‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 61 sur 116 · ANCIENS TOMBEAUX DE CETTE ÉGLISE · texte numérisé non relu

ANCIENS TOMBEAUX DE CETTE ÉGLISE

Puisque nous avons descrit au long le meurtre de Gérard de Cérisy , il faut q,ue je dise icy qu'entre les tombeaux, qui re^ teot dans notre abbaye , il y en a un en la chapelle de Notre- Dame qui porte cette inscription :

Cy gist Mahaus de Cherisy, vidameese de Clacy.

Il semble que cette femme cstoit la fille de Gérard, dont nous avons rapporté l'histoire. Je trouve aussi un Gobert , seigneur de Clacy en l'année 1H9, dans le grand cartulaire de Saînt- Viriqent , lequel confirma la donation d'une vigne qu'un autre Gobert deChevrignyavoitaumosnée aux religieux de ce monastère. Peut-estre que ce Gobert de Clacy estoit le fils de cette Màhaus de Cherisy.

• En la même chapelle de Notre-Dame , on voit encore plusieurs autres tombes , entre lesquelles deux sont inscrites des noms de ceux dont elles conservoient les sépultures.

La première est celle de Jean gàrrazin, fils de GuiHaume du Sart, et elle est inscrite en ces termes :

Cy gist Jehan Sarrazins, fu fiu Monseigneur Willaume du Sart , fUli ex Luc Jehan, priiez pour s'dme.

le même tombeau représente Teffigie du personnage à qui estoit la sépulture, avec ces deux écussons au haut de la tombe.

Le personnage a la teste nue , les cheveux médiocrement longs , mais ne passant que fort peu le dessous des oreilles ; ils sont arrondis sur le devant selon la forme de la face. Il a les mains jointes y eslevées jusques à la gorge ; son habit est long et simple, tout d'une pièce, estendu jusques à mi-jambes ou tant soit peu plus ba». Il a deux chiens de chasse sous les deux pieds , et celui qui se trouve sous le pied droit semble avoir une espèce de toque ou bonnet. Ce tombeau , sans date ni année , paroit estre du milieu du XII* siècle , ce qui se voit par récriture ; le défaut de date semble encore en estre une preuve.

La deuxième tombe qui est dans la même chapelle de Notre- Dame représente un prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux , tenant dans ses deux mains un calice. La main gauche tient le pied et la droite la coupe du calice. Son chasuble est fort court par devant , ne descendant qu'environ à mi-cuisses ; H est fait à la façon ancienne, retroussé sur les bras. Il n*y a pas d*orfroi ou parure sur le milieu du devant , contre la coutume , mais il y en a seulement autour du col , et la parure du tour du col est semée d'étoile». Il semble que ce soit la marque distinçtivc des chasubles des simples prêtres , lesquels estoient différents de ceux des prélats , qui avoient des orfrois. Le manipule , Tétoile et la parure du bas de Paube sont semez de fleurs de lys. lia la teste découverte et rasée n'ayant au-dessus des oreilles

qu'une simple couronne de cheveux , grosse environ d'un bon pouce de roy. L'inscription est autour de la pierre, sur les bords, en ces termes :

Cy gist Renaus MoiÂflis, chanoine, prestre de Laon,

qui mourut en Van de V Incarnation de Notre-Seigneur mil deux

ceni quatre^vingt et un, le diemaine repus*. Proies pour luy.

Son effigie pdrott au milieu d'un portail gravé sur la même tombe , en haut duquel sont deux anges avec chacun un encensoir. Le précédent tombeau dont nous avons parlé est de la même façon , excepté que les deux écussons mis à Tautre page occupent la place des deux anges.

Il y a plusieurs autres tombeaux dans la même chapelle , proche ceux-cy , mais nous les passons , parce que n'y ayant aucune effigie ni inscription, nous n'en pouvons rien dire, non plus que de bien d'autres qui se trouvent de tous les costéz dans l'église.

Sortant de la chapelle de Notre-Dame pour aller au chœur» on reneontre un autre tombeau d'un évéque de Laon , appelle Léotéric , comme on le reconnoît par l'inscription mise sur le haut de la pierre tombale , en ces termes : Leotericus, Laudunensis episcopus*. Ce tombeau de Léotéric , évêque de Laon, est situé devant l'ancien autel de Saint-Thomas , présentement démoli.

Son effigie y paroit , revêtue d'habits pontificaux , la mitre fort petite en teste et la crosse toute simple dans la main gauche. Les cheveux dç sa teste paroissent tomber jusques un pea plus bas que le dessus des oreilles , le visage et le menton sont sans p^ls , le corps est tout découvert jusques sur les épaules , où commence à paroitre son chasuble , dont l'orfroi tout simple est fait en façon de palltum, traversant depuis le dessous d'une

(1) Le dimanche caché ou dimanche de la Passioa. (Ce .dimanche était ainsi nomme parce que, la veille, on voile les croix et images des saints). Roquefort, Glossaire de la langue romane.

(2) « Léotéric, évéque de Laon. »

épaule à Tautre par le milieu de la poitrine, et descendant par en bas jusques au bout du chasuUe. Cet orfroi est sans plis , quoique le chasuble ait la façon ancienne et soit retroussé sur les bras, faisant plusieurs plis et rides ; en. quoi il semble que ce soit un véritable pallium séparé complètement du chasuble. L'efXigie tient un livre des évangiles de la main droite. Audessous du chasuble paroissent la dalmatique et la tunique, avec les deux bouts de l'étoile toute simple , pas^^nt au-dessous de la tunique; Tétolle est frangée par le bas aussi bien que le manipule , mais Tun et l'autre sont fort étroits. Le bas de Taube n*a aucune parure. Les sandales sont garnies de croix à quatre branches, fourchues sur les bouts en £açon de branches d^arbres ; ces sandales sont pointues. Si Teffigie de cet évéque le représente au naturel , il avoit le col fort long.

Dans la chapelle du fonds de l'église , à costé de Tévangile du grand autel, on voit là pierre du tombeau d'un autre évéque de Laon, appelle Adeleloxaûs, que quelques-uns ont nonmié fort mal-à-propos jédelelotus, car le mot Adeleloxaûs est fort bien exprimé et très-lisible. Cet évéque est représenté en habits pontificaux , de la même façon et forme que ceux de Léotérie, excepté que son col est plus court et plus gros aussi bien que ses épaules. Il tient la crosse de la main gauche et a la main droite eslevée ; Tindex de cellecy et le médius sont droits, Tannularis et Tauricularis sont courbez à la façon des évéques donnant la bénédiction. C'est encore une différence avec Teffigie de Léotéric , qui tient un livre de sa main droite , cette main est abaissée jusques sur le ventre* L' orfroi du chasuble est toutà-fait semblable; il a la forme du pallium comme Tautre dont nous avons parlé , seulement le nom de Tévêque Adeleloxaûs y est gravé depuis Tépaule droite jusques environ le bas du même orfroi , en ces termes : adeleloxaûs , Laudunensis epis^ copus *. Les cheveux , fort crépus et frisez, descendent jusques aux oreilles; ia mitre est fort courte comme celle de Léotéric,

(1) « Adeleloxaûs, évéque de Laou. »

ce qui est uee preuve qu'on ne les faisoit pas pour lors aussi hautes qu'on les fait aujourd'huy. Cecy sera encore prouvé par TefOgie de Hugues , évêque de Laon.

Dans la chapelle de Saint- Christophe, il y a deux tombeaux d'ardoise au milieu du bas du presbytère , portant les effigies des deux abbéz qui y sont enterrez Ils y sont représentez en habits sacerdotaux , sçavoir , avec le chasuble, Tétolle, quiparoît au bas du chasuble , et Taube toute parée plus bas. Ils tiennent leur crosse de la main gauche,, et de la main droite un livre , lequel semble estre la règle de saint Benoît. Les orfrois des chasubles sont fort étroits , et outre la fourche que nous avons décrite ci-dessus , qui s'estend sur les épaules , Torfroi du milieu monte jusques au collet du chasuble ; c'estoit la façon de faire les.orfrois en ce temps-là. Celui de Tévéque Rainàldus,

qui vivoit en même temps que ces deux abbéz , est semblable à ceux-cy.

Les deux tombes des deux abbéz sont proche Tune de l'autre, et se touchent par le costé ; celle qui est à droite est de Baaduin de Courtray, et porte ces vers :

Jhhas Balduinus jacet hic, pietatis amator , Cui parcat Dominus , cœli terrœque Creator ! Tramite divino fuit electus , genuino More pius , pacis spéculum lumenque Bihracis» Martius in Unis fuit idtbus ens sihi finis \

La teste des deux abbéz est rasée ,- et il ne reste qu'une couronne de cheveux , laquelle parott avoir un demi-pouce de largeur; les cheveux descendent cependant dé costé jusques sur les oreilles» le menton parott sans poils. Le collet de Bauduin est semé de fleurs de lys , aussi bien que le manipule et Tétolle, dont les deux bouts paroissent chargez d*un lion ; la parure du

(1) « Ci-g!t Bauduin, abbé; la piété lui fut chère. Le Seigneur, créateur « des cieux et de la terre , lui fosse miséricorde ! Il fut élu par un secret des- (( sein de Dieu , la charité lui était naturelle ; il fut un miroir de paix et la « lumière de Bibrax. Son décès eut lieu le deux des ides de mars. »

bas de l'aube est aussi chargée de fleurs de lys. Celle de l'abbé JeandeLaFëre, à qui apparlient l'autre tombe, n'est pas ainsi parée , mais elle a un autre ornement et ces mots sont placez autour de la pierre tombale :

Lœtus pacificusque Joannes, verus amicus , cunctis prœlatus ,

humilis jacet hic tumulatus*.

Dans la chapelle de Saint-Benoît (autreiQent de Saint-Laurent et de Saint-Georges) , est la tonibe de Tévêque Hugues , successeur de Waldric , lequel paroit en habits pontificaux , tenant la crosse de la main gauche et le hvi^e des. évangiles de la main droite. Gomme je Tai dit ci-dessus de Léotéric, son col est entièrement découvert jusques aux épaules, sa mitre est fort courte et simple , ses cheveux crépus descendent jusques sur les extrémitéz du haut des oreilles. Sa barbe est médiocrement longue, et les poils en sont aussi crépus. Son nom est escrit sur Torfroi de son chasuble , fait en forme die pallium , comme je Tai dit de Léotéric et d^Adeleloxaûs; Tinscription commence à répaule droite de l'orfroi et descend par le milieu du même orfroi , en ces termes : Hugo, Laudun^sis episcopus *. Le reste n'a rieù de bien particulier.

Devant l'ancien autel de Saint-Benoît , qui est présentement enfermé dans la sacristie, est le tombeau de Waldric dont nous avons parlé ci-dessus et je n'en répète rien.

Dans la même sacristie ^ devant l'autel de Saint-Nicolas et Saint-Martin , il y a plusieurs tombes anciennes sur lesquelles aucun nom n'est gravé. Leur antiquité parott remonter aux huitième et dixième siècles environ , ce qui se remarque à la forme des tombes, larges du haut et étroites du bas , sans aucune inscription ; ce qui estoit particulier à ces siècles. Car on ne grava les noms sur les tombes qu'aux douzième et treizième siècles , et vers le milieu du treizième , on commença à graver

(1) Jean le bienheureux et le pacitique fut ami sincère et honoré au-dessus « de tous ; il repose humblement dans cette tombe. »

(2) « Hugues , évéque de Laon. »

les qualitéz des defîunts autour des pierres , sans aucune date ; celle-€y ne fut ajoutée qu'au quatorzième siècle.

Dans le chœur moderne, qui estoit Fancien presbytère avant la destruction de Téglise , il y a un grand nombre de tombes anciennes. Dans le milieu du chœur sont deux tombes creuses, revêtues autrefois de plaques de cuivre représentant les figures de ceux à qui elles appartenoient. Celle qui estoit plus proche de Tautel estoit la tombe de Roger, évèque de Laon , et portoit cette inscription :

Floruit in terris pater iste Rogerus honore Pontifids , famà, titulxs generisque nitore, Floreat in cœlis cœksti flore heatus I Oui postrema dies Maii vicesima prima*.

La seconde de ces deux tombes est celle de Hugues, abbé de Saint- Vincent ; elle porte ces vers sur le bord de sa pierre :

Ëugo boni forma , claustri rigor, actio cauta, Regia frons et opum fons clarus , largus, ahmdans, Ahhatum flos eccejaceti Qui régnât uUquè Huic dit pro meritis œternœ gaudia vitœ ! Quem post Augusti médium luœ tertia cla^isit *.

Au costé droit de la tombe de Tabbé Hugues est une autre tombe d'ardoise portant la figure d'un abbé revêtu d^habits pontificaux , la teste nue , la crosse toute simple dans la main gauche ; sa main droite ne paroit pas , parce que la superficie de la pierre est gâtée en cet endroit. Son col est découvert jusques aux épaules. Sa teste paroît rase et ne porte qu'une cou-

(1) « Les hoimenrs 4u pontificat» larenommée, les titre^ Téclat delà naissance, « Roger eut tout, il brilla sur la terre. Qu'faeureu]^ aux cieux il brille des « splendeurs célestes ! Son dernier jour a été le vingt^et<-un mai. »

(2) « Hugues était un modèle de vertu; sévère dans le cloître, prudent dans « Faction, il avait un aspect royal. II fut une source remarquable de richesses « pour le couvent; il était large et libéral. Ci-gît la fleur des abbés. Que celui « qui règne sur le monde lui donne, en récompense de ses mérites, les joies « de la vie éternelle ! Il ferma les yeux à la lumière le troisième jour après la » mi-août. »

ronne de cheveux crépus , descendant sur les oreilles. L'orfroi de son chasuble est semblable à celui de Fabbé Bauduin. Il y avoit une inscription autour de sa tombe , mais elle est effacée, et Ton n'en voit que très~peu de chose ; elle commençoit par ces mots : Lux et hanos , et finissoit par ceux-cy : Octobris tdibus\

Au costé gauche de la tombe de Tabbé Hugues est la tombe d*ardoisede Thomas, abbé de Saint-Vincent. Il est aussi représenté en habits sacerdotaux , avec la crosse dans la main gauche ; cette crosse parolt tournée en dehors. De sa main droite il porte un livre. Son aube est parée par le bas et Torfroi de son chasuble est fait par le haut en façon de j)a//tum, comme ceux dont nous avons déjà parlé. Il paroît la teste découverte, quoique la tradition affirme que le pape Urbain quatrième lui donna le privilège de porter la mitre. Sa teste est rase et ne conserve qu'une couronne de cheveux , qui descendent par les costéz sur le haut des oreilles.

Au pied de la tombe de Tabbé Thomas est une autre tombe de diverses pierre^ rapportées ; elle est à costé de celle de révoque Roger et représente Teffigie d*un autre évéque de Laon, appelle Rainaldus. Il paroit avoir la mitre fort courte, les cheveux longs et pendant jusques à moitié des oreilles , les yeux ouverts, la barbe longue également de tous costéz , crépue et fort bien arrangée , le col tout découvert jusques aux épaules. ir tient sa crosse simple de la main gauche , la main droite est eslevée à la façon des évêques qui donnent la bénédiction au peuple, n est revêtu d'habits pontificaux , et les manches de son aube sont larges environ d'un pied en circonférence. L'orfroi de son chasuble paroit sans ride ni pli et estendu, quoique le chasuble soit tout ridé et plissé à la façon ancienne. Cet orfroi est fait aussi en façon de pallium. Le manipule , sur le bout du bras gauche , est fort long et étroit ; à costé et au bas du chasuble, la dalmatique et latunique paroissent, d'une étoffe

(1) « La lumière et l'honneur Les ides d'octobre. »

différente, et au-dessous du chasuble on voit les deux bouts de Fétole étroite à la façon du manipule. L'aube est sans parure par le bas, mais les manches semblent brodées d'une broderie de pierreries. Les sandales sont semblables à celles de Léotérie décrites plus haut*. Je lis ces mots autour de la tombe:

Sicut smaragdus inter gemmas Rainaldus

Moribus et vitâ clarm habetur , ità fons

Aîorum, sensus pieiatis , fons ^pAoque sensûs.

Terra terens qwmdàm terra terenda modà,

Martius hune modo prostemit , sed relevatx>

Hune Deus idcircà looa oœlica ponati* Au costé droit du tombeau de févêque Roger est une ancienne tombe d'ardoise fort bien gravée mais présentement fort usée ; elle représente un abbé de céans , lequel paroit la teste découverte et rasée en sorte qu'il n*y a, comme aux autres abbéz, qu'une couronne de cheveux large d'un pouce sur le front et tournant autour de la teste ; les cheveux descendent sur l'extrémité du haut des oreilles. Le col est tout découvert jusque sur les épaules où on voit le commencement du chasuble dont il est revêtu. Il a les mains jointes et sa crosse, passée dans le bras gauche , remonte jusques à l'égalité de sa teste ; elle est tournée en dehors comme celle des évèques. Les mains, la teste et le col sont de marbre blanc sur une ardoise noire. L'orfroi de son chasuble et le manipule paroissent chargez de fleurs de lys sans nombre, lesquelles marquent la fondation royale de cette abbaye de Saint -Vincent dont il estoit abbé. L'escriture est tellement effacée sur cette tombe qu'à peine peut-on en lire quelque chose ; aussi nous n'en transcrivons pas un seul mot.

(1) Page 252.

(2) « Gomme une émeraade au milieu d^autres pierres précieuses , Renaud

« brilla par sa conduite et sa vie ; ses mœurs étaient très-pures, il eut le goût

« de la piété, son jugement était profond. Naguère, terre lui-même , il foulait

« la terre, maintenant il est une terre qu'on foulera. Mars Ta renversé , que

« Dieu le relève et le place dans les cieux....»

Au costé droit de cette tombe, du costé de l^épitre du grand autel , est une autre tombe de pierre dure et blanche, laquelle est posée sur la sépulture de Jean de la Selve , abbé de Saint- Vincent. Il n'y a rien de remarquable , sinon que cet abbé est représenté en habits pontificaux , la mttre en teste et les mains gantées croisées sur le bas ventre. Sa crosse est passée sous son bras gauche, sa tunique et sa dalmatlque , avec les deux bouts de rétole , paroissent sous le chasuble et le bas de Taube est paré d'une broderie» Autour de la tombe sont ces mots :

Hicjacet Dominus Joannes de Sylvd, quondàm ahhas hujus loci, <]ui olMt anno Domini millesimo quadringentesimo dedmo nono, vigesimd seplimd die mensis*.

A la teste du tombeau de Jean de la Selve est un autre tombeau d'ardoise , garni par le bord de lames de cuivre où estoit Tinscription de la tombe , laquelle représente l'effigie de l'abbé Simon de la Porte. La teste , le col et les mains jointes de cet abbé sont en marbre blanc ; il est revêtu d'habits pontificaux , les orfrois de son chasuble sont chargez de fleurs de lys sans nombre aussi bien que le manipule et là parure du bas de l'aube. L'inscription de la tombe , qui n'existe plus toute entière , est ainsi conçue :

morum probilate venustus

Cunctis prœlatus Simon jacet hîc tumulatus* .

Au chevet de la tombe de Simon de la Porte est celle de dom François de Freschencourt. Son effigie y estoit gravée en habits pontificaux , mais elle est tellement effacée présentement qu'à, peine y peut-on remarquer encore quelques traits entiers '.

(1) « Ci gît Jean de la Selve, autrefois abbé de ce couvent, qui mourut « l'an de N. S. 1419, le 27« jour du mois d'avril. »

(2) « Ci-gît , sous ce tombeau , Simon de la Porte , honoré au-dessus de « tous; il fut d'une pureté de mœurs remarquables. »

(3) Voici répitaphe qui se trouvait sur la tombe de don François de Fres-

€ontre le gros pilier de la croisée , du costé de Tépître , est enterré un archevêque de Reims , dont le corps a esté trouvé , il y a quarante ans environ / tout entier avec ses habits pontificaux* Il avoit la barbe longue et rousse , maisil fût réduit en poussière un quart-d'heure après avoir esté découvert. Les cartulaires de oette abbaye le font paroitre entre les bienfaiteurs de ce monastère de Saint-Yincent.

On trouva en même temps dans le milieu , entre le pilier de rëpître et celui de Tévangile , vers le grand autel , le corps d'un abbé dont les habits pleins de chaux vive existoient encore tout entiers , aussi bien que sa crosse et que les bottines dont il estoit chaussé , selon la coutume de Tordre. Son sque- ' lette estoit encore roide, et tous les os estoient attachez en^ semble , tenant Tun à l'autre par les ligaments naturels. Sa <;rosse et ses habits furent donnez au peuple, qui estoit venu en fou^e voir cette merveille. Vénérable et discrète personne dom Pierre de Lallain , prieur ancien de ce monastère , garde encore aiijourd'huy le haut de la crosse de cet abbé*.

Du costé de Tévangile, vis-à-vis la tombe de François de Freschencourt , est la tombe de Charles Morel , abbé de Saint- Vincent; il y paroit en habits pontificaux. Voici son épitaphe:

Hic jacet Dominus Carolus Morel, de Vendolio oriundus ,

quondàm abbas hujus loci, qtd ohiit armo Domwi

millesimo quingentesimo decimo , Mœriii die

vicesima sextd. Orale pro eo *

chencourt: Hîcjacei Dominus Franciscus de Freschencourt, quondàmabbas hujus loci, qui obiit anno Domini millesimo quingentesimo sexto.

(1) Vers 1640.

(2) Cette tombe était celle de l'abbé Enguerrand de Morueil, mort en 1438 (Voir livre 11 , chap. 6.)

(3) « Ci-gît don Charles Morel , natif de Vendeuil , autrefois abbé de ce mo- « nastère, lequel mourut l'an de Notre-Seigneur 1510 , le 26e jour de mars. « Priez pour lui. »

Le plas auguste de tous les tombeaux qui Jamais aient esté dans le presbytère de cette église de Saint-Yincent , est celui de saint Ganoald • évèque de Laon. Il se trou voit sous la seconde arcade du chœur ou presbytère , à costé de Tépitre de Fancien grand autel , place qui est présentement le bas des degréz qui montent au grand autel actuel «. Le corps de saint Ganoald a esté levé de terre en FaDnéell96; une grande partie de ses saints ossements est conservée en une châsse de bois peint, mise à costé du grand autel , au-dessus d'un tabkau qui représente refrïgie de ce même saint.

Yis-à-vis le tombeau de saint Ganoald , sous la seconde arcade du chœur, du costé de Tévangile du grand autel , est enterré Jean de Guise , abbé de Saint-Vincent et historiographe. Il avoit une fort belle tombe de pierre, avec son effigie en bosse» le représentant revêtu d*habits pontificaux , les* mains jointes et gantées et la mitre en teste. G'est le premier abbé qui ait obtenu irrévocablement pour lui et ses successeurs le droit de porter les habits pontificaux ; ce fut l'antipape Glément YIP* qui le lui accorda , séant à Avignon. Si Tabbé Thomas avant lui a eu ce privilège, ce ne fut qu'une exception personnelle ; Tabbé Thomas Tavoit obtenu , comme nous Tavons dit , du pape Urbain lY®. La tombe de Jean de Guise a esté transportée derrière le chœur dans la chapelle de Saint-Ghristophe parce qu'elle occupoit le passage du chœur en la chapelle de Notre-Dame. J'y lis ces vers :

De Guisiâ natus htcjacet sub caute Joannes Historiographus arteque juridicus ;

Jhbatum primus mitrâ fuit hic decoratus,

Res inhumata manet fi/rma virumque cavet ,

Mens pia, mens humilis, patriœ lux , Martha labore,

(1) Voir page 77.

(2) Robert de Genève^ élu pape en 1378 par quinze cardinaux qui avaient nommé Urbain VI peu de mois auparavant. Cette double élection causa un long schisme qui dura même après sa mort. Glément mourut d'apoplexie en 1394.

Irradiet functo vxta heata , Deus !

Anno miUeno quater C bis dtM dempto, Octavo mensis idfAS dêcesstt aprilis *" .

Où voit dans le même chœur , sous la troisième arcade du costé de révangile , une ancienne peinture représentant un évéque revêtu d'habits pontificaux , la mitre en teste et la chappe sur les épaules , laquelle lui couvre tout le corps. Ce prélat est assis dans un fauteuil , tenant de la main un escriteau contenant deux lignes et montrant avec Tindex de la main droite le commencement du même escriteau qui va vers un chevalier prosterné devant lui. Derrière l'évéque sont deux ecclésiastiques dont Fun a la teste découverte et rasée par le haut en façon des couronnes des moines, quoique ses cheveux soient longs à costé des oreilles. Le second a la teste couverte d'une espèce de toque plate par le haut ; Fun et Tautre sont attentifs à ce que Tévêque fait. Devant Févêque est réprésentée une reine, la couronne sur la teste, les cheveux longs et pen-% dants sous les oreilles ^ les habits de diverses couleurs , parsemez de certains blazons qui ne paroissent presque plus , estant effacez par Fantiquité du temps.

Un peu après cette dame, est représenté un chevalier à genoux^ vers lequel est dirigé Fescriteau que Févêque tient dans sa main et trois autres chevaliers paroissent debout et distinguez les uns des autres. Ils sont vêtus de leurs habits de guerre ; le premier a ses habits parsemez d'aigles déployez ; le second porte une robe rouge par dessus ses habits de guerre , un lion d'or est dessiné sur sa robe , il tient comme une baguette en sa main gauche. Le troisième chevalier a plusieurs

(1) « Sous cette pierrs gît Jean de Guise , historiographe, homme très-versé « dans la jurisprudence. Le premier de nos abbés il eut le droit de porter la « mitre. Son image nous reste et elle sauvera ses traits de Foubli. Son âme « fut pieuse et humble ; il a été la lumière de sa patrie, comme Marthe il « était infatigable au travail. Sa vie fut heureuse , Dieu , faites-le briller « dans la gloire! Il mourut le 8 des ides d'avril, Tan 1396.»

lions sur son habit d'azur , lequel il porte sur un habit de guerre ou cotte de mailles dont il paroit revêtu depuis le haut delà teste jusques aux pieds. Ce troisième chevalier aussi bien que le second et que la dame ont la main droite et Tindex eslevez, les autres doigts estant courbez. Le quatrième chevalier est vêtu comme les autres, excepté que sur son vêtement extérieur de pourpre il porte plusieurs aigles d'or déployez, comme le premier chevalier. Il a la main droite sur Tépaule du troisième chevalier et semble vouloir Tobliger à avancer avec les autres. Sa main gauche est pendante sur la cuisse droite, pardessus le fourreau de son épée qui paroit fort longue et large et qui est droite. Le fonds du tableau est vert, parsemé d'aigles déployez.

Au bas du tableau est représentée une espèce d'armée et aux deux bouts les chevaliers paroissent à cheval; dans le milieu ils sont représentez en prison. Autour de la peinture sont plusieurs écussons distinct s et divers. ' Au costé droit de la peinture estoit un tableau de bois , portant une feuille de parchemin sur laquelle est Tépitaphe d'un de ces chevaliers, à ce que porte la tradition* ; lequel tableau et épitaphe se gardent encore aujourd'huy en ce monastère de Saint-Vincent. Nous mettrons Tépitaphe ci-après. Au pied de la muraille contenant cette peinture sont deux tombes d'ardoise , fort bien ciselées , représentant deux chevaliers, vêtus comme nous Tavons dit dans la description de la peinture.

La tombe qui est la plus proche de Tautel et à laquelle appartient répitaphe dont nous venons de parler , porte deux bannières chargées de plusieurs aigles déployez , et contient

(1) Voyez la planche ci-jointe, copie d'une gravure de 1708.

(2) Quelques auteurs ont prétendu néanmoins que les chevaliers dont les tombes et épitaphes vont être ici décrites ne sont pas ceux qui sont désignés dans la peinture , mais bien leurs descendants. (Voir livre 10, chap. 5; voir aussi V Histoire de Notre-Dame de Liesse, par Villelte, page 66 et suivantes.)

cette inscription Jaqaelle est placée sur la teste du chevalier en forme de demi- cercle :

Icy gist noble hom et puissant messire Jehan d'Haippes gui trespassa ranMIMIIIxxXIILle...

jour après la S, Martin d'hyver.

Priés Dieu pour s^ame.

ÈPITAPHE DU CHEVALIER

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