ASSISTE A CETTE MERVEILLE
;9 'abbayb de Saint-Vincent s*appeiloit par excellence l'abbaye de Laon , comme le remarque fort bien Jean de Guise en son Miroir historial. Cette qualité lui estoit donnée tant à cause de la sainteté et de l'observance régulière qui 8*y pratiquoient ponctuellement , qu*à cause de la saine doctrine qui s'y enseignoit pour les mœurs et les études des sciences y en sorte qu'on y apprenoit également la sainteté , la dévotion et les lettres.
Le cloître y partagé en quatre parties , servoit de lieu et de salles pour ces exercices. Les enfans en occupoient un costé avec leur maître qui leur enseignoit à lire et à escrire et leur faisoit apprendre par cœur les psaumes , les antiennes , le cbant et autres choses appartenant à Texercice des moines ,
sans omettre Tétude et Texereice de la sainte règle qui leur estoit très-spécialement enseignée.
On 4H>ndnisoit chacun dans Texercice de ces sciences par degré, comme on peut voir par iç traité fait entre Fabbaye de Sauve-Miyenr, de Saint-Jean-d'Angely et de Saint-Vincent , dont voici les termes : .a Qui sacerdos non est , tria psaUeria , 9 quiadpsaltmum nondùm pervenit, usqtie ad triginta die$ septem » psalmos qHOtidiè cantàbit , qui atUem nescit, septies quotidiè » Miserere ; qui verà neo Miserere , septies similiter Pater x> Naster\ » Par ce texte , on volt Tordre que nos anciens pères tenoient pour enseigner les enfans auxquels on apprenoit premièrement Toraison dominicale , puis le Miserere , eusuitte les sept psaumes de la péniteuce, puis le psautier et ainsi des sciences.
Cette indulgence à enseigner la jeunesse aux sciences et en la vertu attirait beaucoup de personnes de toute condition en ce monastère. Les ecclésiastiques séculiers même y estoient mis pour y apprendre leur devoir avec les sciences de philosophie, théologie et autres nécessaires à un bon ecclésiastique*.
Saint Humbert, fondateur de Tabbaye de HaroUes , en Flandre, en est un exemple. Sa vie en fait foy, au second siècle des actes de Tordre de saint Benoît , dont voici un précis :
Saint Humbert prit naissaiice au château du Hamel , proche du village de Mézières-sur-Oise, en ce diocèse de Laon. Son
(1) « Celui qui n*est pas prêtre , dira trois psautiers ; celui qui n^est pas » arrivé au psautier, dira les sept psaumes , trente jours durant ; celui qui ne 9 sait pas les sept psaumes, dira tous les jours le Miserere, et celui qui ne » sait pas le Miserere dira sept fois le Noire-Père. »
(2) G*est ici le commencement de cette fameuse école qui brilla d*un éclat si resplendissant au 12« siècle. Emule de celle de Laon, elle vit sortir de son sein les Herman , les Jean de Guise et une foule d*autres écrivains. Nul n'était savant s'il ne Tavait fréquente ; elle formait à la sainteté en même temps qu'à la science. Sous Tabbé Adalbéron (1080), elle prit de grands développements; pour elle fut créée alors cette magnifique bibliothèque , Tune des plus riches de l'Europe, où l'on comptait, 300 ans après, plus de onze mille volumes.
père se nommoit Evrard , qualifié du titre de bienheunux , le nom de sa mère estoit Popite ; ils tiroîent leur origine des grandes noblesses de France. Connoissant que leur enfant saint Humbert estoit visité de Dieu , ils le menèrent à Laon » le mirent dans la clérieature , et Tayant enfermé dans ce monastère de Saint- Vincent pour y estre instruit aux bonnes mœurs et dans les sciences et sacrez décrets de Tégltse , ils prirent congé de lui , Je laissant dans les mains et en la disposition des pères de ce monastère qui eurent soin de lui , jusques à ce qu'il fut promu au sacerdoce. Saint Amand* ayant fait connoissance avec lui. le mena à Rome , d*où ayant rapporté plusieurs saintes et sacrées reliques, St-Humbert fonda un monastère qui s'appelle if aroUes *, pour les y mettre en dépôt et leur y rendre Fhonneur qui leur est dû ; duquel monastère il fut le premier abbé, et il y est décédé Tan de Notre -Seigneur 680. Cette abbaye de Harolles a la Sainte et Immaculée Mère de Dieu, avec les bienheureux saint Pierre et saint Paul pour patrons.
(1) Evoque de Maëstricht.
(2) Entre La Capelle et Landrecies; c'était un couvent de bénédictins. Saint Humbert le dota de la plus grande partie des biens qu'il possédait à Mézières et aux environs; les aiunônes de quelques seigneurs contribuèrent à son achôik^nent. On sait Thistoire du cerf poiursuivi par des chasseurs et se réfugiant , comme en sûr asile , sous le manteau du pieux fondateur. Le seipeur, dont les chiens poursuivaient Tanimal , se convertit à la vue de cet événement et offrit au saint tout son patrimoine pour Térection du monastère ; mais le saint jefusa , craignant plus , dit son historien , V abondance que la pauvreté ; il accepta néanmoins de ce seigneur la donation d^une ferme. Pour conserver la mémoire de cet événement, Fabbaye portait , en armoiries, un cerf caché sous un manteau et poursuivi par un chien... Ces armes se voyaient encore , il y a peu d^années , sur la porte principale d'une des fermes de Mézières.
Avant la révolution française, les fermiers de Saint-Humbert, au même viUage , rendaient annuellement à Tabbaye de MaroUes trois voitures de blé , dont une leur était laissée pour être convertie en aumônes. Les mêmes fermiers s^honoraient aussi de porter la châsse du* saint quand le clergé allait la chercher processionnellement de Téglise de Mézières au Hamel, lieu de la naissance de saint Humbert... Témoignage de foi antique, malheureusement perdu aujourd'hui !
Environ ce même temps » plusieurs autres saints vivoient dans ce territoire de Laon , entre lesquels estoit saint Ëloquin , compagnon de saint Fursy, dont le comte Bercbaire, qui gouvernoit la ville , voulut avoir le corps , sainte Anstrude , sainte Ebane\ saint Bodon*, saint Seroul ou Sendfus, évéque de Laon et deux chanoines de la cathédrale , sçavoir : saint Baudoin y archidiacre , et saint Erme , qui fut depuis abbé de la Lobbes', à laquelle il donna ce quil avoit de bien en ces pais et dans le village qui garde encore son nom.
Ce fut aussi en ce temps que fut donnée la grande bataille , près Laon*, entre Ebroîn , maire du palais, et Pépin. Le duc Martin se réfugia dans cette ville, ce qui obligea le roi Thierry d^y entrer en armes.
Saint Rigobert est décédé , environ Tan 700 , dans son palais de Gemicourt*, au diocèse de Laon, Il estoit comte de^Ribe^ mont et archevêque de Reims.
Pendant que ces saints alloient jouir de la paix et du repos étemel, la France estoit extraordinairementl)ouleversée, environ Fan 727 *. Charles-Martel estant décédé après avoir partagé ses états entre Pépin et Carloman , Griphon , qui estoit Talné, se voyant déshérité \ surprit la ville de Laon par le conseil de sa mère Sonnichilde et s*en empara ; puis levant une armée nombreuse composée de tous les mécontens de France , il s*y fortifia le mieux qu'il pût. Mais Pépin et Carloman le pressèrent si vivement qu*Us le forcèrent de se rendre à discrétion , et l'ayant pris , ils remmenèrent prisonnier à NeufchÂtel ,
(1) Ou sainte Ebhe. Nous n*avoas trouvé ce nom dans aucun catalogue.
(2) Frère de sainte Salaberge.
(3) Célèbre abbaye de bénédictins au diocèse de Liège.
(4) A Lafiaux (LucoFago), entre Soissons et Laon. Ebroîn et Thierry UI défirent 1* armée de Pépin et du duc Martin. Le prunier se réfugia en Âustrasie , le second s*enferma dans Laon , d'où on le fit sortir par ruse ; il fut ensuite assassiné.
(5) Canton de Neufchâtel.
(6) Ou plutôt, Fan 741.
(7) Griphon n'était que fils naturel de Charles-Martel.
proche des Ardennes , où il fut tenu pendant Tespace de quatre années , jusques à ce que Garloman se fit religieux. Il ne faut pas douter que cette abbaye de Saint- Vincent n'ait beaucoup souffert pendant ces guerres , mais sans perdre son premier lustre qui persévéra jusques au temps des Normans.
Jusques icy, je n*ai pu trouver le nom d'aucun abbé de Saint- Vincent, si ce n*est saint Canoald. Jean de Guise, en sou histoire , nous a conservé le nom d'un seul , appelle Pierre , qui vivoit du temps de Fempereur Charlemagne , environ Tan 800. Cet empereur, ayant apporté , selon sa dévotion ordinaire , le Saint-Suaire de Notre-Seigneur en France , à Compiègne , avoit à sa suitte plusieurs évëques et abbéz , sçavoir : Léon III , pape , Turpin , archevêque de Reims , Juste , archevêque de Lyon, Jean , archevêque de Gantorbéry , Benauldus , archevêque de Tours , Flerrez , archevêque de Milan , Hors , deRavenne, Naambert, de Sens, Gobert, de Bourges, Ernaldus , de Rouen , et plusieurs autres ; plus , Joffroy, évèque de Noyon , Rpdulphe , évéque de Cambray , Gobert, de Troyes en Champagne , Richard , d'Amiens , Eusèbe , de Boulogne , Robert , de Soissons , Didier, de Langres , Rigomer, de H eaux , etLupicin, de Valence; ces deux derniers mettant le Saint- Suairç sur un mort, il fut ressuscité. Plusieurs abbéz estoient aussi à la suitte de ce grand monarque et gardoient le Saint - Suaire. Jean de Guise nomme ceux-cy : Pierre, abbé de Saint- Vincent, Serges, d'Anvers , un autre Serges, de Saint-Remy de Reims, Jean , de Chàlons , Pierre , de Nivelle , Aubert , de Saint-Quentin-en-risle , et plusieurs autres , lesquels gardèrent le Saint-Suaire jour et nuit pendant un mois par ordre de Charlemagne. Cest de cet abbé Pierre ou de son prédécesseur que Flodoard dit ces mots : a Alii juictom $apiente8 et Deum 0 timerUes hahebantur abbales per omnem Galliam à Carolo magho » ddegati , qui diligentiùs inquirerent quaUter ahhales et abbatissœ » agerent*. »
(1) « Charlemagne avait députe par tout le royaume des abbés sages et crai- » gnant Dieu , lesquels devaient examiner avec soin la conduite des autres abbés » etabbesses. »
CBAPITRE VZ.