‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 20 sur 116 · DE SAINT CANOALD, ÉVÊQUE DE LAON · texte numérisé non relu

DE SAINT CANOALD, ÉVÊQUE DE LAON

(histoire tirée de plusieurs autres YipS DES SAINTS ET MANUSCRITS DE CETTE ABBAYE).

|ÀiifT Canoald [ChainoM, ChagnocM ou Agnoàld) , est 'sorti des anciens comtes de Meaux , en Brie. Son père ,

.nommé A guérie (ou Agneric, ou ChagnericJ, possédoit le même comté de Meaux et avoit souvent l'honneur de manger à la table du roy Théodebert'. Il estoit homme sage et fort reçu dans les conseils du roy, car il estoit également plein de sagesse et de nobles qualitéz. Il logea chez lui saint Golomban avec une joye merveilleuse , lui promettant d'avoir soin de lui et de le présenter à la cour de Théodebert sans employer aucun autre favori. Cette promesse n'es toit faite que par le dessein qu'avoit Agueric de retenir chez lui saint Golomban le plus long-temps qu'il pourroit , afin d'instruire sa famille de sa doctrine toute céleste. L'homme de Dieu répandit sa bénédiction sur la maison , et particulièrement sur la petite Burgundofore, qui estoit encore en bas âge , la consacrant à Dieu dès ce moment.

La mère de saint Canoald s'appelloit Léodegunde ou Léodegode. L'aîné de la famille estoit saint Faron, qui fut eslevé en

(1) « Hagnencus, Tkeodeberti conviva, vir sapiens et consiliis régis gro" n tus, nobilitate ac sapientiâ vallatus erat. » (Yita sancti Columbani).

la cour du roy Théodebert , estant encore jeune. C'est pourquoi Jean dTpres , abbé de Saint-Bertin , Tappefle militem , soldat. Le même auteur dit que saint Faron se fit clerc, puis professa lar vie monastique dans Tabbaye de Rebay\ sous le gouvernement de saint Agile, son cousin, qui en estoit abbé. Quelques-uns r^rouvent que saint Faron ait professé la vie religieuse au monastère de Rebay , parce qu'il estoit déjà évéque lorsqu'il assista à la consécration de cette abbaye ; mais si Ton prend garde que saint Faron s'est fait religieux dans les commencemens de Tabbaye de Rebay et qu'ordinairement on ne consacroit les églises des monastères que fort long-temps après qu'elles estoient bâties, on ne trouvera pas le point de difficulté bien grand pour qu'on s'y doive arrêter. Le bréviaire de Laon assure que saint Faron leva des fonts du baptême le roy Clotaire, cousin du roy Théodebert et fils du roy Ghilpéric. Saint Faron est décédé évéque de Meaux , le 28 octobre de l'an de Notre- Seigneur 672*.

Hildegaire , évéque de Meaux , escrivant la vie de saint Faron , fait saint Waldebert frère de saint Faron , de saint Ganoald et de sainte Fare'. Le bréviaire de Laon assure que saint Waldebert , évéque de Meaux , estoit frère de saint Canoald. Jean d'Ypres , en sa clironique de Saint-Bertin , dit la môme chose. Notre martyrologe de Saint-Vincent , fort ancien et manuscrit , fait particulière mémoire de saint Canoald et de tous ceux qui lui appartiennent, comme saint Faron, sainte Fare et saint Waldebert*. Quelques-uns rejettent cette opinion . sçavoir, que saint Waldebert fut frère de saint Ganoald ; mais il semble qu'ils

(1) Abbaye de bénédictins fondée par saint Ouen , au diocèse de Meaux , vers le commencement du 7« siècle.

(2) (( Quinto calendas novembris, civitate Meldis , saneti Faronis, episcopi » et confessons. (Ex martyrologio ecclesi» sancli Vincentii.) »

(3) « Frottes dulcissimi sanctœ Farce , Chanoaldus et Waldebertus qui » suecessor felix istius Gundoaldi hâc in urbe claruit , ^. »

(4) « Oclavo Idus septembris , eodem die , sanctorum confessorum pari- » lerque Pontificum Chanoaldi ^ Waldeberti, quorum primus Laitdunensem , » secundtts Meldensem rexerunt ecclesias. »

se trompent , confondant saint Waldebert , évéque de Meaux , avec nn autre saint Waldebert , abbé de Luxeuil et successeur de saint Eustacbe, lequel abbé Waldebert n'avolt point de consanguinité avec saint Canoald.

La sœur de saint Canoald 8*appelloit Fare ou Bmgundofore , laquelle reçut , dans ses tendres années , la bénédiction de saint Golomban; saint Eustase réitéra cette bénédiction^ passant chez les parens de la petite sainte et fit que le père consentit à ce qu^elle accomplit ison vœu de virginité* Elle fat depuis une sainte abbesse et mère de plusieurs vierges consacrées à Dieu par tes vœux de la religion et de la vie monastique, dans le couvent qui porte aujourd*huy son nom et s*appelle Fare MoustierS distant d'une lieue de celui de Joye-en-Brie. Elle est décédée le 7 décembre de4*année 655, et le martyrologe ancien et manuscrit de Saint-Vincent fait mémoire d'elle au même Jour*.

Le père de tant de saints est honoré du titre de bienheureux en la vie de saint Faron. La mère , nommée Léodegunde ou Leudegonde, a aussi son éloge en la vie de saint Eustase où elle est nommée femme chrétienne et sage*. C'est en elle que le Sage a trouvé la femme qu'il cherchoit lorsqu'il disoit : a Qui est-ce qui aura le bonheur de trouver une femme sage ? Elle n'a pas son prix , sa valeur est excessive^. »

Ce que nous venons de dire suffiroit pour faire Téloge^de saint Canoald, car estant sorti d'une tige si sainte, que peut-on

(1) L*abbaye de Faremoutier et celle de Jouarre suivaient la règle de Saint- Benoit. « Telle fiit, disent les auteurs de la Gaule Chrétienne, la renommée de » ces pieuses retraites, que des confins de la Grande-Bretagne, les filles des grands » venaient y apprendre la sagesse et s*y astreindre aux lois de la discipline mo- » nastique. » Les deux abbayes jouissaient de nombreux privilèges et étaient exemptes de la juridiction épiscopale. €etle exemption fiit néanmoins abolie, vers la fin du 17« siècle, sur les instances et par les soins de Bossuet , évéque de Meaux.

(2) SepHmo Idus decenibris, in pago Meldicensi, sanctœ Farœ virginis. ..

(3) Christiana et sanœ mentis fœmina.

(4) Mulierem fortem quis inveniet? Procul et de ultimis finibus pretium eju8 ! (Prov. 31 .)

attendre de la sainteté d*un si noble sujet ? 11 passa ses tendres années sous la direction de ses père et mère , où il estoit encore lorsque saint Colomban, passant par Meaux pour aller trouver le roy Tbéodebert , logea chez eux. Ce Xut là sans doute et alors que saint Colomban, ayant donné sa bénédiction à toute la famille , en donna une particulière au petit saint Canoald qui reçut en même temps la gr&ce de la vocation à la vie religieuse à la* quelle (comme on doit présumer) son père roffrit volontiers. Saint Golomban se chargea de cette jeune plante , le conduisit à son monastère de Luxeuil * et le fit son religieux et son disciple en même temps. Saint Canoald jouit de la douceur de Ta doctrine de saint Colomban dans ce monastère pendant quelque temps, jusques à ce que le saint abbé, ayant encouru la disgrâce de la reine Brunehault , cette femme incita les courtisans et les évèques même de calomnier ce saint. Elle émut aussi de telle sorte le roy Thierry contre lui, qu'enfin il esta ce père aimable et vénérable de son monastère , au grand regret de tous les religieux , le condamnant à un exil déplorable. Quelques-uns de ses disciples le suivirent, entre lesquels estoit saint Eustase , en quaUté de son serviteur. Mais Tévéque de Langres , appelé Mietins , ayant trop de soin et d'affection pour Eustase , son neveu , le fit séparer d'une compagnie si chère et de la douce présence de son vénéré maître, y apportant même la violence pour cet effet'.

Ce futen cette occasion que saint Canoald, qui estoit à la suitte

(1) C*est un des premiers monastères que fonda saint Golomban. II était situé dans la Haute-Saâne , prés des Vosges y et possédait à peu de distance un prieuré dépendant de lui, le prieuré de Fontaines. Saint Colomban résidait tantôt d'un côté, tantôt d*un autre. C*est pour ces pieux asiles que le saint composa cette règle admirable qui le fit surnommer le patriarche de la vie monastique en Occident... Le monastère de Luxeuil, cheMieu de Tordre de saint Golomban, devint plus tard une abbaye célèbre de bénédictins.

(2) « Eustasius , discipulus et minister sàncti viri violenter avellitur, in- » tendenle semper eum Mietio avunculo ejus qui Lingonensis ecclesiœ pontifex » erat. (Vita sancliCoIumbani, ex Annal. Bened).

de saint Colomban , prit la place de saint Enstase et se fit le valet , serviteur et disciple du saint homme , le suivant et accompagnant partout et lui estant unique et fidèle , tandis qiîHl demeura dans le désert , en un trou de rocher , vivant avec pareille austérité que lui. La ville la plus proche de cette affreuse solitude estoit celle qui avoit nom Brachofnan, selon le bréviaire de Laon , ou Brtgantia*, selon la vie de saint Colomban.

Saint Canoald servok avec autant d'humilité saint Colomban que s'il ne fut pas sorti des comtes de Meaux , Tune des plus nobles familles du royaume , ou comme s'il n'eut pris naissance d'une tige si eslevée que pour s'humilier davantage et s'anéantir plus profondément. Cette humilité ne fut pas privée de son sa* lairè, puisqu''il fut le seul spectateur et témoin des merveilles que Dieu opéroit par saint Colomban y des respects et soumissions que les bétes et les oiseaux rendoient à ses ordres ; de quoi se souvenant par après , ayant esté eslevé à la dignité épiscopale, il avoit coutume d'en faire la matière de ses entretiens, rapportant qu'il avoit souvent vu les animaux qu'on appelle escureuils descendre de la cime des plus hauts arbres pour venir dans la main du saint homme qui les avoit appeliez pour cet effet.

Je ne passerai pas sous silence une merveille qui peut estre autant attribuée à saint Canoald qu'à saint Colomban. Pendant que les deux saints habitoient sous un petit rocher dans le milieu d'une vaste solitude , jeûnant avec une rigueur extrême et n'ayant que des pommes champêtres pour toute nourriture , un ours cherchant de quoi se rassasier, trouva ce fruit fort à propos et en mangea. L'heure de sa réfection estant venue , sai'^t Colomban envoya son serviteur saint Canoald pour apporter le même ordinaire de ces pommes pour leur repas. Mais voilà que

(1) Bregentz, en Allemagne, près du lac de Constance. Le monastère qu'y fonda saint Colomban s'appela plus tard Mererow et fut le plus ancien de TÂllemagne. Saint Colomban y vécût trois ans avec saint Gai , saint Eustase , Sigebert, etc... {Les annales de ce monastère ont été écrites par un prieur du couvent, don Ransperg , qui vivait au f8^ siècle.)

saint Canoald estant sorti, apperçoit l*ours se promenant par les buissons et mangeant les fruits. Il retourne au plus vite en donner avis à saint Colomban , lequel lui commanda d^aller où estoit Tours pour lui marquer une partie des fruits qu'il pourroit manger et lui commander de laisser le reste pour leur propre nourriture. Saint Canoald s'en retourna où estoit Tours, divisa avecune baguette les buissons qui produisoient ces fruits, en donnant une partie à Tours et lui commandant de réserver le reste pour leur propre usage. L*ours obéissant à la parole du saint , n'osa jamais toucher à la portion qui lui estoit deffendue, mais il se contenta de celle qui lui avoit esté laissée, tant que les saints hommes restèrent en ce désert.

Saint Canoald estoit présent lorsque saint Colomban prédit au roy Théodebert Tissue de la guerre entre lui et le roy Thierry, et à la même heure que la bataille fut donnée , saint Colomban assis sur le tronc d*un chêne pourri , faisant la lecture d*un livre , se sentit oppressé de sommeil et vit ce qui se passoit entre les deux roys. Estant donc éveillé , il appella saint Canoald , comme son confident, et lui déclara la sanglante et cruelle bataille des deux armées , jettant de très-profonds soupirs pour la perte de tant d'hommes et l'effusion de tant de sang humain. Alors saint Canoald pria saint Colomban de donner le suffrage de Ssies prières au roy Théodebert , afin qu'assisté du ciel , il pût vaincre le roy Thierry qui estoit un ennemi conm^an. Mais saint Colomban reprit saint Canoald de son conseil , lui remontrant que Notre- Seigneur commande, de prier pour ses ennemis, baint Canoald ne laissa pas de s'informer du fait et trouva la chose véritable et conforme à la révélation que saint Colomban en avoit eue.

Saint Colomban quittant le désert pour aller fonder Tabbaye de Bobium*, saint Canoald Ty accompagna et lui rendit tous les

(1) En Italie , près" Gènes. Ce fut en 613 que le saint abbé en jeta les fondemens. Dans le voisinage était une caverne où saint Colomban se retirait pendant le Carême et en d'autres temps de Tannée ; il ne paraissait au couvent que les dimanches et les jours de fête. Le monastère de Bobio devint très célèbre ; il suivit la règle de saint Colomban jusqu'au règne de Charlemagne , époque à laquelle il prit celle de saint Benoît.

services qu'il pou voit atteudre d* un fidèle compagnon el serviteur, jusques à la fin de sa vie qui arriva le 20 décembre de l'année 615.

Après la perte d'un si cher père , n'y ayant plus rien qui ar-> rètat saint Canoald à Bobium , il retourna en Boui^ogne , au monastère de Luxeuil , dans lequel il avoit fait sa profession. Saint Ëustase gouvernoit ce monastère en qualité d abbé , y ayant succédé à saint Golomban lorsque ce dernier enfutchassé par la malice de Brunehault. Saint Canoald ayant esté quelque temps de retour à Luxeuil , alla visiter ses père et mère et sa sœur sainte Fare , à Meaux , lesquels le menèrent prendre le divertissement à la campagne dans un village de leur seigneurerie , quV)n croit estre Gliangy, ainsi appelle du nom du père de saint Canoald. Ce village e>stoit distant de la ville de Meaux d'environ deux milles , c'est-à-dire, d'une lieue. Le père et la mère , ainsi que sainte Fare , s'y trouvèrent avec saint Caooald. La nécessité obligeant saint Eustase d'aller trouver le roy Clotaire dans une ville de France , proche de la mer Océane , passant par le même village et logeant , selon sa coutume , chez Âgueric , il y trouva saint Canoald et toute sa famille , mais particulièrement sainte Fare au lit , fort malade d'une fièvre très-ardente et d'une douleur des yeux dont elle esto jt tellement abattue qu'on désespérait de la revoir sur pieds. C'estoit une punition de Dieu de ce qiLS son père vouloit la marier contre son gré et contre la promesse qu'il avoit faite à saint Colomban de la donner au Seigneur. Saint Ëustase reprit le père de la sainte et rendit la santé à cette dernière ; mais son père la persécuta encore et la mit en sûreté , de quoi saint Eustase le reprit une seconde fois , délivra la jeune fille et lui fît donner Thabit de religion par l'évéque de Meaux Gundualdus. 11 destina un lieu sur les terres de la sainte et du père pour bâtir un monastère et députa saint Canoald avec un autre religieux de Luxeuil , nommé Walbert', pour avoir soin des nouveaux bâliniens et enseigner

(1) Frottes qui œdi/icandi curam kabeanl députât germanum puellœ Chanoaldum et Walbertum (Ex vilà sancti Eustachii).

Tobservance aux religieuses. Ce monastère subsiste encore aujourd'buy et porte le nom de Pare^Moustier, du nom de la sainte.

Quelques-uns veulent que saint Canoald ait esté le premier abbé de Saint- Vincent de Laon , mais il y a une preuve convaincante du contraire.

Il est certain que saint Canoald a servi saint Colomban jusques à sa mort , comme on Fa vu plus baut , et qu'après il quitta Bobium pour retourner à Luxeuil. Or, saint Colomban est mort après le déced de la reine Brunebault , fondatrice de cette abbaye. Saint Canoald n^a donc pas pu estre le premier abbé de céans , par ce que Brunebault , ayant établi des religieux icy avant la mort de saint Colomban, il y eut de suitte un abbé pour les gouverner. Si donc la tradition est vraie que saint Canoald ait esté abbé de Saint*Yincent\ il n'a pas pu en estre le premier, puisque ce monastère estoit bâti et babité par des moines longrtemps avant que le saint ne vint à Laon. Mais il se peut faire qu'il ait esté abbé après le premier abbé de céans , ce qui n'a aucune répugnance avec ce que j*ai lu jusqu'icy de saint Canoald. Si d'autres disent qu'il n*a pu estre abbé , parce qu^il a esté tiré immédiatement de Luxeuil pour estre évêque de Laon , nous dirons qu'il a sans doute gouverné cette abbaye comme évèc^ue et abbé , ou bien qu'estant évêque, il vivoit dans cette communauté parmi les moines , Pabbaye estant , par ses privilèges , son second siège épiscopal. ,, .

L'évèque de Laon estant décédé vers Tan 6i3 , saint Canoald fut fait évéque en sa place et gouverna son peuple , non dans la rigueur de la verge , mais dans la douceur des fleurs de toutes sortes de vertus*.

Pendant que saint Canoald gouvernoit Tévécbé de Laon , saint

(1) Une antienne du psaume Benedicite , tirée d*un vieil oifice de saint Canoald portait ces mots: Benedicltis sit universalis Dominus quem bealus nobiscum benedixH Canoaldus, C'est la tradition à laquelle fait allusion l'auteur.

(2) hte enim Chanoaldus , germanus beati Faronis , prœsul Lvgduno Clavalo floruit. (Vita sancti Faronis, Mcld. cpisc.)

Eloy fonda l*abbaye de Soliniac' vers Tannée 632 et voulut Tannexer au monastère de Luxeuil , dont il tira les religieux quUl y établit à condition que les moines de ce monastère de Soliniac garderoient toujours la règle de saint Golomban de la même manière qu'elle se gardoit dans Tabbaye de Luxeuil. Saint Canoald se trouva à la consécration de Téglise du nouveau monastère avec saint Eloy, qui n*estoit point encore évoque , Dieudonné f évéque de Mascon » Madegiselus , évéque de Tours , Maurin , évéque de Beauvais , Salapiu9 , évéque de Nantes « Loup » évéque de Limoges , Hildegaire , évéque de Sens et plu^ sieurs autres personnes de marque. Il souscrivit , en cette cérémonie , à la charte de saint Eloy en ces termes : a Chanoàldus h episcopus, rogatus ah Eligio, hanc cessionis cartulam subscripsi*, n

Le saint assista aussi au concile de Reims , en Tannée 630 , du temps du pape Honoré premier, auquel concile on fit des canons fort utiles pour la réformation de Téglise.

Enfin Ganoald, estant rempli de vertus et de sainteté acquise depuis son enfance jusques à la fin de sa vie , quitta le'monde par une mort très-précieuse pour aller jouir de Dieu , le 6 septembre de Tannée 638 % auquel jour nous célébrons sa feste en

(1) Près Umoges. Nous trouvons dans la vie de saint Eloi , par saint Onen , des détails délicieux sur la manière dont fut bâtie Tabbaye de Soliniac :

« La solitude et la retraite , dit le ^aint, ayant plus de charmes pour Eloy que » les dignitéz et plaisirs de la cour, il alla demander au roy Dagobert une terre » dans le Limosin, appellée Solognac, à dessein de s'y retirer si la Providence » ne Tengageoit ailleurs : Mon roy et mon seigneur, lui dit-il , je vous prie de » m*accorder cette terre afin que j'y puisse construire pour vous et pour moy » une échelle mystique par laquelle nous montions au royaume céleste. Le roy » la lui octroya et saint Eloy y bâtit le premier et le plus considérable de ses » monastères pour des hommes divins qu'il soumit à un abbé... Cette abbaye » estoit si bien lieu de plaisance qu'on pouvoit s'écrier, la voyant : Oh ! qu'il » fait bon dans la maison de Jacob et que les tabernacles d'Israël sont lieux » délicieux)... p Cette abbaye suivit la règle de saint Colomban et de saint Benoit.

(2) « Canoald, évéque. A la prière d'Eloi, j'ai souscrit à cette charte.

(3) 5e/on Antoine BelloUe , ou en 632 , selon le père Mabillon , en ses notes sur la vie de sainte Salaberge.

ce monastère de Saint-Vincent, dans Téglise duquel son saint corps fut enterré , selon les anciens droits de Fabbaye.

Le lieu de son tombeau se marque encore aujourd'buy ; il estoit à la seconde arcade du chœur, à costé du grand autel , vers le midy. Cette place peut estre mieux marquée par la disposition actuelle de Péglise ; c'est celle où est présentement la porte d'eutrée du chœur , du costé du midy.

Son sacré corps a demeuré en terre jusques au temps de Tabbé Hugues , lequel ayant rétabli le chœur de cette église et peutestre découvert ce précieux trésor, le fit lever de terre Tannée 1 196 , comme un mianuscrit de la Cour spirituelle le dit : a Anno » MCXCVl, corpus sanctiCanoaldi, episcopi Laudunensis , elemtum n fuit de terrd, in ecclesid sancti Vincentii*, o La magnificence de Tabbé Hugues avoit mis sans doute ce précieux dépôt dans des riches reliquaires , lesquels furent dépouillez par les Anglois , aussi bien que les autres châsses des saints de ce monastère. Depuis ce temps , Tabbé Simon , prélat de cette abbaye de Saint- Vincent , fit &ire un grand vase d'argent en forme de ciboire» avec un pied sur lequel il a fait escrire son nom et y enferma le ehef sacré de saint Canoald , comme il se voit encore aujourd'huy. Ses autres ossemens furent mis en une châsse de bois » laquelle

estant toute vermoulue , messire Philibert de Brichanteau , évêquede Laon et abbé de cette abbaye de Saint-Vincent, en fit faire une autre de semblable matière et y transféra les ossemens sacrez de saint Canoald un lundi, cinquième jour d'octobre de l'année 4643. Messieurs du chapitre de la cathédrale de Laon eurent un ossement grand et entier de la cuisse de saint Canoald qu'ils gardèrent dans leur église. Monseigneur l'évèque donna aussi des mêmes reliques à quelques autres églises.

Cette cérémonie fut faite le lendemain que les pères de la congrégation de St«Maur furent introduits en cette abbaye (1643) , la châsse ayant esté rapportée de la cathédrale où elle avoit esté

(1) « L'an 1196, fut exhumé le corps de saint Canoald, évéque de Laon, » enterré en l'église de Saint-Vincent. »

portée dix-sept ans ou dix-huit ans auparavant , pour le soulagement de la ville assiégée de peste ; car c*est Tunique refuge des Messieurs de Laon en temps d'épidémie. Ils viennent demander la châsse du saint , laquelle ayant obtenue, sous caution et signature des principaux du clergé et de la ville de la rendre saine et entière , ils la portent processionnellement avec honneur et révérence dans le milieu du chœur de la cathédrale , d*où elle ne sort pas que la maladie n'ait cessé ; on la rapporte ensuitte céans avec semblable solennité» Cette châsse est gardée au-dessus du grand autel , à costé de Tépître.

On garde aussi soigneusement les deux anneaux pastoraux de saint Canoald en cette abbaye de Saint-Vincent; ils sont d*argent doré et ont une vertu merveilleuse pour la délivrance des femmes en travail d*enfant , comme on Texpérimente encore tous les Jours. La grosseur d*un de ces anneaux fait connoltre que saînt Canoald estoit un homme dont le corps estoit grand.

On fait la feste de saint Canoald avec la solennité de première classe et de premier ordre en ce monastère , le sixième Jour de septembre. Le célébrant porte son sacré chef à la procession qui se fait au cloître avant la grande messe ; il y avoit octave de cette feste.

Les huit premières leçons de matines estoient de la vie de saint Canoald, laquelle commençoit par ces mots : Beatus Ca^ noMus. Cette vie est perdue , ce qui nous a obligé d'avoir recours aux vies d'autres saints pour eu tirer ce que nous venons de dire.

La messe estoit celle qui commence par ces mots : Siatuit iUi Dominus , etc., du commun ; Tévangile Vigilate, avec cette prose tirée d'un ancien graduel manuscrit de Saint-Yincent de Laon :

Page 1