DES SAINTS PATRONS LÉVITES QUI Y SONT HONOREZ
STTB abbaye de Saint-Yiocent ayant esté fondée par Bronehault , fut toujours desservie par des moines, excepté le peu de temps où des chanoines la desservirent , soit que ces moines y fussent auparavant que Brunehault ne les édifiât ou qu'elle les ait introduits d'ailleurs. Une seule charte de Boricon nous donne connoissance de cette vérité ; en voici le texte tiré du petit cartulaire de cette abbaye de Saint- Vincent: a In latere montis cui prœeminet civitas, in prospectu » scilicèi e}U8, est ecclesia sita, sancti Vinceniii , egregii martyris , D cultu et honore venerMlis , super quà fama ferehatwr mtiquis » iemfOfihiS insigne fuisse moncksticœ conversationis , quœ qwdem » modemo tempore omnis destitutionts succumbehat penuriœ f do^ » nec*, etc., etc.» » et quelques ligne$ après , il répète la même chose en ces termes : a Accito generdi conventu , ipsius conêiUo a deliberavi , in antiquum , ut fama erat , monasticœ conversationis
{i) « Sur Tun des bras de la montagne qui porte la ville de Laon et en vue B de la viHe môme , se trouve une église recommandable par le culte et Thon- B neuf qu'on rend au glorieux martyr saint Vincent. La tradition porte que cette « église était de longue date desservie par des moines ; néanmoins , en ces der- « niers temps, elle fut ruinée à un tel point que, etc...
B statum reformare , elproul temporis dictabal opporlunitas , quan- » tulumcumque monachorum ibidem numerwn aggregarè*, 0
Outre Tautoritc de ce texte assez exprès pour prouver que la vie monastique estoit observée dans cette abbaye dès le temps de sa fondation par la reine Brunehault , nous avons fait voir ci-dessus* que la vie monastique estoit observée à Laon dès le temps de saint Remy; sa nièce , femme de saint Génebault , en prit l'institut après que son mari fut eslevé à la dignité d*évéque. Quelques-uns favorisent cette opinion quand ils disent que saint Ganoald y a esté le premier abbé , quoique ce ne soit pas mon sentiment.
Non-seulement la vie monastique estoit observée dans cette abbaye dès son origine, mais il est encore assez probable que la rhgle de saint Benoît y estoit suivie ; car, supposé que saint Ganoald ait esté le premier abbé de Saint- Vincent de Laon , il n^est pas croyable quUl ait établi une autre règle que celle qu*il a professée sous saint Colomban, son maître, lequel faisant profession de suivre la règle de saint Benoît , y ajouta seulement €[uelques constitutions particulières ; outre que peu de temps après, sainte Salaberge professa la même règle de saint Benoît et de saint Golomban dans cette même ville de Laon. Saint Golomban lui-même estoit assez connu de la reine Brunebault qui Tbonoroit dans les commencements , quoiqu'elle le persécuta par après.
Hais , posons le cas que les moines de Saint- Vincent ayent esté d'un autre ordre dans le commencement (ce que j'ai peine à [me persuader), il est certain que les monastères qui professoient une autre règle que celle de saint Benoît ont pris cette règle dès lors qu'elle a paru ou peu de temps après ; car Louis-le-Débonnaire a fait une constitution par laquelle il a ordonné qu'il n'y
(1) « Profitant donc de la réunion d*un concile en cette abbaye de Laon, j'ai » résolu t d'après Tavis des évéques , de rétablir ici l'ancienne observance mo- » nastique , telle que la tradition porte qu'elle existait autrefois , et d'y réunir » un certain nombre de moines , selon que les malheurs des temps pouvaient me • le permettre. »
nre 2, chap. 1 , page 46.^
aaroit plus dorénavant diversité d'ordre , mais que la règle de saint Benoit seule subsisteroit par tout son royaume.
Raisonnant ainsi sur Taùtorité que je viens de produire de la charte de Vévéque Roricon , Je dis qu'il faut que la règle de saint Benoit ait esté observée céans, c'est-à-dire dans cette abbaye de Saint-Vincent de Laon , avant le ravage des Normans. En voici la raison : c'est que Tévèque Roricon dit dans cette charte qu'il a délibéré de rétablir l'institut monastique dans son ancien estât , telle que la tradition disoit qu'il estoit avant la destruction de Tabbaye*. Or, est-il que cet évéque y a établi la règle de saint Benoit ; par conséquent , elle y estoit observée avant sa destruction.
Nos premiers religieux ont toujours honoré dans cette abbaye deux autres saints lévites, sçavoir: saint Etienne et saint Laurent. De là vient que le dernier abbé régulier a fait mettre les statues des trois saints diacres martyrs au portail de Féglise; de là vient aussi que Tautel de Saint-Christophe leur estoit dédié et que leurs festes estoient icy célébrées avec plus de cérémonies qu'ailleurs. 11 y avoit procession et messe matutinalles les jours de festes de ces deux saints lévites , et leurs noms estoient compris dans la prose de l'office de Saint-Vincent*. Je trouve la même chose pour les deux saints , Jean-Baptiste et l'Evangéliste , dont on faisoit mémoire particulière dans l'ofGice canonial, les jours qu'on devoit faire commémoration des saints. Leurs statues tiennent aussi un des premiers rangs dans le portail de réglise.
(1) « Dettberavi in antiquum , ut fama erat , nwnastkœ conversaiionis » statut» reformate , »
(2) Levitarum Trinitas
Martyrum auctoritas Trinm eH edebrior.
Stephani, Laurentii, NobUis Vincentii, Verbo qui facundior