QUI EST BNTERBÉ SOUS CE PREMIER TOMBEAU
Vous qui lirez cest escrit-cy
Diu prierez qu'il ayt mercy
Pour ceiuy qui gist cy^dessous
Ossi com vous vourriéz pour vous.
Messire Jehans ot à non »
D'Aippes, à ii Hues de Laon ;
Gentius hom fu de grand linage
Et moult le tenoit-on à sage
A preudom et bon batailleur
Et de tous assauts soustilleur ;
Et fut si preudom qu*outremer,
Polisdamas se fist nommer
Pour ses armes qu'il porta »
Que par son vouloir encarcha
Aux tournois qui furent en France,
Et là les prist-il dès Teafance.
En Puille fu il et en Tunes
Et en autres terres aucunes ,
Par sa force grand nom acquit.
En Galabre moult d'armes fit ,
Et en Abrusse et en Romaine
Pour Famour Diu souffrit grant paine ;
Et ses faits qui tous les diroit
A recorder trop long seroit
Conques Olivier, ne Rolans
Tant d*armes en si pou de tans
Ne fissent , par jaous con cais fist
Et, si saehiés, trestou défist.
Certainement Diu honnoroit
Et de tout son cœur le erenioit.
Cil qui parler de luy ooient
Lau onques ne fu le doutoient.
Hé ! qu'as-tu perdu , douce France ?
L*un des meilleurs k'ains portast lance. *
A son tans dire le peut-on ?
A I mors com ta as crueux non ,
Qui tel chevalier assaillis !
Or est mort et enseveli
A saint- Vincent , le vrai martyr,
Là cuidon qu'il doie saintir
Li Pruedons pour sa bonne vie
Conques d'autruy bien not envie
Fors SOS les mauvais mescréans ,
Se veschut eut un pou de tans ,
Tant eut mort de ses ennemis
Qu'au dessous moult en eut mis ,
Ou est li hom trop dur seroit
Se en son cuer n'en souspiroit.
Pour Diu se voult-il travailler
Et pour son saint non essaucier ,
Par firoit , par chaut, par nuit , par jour,
K'ains de repos n*eut nul séjour.
Or prions à Diu par sa grâce
De ses péchez pardon li face ,
Saint Vincent 9 martyr glorieux
Priez en à Diu li piteux
Qu'il li vuelle tout pardonner
Et en sa gloire couronner.
En l'an lUIxx mil deux cens
Et XIII mourut en bon sens
Ou mois de juin rendit-il s'ame Et fut mis dessous cette lame Sires papes à votre mant Sui ci pour faire vo cornant.
La tombe de ce ehevalier est la plus proche de Tautel et porte les aigles déployez en bannière aux deux costéz des épaules de Feffigie de ce chevalier , qui parolt revêtu d'une cotte de mailles depuis le haut jusqnes au bas. 11 fonda son anniversaire et celui de son père en cette abbaye de Saint-Vincent; il est décédé le troisième jour de juin de l'année i293S
La tombe de son frère appelle aussi Jean d'Aippe le cadet est joignant celle-cy et porte ces mots pour inscription:
Icigist messire Jehan (THeppes le cadet ...
^t trespassa Van MII^LXXIIJ
Priez Diu pour 8*ame.
Les éperons de ces effigies , aussi bien que ceux de la peinture qui es^t contre la muraille, ne sont pas faits en moillettes, comme on les porte aujourd'huy , mais ils consistoient en des pointes faites en cette façon :
Autour de ce tableau dont je viens de parler sont environ quarante écussons divers qui sont ceux des alliances des
(1) Le nécrologe de Tabbaye de Saint-Vincent porte ces mots au 3 juin : Tertio nonas Junii Joannes miles , Dominus de Appiâ , qui legavit nobis XXI libraspro anniversario suo. Item conventui XL libras pro anniversario suo et pairis sui annuatim faciendo siibmissâ voce. S*il est vrai que Jean d*Eppe est mort le 3 juin , comment accorder cette date de son décès avec celle qui est rapportée plus haut en l^inscription de sa pierre tombale : Il trespassa quelques jours après la Saint-Martin d^hyver. Nous n^àvons trouvé, après bien des recherches, aucune solution à cette difficulté.
mêmes chevaliers, selon toute apparooce ; le premier ressemble beaucoup à celui des seigneurs de Coucy.
Dans l'ancien chœur présentement détruit, il y a six tombes d'ardoise, toutes simples et sans inscription ; ce qui fait connoltre que leur antiquité remonte aux neuvième » dixième et onzième siècles.
La première de ces tombes , commençant du costé de la nef, n'a aucun caractère qui la puisse faire distinguer ; je conjecture néanmoins que c'est le lieu de la sépulture de Didon , évéque de Laon, premier réparateur de cette abbaye après les ravages des Normans, lequel mit des prêtres ou chanoines séculiers en cette abbaye en place des moines qui y estoient avant l'arrivée de ces barbares.
La seconde qui est sous l'arcade de l'ancien chœur présentement détruit, du costé de la nef, est la sépulture de Boricon, fils naturel de France^ évêque de Laon. Ces mots gravez sur sa tombe d'ardoise le donnent à connoftre :
Rorico episcopus * ,
Cet évéque est le troisième réparateur de cette abbaye dans laquelle il a rétabli l'observance monastique y mettant un abbé nommé Melchalan et douze moines qu'il tira de l'abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire,
Au pied de la tombe du réparateur de cette abbaye Boricon, évêque de Laon. est la troisième tombe d'ardoise que je crois estre aussi celle de quelque évêque de Laon , sans que je puisse distinguer à qui elle appartient, car il n'y a aucune inscription. Elle est cassée en plusieurs pièces depuis la ruine du chœur et du clocher dont quelques pièces sont tombées sur cette tombe'.
Au costé droit de ce tombeau inconnu, du costé du midy ou
(1) « RoricoD , évoque. »
(2J Cette ruine dont il est ici parlé, arriva en 1612. La voûte de la nef et le grand clocher de Téglise s'écroulèrent par suite de l'ébranlement qu'avait soufGert celle-ci, lors du siège de Laon par Henri IV , le prince ayant placé ses canons sur la tour. (Voir livre 12, chapitre 2.)
de l-ancien dortoir, en ce même chœur , est une autre tombe aussi d'ardoise» laquelle est la sépulture de Gibuin ou Guibuen, évëque de Laon ; elle porte ces mots pour inscription :
(jybuinuSg episeopus*.
Cette tombe est la plus étroite que j'aie encore vue.
Au pied de la troisième tombe inconnue et cassée par les ruines du chœur est une autre tombe d'ardoise , entière mais sans Inscription ; elle est la quatrième quant à la suitte et ia cinquième , si on compte avant elle celle de Gibuin. Au pied de cette dernière tombe inconnue est une autre tombe d'ardoise, rompue vers les jambes; cest la sépulture d'Adalbéron, autrement dit Ascetin , évêque de Laon , renommé dans l'histoire pour avoir mis la ville de Laon, le roy et la couronne de France entre les mains de Hugues-Capet Cette tombe porte pour inscription ces deux mots :
Adalbero, episcopus*.
Au pied de cette dernière tombe est une sixième tombe d'ardoise , joignant celle de l'évêque Adalbéron ou Ascelin; cette tombe est la sépulture de Melchalan , re!1gieux de Saint-Benoît-sur-Loire et premier abbé de ce monastère . depuis que l'évêque Roricon Teût réparte après la ruine des Normans. Le nom de cet abbé est gravé non en face ou au milieu de la tombe comme dans les autres tombeaux , mais au cosf^ droit, et l'escriture commence à se lire du cpsté du pied de la tombe ; il n'y a que ces deux mots :
Mecleannus, abbas', La tombe de Médéan ou Melchalan est la sixième et termine la rangée du costé de l'autel, presque sous la grande arcade de la croisée de l'église , dans le milieu du plan.
Au costé droit de cette tombe est une autre tombe en piwtc blanche,dont il ne reste plus qu'une moitié ; elle est inconnue parce qu'il n'y a point d'inscription.
(1) « Gibuin, évéque. »
(2) « Adalbéron, évoque. »
(3) « Melchalan, abbé.»
Au costé gauche est une antre tombe d'ardoise ; c'est la sépulture de Guy de Vendeull , sous-diacre de la cathédrale de Laoït. Cette tombe p<Mle l'effigie de ce chanoine , revétn des habits de sons-diacre , portant l'aube , la tunique , et dans ses deux mains un livre des épitres devant sa poitrine. Il a la teste rase par en haut , mais la couronne de cheveux au-dessus du front est fortgrosse et descend jusques sur le haut des oreilles. Au-dessus de sa teste , vers le costë gauche , est un écnsii»i fait ea cette Ëiçon :
Vtdci ce qui est escrit autour de sa tombe : le^ fftst Uessire Gwy de Vendeuil, sous-dùicre.... chanoine de Notre-Dame de Laon, quitrépassa l'an de l'Incarnation
de Notre Dieu mil cinjumle neuf ,
le jour de sainte Katelene, Aux deux costéz de la tombe première d'ardoise dont j'ai parlé tout-à-l'heure , et que je crois estre celle de Didon, évéque de Laon , sont deux autres tombes de pierre blanche , sur lesquelles il D'y a aucun caractère. Selon toutes les apparences néanmoins que Je puis avoir, il me semble que celle qui est à droite est la tombe de Seîfroy, abbé de ce monastère , qui a esté enterré dans le chœur ancien en face du siège. abbatial où il se plaçoit à vespres.
(1) L'obituaire de Saint- Viiiceat mei le décès de ce chanoine au il sef-
11 y a deux tombes d'ardoise , devatit la porte de t'ancienDe sacristie, dans le costé méridiaDal de la croisée de l'église, mais les caractères des inseriptions sont si effacée qu'il est presque impossible de les lire. Ce sont néanmoins deux abbéi , non mitréz, comme leurs effigies le prouvent assez clairement.
Jean Charpentier, dernier abbé régulier, est enterré au milieu de la nef, présentement désolée ou détruite. Sa sépulture estoit garnie d'une belle pierre tombale où sont gravées ses armes en quatre endroits, de cette manière:
Sa devise est gravée aussi suc la même tombe et elle est ainsi conçue: Portio mea Dominus sit »n terra viventium'. Autour des bords de la tombe sont ces lignes : ntc septillus jacet D, Joannes Charpentier Remensis, dùm viveret hujus ecclesÙB pientisttmus antistes , qui féliciter obiit sexto 'idus septembris, noslrœ salutii miUesimo quingentesimo iricesimo octavo. Orate Datmproeo'.
Sur la pierre de tombe , qui est fort large , on voit une belle figure eu bosse de l'abbé Jean Charpentier, laquelle le représente an naturel et revétn d'habits pontificaux , sçavoir: de
(t) I Le S«igaeiir soit mon bérilage dans ta terre dts virants ! ■ (3) ( Ci^t don Jean Ctiarpenlier, mût de Rràns , abbé très-pieax pendanl • qu'il vivail de ce monastère. Il mourut henreusement le 6 des ides de sep- 0 lembre, l'an de notre salut 1538. Priez Dieu pour lui. >
Taube, deTétole, de la tunique , de la dalmatique et du chasuble, lequel estoit fort riche, avec des orfrois en broderies réj[>rëi3entant la Sainte-Yierge mère de Dieu, sainte Magdeldne» sainte Barbe, etc. Il a aussi une mitre fort riche en teste et sa crosse est passée dans son bras gauche ; ses mains sont jointes sur sa poitrine et sa teste repose sur un coussin. À ses deux pieds sont deux animaux à pieds fourchus et au bas on lit ces quatre vers :
Cur spirans facUem titulum mirare , t;tator ?
Carpenti parvus contegit ossa lapis .
Quœ fuerint kominis pietas , rêver entia, virtus ,
Testeiur clerus , civica turha , duces *. La nef estant réduite , comme nous Tavons déjà dit, en un pitoyable estât, cette tombe fut transportée dans la chapelle de Saint-Christophe , derrière le grand autel , à costé de Tépître. Proche du lieu où estoit la tombe de Jean Charpentier, dans la nef, il y a une autre tombe d'ardoise, présentement cachée par la terre et rompue par le roiliçu. Cette tombe est celle d'un chanoine de Laon , nommé Etienne de Cour Renaud , lequel s'estoit fait moine à secourir* en ce monastère de Saint- Vincent. Voici ce qu'on lit encore sur cette tombe : + Siephanus de Curid Renaudi, quondàm canoniçus Lattdunensis ^ monùchus sancii Vincentii ad succurrendum. Expecto
resurrectionem mortu&rum et vitam venturi sçsculi. Amenl^
(1) « Passant, pourquoi contemples-tu avec étonnement cette modeste ins- « cription? Une humble pierre couvre les ossements de Charpentier. Le clergé, « le peuple , les grands te diront quelles furent la piété , la modestie et la force « d'âme de cet abbé. »
(2) Les moines à secourir étaient des séculiers , ecclésiastiques ou religieux mais d'une autre abbaye , qui s'affiliaient, sans y faire résidence, à un monastère. Us participaient aux bonnes œuvres et prières de la communauté; on les nommait moines à secourir , parce qu'ils devaient tout secours , matériel ou spirituel, à Tabbaye.
(3) « Etienne de Cour Renaud , autrefois chanoine de Laon , moine à se- « courir de Saint- Vincent. J'attends la résurrection des morts et la vie du « siècle à venir. Ainsi soit-il. »
Noire obituaire fail mention de ce chanoine en ces termes : // CaL Junii , ohiit Stephanus canonicus , qui pro anniversario suo dedH XXVIlibras quibtus emptum est imagium de terra Ingelranni de Fard, Prceterèa idem Stephanus moriturus suprà XXVI libras addidit usque ad centum libras *,
Il y a plusieurs tombeaux dans la chapelle de la Hagdeleine au milieu du jardin ; mais la plupart nous sont inconnusi, car il n^y a aucune marque qui puisse les faire distinguer. Dans le milieu de cette chapelle est une grande pierre d'ardoise, longue de six ou sept pieds et plus large par le chevet que par le bas, selon Pancienne figure des tombes. Cette pierre couvre Tendroit où est enterré Adalbéron , douzième abbé de cette abbaye, depuis que les Normans l'eurent détruite. Il a voulu estre enterré dans cette chapelle, parce que lui-même Tavoit fait bâtir, à causerie la dévotion qu'il portoit à sainte Marie-Magdeleine. Sa tombe porte encore aujourd'huy fe notn de Tabbé en ces deux mots :
Adalbero, abbas*.
Ce sont ces deux mots qui nous le font distinguer de la sépulture d'Âdalbéron , évêque , dont nous parlerons ci-après.
J'omets les tombeaux de Hélie, abbé de Gand , lequel estant dé(fédé en ce monastère de Saint-Vincent, où il s'estoil réfugié pendant les guerres des Normans , y fut enterré ; mais le lieu de sa sépulture nous est inconnu aussi bien que le lieu des sépultures de plusieurs archevêques , évoques et personnes de très- grand mérite et de très-grande qualité.
J'ajouterai seulement, ce que déjà j'ai eu occasion de dire, qu'il y avoit en Tabbaye plusieurs cimetières, que les chartes
(1) « Le deuxième jour des Calendes de juin est mort Etienne de Cour « Renaud , chanoine , qui donna pour son anniversaire vin^-slx livres, à Taide « desqndles on acheta le vinage d'une terre d'Enguerrand de La Fère. Le « même Etienne, sur le point de mourir, ajouta, en sus de cette somme, au- « tant de livres qu'il en fellait pour arriver au nombre de cent. »
(2) « Adalbéron, abbé. »
de ce monastère appellent atria adjacentia huic ecclesiœ*, dans lesquels on enterroit les morts de toute la ville et de tout le territoire de Laon. L'église n'estoit que pour les évêques , abbéz et autres personnes de qualité, et le cloître pour les religieux.
Le tombeau de maître Anselme , doyen de la cathédrale, est dans une place inconnue de cette église , où il fut mis , Tan 1147, lorsqu'on lui donna sépulture après son déced. Son épitaphe estoit composée de dix vers latins , comme ils suivent ;