DE CRESPY. V
ELECTION DU PRIEURÉ DE SAINT-GO^AIN ET SES AUQBIENTATIONS. CATALOGUE DES BÉNÉFICES DÉPENDANTS DE CETTE ABBAYE.
Ï|MM«fl| BGiNEBUs OU Régnier^ moine de Tabbayede Gorbie, frère Iwf <^^s&î^^^^^^^' comme nous dirons dans la suitte, ayant KM<»e||| succédé en Tabbaye de Saint-YiBcent à Tabbé Arteoneus dont nous avons parlé au chapitre précédent, trouva que les bâtiments de l'église de ce monastère n'estoieût point encore achevez et que les autres bâtiments, cloître, dortoirs, officines du monastère et maisons seigneuriales de la campagne avoient besoin de grandissimes réparations. Ne voyant pas jour à y subvenir par les propres denier» et facultéz du monastère , il jugea qu^il falloit avoir recours aux libéralitéz du roy Philippe, près lequel n'ayant aucun accèz par soi-même , il falloit employer des avocats puissants et des intercesseurs pour ménager
siècle, une église et un couvât s*élevèrent sur-son>emplacement, des moines Toccupèrent , puis des chanoines ; au 9® siècle , le couvent était occupé par des moines bénédictins.
Les restes de Fabbaye de Saint-Crépin-le4irand sont aujourd'hui une propriété particulière.
' celle affaire aussi adroitement que fortement. Il employa pour ce sujet Ëlinand, évêque de Laon, toujours prêt à rendre service à ce monastère et avec lui il interposa encore les prières de révéque de Soissons , Tetbaldus (Thibaut) » du comte Yves et d*un autre comte appelle Roger , les suppliant d'obtenir du roy, par leur crédit , les bois nécessaires pour le rétablissement de cette abbaye et de ses^ dépendances, espérant que cehii-cy leferôit pourFàmourde Dieu et pour Thonneur du saint martyr Vincent , patron de ce monastère. Le roy Philippe leur accorda leur requête » non-seulement pour le temps présent , mais encore il octroya que toutes fois et quantes les moines de Saint- Vincent auroient besoin de bois et pièces de charpentes pour les réparations du monastère et de ses dépendances^ tant au présent que dans le futur , ils lé prissent en toute liberté dans les bois de Crespy qui lui appartenoient , les leur donnant tant qu^il s'y en trouveroit de propres pour la répa ration de réglise ou autres bâtiments appartenant aux religieux, ne demandant autre récompense ou paiement de cette donation que la participation des bonnes œuvres et prières des religîenx de ce monasttee , tant pour sa personne royale que pour sa femme , son fîls , tout le royaume et la chrétieiineté '. L'abbaye de Saint-Vincent croissoit en bâtiments et en nombre de religieux tous les jours et estoit pourvu d*un tel nombre de serviteurs: de Dieu par les libéralitéz des évêques de Laon et des personnes pieuses , que Tabbé Régnier , en
' craîguiant la diihinution par le défaut d'entretien et de subsis-
(1) « Nos iiaque pro Dei et^sancti martyr is amor^ et quiaper memoralos » antistUes et comités et qnàm plures fidèles nostros expetebant humil- » limé, petitioni eorum deçrevimus satisfacere et regiœ auctoritatis ter- » gitione de ipso saltu (qui adjacet Crespeio, villœ nostrœ,) quamdiù du- » raverit per succedentia tempora, annuimus éis trabes etmateriam quam- » que ad instaurandam ecclesiam , ut petierunt , et domos monaehorum •» quasque , quantum et quandocumquè Habuerint necesse , ut in eorumdem » monaehorum orationibus partem kabeamus eiim uxor^ et proie et ut » non solùm pro nobis , sed pro regno et omni devotiùs exorent Christian » nitate. (Carta Phiiippi régis, ex pan'O carlulario Sancti-Vincentii).
tance, alla trouver Tévéqu^ Elinand pour le supplier de donner cfuelque augmentation de revenus à cette abbaje, en telle, sorte que le nombre de religieux ^n fut plutôt augmenté que diminué par la disette et la pauvreté. L'évéque Elinand , redoutant la juste plainte que pourroient lui faire ses successeurs d'avoir diminué leur domaine , ne voulut rien donner ni distraire de son évêché; mais comme ç'estoit la coutuncie des évêques de ce temps-là de prendre des chanoines de leur cathédrale pour leur donner la commission et administration des cures vacantes, il arriva qu'en cette occurence de la supplique de Tabbé Régnier, un chanoine, nommé Isambert, venant à décéder , laissa la cure et Fautel de Saint-Gobaln , dans la forêt de yecose\ vacants par sa mort. Elinand les donna avec la chapelle de Servais et autres dépendances aux abbéz et religieux de ce monastère de Saint-Vincent, pour y ériger un prieuré et y établir une communauté dépendai^te de cette abbaye, dont les religieux devoieiit la composer et la desservir en rhonneur de Dieu et de saint Gobain martyr*.
Il est facile de conclure quMl y avoit déjà longtemps que cette église estoit bâtie et par conséquent que le village de Saint-Gobain s'estoit formé auparavant , parce que l'église n'estant que pour Tadministration des sacrements aux habitants du village , il est présupposé qu'elle estoit bâtie longtemps auparavant. S'il est permis de conjecturer , je dirai qu'il me semble que cette église paroissiale et prieurale a pris sa naissance de Thermitage de Saint-Gobain ou Cobain , lequel estant venu en France à la suitte de saint Fursy , avec saint Boêtian, saint Mauguille et plusieurs autres saints reconnus de réglise en cette qualité , chacun d'eux se pourvut en diverses abbayes , Qomme saint Mauguille à Saint-Rîquier , ou au monastère de Gentule en Picardie , proche d'Âbbeville, après la
(1) Ou plutôt Voas, nom que portait autrefois la forôt de Saint-Gobain.
(2) et Altare sancti Gohani situm in Vecosiacâ sylvâ, quod , Isamberto » canonico nostro cui fuerat commissum defuncto , in manum nostram » redierat, cum capellâ de Sylviaco vico et omnibus ad ipsum altare per-
mort de Saint Fursy. Ayant esté quelque temps au monastère de Centule, il se retira en un désert avec la permission de Tabbé et y est mort en toutes sortes d'odeurs de sainteté. La tradition de Fabbaye de Saint-Vincent pointe que saint Gobain s'y retira et y yécut sous l*obéissance de labbé en qualité de religieux de la communauté; puis que par après il se retira dans la forêt de Vecose où , ayant bâti un monastère , il fut martyrisé par des voleurs. ^C est ee que porte la tradition de Saint-Vincent, mais je ne trouve rien de bien authentique qui poisse Tappuyer. Il est<;royable que saint Gobain estant mort , sa demeure fut changée en église par la piété des chrétiens et les miracles que fit le saint martyr ayant attiré un nombre suffisant d'habitants en ce lieu , cette même église fut érigée en paroisse long-temps avant qu'elle ne fut donnée à cette abbaye; alors elle devint prieuré.
Cette conjecture n*est pas sans fondement, puisque la charte d'Eiinand marque expressément qu'Isambert , chanoii^e de Laon, Vavoit trouvé en titre de bénéfice. Il n'y a pas d'apparence qu'il ait esté le premier bénéficier de cette cure , puisque déjà une chapelle lui eistolt annexée avec plusieurs dépendances . Mais quoique nous voyions bien que Torigine de Féglise de Sainl-Gobain soit plus ancienne que le temps d'Elinahd , nous ne pouvons avant lui rien déterminer, ni fixer le temps auquel eHe a commencé d'être paroisse. Il est néanmoins croyable que œ n'a pas esté long-temps après la mort dé' saint Gobain , parce que les miracles que Dieu opéroit à son tombeau 'et la renommée de sa sainteté ayant en même temps attiré une grande quantité de monde à son sépulcre, le village n'a guère tardé à estre bâti. 6' est pourquoi le saint estant mort au com-
» tinentibuSt eo tenore ut inibi in posterum à monachis Deo et ipsi sancto » inserviatur, jam dicto Sancti-Vincentii loco sibique famutantibus, salvo » ecclesiasticojure,perp€ttialiterpossidendum, consUio et assensu omnium • canonicorum nostrorum etfidelium... concedimus. »
(Caria Elinandi, ex parvo cartulario Sancti-Vineenfii).
mencement du règne de Charles Martel , je n*aurois pas de Iteine à croire que rétablissement de cette paroisse s'est fait environ Fan 800. ~
Le prieuré a esté notablement augmenté dans la suitte des temps, mais particulièrement environ Tannée 4430 ou 4 460, pendant qu-un religieux de Saint -^Vincent , nommé Emaldus , Tadministroit en qualité de prieur. Un seigneur de' ce pais , nommé Raoul de Monceaux , hommagier de cette ie^baye de Saint- Vincent, estant sur le point de partir pour aller au fameux pèlerinage de Jérusalem, donna la dixme de la paroisse de Saint<-Gt)bain pour augmenter la manse des religiant du prieuré. Notre ^bbé lui octroya la somme de dix livres de provins, à condition qu'il quitteroit à Saint-Gobain un certain cens qu'il avoit sur quelques terres de la même église.
Le village dé Sçiint-Gobain a appartenu longrtemp» en domaine aux seigneurs de Ck>ucy , lesquels ont gratifié le prieuré dudit lieu de quelques aumosnes..Un des Ingelran de Couey *^ donna au prieuré tout le forage du . village de Saint-Gobain « avec cinq deniers qu'il avoit droit de prendre annuellement sur Iç même village, 11 fît cet aumosne, du consentement de sa femn^e Alix , au cbâteau de Coucy en Tannée 4490.
Le même Ingelran de Coucy ou son fils , dé même nom , fit bâtir une chapelle dans son château de Saint-Gobain ; à quoi nos religieux ayant fait résistance en tant que cette chapelle préjudicierait aux droits de la cure qui leur appartenoit , ils s'accommodèrent enfin avec le même seigneur Ingelran deCpucy, à ces conditions; sçavoir, qu'il pourroit établir deux clerc3 séculiers ou religieux , mais non d'un autre monastère que celui de St- Vincent, pour chapellains de cette chapelle du château de Saint-Gobain ; lesquels chapellains estoient obligez de se présenter dans les huit jours à cette abbaye de Saint-Vincent pour lui prêter serment de fidélité en la conservation des
(1) Raoul 1", lils d'Eiiguerrand II, cousin du roi Philippe- Auguste par son mariage avec Alix, sœur du comlc de Dreux.
droits de patronage de la paroisse de Saiol-Gobain qui lui appartenoit. Les^deux chapellaiiis dévoient avoir pour leur entretien la troisième partie des oblations de la chapelle du château de Saint-Gobain » des dixmes des vignes du même seigneur de Coucy , situées au même irillage et de toutes les autres faites et à faire soit à Bertaueourt ou ailleurs dans Festendue de la paroisse de Saint-Gobain, les deux autres parts appartenant de droit au prieuré. L'acte eu fut fait par Ingeiran de Coucy en Tannée 4217.
Alix «mère de cet Ingeiran , fit donation de plusieurs terres , \^nes, prairies et autres choses semblables au prieuré de Saint-Gobain , en Tannée 4216. Cette dame estoit déjà veuve et son mari , Ingeiran de Coucy , estoit décédé environ ce temps. Le même prieuré reconnoit les autres Selgneura de Coucy pour ses bienfaiteurs , aussi bien qu'un gentilhomme , nommé Guillaume du Sart, chàtellain de Laon , lequel donna une esclave avee toutes ses possessions en i218.
Lé même Ingeiran de Coucy confirma en faveur de cette abbaye de Saint-Vincent toutes les donations -qu'une noblesse voisine fit au prieuré. Les noms des donateurs estoient Itéras de Vauxaillons , Evrard, Elisabeth, Roger. Cette confirmation est de Tannée 4219 et, la même année, Baudoin de Courtray, abbé de Saint^Vincent , confirma toutes ces possessions au prieuré de Saint-Gobain , y en ajoutant plusieurs antres.
Les évêques avoient certain droit de loger dans les maisons, monastères et prieuréz dépendants de certaines abbayes, lequel droit estoit appelle du nom de procuration. C'est pour cette raison que lorsque quelque évêque y avoit logé , n* ayant pas ce droit , on Tobiigeoit de donner une déclaration par cscrit que sa réception ne s'estoit faite que par pure charité. Nous voyons un exemple de œcy en ce prieuré de Saint-Gobain , dans lequel Tévèque Albert, prélat de Laon , ayant logé dans le cours de ses visites , le A novembre de l'année 1327 , il donna déclaration que sa réception n' estoit qu'un effet de Thos-
pitalité des religieux de ce prieuré et non pas un drdt q^'iï, avoit de s'y loger.
. L'évêque Elinand ajouta l'autel de Beautor qu'il douna à l'abbaye de Saint- Vincent en même temps que celui 4e«Saint- &obain , pour l'entretien des religieux de céans, afin que n'ayant point desoins , ils pussent vaquer plus librement à la contemplation. Il le donna cependant à cette condition que tous les ans , le sixième jour du mois de septembre , jour auquel il fit la donation de ces deu;:ic autels , on feroit |a mé*^ moire et que pendant son vivant , on donneroit un dîner splendide ce jour-là aux religieux ; qu'après son trépan on feroit , au lieu de sa diémoire, son obit ou anniversaire dans cette abbaye et qu'on donneroit une réfection célèbre aux frères ce jour-là. Il obligea aussi cette communauté de faire participants de leurs prières tout le clergé de Laon , toute la noblesse, tous ceux qui estoient enterrez et qui seroi^nt ei|terréz à l'aveoir dans Saint-Vincent, eomme tous ceux qui leur feroient ou procureroient quelque bienfait ou consolation\
Il y a plusieurs autres cures et prieuréz dépendants de cette abbaye de^aint- Vincent dont l'abbé a la nomination et collation , desquels bénéfices voici un catalogue tiré des anciens <îartulaires de cette même abbaye, commençant par le grand arcbidiaconé et finissant par le petit ;