DE SES NOMS
'anciens ville de Bibrax , appellée de ce nom à eau$e de sa montagne , ayant esté démolie par rîi\jure des temps .et des guerres , ou bien estant si petite qu*elle méritoit plus le nom de cbàteau que de ville-, Macrobius , préteur romain , bâtit uAe cité sur te b|^. gauche de la montagne , telle ou à peu près comme celle qui se volt encore aujourd'huy. Plusieurs auteurs anciens et modernes font foy de. celte vérité , entre lesquels ^st Hincmar, archevêque de Reims., qui vivoit en Tan 849 Escrivant à un autre Hincmar» évéque de Laon» son neveu , il lui dit ces mots: Qc La ville de Laon, où vous êtes ordonné évéque, depuis qu*elle a été bâtie par Macrobius , préteur, » etc. .. Hincmar escrit cette vérité non comme de lui , mais comme puisée dans les anciennes histoires* ; ainsi son témoignage est fort considérable. Un ancien manuscrit de là cour spntuelle de Laon dit la même chose , et tous les auteurs demeurent d*accord dQ cette vérité , autant que je puis connoitre. Quant au temps que Mft<^f obiu^ , prêteur, a bâti la vilie de Laon , Je dirai qu'il est probable que ce fat vers Van 300, ou que du moins Bibrax perdit alors son nom pour prendre celui de Laon ou Lyon-le-CIoué' .
(1) Flodoard, vita Hincmaris, Lib. m.
(2) u Le sieur Laurent (dit Tauteur) veut que ce changement se soit fait du « temps de Tempereur Julien Tàpostat ; mais il ^t facile de vaincie cette erreur.
Macrobius, édifiant une nouvelle cité, donna un nouveau nom à la ville et à la montagne ; il Tappela Laon , en latin , Laudunum ou Lugdunum clavatum, pour la distinguer d'un autre Lyon ou Lugdunum, Un manuscrit de la cour spirituelle de Laon dit que Laudunum est tiré de deux mots » laus et dunum , qui signifient la louange des montagnes'. En effet, la montagne de Laon contient en soi tous les avantages dés autres montagnes et n*en a pas les ineommoditéz , qui sont la stérilité et la disette d'eau. L'excellent et fécond vignoble qui y croît fait assez voir sa fertilité ; les puits et les fontaines dont elle abonde, sont des preuves convaincantes qu'elle ne manque pas d'eau. Elle a encore cet
if. II est constant, selon Sponde, que rempereur Julien n'a tenu Tempire qoe^deoi « ans, sçavoir, les années 362 et 363. Or les actes de Tinvention du corps de « St-Qnentin par Sainte-Eusëbie font foy que dès Tannée 357 , époque de Tih- « vention , Laon s'appelloit Laudunum Clavattim (Laon-le-Clouë) , comme il « est porté dans les actes de cette invention foits et compo^ par un auteur pré- « sent à Faction , dont tous les manuscrits s'accordent parfaitement. Tous disent « Laudunum ou Lugdunum Clavatum , sans faire mention d'un seul mot de « Bibrax ; par conséquent le mot de Bibrax n'estoit pas en usage , par conséquent « le prêteur romain, Macrobius, a dû avoir bâti cette ville avant le temps de <c Julien et l'invention du corps de Saint-Quentin , puisque ce nom estoit commun « alors et qu'il n'a esté donné qu'après que Laon a esté bâtie.
(1) « Si nous consultons (dit encore l'auteur) la langue grecque , dont la nôtre « a esté tirée en meilleure partie, nous trouverons une infinité de belles étimo- « logies de ces noms Laudunum et Lugdunum Clavatum. La première est que « Lugdunum peut tirer son étimologie d'un nom grec Xù-fi , qui signifie un ani- « mal à 4 pieds (lynx en français). Cet animal a une vue très-perçante, en sorte « qu il peut voir les choses les plus esloignées et les plus cachées. C'est pour cette « raison qu'on croit qu'il a l'avantagé de la vue au-dessus des autres animaux, iinx « visu... prctcellit,.. Si vous y agoutcz cet autre verbe ^w(ù, qui signitie, en « . latin y subeo (je monte de bas en haut), le mot Laudunum signifiera montagne n du lynx. Estant fort eslevéc, elle donne l'avantage à ceux qui ont une vue de « lynx de voir fort loin et de découvrir une vaste campagne , des costéz d'O- « rient et de Septentrion, à plus de dix ou quinze lieues d'estendue.
« Le mot Xu-pi, signifiant en grecq ce que nous appelions, obscurité, iènè- '( hres , peut encore nous donner une autre étimologie du mot Lugdunum. D'a- « bord , par antithèse , de la même manière que bellum , en latin , signifie gueire ,
avantage au-dessus des autres que eelles-ey ont ordinairement une trop^ vaste estendue, ou bien sont conjointes à d*autres montagnes. Celle de Laon est au milieu d'une plaine et ne contient que ce qu'il faut ou fort peu davaq^tage pour asseoir la ville qui donne un aspect agréable de tous costez.
On lyoute après Laudunum et Lugâunum, le mot ckvaium, pour distinguer la ville de Laon d'une autre ville qui est Lyon et porte le même nom latin Xti^tmum. Cette addition de davtHum peut estçe tirée des mot& latins ckva (massue) , à cause que les armes dont les Laonnois se deffendoient estoient des massues « ou davis (clef), parce que de même que la clef ferme et conserve
« parce qu'il n'y a rien de moins beau que la guerre. La montagne , estant fbrt « éslevée y ne peut point estré cachée dans les ténèbres. Ensuitte cette montagne « est quelquefois si sujette à un brouillard épais, qu'en plein midy, on no peut K distinguer une personne à quatre pas de soi. Ce qui fait voir qu'on peut, pour <L cette raison , Tappeller montagne obscure et ténébreuse.
-A Atqf^oç pourroit encore nous donner 4ine belle étimologie de Lugdumim. Pour « la comprendre , il faut sçavoir que ce root grecq signifie , selon le témoignage « de Suidas (écrivain grec, auteur ^'un Lexicon historique et géographique), « une espèce de pierre appelée Lydus. Laon est comme cette pierre mistique dont « le sceau des animaux mistiques de Dieu a esté formé, lorsque saint Remy en a « esté tiré pour esclairer la France de la lumière de TEvangile et estre comme le « sceel de la chrétiennetë en France. Il y a donné le premier roy chrétien , Qovis , « et formé en lui le christianisme dans tous les roys , ses successeurs , avec un « si grand succès , qu'ils ont méri^ la qualité de roys très-chrétiens et fils ainéz (t de rÉglise au-dessus de tous les autres roys chrétiens. Il a tellement sesré ce « cachet, que depuis ce temps-là jusques à ce jour, nos roys ont toujours esté de « très-bons catholiques et ne se sont point séparez de la foi. Cette gloire est due à « la ville de Laon qui a eslevé et nourri le même saint Remy, dès ses tendres « années , dans TÉglise de Notre-Dame avec tant de piété qu'il a e.sté du depuis « élu évalue de Reims, où il a esté comme le sceel de la piété héréditaire à « cette ville et à toute la France. Lugdunum enfin , dans la langue celtique , sic gnifie le même que si nous disions^ montagne du Corbeau (mons corvi lugo^ « dunum).
« Nous trouvons encore d'autres étimologies tirées du grecq , Xa^;. (Xrou géff nitif) est le même que turba, popu/ttô /^joutant dunum, on aura peuple de « montagne, ou monUigne du peuple: comme si cette étimologie vouloit dire « que cette montagne a la gloire d'estre habitée par un grand peuple. En effet,
ce qui csf dans me maîtoii , Lfton , capitale du royaonie d*Aiistrasie, fontenott font ee roymume sous aes loix « oo bien phildt elamf (doa). Tout les autrars s'arrêtent à eetle dcnûèfe écimologie et lèeiient d*en donner plasievrs raisons.
Les uns croient que k mot dmoatmm (gand de dons) . a esté ajonté à eanse des dons despeints sor la robe dn prêteor Macrobios, ItedateordelaTille. Ponrconsenrerlaméisoirede^m fondalear, Laon prtt le somom de Chue. Notre Dom Jean MabilkNi\ «1 ses addftions et corrections dn ^ siède béaédielMi, cfolt qoe ce saroon de OavatumtL esté donné à Laon pane que le fondateur, bâtissant les nors , a joint les grandes pieires qui les composent ayec des brodies de fer curieusement a£Eennies par dn plomb fondu.
Qndqoes auteurs veolent que ce nom de Clacaimn Tienne de
toale la monlagiie estoîi entièrfiiieBt cooferte de maisoiis et d*lnblbns; ee qii est menreiOeux pour me montagne qui ne permet que rtremeat an liMimf i de s'y habiliier , i eanse des grandes înconnnoditéE qui s*j renoontreat^ particniièrement pour les eanx , lesquelles ne manquent pas à Lauo. Joignaai le mot greeq Xxéi à un antre qw est ^uvoiii; , Lmdumfm signiftera peuple tartet puissant, oo peuple fort. Celte étanelegie est bonne, tant k cause de b forteresse de la ville et de la situation de la montagne, qn*i eanse qn'dle estoit autrefois la capitale du Royaume. Si nous examinons un autre mot grecq , Xôgi; (pierre) , nous trouvons qu*fl conrient fort bien à Laon , Laoiâmnmm , montagne de pierre , à eanse des grandes pierres qui couvraient la surfiice de la montagne et qui s'y rencontrent encore par bancs et par veines. ■ (1) Mabilkm, bénédictin, contemporain de l'auteur, naquit en ie% à Saint- Pierre-Mont, village près de Mouson , an diocèse de Reims. H prit Tbabit monastique an couvent de Saint-Remi , en cette dernière ville ,et fut ensuite envoyé à Saint- Denis, puis à Saint-^rmain-des-Prés, où il travailla avec Don Luc d*Acliery an SpiâUége que publiait cet auteur. MabiUon fit paraître ane édition des Œuvret âe Saini^Bemard , la meilleure que nous ayions , les Actes des Stânis de r Ordre de Saint'Ben&ît , la Diplomatie , quelques dissertations sur la Uiurgie gallicane, V usage du pain a%ime, etc., etc. Il fut Ton des plus savans hommes et des écrivains les plus distingués de son siècle. Présenté au roi IxMds HIV , par M fc Le Tellier , ardievêque de Reims , comme le religieux le plus savant eu royaume , Mabillon mérita d*entendre de la bouclie du grand Rossuet cette parole: Ajoute%, Monsieur, et le plus hutMe. R mourut à Paris, en Tabbaye de SaHH-Ormaii-des-Près, le 27 décembre 1707, à l'âge de 75 ans.
certaines machines où estoient attachées plusieurs massues que les Laonnois jettoient à has des murailles, afîn que , roulant par le penchant de la montagne, elles tuassent tous ceux qui se présenteroient pour monter à la brèche Quelques autres diseilt que cette dénomination vient de certains clous à diverses pointes , qu*on semoit dans les chemins qui conduisent à la montagne , afin d^empècher les ennemis d'y monter ; ou bien de ce que les premiers habitants de la. montagne y trouvèrent un lion , lequel ils attachèrent à un grand chêne; ils donnèrent alors à ce lieu le nom de lion cloué.
Voilà , ce me semble , ce qu*on peut dire du mot davatum , attribué à Laon*.
(1) M. MeUeville (Histoire de Laon, T. y;, -pense que la véritable épithêto de Laon n*est pas Clavatum, mmCloaium (corruption du mot cloacum) , lM|iiel signifie non un cloaque , uh égoût , mais le réceptable de gens de toutes sortes , destinàtion qu'avaient les oppides primitifs , qui recevaient en temps de guerre toutes les populations environnantes. La tradnction de Laudurium Cîoatmn serait alors laon-le-HefUge.