ET DE LAON, EN L'AN
%XX® A ville de Laoa ayant esté érigée en épiscopale , et TégUse nflln ^® Notre-Dame en cathédrale, elles reçurent pour premier 0^4 évéque Saint Génebaylt , mari de la nièce de SaintBemy *. Le même Saint Remy, conjointement avec le nouvel évêque , députa et consacrace bout du bras droit de la montagne deLaon pour estre le cimetière de toute la ville et de ses dépendances, avec défense très-expresse à toutes personnes , de quelque condition et
(1) Saint Génebaud, avant son ordination, avait été marié à une nièce de Saint Rémi. Lors de sa promotion au siège de Laon, il se sépara de sa femme, et les deux époux se vouèrent à la continence.
de quelque qualité qu'elles fussent , d*eosevelir et de donner sepulture à aucun corps mort dans Testendue des murs de la ville. Et , pour Tennoblir davant^e, il voulut que l'égUse qu'il y Mtit en rhonneur de saint Christophe , selon la tradition ancienne , fut eslevée à la dignité de second siège de Tévéque de Laon. Nous avons plusieurs autorités qui rendent cette vérité certaine; il n'y a-rien de si fréquent dans tous les cartulaires de Tabbaye que le titre de second si^e de Laon , à elle attribué , et de sépulture immuable des personnes qui décèdent à Laon , de quelque condition qu'elles ayent été. Pour ne pas estre trop ennuyeux à rapporter les textes de chartes, je passe sous silence celle du roy Lothaire, donnée en 975, celle de Boricon, évéque de Laon et frère du roi Louis', en 961 , pour le rétablissement des mmnes en cette abbaye et une autre du même Boricon, donnée en Tan 973. Ellnand , aussi évéque de Laon , confirme le même droit » l'évèque Barthélémy pardllement , desquels j^omets les textes aussi lâen que de plusieurs autres , me contentant de Fantorité de la bulle donnée par le papeHonoré ii , Tan de N.-S. 4425. Voici les termes de cette bulle : « Ewo propriis duacmus 0 rumUnilms amiàtanda, videkeèt, secund® sedis episcopatûs (U- T» gnitatem , sepukwram episcoporum , canonicorum oasatorum , » custodwn makis ecclesiœ, canonicorum sancti Peiri de fora , car B pellanorwn, servienitum quoque et famiUarum istorum , et omnium » qui ad eamdem eccksiam deferri et ifndem voluerint sepeliri , pro^ » hibilâ ûUrà miuros ejusdem civitatis omni sepuUurd, ex quo urbs » ipsa, à temporebeali Remigii , prœsularî merait et mtronizare 9 cathedra pontificali*. »
(1) Rpricon était fil? naturel de Charles-le-Simple et frère du roi Louis-d*Outremer.
(2) « Nous avons jugé à propos d'exprimer les privilèges qui suivent par leurs » propres noms : savoir que cette abbaye possède le titre de second siège de Té- » vêché , de sépulture des évéques , chanoines domiciliés , coûtres de la mère » église, chanoines de Saint-Pierré-au-Marché , chapelains, des moindres servi- » teurs et de leurs familles , comme de tous ceux cpii voudront y être portés ou in-
PJusieurs questions naissent de ces deux dignitéz et prérogatives de Fabbaye de Saint-Vincent: la première est , si dès ce temps il y avoit icy une église bâtie et à qui elle estoit dédiée , la seconde, en quoi consistoit cette qualité de second siège de révéché de Laon; la troisième , du lieu i du temps , et pour quelles raisons les sépultures se sont faites icy.
Pour la première question , Je réponds que le temps de saint Remy peut se prendre antécédemment à Férection de Tévéché de Laon , ou conséquemment après.
Si on prend la question antécédemment à Térection de révéché « je dirai qu'il est très-difûcile de la définir pour la négative ou TafOrmative, parce que nous n'avons point trouvé de fondement solide sur lequel nous puissions établir une opinion certaine. Il y a cette thèse générale que les bonnes villes avoient leur cimetière hors de leur enceinte , comme nous allons voir ; mais s'il y en avoit un à Saint- Vincent , il n*est pas croyable qu'il fût bien ancien. Les payons avoient rarement des cimetières communs , et en outre saint Remy se seroit bien gardé de prendre pour sépulture un lieu et une terre polluez par les cendres des cadavres payens ; il eût esté imprudent en cette occasion. 11 faut donc dire que si saint Remy ou les premiers chrétiens ont fait icy un cimetière , ce n*est qu'après estre certains que c'estoit une terre vierge, et conséquemment qu'il n'y a esté établi que depuis le libre exercice de la religion en France. La consécration de ce cimetière ne peut donc estre beaucoup devant saint Remy.
Si maintenant la question se prend conséquemment, après la question de l'évêché , il faut dire qu'il y avoit icy une église. La question est indubitable, tant à cause des autoritéz que nous avons déjà rapportées , qu'à cause de celle du roy Raoul, dans
» humés. Défense était faite de donner sépulture à qui que ce soit dons l'enceinte » des murs de la ville, depuis que la cité a mérité, du temps de saint Rémi» d'à- « voir nn évéque et un siège pontifical. »
une charte tirée du petit carlulaire de cette abbaye de Saiot- Yincent : Irmotuit nobis, dit ce roy, haheri quamdam eccksiam m monte Lauduno, in honore et nomine beati martyris Vinoentix conte-' àraktm, quœ adeà venerabUis semper exslitit, ut seounda sedet su^ pradietœ Laudunensisecclesiœappellaretur, inquà eique adjacentibuê atriis ex anttquo existere sepultura ejusdem lod episcoporum , et cirmœterium canonicorum, etc../
Il est vray que ce texte ne fait pas mention directe de l^église bâtie du temps de saint Remy en ce lieu, puisqu^il parle de saint Vincent comme patron de celte église ; mais il faut prendre garde que ce niot église est relatif à deux temps en ce passage ; premièrement, au temps, que Téglise commença à estre dédiée à saint Vincent, m honore et nomine beati martyris Vincentii dedieatam ; cecy est assez clairement exprimé ; secondement, au temps de saint Remy qui est défini aussi par ce mot ex antiquo, depuis long- temps. D^autres chartes nous forcent de l'expliquer ainsi , portant expressément : aàtempore sancti Remigii^ odepuis le temps de saint Remy. Donc, du temps de saint Remy, il y avoit îcy une église pour la sépulture des évoques de Laon.
SU est vray en outre (comme il est tout constant par le té< moignage d*une infinité de chartes), que la dignité de second siège de Laon a esté donnée à ce lieu , quand saint Remy établit un évèque en la ville, paf une juste conséquence , il est de là véritable qu'il y avoit icy une église du temps de saint Remy. Car un siège épiscopal , de soi, demande un lieu où Tévëque . réside, exerce les fonctions épiscopales ,. administre les sacremens et célèbre les saints mystères ; or, les lieux où s'exercent ces fonctions sont les églises. Il faut donc dire que ce lieu estant désigné pour les fonctions épiscopales, comme second siège de
(1) « Nous avons appris qu^il y a en la montagne de Laon une église consacrée » et dédiée à Saint Vincent, martyr, laquelle a toigours été si en renom, qu'on Ta » appelée le second siège de Téglise de Laon. Dans cette église et lieux adjacens, » les évéques ont leur sépulture et les chanoines leur cimetière , depuis un très- » long temps, &. »
LaoD , il y avoit une église dès le temps de saint Remy, en laquelle le saint prélat a établi cette dignité et obligé l'évèque d*y faire les fonctions de son ministère ; estant croyable que luimême les y a exercées , comme de venir céans donner l'absolution au peuple le jour du Jeudi-Saint , ce qui se pratiquoit encore il n*y a pas long-temps , de bénir le feu nouveau dans notre cloître le Samedi-Saint pour le porter à la cathédrale et par' toutes les églises et-maisons de Laon. Cette dernière fonction a esté laisisée à notre abbé qui en jouissoit , lorsque les commandes ont dissipé ce beau droit, comme nous verrons ci-après , traitant de la dignité de second siège épiscopal de Laon.
Nous ignorerions le saint auquel cette église a esté dédiée du temps de Saint Remy, si la piété des moines ne nous Tavoit laissé par tradition et coutume escrites , ainsi que par l'usage journalier d'honneur et de vénération qu'on rend à Saint Christophe, comme patron et titulaire à qui Téglise a esté dédiée par saint Remy et saint Génebault. Il semble que saint Remy soit l'auteur de ce patronage plutôt que saint Génebault , à cause de sa sympathie pour Téglise de Saint-Christophe de Reims, en laquelle il a mieux aimé estre enterré qu'à Saint-Nicaise , qui estoit Pancien tombeau des évéques de Reims.
Les raisons qui font encore croire que cette première église a esté dédiée à saint Christophe, sont , premièrement: la grande solennité qui a toujours eu lieu , le jour de Saint-Christophe, en ce monastère. On en faisoit aussi grande feste que les jours de Pasques, Pentecoste, Saint -Vincent même et l'Assomption de Notre-Dame , et tous les religieux de cette abbaye qui estoient dans les prieuréz, cures ou ailleurs , estoient obligez de se trouver à Saint- Vincent pour y célébrer avec plus de pompe la feste de saint Christophe.De plus, les curez de la ville et de lapaix* de Laon est(Hent obligez de se trouver en cette église pour le même office . et ensuitte Fabbé leur faisoit un magnifique festin ; mais deux d'entr'eux dévoient gouverner le chœur ce jour-là et chanter
(1) Vieux mot qui signifie banlieue.
V Alléluia. Sans doute que cette grande solennité aura assez de force sur les esprits pour faire croire que Saint Christophe est titulaire de cette église. Mais si Ton ajoute que la principale chapelle de l'église , derrière le chœur, est dédiée à ce saint , contre la coutume de Tordre qui a toujours dédié cette chapelle à Notre-Dame , et déplus que Fancien rituel de ce monastère, enseigne que , contre une autre coutume qui \ouloit que Ton exposât les frères deffunts dans le chapitre , incontinent que le corps d'un religieux trépassé estoit lavé , on le portoit en la chapelle de Saint-Christophe , dont on ne le tiroit point que pour le porter au chœur, avant que de le mettre en terre. Pourquoi cette cérémonie, sinon parce que saint Christophe estant patron et titulaire de la maison , on lui présente le frère deffunt , aÛn qu'il ait soin de son salut , comme son maître? Il est à croire que cette première église dédiée à saint Christophe a esté autrefois au même lieu où est à présent la chapelle , car de toute antiquité saint Christophe a eu sa chapelle au même lieu. C'est, ce me semble, à cause de cette qualité de premier patron de la première église de Saint- Vincent, que Jean de Guise* , abbé de ce . monastère, lequel n*ignoroit pas les progréz et commencement de cette maison , rappelle quelquefois Tabbaye de Saint-Christophe. Les actes de l'élection dé Dom François de Freschencourt % en 1504, rendent ce témoignage que saint Christophe est patron de cette église et monastère , avec saint Vincent. Peat-estre aussi que cette coutume de mettre les corps morts des
(i) Jean de (Guise, ou de Noyelle, abbé de Saint-Vincent, en 1368, composa une histoire universelle intitulée Miroir historial, en vingt-huit livres. Leâ huit derniers nous sont restés ; Tintérêt qu'ils présentent fait regretter vivement la perte des autres.
(2) Don François de Freschencourt, abbé de Samt-Vincent, en 1504.... Les actes de l'élection de cet abbé (voir livre lie, chap. 8»), portent ces paroles- Ad honorem sanctœ ^ individuœ Tnnitaiis, Patris ^Filii # Spiritûs saneti, gloriosissimœque virginis Mariœ, ac heatorum martyrum Vincentii # Chrisiophori, in quorum norhinibus fundaia est proRsens ecclesia, #.... et ces autres : Fisus sub Dei omnipotentis ^ heatorum martyrum Vincentii # Chrisiophori, patronorum ipsius ecdesiœ, auxilio, 4...
frères dans la chapelle de Saint-Christophe , provient de Tancienne coutume d*y exposer les corps des defTunts , parce qu'elle estoit la première église du cimetière ancien de Laon.
SECTION DU PRÉCÉDENT CHAPITRE , OU IL EST TRAITÉ : SÇAYOIR SI CETTE ÉGLISE ESTOIT UNE ABBAYE.
Cette question est , ce semble , fondée sur les textes et autoritéz ci-dessus , parce que , s'il y avoit une église à qui saint Remy donna de si beaux droits , elle n'estoit pas déserte , estant ennoblie de la sorte. Il falloit que quelque collège de chanoines on quelque couvent de moines gouvernât cette église , tant pour avoir soin des funérailles et obsèques qui s'y faisoient tous les jours et à toute heure, que pour y entretenir l'office divin décent à une seconde cathédrale et à un second siège épiscopal de Laon. Outre que ce ne seroit point le premier monastère que saint Remy auroit bâti, puisque celui du Mont-d'Hor\ dit présentement Saint-Thierry, est une preuve de son zèle pour la vie monastique, la chose , d'elle-même , est probable ; il ne manque qu'une bonne autorité pour prouver cette proposition. Ce qui donne, encore beaucoup de probabilité à cecy. c'est que, du temps de saint Remy , la vie monastique estoit en usage à Laon. L'histoire de saint Génebault fait foy de cette vérité : lorsqu'il fut eslevé au pontificat de cette ville, sa femme, qui estoit nièce de saint Rémy, embrassa l'état monastique ; illa monastioœ vitœ inservire. Mais nous n'avons pas là-dessus d'opinion certaine; c'est pourquoi nous nous contentons de dire qu'il y avoit une église en l'honneur de saint Christophe , martyr, du temps de saint Remy, sans rien assurer davantage.
(1) L'Abbaye du Mont-d'Hor, près Reims, occupée autrefois par des bénédictins, fut fondée par saint Rémi et saint Thierry, vers Tannée 515. Elle subsista jusqu'en 1 786 , époque à laquelle les bâtimens du monastère ayant été détruits , les religieux furent transférés à Reims , où ils apportèrent le corps de leur saint patron. Cette précieuse relique est maintenant conservée dans Téglise paroissiale de Saint-Thierry.
CBAVITRE n.
DE LA DIGNITÉ DE SECOND SIÈGE DE LlVÉCHÉ DE LAON ,