‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 15 sur 116 · ATTRIBUÉ A CETTE ABBAYE · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉ A CETTE ABBAYE

KiHHgf L n*y aaucun droit de cette abbaye mieux fondé et établi i§l| qae celui de second siège de Tévêché de Laon. Presque fiiimiSC toutes les anciennes chartes prouvent ce droit et rappellent secundasedes episcopatûs Laudunensis, Elle est seconde en toute manièreven antiquité et en primauté. Son antiquité se prouve en ce que aucune autre église que la cathédrale ne peut se dire avant elie en fondation; toutes celles de Laon et dés environs ne reconnoissant le^r naissance que beaucoup postérieure à la nôtre. Sa primauté en dignité est aussi reconnue en ce qu'elle tient le second rang après la cathédrale , en tout et partout. Elle est le se* cond siège de Tévêque , ce qui s*entend de telle façon que Tévêque, quelquefois, faisoit les fonctions épiscopales en cette abbaye ^ Il avoit coutume d*y venir encore , accompagné de son clei^é, pour y chanter la messe et les deux vêpres, le jour de de Saint Vincent, 22 janvier. Mais du temps de Fabbé Hugues, cette louable coutume s^anéantissant , Tabbé trouva cet expédient, pour la conserver , de la fonder, obligeant Tévëque et les chanoinesl de droit à venir rendre leurs devoirs au second siège

(1) Il y donnait Tabsolution au peuple le Jeudi-Saint, &..., comme on Ta vu plus haut.

épiscopal de Laon et au patron de Tabbaye , ce à quoi ils n'qstoieni obligez auparavant que par bienséance. La même cathédrale vient aussi en procession à cette abbaye , le Jour de Saint Marc et le troisième jour des Rogations. Anciennement, au rapport de Guibert de Nogent , le même chapitre avec révoque y venoît aussi processionnellement le lundi de Pasques , comme pour honorer le second siège épiscopal de Laon. Mais cette procession est présentement abolie, je ne sais pourquoi, ni depuis quel temps.

Lorsque par malheur la cathédrale de Laon est interdite ou polluée , la tradition porte que le chapitre vient faire Toffice en cette église , comme il arriva lorsque Tévêque Gualdrîc fut massacré et que la cathédrale fut brûlée avec la plus grande partie deLaon(4ii2)

D'ailleurs, Fabbé de Saint- Vincent , en qualité de pr^at du second siège de Laon , a droit et place dans le chœur de ]a cathédrale immédiatement après Tévéque, pour assister, quand bon lui semble, à Toffice divin; de laquelle prérogative Jean Charpentiers dernier abbé régulier, um% fort souvent au rapport de don Pierre de Lallain , ancien religieux et prieur de Saint- Vincent , lequel Ta appris de plusieurs personnes âgées qui disent avoir vu cet abbé user de ce droit.

L'évéque estant absent ou empêché , Tabbé de Saint-Vincent alioit faire l'office pontiflcalement dans la cathédrale, les jours de Noël, Pasques, Pentecoste, etc., et aux grandes testes de Tannée. En présence de Tévêque, il tenoit toujours la seconde place d'honneur, même dans les synodes et aux autres assemblées du diocèse. Il faisoit la bénédiction du feu pour la cathédrale , en ce monastère , le Jeudi-Saint.

Lorsque Tévéque est nouvellement consacré, il vient coucher en cette abbaye de Saint-Vincent , où il est reçu au son des cloches et avec les cérémonies et solenniiéz de toute la communauté ;

(1) Jean Charpentier était abbé de Saint-Vincent en 1510 (voir livre 11« , chap. 8.)

on le conduit ensuitte à Péglise pour y faire sa prière, puis il est mené an logis abbatial dans leqnel il passe la nuit. Le len* demain, après avoir entendu la messe du Saint-Esprit en cette église, il est conduit par Fabbé et toute la communauté pour faire son entrée ducale en la ville. L'abbé de Saint-Vincent tient toujours la droite de Tévéque avec sa communauté ; à la porté Mortelle, Tabbé et les religieux de Safnt-Jean tiennent la* gauche; ainsi il est mené à la cathédrale^ L'évéque fait se» prières et se met no pieds en Féglise de Saint-Michel'. Le cortège estant arrivé à la cathédrale, labbé de Saint- Vincent fait le compliment à Messieurs du chapitre et leur présente Tévéque en disant, selon Tancienne coutume : a Nous vous donnons un

(1) Il est bon de remarquer que le nouvel évéquc. sortant processiônneUement de Saint-Vincent pour faire son entrée ducale en la ville , était revêtu d*babits laïques et portait les insignes de sa seigneurie temporelle. Tous les officiers de sa cour féodale, le Vidame, le Prévôt, le Châtelain , etc., et ses vassaux, en équipage militaire , marchaient à sa suite. Le Maréchal du Laonnois, seigneur de Lierval , conduisait par la bride sa haquenée que fournissait le seigneur de Clacy , Vidame. Le cortège s'étani arrêté à l'église Saint-Julien (dans le Bourg), Févêque descendait de cheval, quittait ses ornement^ seigneuriaux et prenait une soutane et un rochet. Dans ce costiune il s'avançait à pieds, sous un dais porté par les quatre vicomtes du Laonnois, jusqu'à Feutrée de la cité. Arrivé à Féglise Saint-Micbcl (près la porte Mortelle, où les religieux de Saint-Jean sejoignaient au cortège^ Févêque se revêtait de ses habits pontificaux, se laissait déchausser par le prévôt et le vidame , et continuait sa marche , pieds nus , précédé des abbés et religieux de Saint-Vincent et de Saint-Jean. La présentation se faisait en la forme décrite par Tauteur. L'évéque ayant ensuite chaussé des sandales, montait dans le chapitre où il était harangué par le doyen ; il jurait de maintenir les usages et privilèges de son église ; puis , conduit au grand autel, il y faisait sa prise de possession.

Dans la cour du palais épiscopalse prêtait le double serment auquel Tévêque et les Laonnois étaient obligés. Le maire et les échevins, au nom deshabitans de la ville , juraient de défendre sa personne et son autorité temporelle, et Fé^ vêque promettait de protéger la commune et de conserver ses privilèges, comme l'avaient fait ses prédécesseurs. Ce double serment, réglé en 1239 , ftit aboli vers 13i5, suivant contrat passé entre les Laonnois et Hugues d'Ârcy, évéqu» de Laon. 4

» évéque vivant f vous nous le rendrez mort. » FaisaQt allusion à la sépulture des évéques qui est en cette abbaye de Saint- Vincent*.

On peut ajouter que cette église ebt dite le second siège de Laon en ce que Tévéque se déchargeoit autrefois sur les soins des religieux de Saint- Vincent pour Tinstruction des Jeunes ecclésiastiques , comme on peut voir ^ n la vie de saint Humbert , fondateur et premier abbé de Marolies *.

Cette abbaye est encore regardée comme la fille trèsrspéciale de la cathédrale, qui Ta conservée par ses évéques, nourrie et rétablie jusques à trois fois, après ses différentes destructions.

(1) [Note de l'Auteur]. Voyez celte cérémonie expliquée plus au long en notre Histoire latine.

(î) Voir livre 3«, chap. 5«.

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