ROGER SECOND SUCCÈDE A SAINT GÉRARD • ET ADALBÉRON A ROGER
RÉPORMATION DE LA RÉGULARITÉ EN CETTE AMAYE. . - ADALBÉRON FAIT FAIRE L'ÉTANG DU JARDIN , LA CHAPElLî: DE SAlNTE4aA6DELEINE, LES MURS DE. CLOTURE ■ DU MONASTÈRE. IL ÉRIGE LE PRIEURÉ DE SAINT - TÏJOMAS EN L'ANNÉE 1081.
PBÈs le dégart de saiat Gérard , Téivê^e Eiinand institua un nommé Roger pour abbé de Saint- Vincent à la place du saint fugitif. Il gouverna fort peu de temps cette abbaye et c'est la raison , ce me semble , pour laquelle
nous^ ne trouvons rien de lui que son nom. et le Jour de son déced qui arriva le 20^ de novembre , selon notre ancien obituaire manuscrit. ^
Adalbéfon, natif de la ville de Soissons, !\it fait abbé après le déced de Roger, environ l'an 10801 C'estoitun homme de mérite , d^esprit, de probité , de. science et fort intelligeat dans les afihires. Dès lors qu'il fut eslevé à la charge d'abbé, il Ût son possible pour retrancher les défauts et les abus qui s'êstoient glissez dans rôbservance régulière de 6e monastère et qui avoieht obligé safnt Gérard à la retraite. Pour avancer sa réformation, il sépara les séculiers d'avec les religieux, faisant abattre les maisons^ et autres petits logements qu'ils avoient ikits Jusques à la porte du monastère ,* car le braé droit de la montagne éstoit entièrement peuplé et fàisoit le facfbourg de la Yille. L'abbé Âdalbéroh ne se contenta pas de cette mesure qui sufljlspit néauQioins pour le remède présent, mais afin d'obvier au même' inconvénient à Ta venir , il fit fermer Tabbaye de nouvelles murailles et fortifications , tant pour empêcher que les séculiers'n'en approchassent si près qu'auparavant que pour servir de defTenses contre les attaques fréquentes des en nemis de Testât , de la ville et du monastère lui-même.
La tradition nous apprend que l'étang qui est au milieu de notre jardin sur la montagne reconnoit Adalbérdn pour soti auteur* et qu'il en a tiré les pierres nécessaires pour bâtir la chapelle de la Magdeleine laquelle est encore un autre de ses ouvrages. Cette chapelle subsiste encore aujourd'huy; dans le beau milieu du jardin, eslevée sur une terrasse carrée revêtue de murailles. Cette chapelle est faite en octogone ; l'autel néanmoins est enfoncé hors de l'octogone , dans un bout de bâ-
(1) Get-^tang a la forme d'un carré long; sa largeur est de 37 mètres, sa longaenr, de 4i. Avant la révolution , il contenait toiqours presque S mètres d*6aa, aiijoard*lmi on en voit à peine. L'existence de ceit» eau, qu*bn pourrait regarder comme un mystère, est attribua au concours réuni des eaux pluviales et de quelques petites sources qui suintent à travers la montagne.
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timent à basse voûte, selon l'antij^uité , vers Torient. Le corps du même abbé y est enterré dans le inilieu de la chapelle où sa tombe d'ardoise se voit encore saine et entière , marquée de cefi deux jnots : Adalbero ahbas\ Plusieurs autres corps y sont aussi enterrez autour de celui d'Adalbéron. .
Cette chapelle a esté consacrée le 6 de septembre , auquel jour on avoit anciennement coutume-de faire là feste de sa dédicace. Mais comme cette journée est aussi occupée par l'ofûce de saint Cano^d , les abbéz partageoient la communauté en deux parties , dont Tune alloit faire tout un ofQce solennel , vespres , compiles , matines , grande messe et heures du jour à la chapelle et Tautre faispit Tofûce de saint Canoald dans Ja grande église. Ce qui se pratiquoit aussi quelques autres jours de Tannée , par exemple , le jour de la feste de sainte Magdeleine, toute la communauté faisoitla procession, la veille, après vêpres à la même chapelle , et il y avoit des religieux particulièrement destinez et nommez qui y faisoient rof&ee de'cha« pislimns pendant toute Tannée. Toute la (communauté y alloit plusieurs autres fois en procession , sçavoix le jour des Rameaux et autres. Lorsque la communauté y avoit chanté un répons, toussé mettoient à genoux devant le cruciûx pour Tadorer. A cet eiTet on le découvroit le jour des Rameaux parcequ'il est ordinairement couvert en temps de passion. Cette adoj^tion est exprimée dans l'ancien coulumier par le mot Fenfa'.
Le jour de la Purification de Notre-Dame et en d*autres ^ours de Tannée , on faisoit la procession à la chapelle de la Magdeleine ; pour cela on passoit par une porte qui s'appelle
(1) « Adalbéron, abbé.»
(2) Voici ce que dit un ancien rituel de Saint- Vincent. « Eunte processione » ad capellam Beatœ Mariœ^Magdatenœ , appropiqttanle capellam , incipit » cantor Regnum mundi. Ad stationem anté erucifUcum ecciesitB ad quam » itw, incipit cantor antiphonam k\E , rex, el sumitur venta ah omnibus » super • gentta, Dum 'hœc anUphona incipilur, slatim discooperitur cru- 9 cifixus.n
de Saint'Christophey dxi costé du >septentri(m de i*église, proehe la chapelle de Saint-Quentin et Tis-à-YÎs le grand autel que nous ayons aujourd'huy.
La feste de sainte Marie^Magdeleine se célébroit en lae monastère avec les solennitéz des festes que nos anciens eoutumiers appelloient m alb%8. La messe matutinalle et les autres ôfAces s*y célébroientde même avec les solennitéz requises et le Credo à la messe. II se faisoit anciennement un grand concours de femmes et de servantes de Laon à cette chapelle de Sainte-Magdéléine, le jour du dimanche des Rameaux. Mais comme on a este obligé de fermer le jardin dans le milieu duquel est cette chapelle de Sainte-Magdeleine, la dévotion a esté transférée dans la chapelle de-Saint-Christophe, derrière le grand autel de Téglîse principale de cette abbaye. Cecy s'est fait depuis Fintroduction de la réforpie de la congrégation de Saint-Maur en ce monastère, Tan 1643. * ^
Le pilier septentrional de cette chapelle de la K^àgdeleine, à costé dé Fautel, garde encore aujourd*huy une marque du siège de Laon par Henri IV^ en i594!. Ce prince estant appuyé contre ce pilier , on lui tira un coup de canon dé la ville , laquelle il contemploit de là avec sa situatioln. Le boulet vint donner'çohtre ce pilier fait d'une pierre dure endurcie encore par la durée de cinq cents ans d'existence. Mais par lin bonheur très-particulier , le coup donna environ un pied et demi au-dessus de la teste du roy, emportant un éclat considérable de la pierre avec la concavité du boulet qui y reste encore aujourd'huy. Ce qui fit entendre au roy qu*ii ne faisoit pas bon sur cette terrasse eslevée et il le signifia par ces paroles : a Ventre-Saint" Gris y dit-Il, il ne fait pas bon icy, retoumons- B nous en dans mon chapitre.» Il avoit le chapitre du monastère pour appartement .
On doit rinstitution de toutes ces belles cérémonies à Tabbé Adalbéron , lequel signala sa piété tant dans les constitutions saintes qu'il a faites pour la célébration de l'office divin que datis la'jéformation de la discipline régulière de ce monastère dont il a dissipé et psté entièrement tous les abus que le zèle
de saint Gérard n'aroit pucerriger pendant son gouvwnement.
Sa piété se signala aussi dans le soin q^ll eut d*étendre Tordre monastique de tout son pouvoir. Le prieuré de Saint- Thomas * lui doit son érection ; ear il en demanda le lieu qui portoit déjii le norp de Saint-Thomas; depuis une trèiHloi^ue antiquité et l'obtint de l!évèque £linand pour y bÀtir un prieuré et y établir une communauté de moines de ce monastère de Saint^Vincent. L'évèque y ajouta la. dixme du lieu pour Tentfotien des religieuse. Fulchrade , archidiacre de Laon , servit cette abhaye puissamment dans cettjs affaire; lui-même .postula auprèfii d0 Tévêque en faveur de Tabbé Adalbéron et ilen obtint la donation par escrit, Tan 1084% en présence de Crpisbert» curé de Bmry , Warnier, chantre , Robert., chancelier » iLngelbert, doyen de Bruïères , Guillaume de Montaigu, Hert, vidâmCy Gautiec» pannetier et plusieurs autres. T^ charte de cette donation marque particulièrement deux clercs de Saint- Jean» sçavoir, Goisbertet Remy, son frère. Je me persuade qu'ils estoient de Saiut^Jean-au-Bourg , parce qu'il n'y avoit point de clercs à Saint-Jean-rabbaye, laquelle estoit desservie par des religieuses.
Guillaume, seigneur de Montaigu , dont nous venons de parler, a esté uades premiers bienfaiteurs du prieuré de Saint- Thomas en Tannée 1123, en faveur de son frère appelle Robert qui servoit Dieu sous Thabit de moine dans le même prieuré. Roger, seigneur de Pierrepont, gendre de Guillaume de Montaigu, fit encore au prieuré de Saint-Thomas d'autres donations que sa femme Ermangarde et son fils Guillaume cohfirnàèrent en cette même anpée 1123.
(1) Canton de Craonne. (Voir livre 11«, chap. .7).
(2) Voici un extrait de la charte de donation : « Ego , Èlinandus , Dei « grcUiâ Laudunensium prcRsul , rogatu domni Adatheronisr, dedi eeclesiœ « Sancti- Vincentii locum ab antiquo SancH'Thomœ appellaium perpetita" « liter possidendum , quaienàs inibi eellam instauraret, monapluis ordi- « naret , qui pro meâ et anteceMorum successorumque meorum scUute « Dominum exorar^tU. C^piens verà Deo illk militaiurk aliquid conferre « uUlitatis et ad pro^em aliud non.habenSf donavi decimum ejusdem « hci , si qua et loco adjaceret atque ad Laudunensem ecclesiam pertia tifiret, Fulchrado arckidiacono hoc volente àtque petenie , «f*. »
Les abbéz. suivants ont beaucoup. accru les revenus du prieuré de Saint-Thomas , et les aumosnes ainsi que les achats de nos abbéz ont également contribué à Taugmentation de ce petit monastère, spécialement du temps de Hugues , abbé de Saittt-Yinoent et d*un autre Hugues, prieur de Saint-Thomas.
Gantier, abbé de cette abbaye , en démembra la dixme et les eaux de Sainte-Geneviève pour le&donner au prieuré de Gennecourt» dépendant de Tabbayede Saint-HubertS dans les Ârdennes; en Tannée 1459.
Le m^me Elinand assista au concile tenu à Exold (Exoudun) ou Hugues, évèque de Dietz , légat du Saint-Siège, présidoit , auquel concile Féglise de Sainte-Pierre de Brive fut donnée à Fabbaye de Marmou tiers * en i 08 1 .
(1) Abbaye de bénédictins , près Dinant.
(2) Abbaye fondée au 4« siècle par saint Martin.