‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 113 sur 116 · SONT PORTÉES EN LA CATHÉDRALE ET RAPPORTÉES DANS CETTE · texte numérisé non relu

SONT PORTÉES EN LA CATHÉDRALE ET RAPPORTÉES DANS CETTE

ABBAYE DE SaINT-ViNCENT , EN 1668.

La peste s'estant glissée dans la Flandre, mais particulièrement en la ville de Lille, à la fin des conquêtes que le roy y fit en 1668, les soldats se répandant par la Picardie et la Champagne , en infestèrent toutes les villes. Bheims , boissons et Laon furent fort affligées de ce fléau, sans en pouvoir estre garanties par aucune diligence et par aucun secours humain. Les principaux de la ville de Laon s'estant assemblez , ne trouvè-

(1) Armand de Hocquincourt fut aussi abbé commendatoire de Bohéries.

renl point de remède plus efficace et plus pressant que celui du ciel. C'est ce qui les obligea , le dernier jour d'octobre de cette année 1668 , d'avoir recours à la sainte Mère de Dieu , lui faisant vœu de lui porter dans son église de Notre-Dame de Liesse, en grande pompe du clergé et du peuple , une statue d'argent la représentant. Ils se transportèrent aussi dans notre église de Saint Vincent , le 3 novembre de la môme année 1668, sur la un des vespres, afin d'enlever avec permission des religieux, la châsse de saint Ganoald et de la transporter dans la cathédrale , pour qu'elle y restât jusqu'à l'entière extinclion du fléau, donnant un escrit par lequel ils promettoient de rendre la châsse et les reliques lorsque le fléau seroit cessé; ce qui s'est exécuté le 8 juillet 1670 , sur les neuf heures du matin , en une procession pompeuse et solennelle , à laquelle tous les magistrats assistoient , avec tous les corps de ville, de justice et de religion, en présence desquels les chanoines chantèrent la messe , en notre église abbatiale , en l'honneur de saint Ganoald , par les mérites duquel ils ont confessé avoir reçu un très-grand soulagement dans leur misère.

Pour s'acquitter ensuilte de leur vœu envers la très-honorable Mère de Dieu , Févêque et tout le clergé , ainsi que les magistrats et le peuple de Laon, partirent de cette ville à cinq heures du matin, dans l'octave de la Visitation de Notre-Dame, pour aller processionnellement porter la statue d'argent en l'église de Liesse. L'évêque y célébra la sainte messe, revêtu de ses habits pontificaux , et y fit un sermon de trois heures entières. Puis, la procession , retournant à Laon , arriva dans la cathédrale lorsque onze heures de la nuit sonnoieut (1670).

J'ajouterai icy qu'au moment où on s'assembloit dans la cathédrale pour reporter la châsse de saint Ganoald en notre église abbatiale, le temps estoit si obscur et si chargé de nuées , même pendant la procession , la messe et le retour de la procession , qu'il sembloit que les cataractes du ciel dussent s'ouvrir à chaque moment pour verser un second déluge sur la terre; cependant pas une seule goutte d'eau ne tomba pendant

tout ce temps , et ce qui est plus admirable, c*est que la procession ne fut pas plus tôt rentrée en la cathédrale, que la pluie se répandit en très-grande abondance. Il semble que cela soit une merveille qui doit estre attribuée aux mérites de saint Canoald , patron et évéque de Laon , puisqu'il s'agissoit de son bonneur.

Paix de la France et de l*Espagne.

Le 28 février 1660» on chanta le Te Deum dans la cathédrale de Laon , en actions de grâces de la paix faite entre la France et TEspagne , au sujet du mariage de Louis XIV«, roy de France, avec Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, fille du roy Philippe IV* et sœur aînée de Charles VP, roy d'Espagne. Le lendemain , 29 février, tous les corps religieux et autres de la ville de Laon se rendirent dans la cathédrale , où tous les ecclésiastiques estant revêtus d'aubes, on fit la procession du Saint-Sacrement pour le même sujet, à la fin de laquelle on chanta de rechef le Te Deum, Les communautéz religieuses s'acquittèrent de ce devoir le dimanche suivant après vespres ; car toutes les communautéz de la ville sont obligées d'assister à toutes les processions de la cathédrale , même à celles qui se font tous les premiers dimanches du mois, depuis une fort longue antiquité, sur les cinq ou six heures du matin.

Cela fut cause que quelques communautéz y ayant manqué le premier dimanche d'avril de Tannée 1663 , les défaillants furent citez le mardi suivant par un appariteur devant l'official , pour rendre raison de leur absence. Tous les corps religieux obéirent à la sentence de Tofâcial pour ce sujet , excepté ceux de Saint-Vincent et de Saint-Jean, lesquels s'absentèrent de rechef de la procession faite pour la santé du roy, la prospérité de ses armes et de Testât , ainsi que pour la santé de la reine-mère, le premier dimanche de mal suivant , espérant par ce moyen se délivrer de la servitude de ces processions trop fréquentes.Mais la sentence deTofficlal y obligea tous les corps de la ville sans exception. Quant aux religieux de Saint-Vin-

cent, qui sont trop esloignéz , ils en furent exemptez, à condition qu'ils donneroient quatre des leurs, sans croix procèssionnale , pour assister aux Te Deum devenus si fréquents. De quoi ils sont en possession et usent habituellement.

Dieu bénit le mariage de notre auguste roy Louis XIV* et de Marie-Thérèse d'Autriche, par la naissance d'un fils, dauphin de France , lequel vint au monde le premier jour de novembre , dédié à la mémoire de tous les Saints , en 1661 .

CHAFm&S V.

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