L'ANNÉE
w|»«.»»!t ES Messieurs de Laon élurent eu la place de Tévéque !Q|o ^^^^^ ^^ successeur de naissance et démérite. Il estoit l|e.eo^ frère naturel du roy Louis-d*Outremer et eslevé à Tordre du diaconat ; il s'appeiloit Roricon. Il est vray qu'il n'y eût que ceux qui favorisoient le parti du roy Louis qui firent ce choix et que les autres refusèrent l'entrée de la \ille pour quelque temps au nouvel évêque , lequel usant de son droit, quitta son entreprise d'aller à Laon et alla prendre possession de son évôché à Plerrepont , dont l'église avoit este eslevée à la dignité de cathédrale par l'évoque Didon , comme j'ai dit cidessus \
Les refusants voyant la conséquence de cecy pour leur ville, ne tardèrent guère à reconnoitre leur faute et à faire retourner leur évéque en sa cathédrale de Laon , car Roricon ayant esté sacré par l'archevêque Artaud , son métropolitain , il n'y avoit pas lieu de le refuser. Outre que Tarchevéque Artaud , après
(1) Livre i , page 99.
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avoir pris le château de Montaiga avec son armée dont il es • toH lui-même le capitaine , prit aussi la ville de Laon pour Louis d^Outremer.
Le bon évéque , voyant son diocèse afQigé par une longue suitte de malheurs et de guerres dont le roy, son frère , ressentoit très-vivement ]m effets ^ voyant surtout l'infidélité d*un nommé Tetbaldus% lequel ayant suivi le parti de Hogues-le- Grand , avoit tenu la ville de Laon et le château de Bfontaigu pour le même duc , contre son roy , ne trouvant point d'autre moyen de punir un pareil attentat , fit assembler un concile en ce monastère de Saint-Vincent , en cette même année 948 • par Tautorité de Tarcbevêque Artaud qui y estoit présent. Les pères de 'ce concile excommunièrent Tetbaldus et citèrent le prince Hugues-le-Grand d'y venir, lui envoyant pour cet effet des lettres de la part de Marin , légat du Saint-Siège apostolique et Vj appeliant en leur nom , pour y reconnoitre et corriger les maux qu'il avoit faits au royaume et aux évèques.
Ce fut en cette assemblée de prélats que Roricon , évêque de Laon , prit résolution de rétablir les moines en cette abbaye f considérant qu'elle estoit réduite dans un état déplorable par le malheur des guerres et presque semblable à celui auquel elle estoit avant qu'elle fut rétablie par l'évêque Adelelme. Les douze chanoines que ce prélat y àvoit mis airoient esté dissipez quelque temps après sa mort et le lieu lui-même estoit tombé dans un pitoyable état par les injares du temps. Le bon évêque ajoutoif à cette considération que cette abbaye estoit la plua noble église de son diocèse après sa cathédrale , puisqu'il la tenoit comme son second siège épiscopal et la sépulture de toutes les personnes de la ville de Laon ; outre que sa piété cherchant quelque occasion de rendre service à Notre- Seigneur pour l'expiation de ses fautes^ il n'en trouvoit ni de plus noble ni de plus pressante que le rétablissement de ce monastère. Il communiqua son dessein aux prélats assemblez au
(1) Thibaut , comte de Blois.
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concile, il fut loué, approuvé et exhorté. La résolution estant prise pour le rétablissement de cette abbaye, il ne restoitplas qu'à déterminer quel ordre y seroît mis. Les chanoines y ayoient déjà esté par deux fois sans pouvoir y subsister , et la tradition disoit que les religieux avoient possédé cette ain* baye les premiers. C'est ce qui le fit résaudre de remettre cette maison en son premier estât , comme elle subsistoit avant les incursions des payens et des Normans, y rétablissant la règle de Saint-Benoit qui s'y conserve encore aujourd'huy, selon que la charte d'Albert , comte et abbé de Téglise de Saint-Quentin , laquelle avoit esté sécularisée en même temps que la nôtre , le prouve*.
Il fit donc venir douze religieux de Tabbaye de Fleury ou Saint-Benoît-sur-Loire, et leur donna pour abbé un vénérable personnage , appelle Melchalan *• Il les établit en ce monastère de Saint-Vincent , y approuvant la dignité de second^siège de l'évêché et de sépulture de toutes les personnes de la ville , comme elle avoit esté anciennement donnée par les évéques , ses prédécesseurs. Il les confirma dans tous ces droits, ajouta à Tabbaye le détroit de la montagne, selon la résolution qu'il en avoit'prisedans le concile de Saint-Vincent dont je viens de parler» Ce détroit est d'une grande estendue comprenant les territoires de Semilly et Leuilly. Il excommunia tous ceux qui auroient la présomption d'aller contre cette donation , you-' lant qu'ils fussent privez de la participation du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il les destina pour avoir part aux peines étemelles avec le diable et ses anges, s'ils n^en
(1) « Ego Albertus, ahbas sancti QuirUini et Gerberga, iixor mea, coip- » eenm filiorum fideliumque nostrorum, canonicorum videUcét ac UOco- » rum, ex terra àbbatiœ martyris jàm prœlibati unttm mansum, situm » infi'à patestatem villœ , adjaceniem prcRdio Noviant nuncupato , frairibus » famtdatum impendeniibus , Vincentio teste, sub normâ sancti Benedicti , » doctoris eximii... habendum, S;... (Exparvo cartulario Sancti-Vincentii.) »
^2) Joannes à Guisiâ, hisforia latina manuscripta...
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faisoient pénitence et ne se corrlgeoient de cette faute , selon qa*ii est dit dans la eharte qui en fut donnée ^
Pour rendre rétablissement des moines nouveaux plus stable et plus assuré dans cette abbaye , i'évéque Roricon le fit approuver par un concile d'évéques tenu au Mont-Ste-Harie , au mois de mai de Tannée 96i. L'arcbevéque Adalbéron , comme primat et métropolitain , y signa la charte de son nom. Les livres des conciles omettent oelui-cy, lequel probablement
(1) Voici cette charte qne nous publions en entier d*aprés Luc d*Âchery: « Auxiiiante supemœ propiHaiionia demerUiâ , Ego Rcnico , etsi indi- » gnus $fmciœ Laudunenm Ecclesim pnuulatutn indeptua, connderans » uUimœ evocationis aortem , ut cœteris , tnihi quandàque imminere , pec- » catorum quoque meorum quàm magno depnssus gravamine , cœpi apud » me tacitâ deliberatione tractare quiddam huic sedi, cui, autore Dto,prœ^ » sideo, profiUurum, meis vero, tU opinor, consulendis criminibus per- » necessarium. Siquidem in latere montis , cui praseminet civiias , in » prospectu ^cilicèt ejus, estecclesia sita sancH Vincentii egregiimartyris » eultu et honore venerabilis , sttper quâ fama ferebatur antiquiê iempo^
» riims inùfpie fuisse monastieœ conversationis , qwz quidem modemo » tempore omni destUiUionis succumbebat penuriœ , donec prasdeeessor » noster Adelelmus undequaquè sumptibus , duodecim canonicorum in ed » asiiduum constituit servUutis convenium , ordine ptvendi religiosum, » Quo ità defimcio, cresceniibus diversarum cladium malis, pené ad pris - » Uttum relapsa est desolationis detrimentum. Quod Ego non œquanimis » ferens , maxime quia non taniùm hujus sedis episcoperum , sed etiân. » casunicorum, dericorum, Nobilium, necnon Uueorum habebatur se- » pulturçt , aecito generali conventu , ipsius consilio deliberavi in anti- » quum, ut fama erat , monastieœ conversationis siatum reformate et » praut temporis dictabat opportunitas , quantulumcumque monachorum » ibidem numerum aggr égare.
« Evocatis igiturè monasterio sancti Benedicti suprà Ligerimsito duode- » dm monaehis, venerabilem eis Melchalanum prœfeci abbatem eumque » cum supradictis monachis in eodem cœnobio ad deserviendum constitui , » quibus inter cœteixi bénéficia à me sibi collata, secundœ sedis episco- » patûs dignitat^m ab antecessoribus nosiris antiquitùs eidem ecclesUz con- » cessam approbans confirmavi ; septdturam quoque episcoporum , canoni- » corum casalorum, custodum matris ecclesiœ , capelUmorum ae servien- » tifim et familiarum eorum. Concessi etiam procinctum et districtum
n'estoit qo'un concile provincial , ce qqi est sufQsamnient marqué par les mots ; Résidente Domno Adalberonej tirez de la charte » lesquels font voir que le métropolitain n'y estoit qu'avec ses suffragants.
Cette confirmation faite par un concile , satisfit pour le ^irituel , mais non pas pour le temporel; c'est pourquoi le bon évéque Boricoâ n'eut pas moins de soin d'obtenir la confismation du roy Lotbaire , son neveu , fils de Louis-d'Outremer, et afin d'afiermir davantage l'établissement des moines dans cette abbaye , il fit renouveUer les mêmes patentes du roy
morUis et vallis , quœ ut sine aliquâ caltunniâ ieneant , sicut dedi , iid con»Uio et asseumprcedieti eonventûs determinavi , id est , à primo latere , à lœo ûbi terra Sancti Vincentn et sanctœ Genovefœ sese dividuni usque ad loeum ubi iierum dividitur eadem terra Sancti Vincentii à Claeiaco ; m o/to latere, à Claeiaco usque Morenam rivulum; tertio latere, ab ipso rivulo usque ad sylvam quœ dicitur Pulvins; quarto latere, abîpsâ sylvâ usque ad eitum montis undiquè , ubi monastenum constructum est. Hase omnia et qwBcumque aut in prœterito data sunt , aut in fiituro donabuntur , sub ehartœ testamento et nostrœ auctoritatis privilégia coneedimus, ut nemo succedentium prcesulum , nemo elericorum , kûtcorum nuUus, in mdlo irrita facere, obviare seu diminuere vel catumniare abstrahereve prassumai. Si quis verà in postmodum, quod fieri non eredo, eonirà hanc donationis chartam venire voluerit et eam infringere quodam modo tentaverit , à corpore et sanguine Domini nostri Jesu-Christi et à liminibus sanctœ Dei ecclesiœ, necnon et ab omni cœtu fideltutn ekristianorum sU sequestratus et cum diabolo et angelis ejus infemalibus pœnis ût perpetualiter deputaius, si se recognoscens emendare noluerit. Ut autem hcee auctoritas firmiore valeat vigore, tàmproprio sigUlo quàm etiam elericorum nostrorum et nobilium Mcorum testimonio subterro^ borare censmmus.
» Signum Roriconis , indigni Laudunensis prcamUs. » Staiuimus ergà eam mittere venerandœ Synodo quœ habita est apud
» montem sanctœ Mariœ in pago Cardanensi , mense maïo , ubi recikUum
» est hoc , résidente domno Adalberone archiepiscopo , cum coëpiscopis
» atque omni assensu ab eis corroboratum. » EgoAdaWero, sanctœ Remensis ecclesiœ archiepiscopus , subscripsiet
» corroboravi.
» Actum Lauduni, anno Incamationis D. N. J. C DCCCC L.Xl, In-
M dictions IV Kalendis octobris, septimo Lotharii régis. »
Lhotaire en l'année 975*. Par ces patentes, il parott qu'une des principales intentions de Roricon , dans rétablissement des moines à St-Vincent , estoit la confiance qu*ii avoit que Dieu le prendroit en sa protection avec les siens et la ville entière par les mérites de ces religieux.
Les anciennes armoiries de ce monastère prouvent , sans mot dire , la fondation et restauration royale de cette abimye , tant de la reine Brunehault que de Tévèque Roricon , fils du roy Charles-le-Simple et oncle de Lothaire , duquel il a obtenu la patente confirmative du rétablissement de ^e monastère.
(1) Privilège de Lothaire tiré du petit cartulaire de Saint- Vincent.
» M nomine Mnetœ et indimdttœ TriniiaHs, Lotlutrius, divinà propi^ » timiie clementiâ, Frohcorum rex. FidUium nostrorum ratis petitionibus » mtuimèque in rebu» ad Dei cuiium pertinentihus , $erenUatis nostrœ » tturem aperimus, proctU dubio pr(Bdeces$orum nottrorum, regum sei* » Ucèt atque imperatorum , morem imitamitr ; née solum petentes , cum
• cmtM Dei agUur^ nostrœ fidelitati considerare , immà, quod majusett, » Dei et Damini nostri Jesu^Chrisii propitiationem nobis confidimus exo" » mbiiem reddere, qui ad hoc sancUB et universali suœ nos prCRfecit ec» » clesiœ, ut eam regere, tuerique et de ^us necessitate, utilitate atque » exaitatione sollieiti in omnibus statuamus esse. Quapropter cunctis ejus" » dem sanctoi ecclesiœ filiis fidelibusque nosiris , tàm prœsentibus quàm
• futuris , liquida paiere volumus, quoniam venerandus Laudunicœ wbis » Rorieo episcopus , nostram adiens mansuetudinem , humiliter postulavit » quatenùs pretiosiêsimi martyris Christi Vincentii basilicœ , in suburbio ■ ifiete eivitatis suprà monUm constructœ , adeàque honoratœ ut secunda
• Hies ex antiquo sU appeUaia et episcoporum, canonicorum ac nobi- » Hûm ItOeorum totius urbis fuent sepultura , ob quasdam res ibi noviter
• fiddium largitionibus agqregatas, nostrœ regiœ auctoritatis prœcepium » renovare dignaremur. Nom eidem loco, petente prœnominato prœsule, » praeepti nostri jamdudàm cautionem itnperttuei'amus , eum ille ihi in
• suam suorumque et urbis tutelam monasticam constituebat regulam. > Cigus peHiionem quaniam idoneam et proflcuam esse comperimus , ob » amorem Dei et prœcellentissimi martyris ejus Vincentii, ob sahdem » nostram , conjugis et prolis totiusque nostrœ posteritatis , statuimus hoc ^ nostrœ auctoritatis seu renavationis proBcepto jam dictée basilicœ, ut » inibi monasticus ordo, Deo auxiliante, perduret. Statuimus etiam ut » ubbas et monachi , ibidem Domino militantes militaturive qmetè oc Uherè
Les plus aneiennes armoiries sont un champ d'azur semé de fleurs de lys d'or sans nombre et chargé de deux crosses abbatiales passées en sautoir ; ces deux crosses signifient la conjonction de Tabbaye de Saint-Hilaire avec celle de Saint- Vincent. L'écusson moderne est un cbamp d'azur chargé de trois fleurs de lys , sçavoir : deux en face et une en pointe sur laquelle est portée dans le même écusson une crosse abbatiale d*or, aussi bien que les fleurs de lys '.
teneant qucRcumque ex arUiquo ad ipsum locum possessa , quoRCumque postremo à fidelibus viris quoquo tempore suni allata, quœve conferentur per succedentia tempùrum curricula. Inter quœ omnia ecclesiam de Capriniaco villa , in comitatu Laudunensi super AqtUlam fluvium posita, aancH Medardi nomine insignitam, cum o/rto capellis , omnibusque legUimis appenditiis teneant ; statuimus quoque ut in parte illius mowtis, sicut kœtres ecclesiœ sunt ità, videlicèt sancti VincentH et ioncti Genesii atque sancti Hilarii, nullus ex nosiris fidelibus dore mansiones vel acdpere prcesumat, sed nèc ûsdem sanctis locis suisque subjectis omnibus aliquam contrarietatem injuste inférât, neque de rébus vel kominibus ad ipsas ecclesias pertinentibus , sive modà habitis , sive in futuro conferendis , aliquam judiciariam potestatem exercere aut flredâ vel teloneâ à quoquam illorum hominum exigere unquàm audeat. H(Bc igitur omnia ad proRdictum Sancti 'VincentH locum, salvoepiseopalis sedis respectu , salvo in omnibus jure ecclesiastico , nostrœ auctoritatis consentientes et corroborantes prœcepto , monachos ibidem de- » putatos cum suis omnibus sub immunitatis et libertatis testamento vivere » sancimus : ut tali opère fulsi ad ministerium Domini nostri Jesu-ChrisH » peragendum expediti et devoti operatores existant , optatâque serviendi » Deo libertaie et quietudinis tranquillitate potientes liberiiis pro nostrâ et » communi salute perpetuis exorare temporibus valeant. Ut autem hcRc » nostrœ serenitatis auctoritas inviolabilem semper obtineat vigorem, manu » noitrâ eam subter firmavimus et de sigilli nostri impressione insigniri » juswnus.
• Actum Compendio , Palatio régis , anno Dominicœ Incamationis » D,CCCC,LXXV, régnante Lothario rege.
» Signum Lotharii , gloriosissimi régis.
» Ego Adalbero , notartus regius , ad vicem Domini Adalberonis , Re- » marum arcMepiscopi et sutnmi Cancellarii , recognovi. » (1) Voir la planche ci-jointe.
Armes anciennes de l'Abbaye de S'-Vincenl.
Armes dernière» de l'Abbaje de Si-Viiicenl,
CBAPITRE y.