PROCURE PLUSIEURS BIENFAITS
ABTHÉLEMY, estant entré dans son diocèse , mit incontinent la main à l'œuvre pour réparer les ruines matérielles de son église. Il commença par la réparation de la cathédrale et de son palais épiscopal , qu'il réédifia depuis les fondements.
Mais comme cette entreprise requéroit une grande diligence et de très^grandes sommes d'argent tout eosemble , ne pouvant y suffire de lui-même ni avoir recours aux libéralitéz des Laonnois , lesquels estoient assez occupez chez eux à réparer les ruines de leurs maisons brûlées et désolées , il se résolut d'envoyer des reliques de la Hère de Dieu et d'autres saints , lesquelles se conservent encore en la cathédrale de Laon » pour obliger les villes de France , d'Angleterre et de Flandre à l'assister de leurs aumosnes. Il députa pour ce voyage huit chanoines, sçavolr: Boson, Robert, Anselme, Herbert, Robert, Boniface , Amisard et Odon , qui a esté depuis abbé du mo nastère de Bonne- Espérance *, au diocèse de Cambrai. Il y en-
(1) Abbaye régulière de Prémontrés.
voya aussi six bourgeois de la ville , sçavoii: Richard , Jeae Piot , Odon , Lambert , Boson et Thierry de Bruïères. Herman rapporte les grands miracles que Dieu a opérez par la vertu des reliques de la glorieuse Mère de Dieu, dans les divers royaumes ou provinces où les chanoines de Laon les ont portées '.
Pendant que ces voyageurs alloient chercher de quoi réparer rédjfice matériel de Téglise de Laon , Tévêque y faisoit travailler vaillamment de son costé , ajoutant ses soins et ses fatigues pour rédifice spirituel. Il commença ses visites épiscopales par tout son diocèse presque aussitôt après qu'il en fut mis en possession. Ce fut dans le cours de cette première visite épiscopale qu'il ponfirma à cette abbaye de Saint-Vincent de Laon le village d*Erlon , qu'Ingelran de La Fère , seigneur de Coucy , père de Thomas de Marie , avoit donné quant à la moitié. L'autre moitié a esté aumosnée à ce monastère par le comte Hugues et par sa femme Milesinde , du consentement de leurs enfants Manassès et Bauduin. Il confirma en même temps une charrue de terres , située à Gisy , donnée en aumosne à Saint-Vincent par un certain Rainier ; les revenus en. doivent estre consacrez au soulagement des rehgieux infirmes de ce mor nastère. Cela se fit du consentement des mêmes seigneurs Ingelran de La Fère, Hugues et leurs enfants. L'évéque faisoit pour lors la visite de la chapelle Saint-INicolas, assisté de Far^ chidiacre Guy, lequel estoit aussi thrésaurier, et du chantre de la cathédrale , nommé Blihard.
Le châtellain Nicolas Odon de FAbbaye , Clarembault du Marché et plusieurs autres estoient présents à cet acte , fait en H13, la première année de Tévéque Barthélémy.
Le même Rainier donna les dixmes de Lœuilly, que Bart^^iélemy confirma, aussi bien qu'un franc-alleu, situé au village de Courbes , donné en aumosne à ce monastère par une nommée Hélinde, femme d'Ybert, vidame de Laon. Cette aumosne avoit €Sté faite du temps de Févêque Elinand , et confirmée en lii5,
(1) De miractdis Beatœ Marié' Laudunensis. Appendix ad librum ter^ Hum Guiberii , de Vità sud. Luc d*Âchery, page 526.
da consentement des héritiers de la même dame. Après la mort d'Ybert , vidame, un seigneur, nommé Pierre, eut sa charge ; son fils , nommé Âdon , lui succéda et épousa une nièce de la deffunte dame Hélinde. Elle estoît son héritière et non-seulement elle consentit à la confirmation de cette aumosne , mais encore , après la mort du vidame Adon , estant fort affligée de son déced , elle donna un autre franc-alleu en un village de ses possessions , du consentement d'Elbert , le second mari qu*e11e eut , lequel fut vidame de Laon. Adalbéron , notre abbé , lui donna la somme de trente-cinq livres en actions de grâces de ce bienfait.
L'évèque Barthélémy, quoique fort gêné à cause des grandes sommes quMl dépensoit pour la cathédrale , ne laîssoit pas de faire du bien à cette abbaye de Saint- Vincent , estant en cela héritier de raffection que les prélats de Laon, ses prédécesseurs avoient toujours portée à ce monastère, comme à la fille spéciale de la cathédrale. Non-seulement il a fait paroître cette affection par ses bienfaits, mais encore il en a voulu laisser le témoignage par escrit dans une charte de Tannée iii3\ donnant en même temps à notre abbaye les dixmes de nos possessions à La Ferté , du conseil d'Odon , curé du lieu. Ce qui fait voir que les curez n'avoient point encore le domaine auquel ils prétendent maintenant sur les dixmes et autres revenus des pa^^ roisses , mais que le tout dépendoit absolument de la volonté de révêque , qui en usoit toujours selon qu'il le jugeoit plus à-propos , pour le bien de l'église.
De là sont venus les droits des curez primitifs qui sont attachez aux monastères et aux autres communautés régulières ainsi qu'aux séculiers auxquels les évêques les ont annexez , avec confirmation du Sainl-Siége. Ce qu'on peut voir par ce
(1). Nos veroeamdem ecclesiam Sancii-Vincentii ferveniiori dilectionis studio complectenies , domos ah omni sœculari potesiaie libéras et ipse à decimarum jure liberavi , comilio Odonis prœsbyteri , in Firmiiate ubi domus isiœ swU sitœ. (Parvum cartul. SancU-Vincentii).
que nous dirons dans la suitte de cette Histoire et par ce que nous avons dit dans les Histoires composées par nous les années précédentes.
Le bon évéque Barthélémy, croyant que sa sépulture seroit en cette église de Saint-Vincent aussi bien que celie de tous ses prédécesseurs évêques depuis saint Génébault , donna aux religieux de céans un moulin , un four avec deux petits champs situez proche la petite rivière d^Ardon , y ajoutant le bois de Gornelle afin de les obliger à faire son anniversaire tous les ans et la mémofre de ses parents deffunts. Il avoit retiré le moulin des mains de Robert et de ses frères et sœurs , tous enfants d'un seigneur nommé Ernauld , lequel les obligea de céder la part que chacun d'eux avoit en ce fnoulin , qu'il avoit tenu pendant Tépiscopat des évêques Waldric et Hugues. Le même seigneur ErnauH de Thierry s*estoit fait moine en cette abbaye de Saint-Vincent avant que Barthélémy ne fit cette fondation de son anniversaire à cette église en H23 et il avoit donné sa part du moulin lorsqu'il prit Thabit , quelques années auparavant ; son fils Robert , ses autres fils et filles donnèrent aussi volontiers leur part, en considération de leur père, lequel ajouta de son chef une rente annuelle de douze écus sur une maison située à Thierry et la porjtion qu'il àvoit en un champ situé proche du petit bois que Barthélémy donna pour son anniversaire. De là on peut voir que ks biens possédez par les abbayes ne proviennent pas tous de donations et aumosnes pures, mais que la plupart des possessions ont esté annexées aux monastères par les moines eux-mêmes qui en estoient propriétaires ou les ont amassées par leurs propres travaux.