‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 52 sur 116 · EN CETTE ABBAYE DE SAINT-VINCENT · texte numérisé non relu

EN CETTE ABBAYE DE SAINT-VINCENT

NGBLRAN de Goucy succéda en révêchë de Laon, cette même année 1095 , après le déced de révèqueElinand, Si nous en croyons le Miroir historial de Jean de Guise, son nom de Goucy marque assez la grandeur de sa noblesse ,

(i) Ou Gualdnc (Gaudri).

en laquelle il surpassa Elinand , son prédécesseur, aussi bien que dans les sciences et dans les lettres. Il avoit une sœur , nommée Matbilde ou Mahauld , laquelle fut abbesse de Jouarre. Quelques catalogues des évêques de Laon font Ingelran évêque de Soissons, duquel siège il auroit esté destitué par le roy et fait ensuitte évêque de Laon par le crédit et la faveur d'Ingelran de Boves*, son cousin. Pour ce changement d'évéché , Ingelran auroit cédé au roy toutes les possessions que son prédécesseur Elinand avoit fait venir à son évêché de Laon, aussi bien que les privilèges que possédoit cette égliae. Que pouyoit-on en effet attendre autre chose d'un homme qui se moquoit de la piété , de la religion et de la bonne vie morale et chrétienne? Il entra par simonie en Tépiscopat ; que peut-on augurer autre chose pour le temps de sa prélature , que des actions ressemblantes tout-à-fait à son début ? ■)

En effet son autorité n'a servi qu à confirmer le vice et le crime. Pour entendre cecy à Xonds, il f^ut se souvenir de Thistoire d'Ingelran , son cousin , seigneur de Boves , que Guibert de Nogenl* rapporte tout au long^t dont nous donnerons seulement un extrait.

Cet Ingelran de Boves » proche cousin et parent de notre évêque , estoit un homme lascif et impudique , quoique déjà fort avancé en âge. S' estant laissé captiver le cœur par une sienne parente , Sibille de Château-Porcien , mariée alors à Godefroy , comte de Namur , lequel faisoit la guerre en Lorraine , il célébra ses noces avec elle publiquement et à la face de tout le monde. Ce qui causa un tel dépit à Godefroy qu'il entra à main armée dans le Ghâteau-Porcien , y remplissant tout de meurtre et de carnage. Une guerre cruelle s'alluma entre les deux comtes » à tel point que le comte de Namur ne

(1) Enguerrand 1er, de Coucy, nommé quelquefois Enguerrand de Boves , parce qu'il possédait la baronnie du môme nom.

(2) De vilâ mû, lib. 3.

pardonnoit k aucun des sujets du comte de Boves*. Cette malh^reuse fërame , le sujet de tant de désastres qui arri voient tous les jours , fut eiccmimuiiiée plusieurs fois tant pqir les évoques que par les conciles qui lui donnèrent mille malédictions; ce qui bientôt auroit causé un divorce dans ee mariage incestueux > si le nouvel évèque Ingelran de Goucy ne s'estoit laissé gagner par raffection qu'il portoit à son cousin et s'il n*eût fomenté cet odieux mariage par les lâches absolutions qu'il leur donna en secret de toutes les excommunications qui avoient esté jettées publiquiement sur eux ; bien plus , il n'en eût aucun remords de. conscience et c'est ce qui lui causa une fin horrible et épouvantable, comme nous le dirons en son lieu.

Il ne fiiut pas s'estonner si le même évéque a molesté les religieux dé saint Marcoul de Gorbenîy, à un tel point que le pape Urbain It lui escrîvit de ne pas les tourmenter davàntageS Les bonnes et les mauvaises actions lui sembloient indififéréntes. 11 faisoit tout par humeur, passion ou flatterie des personnes qui avoient. part à sa conversation.

(1) I-es excès, de part et d'autre , étaient déplorables. ,«.0n ne voyoit, dit « Don Lelong, surtout dans le Porcién, que ravages et incendies, meurtres « encore ou supplices des prisonniers mutilés et pendus sans miséricorde. ». On leur coupait les pieds, on leur crevait les yeux.. Innocentes victimes sacrifiées pour une cause, qui leur était étrangère et portant sur elles la peine de Tinccste et de la débauche de leur seigneur!

(2) Enguerrand , évoque de Laon , avait voulu se saisir do l'église paroissiale de Corbeny, cédée par ses prédécesseurs aux religieux de Saint^arcoul, sous prétexte qu'on n*y mettait^ plus de titulaire ; mais les religieux s'en plaignirent au pape, et Urbain II enjoignit à l'évoque de renoncer à ses prétentions. Ënguerrand se soumit et par une charte datée de l'année 1103, abandonna l'église de Saint-Quèntin de Corbeny à l'abbaye de Saint-Hemi de Reims , de laquelle dépendait celle de Saint-Marcoul , afin qu'elle en jouit à perpétuité , sauf le droit épiscopal. (Histoire du pèlerinage de Saint-Marcoul .par M. l'abbé DM.)

Il a néanmoins cette gloire d*avoir conflrmé la fondation du prienré de Chantreux% an diocèse de Laon, prieuré donné par Roger de Pierrepontaux bénédictins de Saint-Martin deTournay. Il n*y a plus mamlaiant qa'une ferme au lien dit Chantreux, et deux religieux obédieneiei^s de Tabbé de Tournay , prenant les titrés de prieur et de prévôt de Ghantreux* habitent présentement en une maison de la ville de Laon ap^rtenimt au même prieuré , proche l'église Saint-Nicolas du Val des Escolicrs. L'abbessedeMontreuil et de la Sahite-Face de Notre Seigneur, sous Laon*, habitoft ce logis pendant les guerres » niais elle à esté obligé de céder aux religieux de Tournay ce qui leur appartenoit.

L'abbaye de Saint- Vincent doit pourtant obligation à Tévéque Ingelran de Coucy; car il lui donna l'autel et la eure d'Aizelles' en Tannée 4098. Cet acte a esté fort célèbre , ayant esté fait le jour d'une feste solennelle dans le chœur de

(1) Ou Gbantnid , dépendance de la paroisse de Granlud. La charte d^érection de ce prieuré porte que Raoul, prévôt de Saint-Martin de Totfrûay,- voyant que les guerres entre Thomas de Marie et Roger de Picrrepont nuisaient singulièrement à la culture des terres , qui restaient en friche pour la plupart, obtint de Roger le bien dit Chantreux, partie à prix d'argent et partie par aumosnes que lé seigneur Roger fit à Saint-Martin de Tournay pour le remède de 8(m âme. et la rémission de ses péché%,

(2) C'était une abbaye de bernardines. Le siège en fut placé d'abord à Montreuil-en-Thiérache , près La Gapelle , où près de 300 religieuses menaient la vie la plus pure ei la plus mortifiée. « Ce monastère eût suffi seul, dît Herman, « à faire la gloire de l'église de Laon.» Les malheurs des guerres ayant obligé les religieuses de chercher une retraite loin de leur couvent , eHes se retirèrent ail XVII« Siècle à Laon-, dans la maison de Ghantrud, qu'elles quittèrent peu dé teiÂps après pour occuper la léproserie de 8aint-iiadre, à la Neuville ; leur maison prit alorà le nom de Montreuil-sous-Laon.

L' abbaye de Montreuil possédait la Véronique ou Sainte-Face que Jacques deTroyes, depuis Urbain IV, donna en 1^49, à sa sœur Sybillc , abbesse du numastère. Cette précieuse relique est conseiTée aujourd'hui dans la cathédrale de Laon.

(3) Canton de Craonne

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la cathédrale de Laon, le 43 août. Il confirma aussi à ce monast^ de Saint-Vincent une possession sise è Bruîères, laquelle fut donnée par un gentilhomme de Montaigu, nommé Héluin. Plusieurs personnes de marque assistoient à cet acte , sça^oir, Anselme» doyen, Gauthier, archidiacre. Odon, chantre, Guinemar, chatellain, Guillaume, prévôt de Bruîères. Britel, gentilhomme , Ives de Chivy, Raoul de Vorges. Haingot , prieur » assistoit aussi à cet acte ; c'estoît le premier prieur du monastère, lequel estoit assez distingué, sans qu*on dàt rien ajouter à son titre. Les autres n*estoient jamais nommez prieurs qu'a, vee addition , comme par exemple , sous -prieur , tiers-prîeor lequel suivoitle sous-prieur, et quart-prieur , lequel suivoit le tiers-prieur dans les grandes communautéz. Dans celle de Saint- Vincent , il n*y avoit point de quart-prieur , parce que la communauté n*estoit point assez grande pour cela. Les offices de tous ces prieurs estoient les mêmes que ceux des doyens dont notre vénérable père saint Benoît parle en sa règle, excepté le premier prieur qui avoit intendance sur les autres et pour cette raison estoit appelle grand-prieur en certains monastères*. Pour exprimer les noms des quatre prieurs, on se servoit d*un terme commun qui eonvenoit à tous également, on les appelloit maitres dé Tordre, magistri de &rdine, parceque tous estoient établis par Tabbé pour veillera ce que Tobéissance fat bien observée; eecy^paroit par Tahcien rituel manuscrit de cette abbaye.

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MORT FUNESTE DE L'ÉVÊQUE INGELRÀN DE COUCY, ET ERREUR DE CERTAINS AUTEURS TOUCHANT

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