CHAPITRE XV
DES NOW.es prérogatives DE LA VILLE DE LAON.
"ancienne Bibrax s'estant rangée , par la force des armes , sous l'obéissance dé TËropire Romain , fut toujours considérée de cette République et des Empereurs dont les proconsuls y faisoient leur demeure ordinaire. Les anciens cartulaires de cette Abbaye et d'autre&lieux, font encore voir, par la résidence de nos Roys en cette ville , qu'elle estoit la capitale du royaume. Cette vérité est confirmée par tous les auteurs et en particulier p»r Guibert de Nogent. Thomas de Marie répond ainsi aux Laonnois qui lui demandoient de les deffendre contre Louis-le-Gros » lequel ils prévoyoient devoir venger les incendies et meurtres arrivez au moment de la sédition contre TEvêque Gualdric : a Civitas hœc, cum caput regni sit , non potest contra Regem à me ieneri, » Cette ville , estant la capitale du royaume, ne peut estre tenue par moi contre le Roy. Le palais royal a subsisté long-temps après que les Roys eurent retiré leur séjour de cette ville ; il a esté donné enfin aux Cordeliers , qui s'y sont logez et y ont bâti un Couvent *. La Reine Brunehault, selon toutes les
(1) Ce palais construit, dit-on, par Glovis, subsistait encore, quoique délabré, vers la Un du i8«. siècle. A cette époque , il fut donné aux Cordeliers qui en rasèrent les restes et y firent bâtir leur couvent. 11 était situé près de l'Abbaye de Saint-Jean , entre la rue Saint-Jean-de-Jérusalem et la rue et ruelle des Cordeliers.
apparences, faisoît sa réflidenee en cette viUede Laon, ainsi que les antres roys , ses prédécessears.
La Tille est encore plus considérable et plus annoblie par la quantité de saints qu*élle a eus en soi et en son territoire. Elle reconnoit saint Béat pour son apôtre , lequel est mort dans un caveau sis à Chevresson , où est à présent la citadelle de Laon, environ le commencement du 3* siècle. Le martyrologe romain dit néanmoins que saint Béat est mort à Yendosme \
Sainte Preuve ou Probe a esté décapitée à Laon, dans la vallée de Bibrax , dite à présentie fonds des Cbenlzelles; elle porta sa teste jusques à Tégllse de Saint-Pierre-le-Viel*, sur une pierre qui s'y voit encore. Ses reliques ont esté long-temps conservées en cette abbaye de Saint-Vincent de Laon , et on y célèbre encore aujourd'hui sa feste, conjointement avec celle de sainte Grimonie , vierge et martyre , le dernier jour d^avril , Sainte Grimonie a souffert le martyre dans le diocèse de Laon , aussi bien que sainte Benoîte , dans le village d'Origny , où il y a une célèbre abbaye de filles de Tordre de Saint-Benoît. Cette abbaye de Saint- Vincent de Laon a long-temps conservé les rrllques de sainte Grimonie avec celles de sainte Probe '.
(1) Les reliques de saint Béat soDt conservées à la catiiédrale de Laon , et sa châsse y est exposée pendant le mois de mai. — La ville de Vendôme possède aussi un ossemcnt de cù saint ; elle le doit à la générosité de Gautier de Mortagne, évéque de Laon, qui«n fit don aux religieux bénédictins de Vendôme.
(2) L'église Saint-Pierre-le-Viel , ou le Vif, était située dans le Bourg, près «elle de Saint-Martin , dans la rue de Tancien collège; on pense qu'elle fut consti-uite par saint Béat. Le vaisseau de cette église , reconstruit dans l'un <les derniers siècles, subsiste encore, dit M. Melleville; il a été transformé en manufacture de laine.
(3) Ces saintes , originaires d*Ec«sse , quittèrent , au commencement du 4« siècle , leur patrie , pour se soustraire aux sollicitatîoiis de parens idolâtres qui les voulaient engager dans les liens du mariage. Animées de cette sainte", ardeur que donne la foi , elles traversèrent la mer et vinrent se fixer dans les Gaules , où Valenlinicn se montrait alors favorable aux Chrétiens. Grimonie
Quelques autres saints sonlsortisde cette ville dcLaonavant le temps de saint Remy. Saint Montain, anachorète, sainte Gé« Unie vivoient dans le territoire de Laon, au commencement du 5* siècle, et dans le milieu, saint Bemy prit naissance dans le château de Cerny, à ce qu*on tient , Tan de N. S. 449. 11 fut eslçvé dans la piété en TËglise de Notre-Dame de Laon^ et fut f^t évéquede Bbeims, Tan 474, âgé de vingt-deux ans seulement. Plusieurs autres saints ont fleuri à Laon en ces siècles et aux suivans, comme un saint Génebauit, évéque de Laon , saint Larre ou Larron et saint Cauoald, aussi évêques de Laon, sainte Salaberge, fondatrice de Tabbaye de Saint-Jean , sainte Anstrude, abbesse du même lieu, saint Humbert, nourrisson de cette abbaye de Saint-Vincent, saint Bauduin, archidiacre de Laon , et plusieurs autres, saint Elme ou Elelme, natif de Laon et abbé de Burgos.
se retira en un lieu dit plus tard La Capeîle, à cause d*une chaipe\ie(Capdla) élevée sur son tombeau, et Preuve à Tonson, près de Laon, dans le Val-des- Chenizelles. Les émissaires envoyés par leurs parens à leur poursuite, ayant trouvé les vierges chrétiennes inébranlables dans leur résolution, leur tranchèrent la tête. Une partie des reliques de sainte Preuve fut réunie, dans le 9^ siècle, aux reliques de sainte Grimonie , que possédait le bourg de La Gapelle ; mais les guerres malheureuses qui désolèrent dans ces temps la France, ayant obligé, quatre siècles plus tard, les habitans de la Gapelle de déposer en un lieu plus sûr leur trésor, ils le confièrent aux moines bénédictins de Saint-Jean de Lesquielles , dont le couvent, situé sur une haute montagne , était protégé par sa propre position et par la tour du fort de la Ville. Quatre cents ans après , Tantique monastère de Saint-Jean de Lesquielles tombait sous la rage des hérétiques, réglise elle-même n'échappait qu'en partie à leur fureur ; mais Dieu veillait sur les restes de ses servantes. Grâces aux soins d'Adrien de Gro! , comte de Rœux et gouverneur de Flandre et d'Artois , les précieuses reliques étaient transportées dans l'église des chanoines d'Hénin Liétard (Somme) , où elles furent, pendant des siècles, l'objet d'une grande vénération. En 17i8, M. Eloi Driancourt, curé de Saint-Germain , desservant l'église de Lesquielles , obtint des chanoines d'Hénin restitution d'une partie de ces reliques , et elles furent rapportées en grande pompe à Lesquielles , où se font encore aujourd'hui trois processions annuelles en leur honneur. L'église de Saint- Vincent possédait, comme dit l'auteur, une relique de sainte Grimonie et le chef de sainte Preuve.
La plus Doble de toutes les qualitéz et prérogatives de la ville de Laon , est d'avoir esté érigée en évéché par saint Remy. Avant cet apôtre de la France, il y avoit une église à Laon, mats sans aucune prérogative. Saint Remy lui conféra cette dignité y établissant saint Génebault, mari de sa nièce, pour le premier évéque, et lui donnant quelques-anes des terres que le royClovis, premier roy chrétien, avoit anmosnées à son église deRheims. Hincmart, archevêque de Rheims, nous assure cette vérité dans le reproche qu*il fait à son neveu , nommé aussi Hincmart, évéque de Laon : Municipium Lauduni, in quo es ar^ dinahu episeopus, e6 exordio sui^ postquam à Maerobio prœtore^ ut produnt historiœj conditum fuit , nunquàm inter sedes prown^ ciaUs Remorum prowjnciœ locum habuit, doneo quousquè Remigius ibidem ordinavit epiecopum et eidem municipio ex rébus Remensis ecelesiœ ditato, ipsum Comitatum^ partem séiUoet ex Remensi porochiâ, delegavit*. Cet évéché est le dernier , en temps d*érec~ tion, entre les suffragants de Rheims. Hincmart dit qu'il y avoit déjà onze évéchéspour la métropole de Rheims quand Laon fut érigé par saint Remy et que Laon n'est que le douzième V
L'évéché de Laon fut érigé en second duché et pairie de France
(1) « La ville de Laon , dont vous êtes évéque y n'eut d*abord (après sa
■ fondation par le prêteur Macrobe comme dit Tbistoire) , aucun rang parmi
■ les sièges provinciaux de la province de Reims. Plus tard , saint Rémi y sa- » cra un évéque , enrichit ce âège des biens de sa propre église et lui annexa j» le comté de Laon, dont il fait partie, comté qu'il détacha de la province de n Reims. »
(2) « Le sieur Bellolte (dit Fauteur) en ses Observations sur les cérémonies » de l'église de Laon , assure que cette érection de Tévêcbé de Laon fut faite » par saint Remy, l'an 515. Mais cela ne peut pas estre, parce que, selon le » témoignage de Hmcmart et d'autres , saint Remy estoit âgé de soixante-quatre » ans lorsqu'il fonda cet évéché de Laon. Il est constant d'ailleurs, par le té- » moignage de Sig^ert, que saint Remy n'estoit âgé que de vingt-deux ans, » lorsqu'il fut fait évéque, Tan: 471. Si donc, l'an 471 , il n*avoit que vingt- » deux ans , il faut que sa soixante-quatrième année , époque à laquelle il fonda j» cet évéché de Laon, tombe en Tan 513. Il faut donc dire que l'évéché de » Laon a esté fondé en l'an 513. »
depuis le règne du roy Robert , à ce qu'en dit Dupleix; mais il semble plutôt que Térection du duebé de Laon a esté faite dons le dixième siècle « avant le sacre du roy Iftobert.
Cet évéque porte la Sainte Ampoule au sacre du roy de France à Ebeims; il porte aussi le nom de comte d'Anisy, à cause de rbéritage de saint Remy qu'il possède.
Le collège des chanoines de la cathédrale de Laon estant au nombre de qualre«vingt-quatre, est un des plus nombreux de France. La cathédrale est dédiée à la glorieuse Mère de Dieu, Notre-Dame, en laquelle il s'est fait de très-grands miracles par la vertu de quelques reliques de cette même Vierge mère\ que oette église possède depuis un temps fort ancien et considérable.
Il y a cinq dignitéz parmi les chanoines ; dans tout le diocèse , environ trois cents paroisses et dix-sept abbayes , dont neuf ou dix furent fondées dans ce même diocèse de Laon par saint Bernard et saint Norbert, du temps de Barthélémy, quarante-quatrième évéque de Laon *. Mais il y en avoit plusieurs antres déjà érigées de ce temps-là , entre lesquelles estoit celle-cy de Saint-Vincent, dont nous allons parler dès le commencement du livre second de cet ouvrage.
L'église cathédrale est une des plus belles de France en structure. Il y a six clochers ou grosses tours, dont il y en a quatre aux coins desdeux croisées, mais imparfaites, etdeuxàcostédu grand portail de l'église, dont une est achevée et porte une flèche dé pierre d'une admirable structure. Les autres tours sont toutes à jour en forme de lanternes fort belles.On voit encore un
(1) La cathédrale possédait, dit-on, autrefois une relique des cheveux de la Très-Sainle Vierge.
{%) « Post ipsa miracula (dit Ilerman à Barthélémy lui-même) , subjunxi » qucmwdo dmnamisericwdiaindiehusveilTisnovem, imodecemmonas- « feria vestro îabore consirui fecerit, per domnum Norbertum, domnum- N que Bemardum, abbaiem Clarœmllensem; quorum nullum inerat iempore » quadraginta trium episcoporum prcBdecessorum vestrorum. Vos auiemy » singulis construclh , abJmies prœfecistis ner, tamen atUiquiora quœ in- V venisiis (lorrUjere deslitistis. »
fort beau dôme eslevé au-dessus des voûtes de Téglise. Le chœur est très-grand et la Def aussi est fort grande, vaste et belle. Le fonds de Téglise se termine en cafré , aussi bien que celle de Saint Gervais de Soissons, et elle est toute percée à jour par de très-beau^ vitrages. Cette église a esté bâtie par les aumosnes des peuples et les soins de Barthélémy , évoque de Laon , dans l*espaced*une année*. Il la consacra en H44, accompagné d'autres évèques.
(1) Tous les auteurs ont jugé difficile d'expliquer comment la cathédrale de Laon fut bâtie en une seule année. Les uns prétendent que , lorsderincendie arrivé en iii2, après le meurtre de Tévéque Gaudry, le vaisseau de Tancienne cathédral^était pas entièrement détruit; dans ce sentiment, il n*y aurait eu, Tannée d'après , qu'une simple recoRStructiun. D'autres affirment, avec plus de raison, que l'ancienne cathédrale fut entièrement détruite en 1112, mais qu'une partie seulement était rétablie en 1114, lors de la consécration faite par L'évéque Barthélémy; le reste de la cathédrale aurait été achevé phis tard. Ce sentin^nt offire plus de probabilités. (Voir les discussions engagées à ce sujet dans les diverses histoires de Laon).
CHAPITKE V.
CATALOGUE DES ÉVÊQUES DE LAON, DEPUIS SAINT GÉPŒBAULT JUSOUES A MESSIRE LOUIS DE CLERMONT,
ÉVÊQÙE m: LA MÊME VILLE.
KS£St *iivcBifDiB de Téglise de Laon , en 1 1 12, a causé une grande obscurité dans le catalogue des premiers évèques de cette église , par la perte des anciens papiers qui en pouvoient donner connoissance. De là vient que presque tous les catalogues des évëques de Laon , même ceux qui sont tirez de cette église , sont défectueux , soit qu'ils donnent aux évèques des noms qu'ils n'ont jamais eus, ou bien qu'ils diminuent leur nombre ou qu'ils Taugmentent. Nous avons tâché de suivre les plus corrects que nous avons pu remarquer, dans lesquels je trouve pourtant omission de deux évèques. Le premier est un nommé Omotarius , auquel, de même qu'à sainte Anstrude, un auteur anonyme dédie une vie de sainte Salaberge *. Il est vray que l'auteur ne met point le lieu d'où cet Omatarius estoit évéque , mais il semble insinuer qu'il gouvernoit l'Eglise de Laon , car nous voyons que , conjointement avec sainte Anstrude , il commande à Fauteur d'écrire la vie de sainte Salaberge. Omotarius vivoit donc du
(1) « Domino eximio in infulis sacerdotalibus honore décor ato , religionis n oui cura fuit, Omolario papœ necnon et sacerdoti; carissimœ Chrtsti vir- » gini Anstrudi ahhaiissœ et Salabergœ. Jussionibus ves ris , ô venerandum » decus parentûm , parère non disluli, ntc... »
temps de sainte Anstrude , c est-à-dire vers l*an 685 » ou ea* viron.
J'en trouve un second inconnu jusques à présent à tous les auteurs de l'histoire 4e Laon. C'est un nommé AdelelfXJcaUs ,■ dont le nom eslescrit sur une ancienne tombe représentant la figure d'un évèque en habits pontificaux , avec ces mots placez sur Torfroy du milieu de son chasuble : Adelehxaus , Laudunensis episcopus '. Cette tombe se voit encore saine et entière à la porte de la chapelle de Saint-Quentin , à costé^de Tévangile de celle de Saint-Christophe.
Nous avons suivi pour le reste le catalogue de M. le doyen Bellotte % en ses observations sur les chanoines de l'église de Laon. Il est vray que ces deux évèque^ semblent estre surnuméraires , puisque Hermannus monacbus', en son épltre dédicatoire à révéque Barthélémy, dit que quarante-trois évéques seulement Tavoient précédé, insinuant.que le même Barthélémy estoit le quarante-quatrième. Mais il se peut faire ou que Hermannus en ait omis quelques-uns ou bien qu'il y en ait quelques autres mis dans les catalogues qui n'y doivent point estre. Quoique le temps auquel Adeleloxaûs a vescu me soii inconnu , je n'ai point laissé
(1) (t Âddeloxaûs , évéque de Laon. »
(2) Antoine Bellptte, doyen du Chapitre en 1650, a laissé sur les rites et les usages de l'église de Laon , un volume aujourd'hui fort rare et ti^ès-esUmé . Cet ouvragé , fruit de nombreuses recherches , fut pourtant critiqué par le chapitre de Laon , lequel prétendait que l'auteur s*élendait trop sur les prérogatives des doyens. Antoine Bellotte mourut en 1665.
(3) Herman (bénédictin), nioine de Tabbaye de SaintrVincent, vivait à la fin du 11 «. siècle et au commeneeçient du 12», Il composa deux ouvrages latins, dontrun, Vita beati Hildefonsi, Toletanœ Civitatis archiepiscopi , n*est pas arrivé jusqu'à nous; l'autrfi, De miraculis Beatœ Mariœ Laudunensis, n'est qu'une histoire de Téplscopat de Barthélémy, à qui ce livre est dédié. Don Luc d'Achery a -publié ce dernier ouvrage en 1651 , à la suite des œuvres de Guibert de Nogent, et on y trouve des renseigncmens précieux sur la courte et intéressante période -qu'il •eml)ra9^.
Herman mourut probablement avant Tabdication de Barthélémy, car il n'est rien dit de cette abdication dans son ouvrage.
de le placer après Adalbéron oa Ascelinus, tant à cause que la tombe d'Adeleloxaùs semble estre de ce temps-là, que parce qu'il semble qu'entre Adalbéron et Gebnmus , il y a un temps qui n^est pas rempli.
Après ces avertîssemens nous commençons le catalogue des évèqués de Laon :
4, Saint Génebâult premier , établi par saint Remy, vers Tan 513.