DU TEMPS DE L'ÉVÉQUE RORICON ET DE L'ABBÉ
MELCHALAN, DESQUELS NOUS
METTONS LES DÉCEDS.
fgHOnSI LUSiBuas personnes de marque donnèrent en ce même ilTIi temps de grandes anmosnes à cette abbaye , à Timita- SiiHifS tion de Tévèque Roricon. Je remarq*'e particulièrement un Amoult , comte de Flandre , lequel ne prend néanmoins dans l'acte que la qualité de marquis ; il donna plusieurs terres et esclaves qui lui appartenoient , par droit d'héritage , dans un village du territoire de Laon , nommé Beautor, sur la rivière d'Oise. Son fils et héritier, Bauduin , qui lui succéda au comté de Flandre , consentit à cette aumosne en Tan 959 , estant pour lors en la ville de Laon. Son intention cstoit , en
faisant cette donation , que les moines établis en ce monastère se souvinssent de lui , de sa femme , de son fils Bauduin (so^ Mis meœj et de toute sa généalogie passée et à venir, dans leurs prières , psaumes , hymnes et cantiques spirituels.
Le même évêque Roricon , considérant la pauvreté extrême de cette abbaye où les moines n'avoient pas de quoi subsister, tàchoit de leur procurer des aumosnes de tous costéz , sans omettre ce qu'il pouvoît faire de son propre bien. Il retira certaines possessions adjacentes à ce monastère d'un certain fief de révéché que possédoit un nommé Héribert , par héritage d*un autre Héribert, son oncle , archidiacre de Laon. Il donna ces possessions à cette abbaye pour suppléer aux nécessitez des religieux en la bienséance desquels elles estoient , estant situées entre le pied de la montagne et la petite rivière nommée Ardon. Elles consistoient en une maison et ses dépendances , nn moulin , des champs ou terres labourables auprès du même moulin , deux préz et plusieurs autres choses que le même Héribert possédoit en cet endroit. Il les donna à conditî<m que les moines de cette abbaye prieroient la divine miséricorde , tant pour le salut de Tévêque que du père et des frères du même Héribert , lequel avoit relâché ces possessions à la prière de Roricon , en 961.
Mais, quoique Tévêque de Laon eût donné les premiers biens de ce monastère et qu'il eût procuré, par ses amis, Taugmentation de ses possessions , Tabbé Melchalan voyant par expérience que toutes ces choses n'estoient pas suffisantes pour Fentretien de douze religieux , des bâtiments et de TofSce divin ; craignant en outre la diminution future de ce nombre de moines ou bien redoutant que Tabbaye ne retombât dans la désolation, faute d'avoir de quoi subvenir à Tentretien de ses religieux , en découvrit sa pensée à Tévèque , lequel , comme un père prudent et sage, ne voulutriendémembrer de la manse épiscopale , pour ne point donner lieu de plainte à ses successeurs. Voici cependant ce qu'il fit. Depuis quelques années, le prêtre à qui l'église de Saint-Médard de Chevregny avoit esté commise , estoit décédé , et cette église estoit retournée à la
disposition de Tévéque lequel la donna avec les trois chapelles de Monampleuil, Auleuil et Urcel qui en dép^doient, afin qu'elle servit à l'augmentation des religieux , aux réparations des b&timens et à romement de Téglise ; les moines dévoient s*en adonner davantage à la contemplation, n'ayant point besoin de s'occupa à Textérieur des choses nécessaires à leur subsistance. L*archevéque de Reims Adalbéron confirma cette dcnuition en l'année 973.
D'ailleurs » Tabbé Velchalan ayant eu connoissance que les évèques de Laon s'estoient approprié les possessions delà première fondation de cette abbaye , lesquelles ils avoient données m béoéflce à la noblesse dépendante de Févéché , tàchoit , par ses instantes prières, de porter Févèque Roricon à les faire restituer. Mais celui-ci fit réponse que cela ne dépendoit point de lui , la noblesse qui les possédoit n'y voulant entendre en aucune façon , sinon que Tévéque lui donnât autre diose en récompense , ce qu'il n'estoit pas en estât de faire. Eh cette considération cependant , il ne laissoit échapper aucune occa-* sion de procurer et d'accorder du bien à cette abbaye.
L'obeervance ponctuelle et de fort bonne odeur y attiroit touales jours de nobles si^ets , lesquels disant adieu étoraei au siècle, venoient en ce clottre s'ensevelir tout vivants j entre lesquels un chanoine de la cathédrale de Laon , noUe de sa naissance «appelle Rainon , est à remarquer. Quittant le monde et son canonicat , il vint se faire pauvre moine en cette modeste abbaye. Or, il avoit un frère nommé Adelelme avec lequel il possédoit les terres et revenus de l'abbaye de Saint- Hikairo, proche cette abbaye de Saint-Vincent. Le chanoine donna sa moitié et supplia l'évêque Roricon de le permettre ; ce qu'il fit du consentement des chanoines de la cathédrale , d'autant plus volontiers qu'il voyoit que Tabbé Helchalan tÂchoit de retirer les possessions aliénées de St-Vincent , comme les autres abbayes du royaume faisoient tous lesjours. L'évêque y ajouta l'église et l'autel de la même église de Saint-Hiiaire, lesquels il donna à Saint^Vincent.
Quelques autres personnes également nobles , généreuses et
riehes , poussées d'une sainte émulation . faisoient aussi de grandes aumosnes à cette abbaye ; entre lesquelles un comte deCliamouilley nommé Gauthier, qui signala toute sa charité. Voyant qu'une maison de sa dépendance de Cbamouille , ainsi que des terres appendantes , estoit en la biensilance des moines de Saint-Vincent , puisqu'elle se trou voit près d'une métairie qu'ils avoient à Neufville, il les donna libéralement à ce monastère , sous la seule espérance de participer aux prières de la communauté , lui , sa femme , son fils et tous ses prédécesseurs et successeurs.
Ce bienfait est le dernier qui nous vint de Tévéque Roricon; il décéda trois ans après , c'est-à-dire l'année 976 , le 20 décembre • veille de la feste de Saint-Thomas , apôtre. Selon Flodoard , en sa chronique , la maladie dont il est mort estoit une paralysie qui le tint long-temps en langueur, et tout affligé qu'il estoit , il rendoit grâces à Dieu de ses souffîrances et de ses peines , selon le devoir d*un véritable chrétien et d'un bon évèque. Sa piété n'est pas seulement remarquable en ce que je viens de rai^orter, sous le témoignage de Fiodard, mais ^oore cette abbaye publie et publiera, tant qu'elle subsistera, ses louanges. Car si eue doit sa fondation à saint Remy et à Brunehault, reine de France , elle doit sa conservation à ce digne prélat de l'église de Laon , lequel en estoit d'autant plus digne que son humilité lui faisoit prendre la qualité d'indigruf évéque, eu toutes ses lettres et patentes. De quoi les chartes qui vrous restent de lui sont des témoignages très-certains de vérité. Sa science et sa capacité dans les lettres . sa doctrine , nous sont connues par le témoignage du moine Asson '. dans son traité de Tantéchrist qu'il a composé à la prière de la reine Gerberge.
Son corps est enterré au milieu de l'ancien chœur, en la croisée de l'église de Saint-Vincent, sous une tombe d'ardoise ou pierre noire qui ne porte pour épitaphe que ces deux mots en gros caractères : Rorico , episcopus *. Ils commencent à
(\) A880 Monachus , Tractatus de Antichnslo. (^) « Roricon, évoque.
s'efiEacer. Les calendriers et spécialement Fobitaaire de cette abbaye de St-ViDœnt de Laon font mémoire de cet évèqne , non point en la veille de Saint-Thomas , qui est le 43 des calendes de janvier, mais à Tantiveille , qui est le 44 des mêmes calendes. En quoi on voit, ce semble, de la contradiction entre les manuscrits de cette abbaye et la chronique de Flodoard. Mais pour résoudre cette difûculté , il faut sçavoir que lor»qu'une feste ou un obit tomboit en un jour empêché , on ne le transféroit pas , mais on Tanticipoit. Exemple de ceey : La feste de sainte Anne tombe le 26 juillet par toute relise , mais parce que ce jour, 26 juillet, estoit empêché par la solennité de saint Jacques, apôtre , transférée en ce jour, par suitie de la solennité de saint Christophe , titulaire de cette abbaye, laquelle occupe la place du 25* jour, la feste de sainte Anne estoit anticipée au 20 du mois de juillet , quoiqu'elle fut d*éga1e solennité* avec celle de saint Jacques. Cette coutume d'anticiper les feites se voit clairement consignée dans le coutumier de ce monastère , page 29. C^est donc pour cette raison que notre olHtuaire marque Tobit de Roricon , évéque de Laon , au 49* jour de décembre , quoiqu'il soit mort le 20. Cecy se rencontrera en plusieurs autres monastères , spécialement en celui de Bretheufl , où j'ai remarqué une anticipation semblable.
L'obituaire de cette abbaye de Saint- Vincent fait mémoire de la,restauration de cette abbaye par Tévéque Roricon en ces termes : Xllh ealmdas Januarii , obiit Borico Ejdscopus Laudth nmsiB , jftft kuio camobio akeram regulam instituit et muUas res cum terris et aUaribus dédit» Et fit altà voce '. Il appelle une autre règle le changement des chanoines en moines de l'ordre de Saint-Benoît , comme je l'ai dit plus haut. Roricon assista à un concile de Meaux où il résista en face à Hugues, intrus en Farchevéché de Reims ' .
(i) « Le i a* jour des calendes de janvier, décès de Roricon, évéque de » Liaon, qui donna une autre règle à ce monastère et le dota de plusieurs > possessions, terres et églises. Son anniversaire se fait à haute voix. »
(2) Flodoard , Rem. Chronic.
Melchakin , premier abbé de ce monastère de Saiot- Vincent depuis que la règle de Saint-Benoît y fut rétablie par Roricon , évéque de Laon , ne survécut guère au réparateur dé cette abbaye ; peut-estre même décéda-t-il de ce monde avant lui. Je ne puis rien assurer de cecy , sinon qu'il vivoit encore en i*année 973 ; ce qui se justifie par les cartulaires de cette abbaye qui font mention de lui en 973 , comme estant encore vivant et qui parlent de son successeur Berland en Tannée 977. Melcbalan décéda le ^ Janvier, jour dédié à la mémoire et vénération de saint Vincent , patron de cette abbaye , duquel il a obtenu « ce semble , cette grâce , afin de recevoir de son bienbeureux patron la récompense des services qu'il lui avoit rendus dans le rétablissement de cette abbaye et de la discipline régulière en ce monastère.
Le corps de Tabbé Melcbalan est enterré au baût bout de Fancien chœur, dans le milieu de la croisée , proche la muraille qui fait présentement la séparation de l'ancien choBur détruit d'avec le moderne. Sa tombe s'y remarque encore aujourd'huy ; elle est de pierre noire ou d'ardoise , marquée de ces deux mots : Melccdannus abbas \ Cette escriture se lit encore fort bien.
Une charte de i'évéque Adalbéron, donnée la 24* année du roy Lothaire , laquelle revient à Tannée de Notre-Seigneur 978, témoigne que l'abbé Berland avoit esté mis et constitué abbé de Saint-Vincent par Tévèque Roricon ; par conséquent, il^st probable que Tabbé Melcbalan estoit déjà décédé avant le même évéque Roricon. C'est aussi la raison qui me fait croire que Melcbalan est décédé ^environ Tannée 974* ou 975,
La chronique de Mouson', imprimée au septième tome des Spicilégiens, traite d'un acte fait dans un synode de l'archevêque de Reims , en Tan 973 , auquel Berland a signé comme abbé de St- Vincent de Laon , entre les évêques, autres abbéz et archidiacres de la province . Adalbéron a signé aussi au même acte de ce concile provincial.
(1) « Melcalan, abbé. »
(2) Célèbre abbaye de bénédictins au diocèse de Reims.
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