BONNES MŒURS
ES troubles de la Yille de Laon estant en quelque façon apaisez^ le chapitre demanda au roy Louis-Ie-6ros permission de faire élection d'un autre évéque , afin qu'il succédât à Waldric ; mais celte permission ne lui fut pas accordée. Un certain Estienne , référendaire du roi , désiroit estre évéque; n'y pouvant parvenir à cause de quelque empêchement canonique attaché à sa personne, il procura la nomination royale
de Hugues , doyen de la cathédrale d'Orléans , dont il eut le doyenné. La chose réussit de la sorte et Hugues fut sacré évéque de Laon au commencement de Tannée mil cent trëiie. Lorsqu'on ouvrit , selon la coutume , le livre des évangiles afin de sçavoir son prognostique , on trouva ^ge vide ; ce qui donvia à présager qu'il ne feroit pas grande chose et nô demeureroit pas long-temps sur le siège épiscopal. Gela fut réalisé en effet et trouvé véritable , car il décéda six mois après avoir pris possession de révéché, selon la Chronique du Chanoine de Laon, dans les notes sur Guibert de Nogent '. Le moine Herman dit cependant quMl fut évéque huit mois. Il répara quelques-unes des maisons épiscopales avant sa mort, laquelle arriva le onzième jour de février de la même année mil cent treize , selon Tobituaire de Saint-Vincent de Laon. II est enterré dans cette église abbatiale ; sa tombe de pierre , portant soh effigie , s'y voit encore à la porte de la chapelle de Saint-Benoît , avec Tinscription ibise sur Torfroi du devant de son chasuble. E|le porte ces mots: Hugo, Laudunensis episcopns*.
Le chapitre de Laon et les abbéz du diocèse , spécialement notre abbé Adalbéron , cherchant de tous costéz un hoinme digne de remplir lé noble siège épiscopal de Laon et d'en ré^ parer les ruines , jetteront les yeux sur le noble Barthélémy , chanoine et thrésaurier de R^ms et de la grande église de Saint- Quentin y en Vermandois , lequel estoit très-connu dans la province à cause de sa noblesse et de ses bonnes mœurs. Son père estoit un prince de Bourg:ogne , nommé Falcon ', sa mère sVppelloitAdelède, fille deHîlduin, comte de Roucy, et comptoit entre ses parents les roys et les princes de France , de Bour^ gogne , de Lorraine et d'Espagne. Manassès , archevêque de
(i) Ad V Guiberii opéra notez et observationes , pag. 659... Guillaume de Nangis , en sa chronique manuscrite , ilit que Hugues tint ie siège épiscopal de Laon pendant sept mois.
(2) « Hugues, évéque de Laon. », Voir plus haut, page 254.
(3) Foulques, seigneur de Vir, en Bourgogne.
Reims , estoit son onde maternel aussi bien qu^Ebal , comte de Roucy , auquel il fut envoyé estant encore petit garçon ; il fut gardé par lui jusques à ce qu'il fut en âge d'estre instruit aux bonnes lettres. Pour lors , il fut mis entre les mains de son autre oncle Manassès, archevêque de Reims , chez qui il apprit les sciences et les bonnes mœurs. Ensuitte il fut fait chanoine et thrésaurler de Reims , puis chanoine de Laou et thrésaurier de la grande- église de Saint-Quentin , en Vermandois.
Tout le clergé et le peuple , connoissant le mérite de Barthélémy, rélurent unanimement pour estre évèque. Il fut consacré par Raoul, archevêque de Reims, lequel avoit succédé à Manassès. y déjà deffunt. Plusieurs évêques et prélats assistoient à son sacre » aussi bien que le roy Louis-le-Gros , en la même année 1113. Barthélémy, estant consacré, se transporta à Laon pour y faire son office; mais il n'y trouva ni cathédrale ni palais éplscopal.
Les restes de Tincendie avec les cendres sembloient lui estre laissez en partage. Il est vray qu'il se montra homme en cette occasion, ne pouvant dissimuler la douleur de son cœur par les gémissements et les sanglots qui sortoient de sa bouche , disant qu'il n'estoit point eslevé à l'honneur, mais qu'il estoit accablé sous le poids d'une église qu'il falloit relever de ses ruines. Il semble que la sentence de Tévangile qui lui fut lue par prognostique en son sacre , laquelle fut la même que celle qui échut à Gaudri: Tuam ipsius animam pertransibit gladius % voulut lui prédire la peine qu'il devoit prendre à rétablir une église désolée et à consoler un peuple af^gé. Il semble aussi qu'on doive lui appliquer ces deux passages : Homo nasciiur ad laborem.., Filius hominis fwnhabet ubicaput reclinet*. Il falloit un tel homme sans-doute sur le siège de Laon afin de réprimer l'insolence du peuple par l'autorité de sa noblesse , de réformer
(i) « Votre âme sera percée par un glaive., »
(2) « L'homme naît pour le travail... Le fils de l'homme n'a pas où reposer' « la tête. »
les mœurs du troupeau par la sainteté des siennes et de réparer les ruines répandues partout par Timmensité de ses richesses. C'est en lui particulièrement que la parole de Tapôtre se vérifia : Si quis episcopatum desiderat, bonum opus desideral \ Sur quoi le moine Herman remarque que saint Paul ne dit pas honorem, Thonneur, mais opus ^ Foeuvre, le travail. Aussi le bon évèque se réjouissoit d'être appelle non à l'honneur, mais au travail.
Le moine Herman , dans son prologue sur les trois livres qu'il a composez De9 miracles de Notre-Dame de Laon , lequel est uae dédicace de son ouvrage à Barthélémy , fait ce dernier quarante-quatrième prélat de Laoii. Mais il semble qu'il a eu des prédécesseurs en plus grand nombre , comme nous Pavons dit autrefois*.
(1) ff Celui qui souhaite répiscopat, souhaite une œuvre bonne.
(2) Page 146.