

Ce fut probablement vers 1670 , deux ans après la promotion d'Armand de Hocquincourt à l'évéché de Verdun , que Guillaume-Egon de Furstemberg obtint la commende de Tabbaye de Saint-Vincent. Il était fils du prince Egon de Furstemberg et d'Anne-Marie de Hohenzollern, de la famille royale de Prusse; son frère, François-Egon de Furstemberg, occupait le siège épiscopal de la ville de Strasbourg. Simple chanoine en cette ville lorsque le rof Louis XIV portait dans l'Alsace ses armes victorieuses , Guiliaume-Egon prit parti pour la France et seconda , de concert avec son frère, les desseins du roi. La cathédrale de Strasbourg, long-temps occupée par les Luthériens , venait d'être rendue au culte catholique. A la porte de sou église Tévèque François, environné de tout son clergé, avait reçu et complimenté Louis XIV, et peu de temps après ce prélat mourait à Cologric où il était Grand- Prévôt et Ministre de T Electeur. Guillaume-Egon, nommé à Tunanimité par le chapitre , monta sur le siège épiscopal de Strasbourg et succéda à son frère en d682.

A cette époque Tabbaye de Saint-Vincent continuait à dé* choir de son ancienne splendeur. L'introduction des moinçs réformés de Saint-Maur dans son enceinte ne lui avait rendu vie que pour un temps; le nombre de ses religieux était encore diminué depuis 1643. Nous ne voyons pas dans les divers documents qui nous ont servi à tracer l'histoire de Guillaume de Furstemberg * que ce prélat se soit intéressé beaucoup aux événements qui se passèrent dans Tintérieur de Saint-Vincent. Résidant loin deTabbaye dont il était titulaire, il se bornait^ comme la plupart des^bbés commendataires , à percevoir les

(1) Gallia Christania , Tom. V. — Histoire de Y Abbaye royalle de Saint- Germain- des-Pre^, par dom Jacques Bouillard. Dictionnaire biographique de Feller. Dictionnaire de Douillet.

fruits du bénéfice dont il avait été gratifié. Son zè'e pourtant se manisfestait et trouvait à s*étendre dans son diocèse. Dès les débuts de son épiseopat , il se montra plein d'ardeur pour la restauration de la discipline ecclésiastique. La ville de Stras* bourg lui doit son séminaire , qu'il fonda dés 4882 et dont il confia la direction aux révérends Pères de la Compagnie de Jésus; trois ans plus tard un collège érigé par ses soins et confié aux mêmes Pères, était doté par Louis XIV avec une munificence toute royaie. Cardinal en 1686, et proposé deux ans après comme évêque coadjnteur, puis comme archevêque de Cologne « Guillaume-Egon eut pour compétiteur le prince Clément de Bavière qui Teinporta sur lui. Le ro! Louis XIV , qui favorisait Guillaume , en conçut un dépit très-vif et ce ne fut pas Tune des moindres causes qui décidèrent la guerre de 4688 contre T Allemagne , guerre terminée en 1697 par la paix de Ryswick ' L'évéque de Strasbourg, déclaré par la Diète de Ratisbonne ennemi de f Empire , se retira peu après en France. •

Les bénéfices ecclésiastiques s*étaient accumulés sur sa tête. Abbé-commendataire de Saint- Vincent , de Saint-Evroul, près Evreux , de Saint-Remi de Reims , prince-admiDistrateur et abbé de Stavelo , de Malmedi, etc., Guillaume devint en 1690 commendataire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Son zèle et sa sollicitude donnèrent un nouveau lustre à ce couvent; il en fit sa demeure habituelle , restaura les lieux réguliers et réédifia le palais abbatial. Enfin , le 10 avril 1704, Guillaume- Egon , prince de Furstemberg, rendait son âme à Dieu en Tabbaye de Saint-Germain ; il était âgé de 74 ans. Son corps fut inhuméi dans Téglise du couvent , en la chapelle Sainte-Marguerite , près des restes du comte Ferdinand-Guillaume de Furstemberg, son neveu. Un même tombeau les réunit et leurs épitapbes, gravées sur le marbre et Tairain, ont transmis jusqu'ici à la postérité les titres et les vertus du cardinal-abbé de

(1) Feller, Dictionnaire biographique, Art. Furstemberg (Guillaume),

Furstemberg *. Une petite rue, près le chevet de Téglise Saint - GeraïaÎD-des-Près à Paris, porte encore aujourd'hui le nom de Rue de Furstemberg.

Depuis M an déjà (1703), lacommende de Tabbaye de Saint* Vincent était passée en d*autres mains. Le cardinal Guillaume s*en était dessaisi en faveur de Jean-Ernest de Lowenstein , un de ses neveux. Ce dernier, originaire des nobles familles de Lowenstein et de Wertheim, était chanoine de i^église ca«

(1) Epitâphe du cardinal Guillaume-Egon de Furstemberg : Iqf gist le corps de très-haut, très-puissant, éminentissime et sérénissime Monseigneur Guillaume-Egon, cardinal de la Sainte Eglise Romaine, Landgrave de Furstemberg , évêque et prince de Strasbourg , prince et administrateur de Stavelo et Malmedi , abbé de Vabbaye royalle de Saint- Germain-des-Pre% , dépendante immédiatement du Saint-Siège, décédé en son palais abbatial, le jeudi 40 avril 4701, âgé de 7 A ans et à mois,

Requiescat in pace. Amen.

Epitâphe du comte Ferdiuand de Furstemberg.

Quicumque scriptum nomen hic legis nostrum ,

Mémento eodem eondita esse sub saxo

Vicina nostri patrui ossa Guillelmi :

Quem , dùm manebat vita , ut optimum gratus

Colui parentem , cuncta cui ipse dehebam.

Meum est sepiUcri nocte promere injuste

Virum , perenni dignum in œre servari.

De stirpe natus ille Furstembergi

Germanicique laude principis florens , •

Argentinensis infulœ simul clarus

Honore sacro, purpurceque romanœ,

Regalis hujus Cœnobii pius rector

Majus trahebat è suis decus factis ,

Commendat illum recta mens et invicta

Et Ludotnco experta rébus adversis

Fides, patemum deniquè in suos pectus,

Notœ , Viator , solve justa virtuti

Et apprecare fausta manibus sanctis. ..

Obiit Guillelmus Egon , S. R E. Cardinalis , Landgravius à Furstemberg , die X Aprilis BfDCCIV, œtaHs LXXIV.

tbédrale de Cologne. Nommé éyéque de Tournai en 1714, Eraest de Lowenstein devint commendataire de Tabbaye de StaTelo , près Liège « et par le droit de son titre fat déclaré prince du Saint-Empire et administrateur de la Tille et principauté de Stavelo. Ce prélat tint Tabbaye de Saint- Vincent en commende jusqu'à sa mort (1734).

Sous cet abbé commendataire , comme sous les autres commendataires qui lui succédèrent , François de Baglion de la Salle, évéque d'Arras (1733), Paul d'Albert de Luynes , arcbevéque de Sens (4754), Etienne ^Réné Potier de Gesvres, cardinal-évêque de Beanvais (1756), le nombre des religieux continua toujours à diminuer dans la communauté de Saint- Vincent. Ce nombre , en 1751 , ne s'élevait plus qu'à quatorze ou quinze ' et les termes du partage de la mense conventuelle n'en désignaient que buit. Cette mense, à l'époque dont nous parlons, était de 48,503 livres, grevées de 14,952 livres de charges ' ; la communauté possédait encore un revenu de 7,656 livres dans le diocèse de Soissons.

(1) Déclarations données au syndic du diocèse de Laon, le 18 février 1751 .

(Archives de l'Aisne).

Nous devons ici un hommage de reconnaissance à M. Matton , archiviste du département de l*Âisne , qui voulut bien mettre à notre dL«>positioii tous les renseignements quMl put trouver sur Tabbaye de Saint-Vincent, dans les archives de TÂisne.

(2) CHARGES DE LA COMMUNAUTÉ DE SaINT-VINCENT EN 1751.

Elle payait annuellement 620 livres de décimes 620 livres.

Organiste , 8 asnées de méteil , 100 liv. d'argent , 100 fagots. 206

Facteur , pour l'entretien de l'orgue 30

Bedeau , 2 asnées de méteil , 30 liv. d'argent 60

Sonneurs et entretien des cordes des cloches 125

Pain , 8 liv. , 8 pots de vin chaque jour qu'ils donnent. . . 50

Luminaire (cire, huile de la lampe , chandelles pour l'ofiice). 250 Entretien des ornements et du linge de l'Eglise ; enrants de la

sacristie 250

A Reporter 1,591 livres

Telles étaient, sous les abbés -commendataires, les dernières ressources de ces religieux^ autrefois si riches et si opulents sous les abbés réguliers. Le travail des mains, la culture des terres par les moines et les frères eonvers * avaient été l*un des germes les plus féconds de prospérité pour le couvent; maintenant affermées à des colons étrangers, les terres ne produisaient d* autres revenus que, des redevances proportionnellement minimes. La part des abbés-commendataires s*élevant d'ailleurs presque aux deux tiers de la recette générale, absorbait la majorité des redevances. A Tépoque de la Révolution française , cette part était évaluée à 29,000 livres , déduction non faite des charges qui y étaient annexées ; le revenu net de la mense abbatiale de Saint- Vincent avait été en n30 de 13.700 livres. *

Report. . . . 1,591 livres

Secours aux pauvres . 2,000

Rentes et droits seigneuriaux . 10

Rente sur la dîme de Ghevregny , au chapitre de Laon ... 30

Médecin , chirurgien et barbier 130

Portier 30

Gardes-bois "... 90

Réparations 1,995

La communauté jouissait de 23ijalois, 98 v. de vignes, prO' duisarUj année commune y 4S6 pièces de vin» ce qui fait six pièces par jalois. Façon des vignes , achat d'é-

chalats , de fumier , etc 4,212

Elle fait valoir la dîme en vin de Chevregny , ce qui lui produit 20^ pièces de vin. Dépenses pour frais de perception, etc 178

Rentes d'emprunts pour le rachat des biens-fonds depuis le

partage 1,386

Frais du corps de la congrégation , dont Tabbaye est membre. 300

Total des charges 11,952 livres

(Archives de l'Aisne)

(1) Voir les pages 443© & 455e.

(2) Archives de l'Aisne.

Saimt - Vincent de Laon , pendant la RéroLimoN Feançaiss. —

Saint-Vincbnt db Laon , depuis la RtroLimoN Fkançaisb.

Le dernier titulaire du courent de Saint-Vincent, Etienne- Réné Potier de Gesvres , était mort , et Tabbaye se trouvait régie en économat, quand éclata la révolution de 4789. Piéparée par les doctrines impies du philosophisme qui , plaçant la société en dehors de ses lois fondamentales, constituait un ordre de choses contraire à celui de Dieu , * elle devait , en brisant le joug de là religion, briser le joug de toute autorité et amonceler au milieu de notre France bien des désastres et bien des ruines. Nous n'avons pas Ici à tracer son histoire , nous n'entrerons même dans Texposé des divers événements , qu^autant qu'il sera nécessaire à la narration des faits qui concernent l'abbaye de Saint-Vincent. Lors de la crise financière qui , en octobre 1789 , fit décréter par l'Assemblée nationale l'impôt du quart , ou contribution patriotique affectant le quart des traitements et revenus des propriétés , le couvent de Saint-Vincent s'inscrivit pour trois mille sept cent trentetrois livres , quart allégué par lui de ses revenus annuels ; la part contributive du clergé de la ville de Laon s'éleva en totalité à quatre-vingt-un mille huit cent quatre-vingt quatorze livres. Survint Tinique décret du 2 novembre de la même année. Par une odieuse et manifeste spoliation , tous les biens ecclésiastiques passaient, d'un trait de plume, dans le domaine de la nation ; celle-ci s'engageait à pourvoir d'une manière convenable aux frais du culte , à Tentretien des ministres et au soulagement des pauvres. Les capitalistes seuls et les ennemis du clergé devaient trouver dans cette mesure l'accroissement de leur fortune ou l'assouvissement de leur haine. Fidèle au principe arbitraire qu'elle avait posée , TAssemblce nationale, par un décret du 43 novembre 4789, ordonna bientôt à tous titulaires de bénéfices ecclésiastiques , de quelque nature qu'ils fussent , supérieurs à tous de maisons et établis-

(i) L'abbé Jager , Histoire de l'Eglise de France, pendant la Révolution.

semenU religieux , de faire sous deux mois , entre les mains des officiers municipaux , une déclaration détaillée des biens mobiliers et immobiliers dépendant de leurs bénéfices, maisons et établissements, y annexant Tétat des charges dont ces biens étalent grevés \ Ces déclarations affichées aux portes des églises , devaient y recevoir le contrôle des citoyens. Toute déclaration frauduleuse et fausse dont la teneur aurait tendu à grossir les charges ou à soustraire quelque chose des bi«ns et des titres de propriété , devait être poursuivie par les th^ bunaux ; le délinquant convaincu et jugé, perdait tout droit dans l'avenir à une pension i^cclésiaslique. Les déclarations , malgré toutes ces mesures de prudence, ne furent en majorité ni explicites ni sérieuses ; elles servirent néanmoins à baser approximativement le chiffre des ressources que possédaient la plupart des établissements religieux quand la Nation confisqua leurs domaines et leurs biens. L*abbaye de Saint- Vincent possédait, nous Tavons dit, un revenu d^environ cinquante-cinq mille livres, dont vingt-neuf affectées à la mense abbatiale ; le nombre de ses religieux ne s*élevait plus alors qu'à onze ou douze.

Cependant la Révolution continyait sa marche destructive; les atteintes portées par elle au clergé, n'étaient que le prélude de plus odieuses poursuites que bientôt elle allait entreprendre et continuer contre lui. Un décret du d9 février i 790 prohibait en France les vœux monastiques et supprimait les ordres et les congrégations religieuses , sans quM pût être possible d'en établir encore dans l'avenir. Un autre décret du 17 mars de la même année ordonnait la vente des biens ecclésiastiques et les aliénait entre les mains des municipalités , créant ainsi une double transmission de propriété, pour vaincre les répugnances qu'auraient certains acquéreurs à les tenir directement de l'Ëtat , regardé comme spoliateur.

Les pensions des moines , discutées long-temps au sein de la Constituante , avaient été enfin votées et réglées. Elles s'é-

(1) Ed. Eleory. le Clergé du département de V Aisne pendant la Révovoluiion. — L*abbé Jager. L'Eglise de France pendant la Révolution,

- iiiîG —

levaient , pour les moines mendiants , de sept cents à mille livres» selon leur âge, et pour les autres, de neuf cents à douze cents IWres , également graduées sur leur âge. 11 n'était fait nulle distinction entre les religieux, voulant vivre dans rétat séculier et ceux qui , choisissant une des enceintes <M>nservées par la Nation , voulaient continuer à vivre en communauté. Nous trouvons , dans un rapport fait sur Tabbaye de Saint- Vincent , le 11 mars 1794, par le Comité de comptabilité de la ville de Laon, l'état nominatif des religieux qui Thabitaient alors, le chiffre de leur âge et le taux de lear pension :

Pension fixée à 4000 livres.

Pierre- Josse Royez 68^ ans.

Claude-Pierre Tempêté 63 ans.

Etienne-Joseph Denise 63 ans.

Louis- Charles Féval 56 ans.

Philippe-Albert Gauthier .... 55 ans.

Philippe-Nicolas Lefèvre .... 54 ans.

Jean-Jacques Nicolas Leveau. . . 53 ans.

Jean-Philibert Payen 52 ans.

Jacques Henry 51 ans.

Pension fixée à 900 livres.

Pierre-Louis Cambray 34 ans.

Anne-Marie-Jean Bislet 31 ans *.

Tels étaient les derniers et uniques descendants de cette nombreuse communauté de moines qui , au moyen-âge , s^étaient élevés jusqu'à quatre cents; maintenant dépossédés de leurs biens , réduits au nombre de onze , ils erraient isolés et perdus au milieu de leurs solitudes dévastées.

La dévastation , en effet , avait gagné Tintérieur de Saint- Vincent. Conservé d'abord sur la demande de la ville de Laon, qui, tirant son importance et ses richesses des nombreuses communautés qui jusqu'alors avaient peuplé ses moindres

(1) Archives de l'Aisne, 5* Comité, N^ 104, Domaines nationaux ecclésiastiques.

rues , voyait avec peine disparaître en ses établissements religieux la source unique de Taisance commune \ le convent de Saint- Vincent tombait dans quelques-unes de ses parties , faute de réparations intelligentes , devenues nécessaires. Les déprédations exercées bientôt par les pauvres de la ville, ne pouvaient que rendre plus complète cette dévastation. Qui ne sait qu'un des effets de la loi du 2 novembre 1789 , sur la confiscation des biens du clergé , fut de les livrer à peu près sans défense à Tavidité de quiconque voulut regarder comme sienne la propriété qu'avait envahie le Gouvernement.

Les événements toutefois se pressaient et la persécution s'étendait orageuse et menaçante contre le clergé et TEglise. Les monastères vendus et détruits , les temples renversés ou convertis à des usages profanes , la religion attaquée jusque dans ses bases, la France décatholisée*^ une constitution inique, assemblage monstrueux d'impiétés et d'hérésies , prenant la place des lois saintes et des inviolables constitutions qui jusqu'alors avaient régi l'Eglise, les ministres fidèles déposés^ poursuivis, traqués» la mort planant partout, le saog des prêtres arrosant la terre et inondant les places publiques avec celui des nobles et du roi, le culte de la luxure impudemment établi jusque dans le lieu saint , les débauches , les orgies souillant les sanctuaires et promenant leurs blasphèmes sous les voûtes séculaires des cathédrales polluées, tels en sont les principaux traits. Voilà ce qu'en moins de quatre ans venaient de réaliser ces hommes qui prétendaient à la régénération et à la réformalioQ du pays.

Saint- Vincent , durant cette période désastreuse, vit se multiplier en son sein les scènes de la destruction et du vandalisme. En novembre 1791, l'argenterie de son église fut envoyée à la Monnaie ; quarante-six marcs sept onces étaient

(1) Ed. Fleury. Le Clergé du département de l'Aisne pendant la Révolution.

(2) Ce fut le mot comme aussi le vœu de Mirabeau : Il faut décatholiser la France, s' était-il écrié. Vœu impie qui ne fut que trop réalisé.

^ ses —

portés sans autre dénomioalion sur rinventaire qo'oo en dressa. Quels étaient les objets dont l'abbaye fut ainsi dépossédée ? En quoi consistait leur valeur artistique! De cela nul détail , nulle mention. Dans le cours de Tannée 1792 , les statues qui décoraient l*église furent vendues en place publique de Laon ; aucune désignation particulière n*en faisait connaître le sujet, la matière ou le travail ; elles passèrent sous le titre de : a Quinze Statues » entre les mains d'un acquéreur insolvable; TEtat même perdit son dû. Que sont devenus ces nombreux objets d'art , ces toiles signées de noms illustres qu'avait réunis à Saint-ViDcent , pendant le cours des âges , la haute intelligence des abbés réguliers ? Qu'est devenue cette sonnerie remarquable, plus complète et plus belle que la sonnerie de la cathédrale , doot les cloches balancées dans les airs les jours de solennités, dominaient de toute la puissance de leur son les. cloches nombreuses des paroisses et des couvents de la cité ? Tout a péri , tout a disparu: la haine aveugle a pillé sans profit et vendu sans intelligence , souvent même elle a détruit pour détruire.

Si l'abbaye , privée de ses derniers moines , ne tomba pas de suite sous le marteau révolutionnaire, c'est que les ressources particulières q a offraient son enceinte et ses vastes dépendances la sauvèrent pour un temps. Au mois d'avril 1793, les commissaires choisis par le district et la municipalité de Laon firent dresser par l'architecte Cottenest un état des lieux pour conclure à l'établissement d'un hospice militaire dans l'intérieur de Saint-Vincent. D'autre part , le commissaire des guerres de Lille chargeait , le 10 mai 4794, le commissaire des guerres de la place de Laon de préparer l'abbaye pour recevoir six cents malades militaires et les représentants Ghaudieu et Richard la mettaient à la disposition de l'agence des hôpitaux de Tarmée du Nord *. Elle ne garda cette destination que pendant peu de temps ; convertie bientôt en maison de répression , elle vil échouer encore ce nouveau projet. La

(1) Archives de l'Aisne.

I —'■ht>e^- ImrtIU. V, âàtimmf sfwau/ dtrun^.

f.i Bâ/iniait serofint t^f raiiise .

'Q Bà/inieiit ■semant (fe t/maaii,

retmiMiu.jadàfirù/. i^farierir.

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•r Je aoutnniiii iais/nU'T \ \ Soulrrntùt

SI /drm. bornr //■i„ie fmir, l\ l'en/nre e» nviipa,,/ n„ ,

maisoD de Saint- Vincent o£frait peu de sûreté « les* évasions étaient trop faciles; le Directoire du département de TAisne décida , le 6 juillet 1794 , que les détenus seraient transférés ad dépôt de mendicité de la ville de Soissons. Enfin , an mois de décembre suivant , Tabbaye de Saint- Vincent fut convertiip en maison de réclusion \

. Ce fut, pendant la période révolutionnaire , sa dernière destination. Vendue bientôt pour un prix modique , elle devait, comme la plupart des édifices religieux qui couvraient notre département, disparaître au moins eu partie. Le vandalisme allait de nouveau pénétrer dans son enceinte et sapant ses murs séculaires, ne laisser presque partout que démolition^ et que débris. Nuus entrerons dans quelques détails par rapport aux particularités de cette vente; donnons , auparavant , sur rétat du domaine et des constructions de Saint- Vincent» le procès-verbal qu'en dressaient, le 29 octobre 1796, les architectes Cottenest et Martin 9 nommés, l'un par Tadministration de l'Aisne, et Tau^re par les parties désirant réaliser l'achat.

Saint ' Pincent , d'après le procès-verbal d'estimation du 8 brumaire an ly^ de Jean Cottenest^ architecte à Laon^ expert nommé par délibération de l'Administration de V Aisne du \2 prairial , et Jean-François Martin , dit Daniel , aussi architecte à Laxm , expert nommé par Aubert et Bosc , le 25 fru^ tidor.

Les experts se transportent à huit heures du matin chez le citoyen Georges Hamaide ", commissaire du Directoire exécutif près l'Administration municipale du canton deLaon, qui les accompagne à Saint- Vincent.

Petite avant-cour d'environ vingt-quatre toises, close de muts et précédée d'un pont en une seule arche en pierre avec deux parapets. Un ancien bâtiment à la suite, formant l'entrée de la cour, lequel est de 60 pieds de long sur 28 de large , hors-d'œuvre , avec

(1) Archives de 1* Aisne.

(2) Ex-curé constitutionnel de l'église Notre-Dame de Laon.

une petite tourelle à son angle sud-est, et est élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée , construit en murs de pierre et moellons , aycc comble droit à deux égoûts et couverture en ardoises dont une forte partie est détruite. 11 est distribué au rez-dechaussée, en une allée charretière de 24 pieds de largeur, pavée de grés, voûtée en pierres, et fermée à son entrée par une porte charretière et une porte bâtarde , en une loge non éclairée adroite de la dite allée , et une chambre à feu à gauche d'icelle éclairée par une croisée sur la cour; au premier étage, en une chambre sans cheminée , éclairée par une croisée sur la cour , au second étage , en un seul galetas à usage de grenier.

Un autre bâtiment , formant une étable contre le pignon du précédent , vers le Nord , lequel est de 22 pieds de longueur sur A 2 pieds de largeur, dans œuvre, construit en murs de pierre et moellons , avec comble en appentis.

Un petit bâtiment en ruine , formant une loge à porcs , sur la ligne et à peu de distance des précédents, vers le midi , lequel est de 44 pieds de longueur sur 8 pieds de largeur, construit en murs de pierre et moellons, avec comble en appentis et couverture en tuiles.

Un autre bâtiment formant une étable aussi , à peu de distance des précédents , vers le midi , qui est de 48 pieds de longueur sur 44 pieds de largeur, hors d'œuvre, construit en murs de pierre et moellons , avec comble droit à deux égoûts et couvertures en tuiles.

Une cour d'environ 2780 toises de superficie , dans laquelle sont deux puits et une descente de cave , défendue par un carré de murs couvert d'une voûte.

Un principal bâtiment de 22 toises 2 pieds de longueur sur 6 toises 3 pieds de largeur, hors d'œuvre , élevé d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée , avec face à la cour susdite vers l'Occident , lequel est construit en murs de pierres de taille et briques , avec comble droit à deux croupes et couverture en ardoises , et est distribué au rez-de-chaussée en un vestibule d'entrée pavé de pierres et plafonné, une petite chambre à feu à droite dudit vestibule, laquelle est carrelée , plafonnée et éclairée par une croisée sur la cour , un cabinet , une salle pavée de pierres octogones et éclairée par sept croisées, vers le Midi et l'Occident ; une chambre à feu à gauche dudit vestibule , laquelle est pavée en pierres octogones , plafonnée ci éclairée par deux croisées sur la cour, doux cabinets,

une autre chambre à feu avec petite antichambre et alcôve et petit cabinet, carrelés, plafonnés et éclairés par deux croisées sur la cour , une autre chambre à feu avec petite antichambre et alcôve, carrelées , plafonnées et éclairées par une croisée sur la cour, un cabinet répété en entresol , et une galerie , ci-devant dite Cloître , de dix pieds de largeur sur toute la longueur dudit bâtiment, vers rOrienl, laquelle est pavée de pierres, plafonnée et éclairée par cinq croisées, un œil de bœuf et une porte vitrée vers l'Orient, et une porte croisée au bout, vers le Midi. Au premier étage, en une chambre à feu, carrelée, plafonnée et éclairée par quatre croisées vers le Midi et TOccident, une petite chambre à feu, carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée vers le Midi, un cabinet noir, une antichambre carrelée , plafonnée et éclairée par une croisée sur la cour , une chambre à feu , carrelée , plafonnée et éclairée par deux croisées au même aspect, une autre chambre à feu , carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée , une petite antichambre avec un cabinet noir et une seconde antichambre, carrelées, plafonnées et éclairées par une croisée, une autre petite antichambre avec un cabinet noir et une seconde antichambre carrelées , plafonnées et éclairées par une croisée, une chambre à feu aussi carrelée, plafonnée et éclairée par deux croisées, une autre chambre à feu , carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée , un cabinet aussi carrelé, plafonné et éclairé par une croisée , une petite antichambre et un corridor sur partie de la longueur dudit bâtiment vers TOrient , lequel est aussi carrelé , plafonné et éclairé par sept croisées et dans le comble, un grenier briqueté sur toute la longueur; au bout duquel bâtiment, et y tenant, vers le Nord , est un appentis dans lequel sont des latrines, servant au rez-de-chaussée et au premier étage.

Un autre bâtiment, formant une aile droite au précédent, vers rOrient, ayant face au Midi, lequel est de 22 toises de longueur sur 5 toises un pied de largeur , hors d'œuvre , y compris un pavillon sur le bout , vers TOricnt. Il est élevé d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée et construit en murs de pierres de taille et briques, avec comble droit à deux croupes et couverture en ardoises. Le rez-de-chaussée est distribué en une chambre à feu avec une alcôve et deux petits cabinets , carrelés , plafonnés et éclairés par trois croisées, vers le midi , une seconde chambre à feu , carrelée , plafonnée et éclairée par deux croisées , au même

aspect , une troisième chambre à feu , carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée au même aspect, une quatrième chambre à feu, payée de pierres octogones, plafonnée et éclairée par deux croisées , une cinquième chambre, payée et éclairée comme la précédente , un cabinet, carrelé, plafonné et éclairé par une croisée , une galerie de dix pieds de largeur, carrelée, plafonnée et éclairée par six croisées, vers le Nord , une cuisine, parée de pierres , plafonnée et éclairée par quatre croisées , ?ers TOrient et le Midi, un garde-manger, un petit offîce, carrelé et éclairé par une croisée, vers rOrient, et un cabinet en entresol. Le premier étage est distribué en une chambre à feu , arec une alcôve et deux petits cabinets, carrelés, plafonnés et éclairés par une croisée et une demicroisée, une autrer chambre à feu, conforme en tout à la précédente, une autre chambre sans cheminée, avec une petite antichambre et une alcôve, carrelées, plafonnées et éclairées par une croisée, une autre chambre, conforme en tout à la précédente, une autre chambre à feu , avec une petite antichambre et une alcôve, carrelées, plafonnées et éclairées par une croisée, une autre chambre sans cheminée, d'ailleurs conforme à la précédente, quatre autres chambres, conformes en tout à la précédente, une petite antichambre, carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée, vers rOrient, une seconde antichambre, carrelée et plafonnée comme la précédente , et éclairée par deux croisées , vers rOrient et le Midi , une autre chambre à feu , avec une alcôve et une garde-robe, carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée, vers le Midi, un corridor, carrelé, plafonné et éclairé par six croisées, vers le Nord, et dans le comble est un grenier briqueté sur toute sa longueur.

Un autre bâtiment, en retour du précédent, vers le Nord et parallèle au principal, ayant face à TOrient, lequel est de 9 toises 5 pieds de longueur sur 6 toises 3 pieds de largeur, hors d'œuvre, élevé d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée, et construit, comme les précédents , tant en murs que comble et couverture. Il est distribué au rez-de-chaussée , en une cage d'escalier, dont l'escalier est en pierre et bois, sans rampe d'appui, une salle carrelée, voûtée et éclairée par trois vitraux vers l'Orient , et une galerie, carrelée, plafonnée et éclairée par quatre croisées vers l'Occident, avec une porte au môme aspect. Au premier étage , en un cori'idor , carrelé . plafonné et éclairé par cinq croisées , vers

i Occident , une chambre à feu , carrelée, plafonnée et éclairée par une croisée, vers FOrient, une pièce, ci-devant bibliothèque, carrelée, plafonnée et éclairée par deux croisées, au même aspect, et une allée carrelée. Dans le comble est un grenier sans plancher.

Un édifice, ci-devant Eglise, joignant les deux extrémités du précédent bâtiment et du principal , vers le Nord , lequel est d'environ 542 toises de superficie, dans'œuvre, en forme de croix, augmenté de deux tours hors d'œuvre, vers le Midi et le Nord , le tout construit en pierres de taille et moellons, avec comble en plusieurs parties réunies et couverture en ardoises. Il est pavé de pierres, voûté partie en maçonnerie et partie en charpente plafonnée, et est percé aux quatre aspects de cent-cinquante vitraux, y compris quatre roses et trente-quatre petits œils-de-bœuf ; contre lequel édifice, vers le Midi, se trouve un appentis de 42 toises 4 pieds de longueur sur 3 toises 5 pieds de largeur hors d'œuvre, d'un seul rez-de-chaussée, construit en murs de pierre et briques avec couverture en ardoises, lequel est distribué en un petit vestibule et quatre chambres sans cheminée , dont une grande percée à trois croisées et trois petites percées chacune d'une croisée.

Un préau dans l'enclave des quatre précédents bâtiments, qui est d'environ 44 verges de superficie, dans lequel se trouve un puits et dans son angle, au sud-ouest, un bâtiment de trois toises cinq pieds six pouces de longueur, sur deux toises un pied de largeur, hors d'œuvre, élevé d'un étage au-dessus du rez-dechaussécet construit en murs de pierre et briques, avec comble droit à une croupe et couverture en ardoises, lequel forme, au rezde-chaussée, un cabinet carrelé, plafonné et éclairé par une croisée, vers l'Orient, et une cage contenant un escalier en bois, laquelle est éclairée par une croisée , vers le Nord , et au premier étage , une petite chambre à feu, carrelée , plafonnée et éclairée par une croisée vers le Nord.

Une petite basse-cour, tenant à la ci-devant Eghse, vers le Nord, qui est d'environ 200 toises de superficie et séparée de la cour par un mur de clôture contre lequel est un bâtiment de 8 toises de longueur sur 3 toises 3 pieds de largeur, hors d'œuvre, d'un seul rez-de-chaussée , construit en murs de pierre et moellons avec comble brisé et couverture en tuiles et ardoises , lequel forme des écuries avec fointier dessus, et sur la même ligne, contre la cidevant Eglise, est un autre bâtiment de 2 toises 5 pieds de longueur

sur deux toises de largeur, dans œuvre, augmenlé d'une tourelle de 6 pieds de diamètre intérieur, vers rOccident; le tout élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée et construit en murs de pierre et moellons avec comble droit et couverture en tuiles , lequel forme, au rez-de-chaussée, une serre, au premier étage, une chambre à feu, briquelée, plafonnée et éclairée par une croisée, vers le Nord, au second étage, un cabinet plancheyé, voûté et éclairé par une croisée , vers le Nord , et dans la tourelle , une cage contenant un escalier.

Un ancien bâtiment, au derrière des principaux, vers rOrient, qui est de -17 toises 3 pieds de longueur, sur 7 toises 2 pieds de largeur, hors d'oeuvre, d'un seul rez-de-chaussée, construit en murs de pierre et moellons avec deux combles droits à une croupe et couverture en tuiles ; environ moitié duquel bâtiment est à usage de bûcher et le reste distribué en quatre chambres à feu , carrelées , plafonnées et éclairées par cinq croisées, vers le Midi , quatre cabinets , pratiqués par un corridor et quatre autres cabinets au-dessus, en forme d'entresol, aussi pratiqués par un corridor; d:ns le comble est un grenier plancheyé.

Un autre ancien bâtiment , tenant au précédent , vers le Nord , qui eçt de 3 toises de longueur sur 3 toises deux pieds de largeur, dans œuvre, élevé d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée, et construit en murs de pierre et moellons, avec comble droit à une croupe et couverture en tuiles, lequel forme, au rez-de-chaussée, une cuisine , au premier étage , un galetas et dans le comble un petit grenier.

Un petit bâtiment, tenant au pignon du précédent, vers le Nord, lequel est de -1 toise 3 pieds 3 pouces de longueur sur une toise 2 pieds de largeur, dans œuvre, élevé d'un étage au-dessus du rezde-chaussée, et construit en murs de pierre et moellons avec comble droit à une croupe et couverture en tuiles; lequel forme au rez-de-chaussée un passage et an premier étage une petite chambre à fdu.

Un autre petit bâtiment, au même pignon, lequel est de 2 toises 4 pied 6 pouces de longueur sur 5 pieds de largeur, dans œuvre, construit en murs de pierre et moellons, avec comble droit à deux égoûts et couverture en tuiles , lequel forme une cage qui contient un escaher en pierres.

Un appentis, contre la ci-devant Eglise, vers le Midi, lequel est

de 7 toises 5 pieds de longueur sur 2 toises de largeur , hors d'oeuvre , élevé d\m étage au-dessus du rez-de-chaussée et construit en murs de pierre et moellons avec couverture en ardoises , lequel forme au rez-de-chaussée, une serre et un cabinet de commodités.

Une terrasse en avant dudit appentis, vers le midi, en retour, vers rOccident, jusqu'à la cour, laquelle est d'environ 30 verges de superficie , partie en jardin potager et partie en labour.

Une autre terrasse, sous la précédente, vers l'Orient, et en avant de l'ancien bâtiment, vers le midi, laquelle est d'environ 44 verges de superficie , y compris un petit jardin clos de murs séparément à son angle sud-est, laquelle terrasse est partie en jardin potager et partie en labour et dans le mur de clôture d'icelle, vers le Midi, se trouve une tourelle de ^4 pieds de diamètre dans œuvre formant une serre voûtée.

Une autre terrasse , au derrière de l'ancien bâtiment et de la ci-devant Eglise, vers le Nord) laquelle est d'environ ^29 verges de superficie , y compris un trottoir longeant le côté û& la bassecour, vers le Nord , le tout inculte et sous le bout de laquelle terrasse, vers l'Orient, se trouvent deux serres voûtées en maçonnerie.

Un jardin, inférieur à la précédente terrasse et y tenant vers le Nord, lequel est d'environ ^ arpent 9 verges de superficie, en labour, et sur le bout duquel, vers l'Orient, est un petit bâtiment de 3 toises de longueur sur 2 toises 3 pieds de largeur, hors d'œuvre, construit en murs de pierre et moellons , avec comble en mansarde et couverture en tuiles et ardoises, lequel forme une chambre de jardinier , avec un petit jardin clos de murs séparément.

Un autre jardin, aussi en labour, à la suite du précédent et des terrasses susdites, versPOrient, lequel est d'environ 2 arpents 22 verges, employés par une pièce d'eau qui s'y trouve et dans lequel jardin se trouve aussi, à son angle sud-ouest, un bâtiment de 4 toises 4 pied de longueur sur 2 toises de largeur, dans œuvre, construit en murs de pierre et moellons, avec comble droit à deux croupes et couverture en tuiles ; et à chacun des deux angles de son bout , vers l'Orient , une tourelle formant une serre , avec terrasse au-dessus.

Des souterrains^, consistant en un cellier voûté en maçonnerie

sous partie du principal bâtiment , un autre cellier en deux parties coûtées de même sous l'ancien bâtiment, une ca\e d'une assez grande étendue aussi voûtée en maçonnerie sous la terrasse tenant audit ancien bâtiment, vers le Midi, dans laquelle cave se trouve un puits , un couloir ou cellier voûté en maçonnerie qui communique du cellier sous le principal bâtiment, à une cave de grande étendue sous la cour, laquelle cave est partie voûtée et partie non voûtée, plusieurs cavaux tenant à ladite cave et une autre cave d'une assez grande étendue aussi sous la cour et pareillement voûtée en maçonnerie , laquelle a son entrée sous la dite cour.

Un jardin, tenant à la cour, vers l'Occident et à droite de son entrée , lequel est d'environ 64 verges de superficie.

Toute ladite maison , bâtiments , cour , basse-cour, terre et jardin en dépendant , sont clos de murs de maçonnerie de toutes parts et au surplus défendus par un fossé vers l'Occident.

Et finalement une portion de terrain inculte, hors l'enceinte de ladite maison et précédant son entrée vers l'Occident, laquelle est d'environ M arpent «17 verges de superficie, non compris le chemin qui la traverse, et tient d'une lisière vers le Midi, faisant hache au citoyen Lépicier

Nous observons que la majeure partie des bâtiments qui composent ladite maison, et notamment les principaux, sont dans un tel état de dégradation, qu'une grande partie des cloisons de distribution se trouvent détruites, ainsi qu'une partie des cheminées, des carrelages, des plafonds, des portes, des croisées et d'autres objets.

Ce ne fut que le iS fructidor an V (4 septembre 1797) , que Tabbaye de Saint Vincent fut vendue par TAdministration de TAisne à Henri-Etienne Aubert , notaire à. Vendeuîl , et à Louis Bosc, marchand à Laon. Les bâtiments et dépendances dont désignation vient d'être faite , leur étaient livrés pour ]a somme modique de 3^,664 livres. Quels étaient les projets des acquéreurs . en.se rendant propriétaires du domaine de Saint-Vincent ? Comptaient-ils^ par la division du terrain en lots de propriété , se procurer des ressources abondantes et leur achat n'était-il qu'une de ces odieuses spéculations où la

vente des bâtiments démolis devait les défrayer des avances que leur demandait le Gouvernement? La suite des faits va mettre à jour leur pensée ; nous verrons toutefois que leurs projets furent loin de prospérer au gré de leurs désirs. A une époque assez peu éloignée, Louis- Etienne Aubert se sépara de Bosc et lui vendit sa part; ce dernier, resté seul propriétaire, accomplit Tœuvre de destruction pour laquelle tous deux s'élaient unis. Obéissant à ses instincts et au vandalisme qui le pousse, il amoncelé bientôt ruines sur ruines. La majeure partie des bfttiments claustraux est à terre; le portail de Téglise, la nef, le chœur et une partie du sanctuaire subissent le même sort. La loi réclame et exige ses annuités^ Bosc se sent impuissant, il démolit pour sortir de la gène qui le presse. L'intérieur de Saint-Vincent' ne présente plus que Taspect d'une immense carrière exploitée sans profit ; quelques années suffisent pour détruire Tœuvre des siècles. Enfin, à bout de ressources, toujours impuissant et toujours insolvable, Bosc est dépossédé par expropriation forcée. Le domaine de St- Vincent, remis en vente ie6juin4810, en raudiencedescriées du tribunal de 1'* instance de Laon , passe entre les mains du sieur Delvincourt-Servant. Restaient deTantique abbaye, autrefois si célèbre, la façade principale des bâtiments claustraux \ telle que nous la voyons aujourd'hui , et une tour, seul vestige d'une église qu'avaient élevée à si grands frais les abbés réguliers. La tour sapée jusque dans ses bases , a failli s'écrouler sous les efforts des démolisseurs; sa ruine devient imminente, le nouveau propriétaire la fait renverser. Une chronique et des bruits populaires ont accrédité l'existence prétendue d'un trésor au sein des tombeaux de Saint-Vincent. Des fouilles y sont pratiquées , mais en vain. La seule découverte qu'elles amènent e^t celle d'une crosse épi>copale du xii"* siècle , qu'on croit avoir appartenu à révéque Gaudri', de quelques anneaux de chevalier,

(1) Cette façade et la plupart des bâtiments clauaiïraux avaient été rebâtis à neaf versle milieu da 18« siècle.

(3).yoyeBiapa«;e242.

de quelques débris de mitre. Encore ces restes précieux , yénérables par eus*mèmes et les antiques souvenirs qu^ils rappèlent ne semblent-ils ravis à la terre que pour appeler sur eux une nouvelle profanation. Ils sont vendus de main A la main et au plus offrant par Tavidité inintelligente qui s*en empare et deviennent la propriété de quelques brocanteurs juif« qui les emportent avec eux à Francfort-sur-ie-Mein.

De 4810 à 1854 , peu d'événements remarquables s'accomplissent dans Tintérieur de Saint- Vincent. Les troupes alliées r occupent dans la campagne de 1814; de gros corps d'infanterie sont placés par le feld-maréchal Blùcher dans son enceinte et concourent avec les batteries avancées de Classon, de Morlol et du Blanc-Mont à rendre inabordable la place de Laon. La mise en défense de la ville en 1815 donne occasion d'y établir un dépôt de poudre. Ce dépôt, placé en partie dans les bâtiments de Tancien Hôtel-Dieu et en partie dans un des locaux du Palais de Justice , est trdnsféré pour cause de sécurité publique à Saint- Vincent. La garde nationale de la ville est requise pour y entretenir un poste et y exercer une continuelle surveillance.

Puis le domaine de Saint-Vincent rentre quelques années après dans Toubli et le silence. Au visiteur qui parcourt la montagne sur laquelle il est assis et les allées ombragées do bosquet qui en est proche, il ne montre que ses mprs noirs et crevassés, ses tours séculaires qui semblent menacer les passants et leur interdire l'entrée Une vigilante et inquiète sollicitude écarte de lui les regards indiscrets ; ce n'est qu'à de rares et de longs intervalles que quelques privilégiés pénétrent dans son enceinte. La voix seule du jardinier défrichant cette terre ,. jadis sanctifiée par la mortification et Tesprit de pénitence de ses enfants , trouble le silence de ses majestueuses solitudes.

Il appartenait h un Pontife aussi remarquable par ses vertus que par son zèle à sauver de Toubli les établissements religieux qui avaient illustré son diocèse , de rendre à la religion et à

ITglise les restes de Tan tique et célèbre abbaye de Saint-Vincent de Laon. Au mois dejuiilet 1854, Monseigneur de Garsignies, évêque de Soissons et Laôn , acheta des héritiers du sieur Delvincourt , le domaine de Saint- Vincent. Une pensée noble et généreuse animait Sa Grandeur. Réalii^ant une œuvre autrefois entrepri e par un de ses prédécesseurs sur le siège de Laon, Jean d'Estrées (1690), Monseigneur ouvrait dans Tenceiute de Saint-Vincent un asilepour les membres du sacerdoce que leur âge ou les fatigues d'un laborieux ministère appelaient à une retraite honorable et méritée. La fondation d'une société de Prêtres auxiliaires, destinés aux missions diocésaines, s*unissait encore dans la pensée de Sa Grandeur à ce premier établissement si heureusement conçu.

La Providence, qui garde les œuvres généreuses et marquées au sceau de la charité , bénira ces naissantes institutions. Sur celte terre qu'illustrèrent autrefois de sublimes vertus et dont le sein conserve silencieusement des dépouilles augustes et vénérées, la prière , comme aux âges passés , va s'élever longtemps encore. Des prêtres veillent toujours près des ossements des Pontifes et des Preux.

ARRFft IlÉtilLIERS ET COMMFNDATAIIIESDE l'aBBATF DE SaINT-ViKCEKT, DEpriS SA RESTAI RATIO PAR l'ÉVÉQI'E RoRICO>' (948).

i. MelcalaD ou Macalin. — 048.-

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