‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 22 sur 116 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

PRàs le déced de saint Cauoald , Attila ou Aitola , frère de Leudegisile, archevêque de Reims , fut élu évêqqe de tt!@S Laon (en 632 ^ selon le père Mabillon ou en 638 , selon le sieur Antoine Bellotte.)

Du temps de cet évêque ^ environ Tannée 640 , sainte Salaberge vint à Laon et bâtit la noble et célèbre abbaye de Saint- Jean en la cité\ Elle y édifia sept églises : la première , en

(1) Sainte Salaberge était née près de Toul, de parens nobles et riches. Engagée dans les liens dii mariage » elle n* éprouvait que dégoût pour la vie mondaine. Elle put enfm suivre Tattrait de la grâce et se retira dans un monastère qn*elle fit bâtir près de Langres. Mais les malheurs de la guerre ayant obligé la sainte de chercher une retraite plus tranquflle et plus sAre, elle se dirigea vers Laon , remarquable par la force dé son assiette et dont la réputation s*étendait au loin. L'évéque Attole , suivi de son clergé » alla au-devant de sainte Salaberge chantant des hymnes et des cantiques. « L'arrivée de la sainte fut

Vhonneur de la mère de Dieu , laquelle fut appellée Notre- Dame-la-Profonde , pour la distinguer de la cathédrale ; la seconde à saint Michel et à tous les saints anges; la troisième, à saint Jean-Baptiste et à tous les saints patriarches et prophètes; la quatrième , à saint Pierre et à tous les apôtres ; la cinquième , qui estoit à rentrée de Tabbaye , en Thonneur de sainte Marie-Magdeleine. Les églises de Sainte-Croix et de Saint-Apre estoient abattues dès le onzième siècle ; celle de Notre-Dame-la-Profonde est demeurée en son entier jusques en Tannée 4592, en laquelle elle a esté ruinée pour faire les fortifications de la ville. Il ne reste plus présentement en toute Tabbaye que celle de saint-Jean-Baptiste, laquelle lui donne le nom du précurseur du Christ *. Il y avoit autrefois trois cents religieuses en ce monastère et laus perennis, c'est-à-dire que roffice divin n*y cessoit jamais. L'abbaye de Saint-Yincent est plus ancienne de soixante ans que celle de saint Jean-Baptiste , ayant esté bâtie en 580.

Sainte Salaberge est décédée environ Tan 655 et fut enterrée à Saint-Jean , son abbaye. Sainte Anstrude , sa fille , lui succéda comme abbesse. .

Nous appelions cette abbaye Saint -Jean-dans-la-Cité pour la distinguer d'une autre abbaye de filles qui portoit anciennement le nom de Saint-Jean-au-Bourg. Cette dernière fut minée par les Normans et les filles religieuses saccagées. Ce qui

« signalée, dit Thistorien naïf de sa vie, par des prodiges étonnans. Le » lendemain du jour oix elle fit son entrée , des bétes féroces, des buffles, » des ours, des sangliers, des lions même et Vâne lascif s*écbappèrent de » la ville par toutes les issues. Cestoieni les démons qui fïiyoient la » présence de la sainte veuve... Sainte Salaberge bâtit son monastère dans la partie sud de la cité , sur remplacement actuel de la préfecture.

(1) L*abbaye de Saint-Jean portait autrefois le nom d*abbaye de Notre-Dame. Au 12^ siècle, des moines bénédictins ayant été substitués par Barthélémy, évéque de Laon , aux religieuses de sainte Salaberge , Tabbaye de Notre-Dame perdit jusqu^à son nom et prit celui de Saint-Jean... (Voir, plus loin, livre 8«, chap. 8«.)

rendit cette abbaye tellement déserte qu'elle fût réduite à Tadministration d'on seul prêtre jusqaes au temps d'Elinand , éyéque de Laon , lequel en fit une collégiale de douse ehanoines séculiers , ea l'année 1095. Elle subsiste encore aujourd'htiy sons ce titre et en la même disposition de douze chanoines*.

Il y avoit une autre abbaye de filles située 4tvant la porte du monastère de Saint-Vincent, laquelle estoit dédiée à saint Hilaire et avoit cette prérogative d^estre le troisième siège de i'évècbè. Gette abbaye de Saint-Hilaire , très^ancienncy a esté détruite par les Normans avec les autres. Les possessions en furent prises par les évéques de Laon qui les donnèrent en fief à des séculiers. Deux frères , dont l'un chanoine de la cathédrale , appelle Rainon et Fautre chevalier, appelle Adelelme , rendirent Tabbaye et la donnèrent gratuitement à St-Yincent , du consentement de Tévéque Roricon » environ Tannée 965. L'église servit de paroisse pour le faubourg de Saint-Yincent jusques à la venue des Anglois en France , après laquelle elle fut ruinée en 1390 , parce que n'y ayant plus de faubourg de Saint-Yincenty la paroisse n'estoit plus nécessaire; mais elle fut transportée à Semilly, qui en estoit le secours*.

L'abbaye de Saint-Yincent fleurissoit pour lors en vertus , sainteté et doctrine. On croit que saint Bodon , frère de sainte Salaberge vécut dans son sein , quoiqu'il y ait plus d'apparence qu'il ait appartenu à Tabbaye de Saint-Jean-en-la-Gité ; car Fabbaye de Saint-Jean , bien que possédée par des religieuses , avoit cependant des religieux , quoiqu'en petit nombre , qui vivoient sous l'obéissance de la sainte abbesse ; saint Bodon fut fait évêque de Tulle et y décéda. Son corps , rapporté à Laon , repose en Tabbaye de Saint-Jean-en-la-Cité.

Quelques-una attribuent aussi à cette abbaye de Saint-Yin* cent saint Gobain qui est venu d'Hibemie avec saint Boètian et saint Fursy, environ l'année 670. Mais il y a peu d'apparence ; car il est probable que saint Gobain est allé droit en la

(1) Voir livre 5«, chap. 5«.

(2) Voir livre 1», page 3.

solitude et non pas en ce monastère de Saint- Vincent , après avoir quitté saint Fursy. Je ne trouve rien de certain de cecy, sinon qu*il y a un prieuré dépendant de cette abbaye qui lui est dédié. Tons les calendriers de Saint-Vincent font en outre mention de lui , prescrivant sa teste double et Fancien cérémonial ordonne de dire le Gloria in eascdsis en cette feste, ce qui ne se fàisoit pas toujours , car cette hymne angélique ne se récitmt qu'aux grandes festes et jamais en Avent et Care8me\ Saint Gobain fut martyrisé y selon un ancien bréviaire, par des voleurs.

Saint Bauduin .archidiacre de Laon sous Tévéque Serulfus, onzième dans Tordre, vivoit environ ce temps. Il estoit fils de sainte Salaberge et frère de sainte Anstrude , vierge et abbesse de SaintJean. Il fut martyrisé au pied de la montagne de Laon% au lieu où on voit encore aujourd'huy une fontaine qui porte le nom de ce saint , vers l'année 680.

Deux ans après ce meurtre , la ville de Laon fut consumée en plus grande partie par un jeune homme » nommé Ebrobard^ ,

(1) « Ce qui obligea les religieux de Brelheuil , (dit Tauteur), d^avoir recours » au pape Innocent IV , en Tannée 1246 , pour en obtenir dispense et permission » de chanter le Gloria in excelsis et Vite, missa est aux festes de saint Cons- » tantien, abbé et patron de Tabbaye, laquelle tombe en Avent, et de TAn- » nonciation de Notre-Dame qui est solennisée en Caresme. Les deux bulles du » même pape font foy de cecy. »

(2) Saint Bauduin , fils de sainte Salaberge , ayant soutenu les intérêts des religieuses de Notre-Dame dans une querelle qu*elles eurent avec une famille puissante du pays , ses ennemis résolurent d'en tirer vengance. Us Tattirèrent par ruse au pied de la montagne , du côté d*Ardon , et Ty firent assassiner à coups de fourchas par des gens apostés à cet effet , près d'une fontaine qui garde encore son nom.

(3) Plus vulgairement Gilimer, fils de Varaton , maire du palais de Neustrie. Cet ambitieux, mécontent du traité de paix fait naguère avec TAustrasie, dépouilla son père de sa charge et attaqua les Austrasiens. Parvenu de nuit près de Laon , où Fun de ses proches parens , Gislehard , contre lequel il nourrissait une haine mortelle , s'était enfermé , il dressa des échelles le long des murs et surprit la ville. Les Neustriens, se répandant par les rues , mirent tout à feu et à sang. Néanmoins Gislehard s'échappa , et comme Gilimer allait le faire

qui s^estoit emparé de la ville pendant la nuit , à dessein d'y tuer son cousin, nommé Gislehard. Il prit aussi les clefs de l'abbaye de Saint-Jean pour s'en rendre le maître , mais cette témérité fût suivie d*une mort subite. Sainte Anstrude fit néanmoins enterrer son corps en son abbaye par charité.

chercher dans l'abbaye de Notre-Dame où les ennemis des religieuses lui avaient dit fiiussement qu*il s*était renfermé, la vengeance divine le frappa , dit Thistorien de sainte Anstrude , et la généreuse abbesse eut la charité de lui faire donner la sépulture.

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