‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 45 sur 116 · DE SAINT-JEAN · texte numérisé non relu

DE SAINT-JEAN

ES sépultures continuoient toujours en cette abbaye sans qu'aucune autre église y prétendît part en aucune façon. Tous les nobles et les roturiers , ecclésiastiques et laïques yenoient apporter leurs funérailles en ce monastère de Saint- Vincent ; les chanoines de la cathédrale y assistoient le plus souvent lorsque les obsèques et enterrements estoient de quelque personne notable de la ville ou des environs. Entre ces funérailles , j*en remarque une particulièrement , du temps de Tabbé Âdalbéron , celle d'un gentilhomme noinmé Amalric, fils d'une noblesse des alentours. Son père donna à cette abbaye la ferme et seigneurie de Yillers-le-Sec, proche Bibemont, pour le repos de Fàme de son fils. Cette donation s'est faite sur l'heure même des funérailles, dans l'église de Fabbaye de Saint-

Vincent « en présence de plusieurs chanoines de la cathédrde , de plusieurs religieux de ce monastère, spécialement de Tabbé Adalbéron et de plusieurs noblesses , sçavolr : Guinemare, x;hàtellain , et Hugues , son frère , Adon , vidàme , Arnoul , prévost y Guillaume , aussi prévost , et plusieurs autres.

Peu de temps après ces funérailles, Tabbé eut un démêlé avec révêque de Laon touchant le droit que notre monastère avoit sur le village d'Urcel ; mais Adalbéron plaida sa cause avec tant d'éneigie devant le même évêque que celui-cy fut contraint de donner les mains et d'avouer notre droit , jettant sentence d'excommunication sur tous ceux qui y attenteroient. Cette excommunication se ût en pleine asseniblée , dans Téglise cathédrale de Laon , et Tabbé Adalbéron en fit Tacte lui-^même.

EUnand Jetta une excommunication semblable sur tous ceux qui osteroielit quelque chose du trésor de cette église de Saint- Vioeent , -soit pour le mettre en gage^ soit pour le dissiper en quelque façon que ce pût estre , excepté deux cas , sçavoir : pour ttécessité de famine et pour Tachât de quelque terre ou revenu, avec cette condition toutefois quMl falloit que tout le chapitre du monastère y consentît. Plusieurs témoins notables 'assistèrent à cet acte ; notre abbé Adalbéron y estoit avec saint Godefroy, abbé de Nogent-sous-Coucy, et Pierre, évêqu» d'Amiens 9 prédécesseur du même saint Godefroy sur le siège de cette dernière ville,

Adalbéron obtint de plus l'église de Saint-Jean-Baptiste de Vendeuil , d'un nommé Rabbodus, évêque deNoyon , en l'année 1088 , la 21* de l'épiscopat du même évêque. -Ce prélat donna c^te at>baye du consentement de son chapitre de Noyon, pour y établir une communauté de religieux de Saint-Vincent à perpétuité , sous la règle de saint Benoit. Ce fut à cette condition toutefois, sçavoir: que le prêtre qui en desserviroit la cure en recevroit l'autorité de la main de Tévêque et l'autel de la main de Tabbé de Saint- Vincent , et ensuitte que les religieux de Saint-Vincent feroientrobit annuel de Tévêque Bab-

bodus , aussi bien qu'il serqit fait dans le même prieuré de Vcndeuil\

Tous les obituair'es et calendriers de Saint-Vincent font inémoire de Tobit de Rabbodus , évêque dç Noy on , au vingttroisième jour de roars^ auquel jour on faisoit son annirersaire à baute voix.

Les seigneurs de Yendeuil ont notablement augmenté le prieuré de Saint- Jean , particulièrement un nommé Clérembault , lequel reconnut > en Tannée 1186 , que Tabbé de Saint- Vincent avoit disposition entière sur le prieuré de Vendeuilet ce qui lui appartenoît , de plus , qu'un religieux de Saînt-Vîncent devoit desservir la chapelle de Saint-Pierre à pe;rpétuUé, et que les moines du prieuré estoient exempts du droit de vinage dans toute l'estendue de ses terres. Il confirma au même prieuré le privilège d'exemption de toute cout.ume séculière et ledroit de justice en toutes ses terres, tel que- chaque seigneur du pais Tavoit dan3 son domaine de Ven^euii. En même temps il donna la confirmation de toutes les donations que ses prédécesseurs a voient faites à notre abbaye , en faveur du prieuré de Vendeuil.

(1) « Ego, Ràbhodus, Dei gratiâ Noviomensium episcopus, notumfieri « volo universalis ecclesiœ fidelibus tàm futuris qmm prcRsentibtis, qùod « rogaiu Dormi Adalberonis , abhatis SancH-VincenHi Laudunensis ei « assenm eleticorum meorum , altare Sancti-Joannis , quod situm est antè « castrum quod nuncupatur Vendolium, ecclesiœ ^usdem Sancii-'Vin- « centii pro remedio animœ meœ libefaliter concessi ; eâ scilicèt ratione, « ut ipse, seu successores ejus illud in œtemum teneant et secundùtn « possibilitatem lod , fratres sub nbrmâ sancti Benedicti Deo militaturos « inibi constituant , servatâ in omnibus Noviomensi ecclesiœ, débita sub- « jectione. Presbyter vero eodem in loco serviens Deo, de manu episcopi « parochiœ curàm , de ahbatis autem procentum accipiat , in quantum- « cumque prœnominatus locus mulHpliceiur et crescat , in sempitemum « tamen pi'CMlicti Sancti-Vineentii ecclesiœ subjectus obediat... Prœtereà u volo ut in utroque loco, videlicèt ad Sanctum-Vincentiumet ad Sanctum « Joannèm transiiûs mei fidt annua Commemoratio. Actum Noviomi; anno « Domin. Jncarn. MLXXXVIII »

Signum Rabbodonis, Episcopi Noviomensis.

Glérembaalt do Vcndeuil estant sur le point d'entreprendre le voyage de Jérusalem par dévotion, se recommanda premièrement aux prières de nos moines, et donna par aumosne au prieuré de Yendeuil un muid de froment , pour le soulagement des âmes de ses prédécesseurs et de la sienne. Les voyages estoient fréquents en ces sièeles onzième et douzième , selon que je Tal remarqué par les anciens titrés des monastères dont j^ai fait rhistoire '.

Le même Clérembault , estant de retour de son voyage , passa concordat avec Allard , prieur de Saint- Jean-Baptiste , et accorda au prieuré le vfcux chemin qui conduit aux pasturages , selon que le pré des moines de Vendeùil se comportoit et s'eslendoit. Mais ce ne fut qu'après que le même prieur dom Âllard lui eut accordé un fossé lai^e de huit pieds , dans son pré des moines , pour la garde de sa chaussée. La femme de Clérembauh de VendeuU s*appelloit Avide ; il avoit un frère , nommé Guy, et une sceur appelée Emmeline. La mère de Clérembault s'appelloit aussi Emmeline, laquelle donna cinq sols parisis * aux moines de Yendeuil pour faire son anniversaire chaque année. Elle donna aussi dix sols pour entretenir le luminaire en révise de Saint-Pierre, bâtie dans le château du même lieu , plus un Jardin aux prêtres de Yendeuil '.

(1) « Vide historiam meam de Insulensi Sancti-QuirUini eœnobio, et « de ecofioMo Briiutiènsi. » (Note de Fauteur).

(2) Le sou d*or parisis valait un quart en sus des monnaies de même genre firappées ailleurs qtt*à Paris. '

f 3) Aucun vestige n'est resté de Tancien prieuré de Yendeuil , près Saint- Quentin. L'emplacement seul conserve encore aujourd'hui le nom de prieuré.

ÉRECTION DES PRIEURÉZ

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