ET DE SAUVE-MAJEUR
@M*M^ B bâtiment de relise de Saint-Vincent avoit esté heu- 101 i*^usement achevé sous le gouvernement etavecTaidede ^•««>«0 révéque de Laon , Elinand , lequel après avoir obtenu les bois nécessaires de la libéralité du roy Philippe premier , et y ayant contribué de tout son possible , la consacra en Tannée i07S. Cecy se passa du temps de Régnier, abbé de ce monastère , frère et prédécesseur de saint Gérard , aussi abbé de ce monastère , qui succéda bientôt à son frère; carVabbé Régnier décéda en Tannée d074 ou 1075 , le 27 du mois de décembre.
Après le déced de Tabbé Régnier, les religieux de Saint-Vincent de Laon élurent saint Gérard , religieux de Corbie , pour estre abbé de ce monastère. Il estoit frère, aussi bien selon Tesprit que selon la chair, de Tabbé Régnier , et il convenoit avec lui en sainteté et en profession religieuse, laquelle il avoit pratiquée à Saint-Pierre de Corbie , comme nous allons le voir dans un abrégé de sa vie tiré de Jean de Guise , abbé de ce monastère de Saint-Vincent * .
(1) Specul. histor. lib. 28, cap. 11.
VIE DE 3A1NT GÉRAIU) , DIXIÈME ABBE DE SAINT-VINeENT:
Saint Gérald ou Gérard pril uatssanee m Picardie, dans la ville de Corbie , de parents dont la piété estdt généralement connue. H fût donné à Tabbé da monastère de Saint-^Pierre dndit Heu S nomîné Foulques, pour estre instruit par lui dès ses plus tendres années , dans lesquelles il commença à vaincs sa chair par les oraisons / Jeûnes , veilles et autres exéreice&de piété, mais particulièrement par la soumission envers jon abbé qui Ten aimoit plus qu'aucun autre , sdon le commandement de la sainte règle. C'est aussi eff qui obligea le même abbé ie le' mener avec lui à Rome , y ayant esté appelle pour l'utilité de téglise catholique. Ils demeurèrent huit jours à Borne et suivirent ensnltt^ le Pape saint Léon vers le mont Gurgan. H n*est pas Ihdle de pouvoir expliquer les peines et les difâcuHéz que nos deux pèlerins souffirirent en ce voyage. On en pourra seulement conjecturer quelque chose si Ton fait réflexion que les Romains «t Tes Appuliens avoient une guerre très-fâcheuse et très-eruelle les uns contre les autres, de qui acheva le comble de leurs difficoltéz fût qu'ils tombèrent entre le;^ mains des voleurs qui jettèrent Tabbé et saint Gérard à bas de leurs chevaux et les dépouillèrent de tout ce qu*ils avaient. Tout leur fcit cependant rendu par l-assistance d*un chevalier qu'ils rencontrèrenf erî leur chemin. De là ils allèrent au inont Cassin rendre leurs devoirs à' notre bienheureux patriarche saint Benoit ; puis , poursuivant leur route, ils rencontrèrent le Pape saint Léon qui les fit tous deux prêtres aprèi Texpédition de leurs afibires.
Ils retournèrent à Corbie » où sahit Gérard , après un an à peii^e , obtint les fonctions du coultre ou sacristain de l'église , qui estoit décédé. 11 mit aussitôt la main à Fouvrage, faisant nettoyer la nouvelle église de toutes les immondices qui s'y es-
(1) C'était un monastère de bénédictins.
toient eslevées d'une coudée de haut, fit faire des sièges dans le chœur, lequel il fit orner de très-belles colonnes et autres bases et piliers de n^agnifiquestructure, nonobstant la nusère du temps qui sembloit lui estre contraire. Il avoit ujae dévotkm particulière pour saint Adélard , abbé de Ck)rbie , par les mérites duquel il fut délivré d'une grande infirmité, 8*estant adressé à lui en ses prières par inspiration divine. En recoa-^ iioissance d'un si grand bienfait , il escriyit là vie de son saint Jibérateur en rvers hexamètres \ et fit célébrer sa feste avec tes sdenoitéz convenables.
Il faii sembla encore une nuit» pendant le jsommeil; que rimage de Notre-Seigneur estoit descendue de la Croix dans J|e monastère de Gorbie , et que Payant appelle » Notre-Seigneui: lui adoucissoit son mal de teste, frqttant celie-cy doucement avec la main et disant ces paroles : a Mon fitls^ confortez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa yertu-. d Cecy fût 6ause qu'ayant obtenu permission de son abbé , il fit le péiérinagé au sépulcre du Sauveur, en Jérusalem. Estant tle retour de ce voyage^ ^lon la promesse que son abbé lui avoit fait faire , il s'exerça dans le cloître à toutes sortes de vertus.
Peu de temps après son retour, son frère Régnier , abbé de Saint- Vincent, estant décédé > saint Gérard fut fait abbé de Laon en la piace du defi'unt, nonobstant toute la résistance quHi y put apporter. Ce. fut pour lors que sa vie toute exemr plaire commença à êstre comme le flambeau propre à éclairer les démarches de ses religieux et à les convier à le suiyre. Mais par un malheur qui arrive assez ordinairement aux personnes zélées et à ceux qui tâchent d'avancer la gloire de Dieu de tout leur possible , les moines de ce monastère qui lui avoit esté
(1) Cette vie n'est qu'un court abrégé^ de l'histoire du saint abbé de Corbie, par Paschase Radbert, son disciple. Saint Gérard a fait encore le Rècii de la translation des reliques de saint Adélard , en lOiO. On trouve ce récit dans les BoUandistes , avec la relation de huit miracles opérés par l'intercession de l'abbé de Corbie, •
conuDis De répondoient pas à ses bonnes intenUons. lis cstoient trop a^chéz aux coqimoditéz de la vie présente , et se met* toient peu en peine d'aequérir les grâces du ciel par leurs bonnes couvres et leurs vertus. En cela ils avoient un esprit entièrement opposé, à celui de saint Gérard ; leur abbé ,. dont ils ne pouyoient recevoir les saints avis , ne voulant pa$ se dé- &ire dupêcuUmn ni du vice de propriété qui existoit pour lors en ce monastère de Saint«-Yincent.
Voyant le mal sans remède» il prit le dessein et la résolu*tion d'abandonner des malades incurables.qui ne pouvoient supporter la présence de leur médecin qu*à contre-cœur et de se retirer à Técart en son partieuUen II y avoit un très saint homiQe reclus en ce monastère de Saint-rVincent ; car notre abbaye a toujours eu des moines qui ont conservé cett0 vie d'anachorète au milieu d'une communauté nombreuse de re« ligieux. Saint Gérard s'adressa à lui pour en prendre conseil sor ce qu'il avoit à faire en cette occasion et sçavoir s'il pour-^ rift facilement quitter les religieux qui aveient.esté comnlis à sa gardeet à ses soins. Ayant reçu réponse pour Tafflirmative^ saint Gérard attira à soi quelques gentilshommes de ce paî£; , lesquels il connoissoit d'autant mieux qu'il javoit dirigé leur conscience. Ils s'appelloient Herlegius , chevalier » natif de Noyon, Wido ou Guy, chevalier de Tévèque de Laon, natif de la âième ville ;» Tesserus » gentilhomme natif, du château de Goucy y.Walterus, natif de la montagne.de Laon, lequel sui-^ voit la carrière militaire. Un. cinquième éstoit appelle ËCitèrius, natif aussi de Laon-^ c'estoit un très-honnête et très^libéral personnage, reconnu pour son adresse à manier les aroiea. Ils^ renoncèrent tous généreusement à leurs possessions, patrie, parents » pour suivre Notre-Seigneur sous la conduite de saint Gérardi Trois religieux de ce même monastère de Saint- Vincent charinéz de l'amitié que saint. Gérard leur portoit et' attirez par l'amour qu'ils avoient réciproquement pour lui , se mirent aussi de la partie et ne voulurent jamais le quitter. Ils se nommoient , l'un Martin ^ lequel ayaqt quitté sa qus^lité
d'abbé de Saint-Denys , eh Hainaut» s'estoit veim retirer en ce mcHiastère de SainfrYincent et y yIvoHt^Iiis ; Tatitre, Ëbrofn qbf, après avoir porté les arines , s'estoit retiré atiâsi eéans^ où il vivolt dé* même reclas; le troisième estoit un nommé Aie* ràniius,, neveu de saiftt'Gérard , lequel vivoit en ce monastère en qualité de religieux. Les cinq sécnllers dont nous aTMs donné le catalogue estoient des pôistulants prêts à recevoir rbabit de religieux en ce monastère de Salnt-Yincent.
Saint Gérard estant assuré de ces huit compagnons et oubliant entièrement le soin de ceux qui n'avoient pu ni lf«cev(Hr, ni'supporter ses i^aiots avi^, alla trouver Ëlinand , évèqoe de Laôn, qui lui aVoit imposé là éharge d'abbé. Il lui déclara tons les desseins quMl avoit pris .et en même temps lui remit sa qualité et sa charge, àiin qu'il en pourvut quelque autre- sehm sa prudence et discrétion.
Puis il se mil en chemin avec ses huit compagnons et prit «a rôùte'premièrement par le inonastèfe de Saint-Denys.- Qe là il alla à Orléans , puis à Tours • pour y visiter le corp» ^ saint Martin et lui donner le tribut de ses prières. Ponrtmivaht de là leur Chemm/les saints voyageurs arrivèrent à Poitiers par une conduite particulière de Dieu sur eux et allèrrait rendre visite au comte de Poitou*, lequel eonnoissant leur dessein les pria de demeurer toujours sur ses terres ; ce t|u*ils lui accolèrent très^-volontiers. Le comte doàna charge au prévoat de Bordeaux , nommé Raoul «' d'avoir soin d'eux ; lequel I^ mena dans* une grande forêt qu'on nomme aujonrd'huy la Sau^e^Mîifjewlr' [Sylva major) entre deux mers ou plutôt deux grosses rivières qui sont la Garonne et la Gironde. Us trouvèrent au milieu de cette affreuse sditude une petite église que le prévost leur motltra et saint Gérard ayant considéré la situation et les autres dispositions du lieu désifa d'y établir ^ demeure. Il en obtint premièrement la place d* un seigneur
(!) GuiUaume Vlil, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers.
nomme Ogerius de Bioutio, puis il y bâtit une église, laquelle lui avoit esté figurée pendant son sommeil en un songe ; elle fat commencée le if n^ai de l*année .4080. Il la fit. ensuitte consacra à Fiionneur et invpc&tion de Notre- Seigneur , de la gioneuse mère de Dieu et des saints apôtres Simon et Jude parée .qu*il estoit arrivé en oe lieu le jour de leur feste. Les habitants de ces pays ont encore aujourd'huy une \énération singulière pour le jour que saint Gérard arriva en ce lieu^ lequel (ût le.38 octobre 4079.
C'est eu cet endroit de la Sauve-Majeur que saint .Gér^d donna rhabit de religieux aux cinq séculiers qui Tavoient suivi, lesquels persévérèrent dans Tobservance monastique jusques à leur mort, pendant que leur s^lnt abbé s'occupoit sérieusement à la prédication de i*évangile avec un grandissime proQt pour la, conversion des habitants du lieu. Son aspect estoit angélique; il estoit chaste de corps, rempli ^de dévotion, éloqu^t eu ses paroles, assidu à Foraison. Il fit plusieurs miracles pendant sa. vie et gagnoit les^ habitants, convertissoit et adoucissoit leurs mœurs féroces , leur attendrissoit le cœur , tiroit les larmes .des yeux et les provoquoit à la pénitence sincère de leurs péchés , pour la satisfaction desquels il leur enj(Ngnoit le jeâne , les jours de vendredi et Tabstinence , le jour do^amedi.
M société fraternelle et la communication des prières qui. existe entre les monastères de Sabat-Vincent et celui de la Sa.uve- Majeur., a C[ommencé du temps de saint Gérs^rd , se)on ce. que nous sembleiit donner à connoitre les cartulaires des mème3 monastères et actes des^mèmes spciétéz. Elle obligeoit les monastères associez, dès lors qu'ils auroient reçu la nouvelle du déced de quelque religieux desdits monastères , à sonner toutes les cloches et à £Bdre l'office des vêpres des morts très solennel; de plus, le lendemain, à chanter la grande messe avec solennité pareille, et à.la chanter sept jours durant encore, pour le même deffunt, sans sonnerie des cloches Le premier jour , après le chapitre^ on sonnoitiou.tes les cloches et la commu-
naaté récitoit le psaume Verba tnea; le même jour on doonoit une portion de pain et de vin en aumosne aux pauvres pour le soulagement de Tàme du deffunt. Lorsqu'un abbé des monastères associez vénoit à décéder , on faisoit les aumosuBs ainsi ^ qu'il suit: dans tous les monastères qui estoient de la société on donnoit tous les Joiirs^ pendant une année , une portion de pain et de vin aux pauvres ; pendant' trente jours consécutifSi • tous les prêtres disoient la messe, et la communauté, Toffice des morts. Les sept premières messes et vigiles se célébroiént avec le son de toutes les cloches ; ceux qui' n'estoient pas prétl'es. dévoient réciter le psautier trois fois; ceux qui n'estoient point parvenus au psautier , estoient obligez de réciter les sepît psaumes pénitentiaux pendant trente jours consécutifs ; celai qui ne sçavoit pas les sept psaumes pénitentiaux estoit obligé de réciter ^ sept fois chaque jour, le Miserere; ceux qui ne sçavoient pas le Miserere estoient obligez de réciter sept fois le jour Pater nosterj et toute la communauté devoit réciter, sept jours durant , les psaumes , prosternée devant le grand auUri pour le repos du deffunt.
Saint ^Gérard travailloit donc incessaknment à sa propre perfection , au salut des âmes et au repos de Téglise souffrante par ses aûmosnes et prières f sans omettre le soin qu*il devoit à son monastère de lui procurer la protection des saints par la présence de leurs reliques. Car il lui en a apporté plusieurs, et cette église de Sauve-Majeur^ en Gascogne, a long-temps pos^ sédé la pointe de la lance dont le corps de Notre-Seigtteur fut percé au temps de sa passion. Elle s'appelloit communément dans le païs la Sainte pointe. Je croirois focilement que cette relique a esté apportée de Jérusalem par saint Gérard.
Enfin , après avoir adoré Dieu en esprit et en vérité, conime dit Aine collecte de l'office de ce saint* , orné son âme de toutes
(1) « DeuSf.quemfamulustuusGeraldusin spirituet veritateadoravit et » cohiit, prœsta supplicibus tuis , ut qui prœclara ipsius mérita pio amore » veneramur et colimus, piis apud te precibus adjttuemur.»
(Ex officio sancti Geraldi.)
sortes de vertas , fait plusieurs miracles , converti et r^iinené grand nombre de personnes à la lumière de la foy, saint Gérard , estapt rempli de mérites « quitta cette vie mortelle pour aller jouir de la yie immortelle, le 5* jour d*avril de Tan 4095, selon Jean de Giii8Q.etle&an€ien»moaumeBts de 1^ Sauve-Majeur. Son eorpt'n.esté ^terré dans Tégllse de Notre-Dame de la Sauve-Majeur, qu'il avoit fondée de son vivant.
Il fut canonisé 403 ans après par le Pape Gélestin troisième, le 27 avril de Tannée 14^^ On célèbre sa feste à la Sauve-Majeur^ le 5 avril , et la trapsiation de son corps, eslevé de terre le 21 juin , se fait au même jour, tant au monastère de la SauYe-Miyeur qu'en c^uir-cy de -Sainl-iVincent.
Nous possédons un des bras de saint Gérard, abbé de SauVe^ dans, le trésor de Saint- Vincent de Laon: il estoit autrefois ricbement enchâssé dans Tor et les pierreries , mais maintenant il est dépouillé de tous ses ornements. Nous célébrons la feste du saint le 21 juin , avec solennité de seconde classe et de troisième ordre , peut-estre à cause qu'à j^areii Jour nous avons reçu sa relique , car on fait sa feste partout ailleurs au jour de sa mort.
La GalUa Christiana de MM. de Sainte-Marthe se trompe , suivant Terreur de Lyisiard en la vie de saint Arnoul , lorsqu'elle fait saint Gérard abbé de .Saint-Médard de Soissons et successeur de saint ArnouP , ajoutant que J:es persécutions de la reine Berthe l'en firent "sortir. Les propres parole{( de saint Gérard , tirées ducartulaire de la Sauve-Majeur ,. font voir la fausseté de cette proportion j, car il dit que la cause pour laquelle il a quitté son abbaye de Saint-Vincent pour aller à la Sauve, n'a esté que le défaut de soumission et d'obéissance de la part de ses religieux *.
(1) i&allia Ghristiana, Tom. 9, pag. 415.
(2) « Suttjeçti mihi mpnùs obe^iébant^ nec eorum ferrea molliri pectora » quiverant quos.quidem sœcularîa plus nimio négotîa induraverofU^ .
Et cet autre texte tiré de Jean de ûuise : Qui curam fiatrutn irî monoi^rio » SancH''Vincéntiî suscepérat, abbatiaminmtuseveetusest)) (Bpec. hist, lie.
«8, c«p. uy
uf iti aiiil»«
CONTENANT L'HISTOIBE