‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 76 sur 116 · EN CETTE MÊME ABBAYE DE SAINT- VINCENT · texte numérisé non relu

EN CETTE MÊME ABBAYE DE SAINT- VINCENT

L'enfani qui venoit se l'aire religieux de son plein. gré et de

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lui-même en^ce monastère y estoit bien reçu Peu de temps après son entrée , soit qu*il fut vêtu en laïque ou qu'il portât r habit de clerc, le ebambrier du monastère le menolt au vestiaire pour lui faire quitter ses habits et lui donner ceux de la religion dont les novices ont coutume d^estre couverts. C'est un froc auquel est attaché un chapeau. On lui laissoit néanmoins Tusage de la chemise de lin et on ne lui donnoit point encore la chemise de laine ou sergette qui est en usage dans cette abbaye aussi bien pour les novices que pour les proféz. Quand Tabbé ensuitte le trouvoit bon , il faisoit oster le chapeau de son froc et il bénissoit une cucuUe afin de la lui don^ ner en place. En même temps il commandoit à Tun de ses religieux d'offrir Tenfant, en l'absence de ses parents ; le religieux esc4'ivoit sa demande et la signoit de sa propre main , puis il la lisoit en ces termes :

Ego, frater Ule iV..., offeroDeo et sancto Vincentio illum puerum, nomine N... , vice parentum ejus cum oblatione in manu atque petilione, aliaris pallâ manu ejus involutâ, ad nomen sanctorum quotum hîc reliqUiœ continentur et domini iîlius N.... ahbatis prœsentiâ , trado coràm testibus regulariter permànsurum, ità ut ab hâe die non lieeat et coUunk excutere de sub jugo regulœ, sed magis ejusdem regulœ fideliter se cognoscal instituta servare et Domino cum cœteris gratanti animo militare. Et ut hcBC petitio firma permaneat , manu meâ subter firmavi testibusque tradidi roborandam.

Cecy estant fait, Tenfant prenoit la patène avec Thostie et le calice avec le vin versé dedans ; puis celui qui offroit Fenfant lui enveloppoit la main avec la palle de Tautel , afin d'offrir Tenfant et son sacrifice en même temps au prêtre qui de voit le recevoir. On différoit néanmoins la bénédiction ou profession jusques à l'âge compétent, lequel estoit environ quinze ans.

L'abbé, lorsque l'âge estoit venu , trouvant bon d'admettre l'enfant à la profession et de lui donner la bénédiction , fkisoit assembler le chapitre du monastère et proposoit son intention à toute la communauté. Le jeune homme se mettoit incon-

tinent à genoux et estant émancipé de Técole , alloit aux pieds de Tabbé et faisort sa profession dans les mêmes termes et en la même formule que les autres novices. Mais on ne récitoit point la bénédiction de la cucuUe et on ne le dépouilloit point* lui laissant les habits qu'il avoit eus pendant son noviciat.

Pour ce qui regarde le rang que ces nobles victimes tenoient dans le monastère, Tancien rituel manuscrit de Saint- Vincent prescrit que ceux qui ont fait profession avant eux les précèdent , mais qu'eux précèdent tous ceux qui ont fait procession avec eux sans avoir esté offerts comme eux dès leur enfance.

Il y avoit aussi dans les monastères d* autres religieux qu'on appelloit oonvers desquels j'ai traité dans l'histoire de Notre- Dame de Bretheuil, c'est pourquoi je n'en dirai qu'un mot. Il yen avoit qu'on appelloit simplement convers et d'autres moines convers. Les simples convers n^estoient point religieux mais vivoient dans l'habit du siècle ou dans quelque habit particulier sans faire aucune profession ; ils se donnoient au service des monastères pour estre employez dans les bas offices.

Les moines convers formoient la seconde espèce ; ils n'estoient admis à la profession que très-rarement et à cause de ^eurs mérites et vertus. La preuve que je pourrois en donner , c'est que dans tout l'obituaire de Bretheuil je n'en trouve qu'un seul qui soit qualifié du titre de convers proféz. Fuihertus monachus et conversus professus. Leur emploi es toit aussi dans les bas offices ; ils avoient soin des fermes , des granges etc. etc.

On pourroit ajouter une troisième espèce de convers ; ce sont ceux qu'on appelloit moines à secourir , monachi ad suceurrendum, Geux-cy ne résidoient pas dans les monastères, mais dans leurs maisons particulières ou dans celles de leur profession. Il y avoit des moines à secourir de toute sorte de conditions; il y en avoit qui estoient abbéz, prieurs ou religieux d'autres monastères ; il y en avoit qui estoient chevaliers, soldats, prêtres , chanoines, curez. Les obituaires de Saint-Vin-

cent de Laon et de Notre-Dame de Bretheuil ; en Picardie, noud en donnent largement la preuve ; il est inutile d'en rapporter les nombreux témoignages. Quoique ces moines à secourir demeurassent chez eux , ils ne laissoient pas d*avoir leur habit particulier, qui estoit une cucuUe, comme nous Tavons dit plus haut * ; quelques-uns cependant n*estoient point astreints à rhabit. Leur obligation estoit fort petite et ils participoient à toutes Jes prières et oraisons du monastère , comme ceux qui portent aujourd'huy le cordon de Saint-François.

Des familles entières avoient coutume anciennement de se donner en servitude au monastère , lesquelles se rachetoient ensuitte par quelque somme considérable de deniers. Cette donation se faisoit pour Tamour de Notre-Seigneur, soit pour un temps, soit pour toujours. Le terme de la donation estant expiré ou le rachat ayant eu lieu, ces familles se donnoient quelquefois encore, comme nous en avons eu plusieurs preuves.

La donation estoit de temps en temps accompagnée de celle des biens , comme nous lisons en nos çartulaires de l'abbaye , où il est dit que Hugues-le-Bianc , sa mère et sa sœur se sont donnez à ce monastère environ Tan il 58 et y ont pris Thabit de moine , apportant à l'abbaye toutes les terres labourables et le bois qu'ils possédoient à Erlon ; ce qui nous amène à faire icy une réflexion. C'est que non- seulement les hommes se donnoient à ce monastère, mais encore les femmes venoient y prendre Thaibit de religieuses. L obituaire plus ancien de cette abbaye les distingue en deux classes , sçavoir: les religieuses proprement dites et les religieuses converses , qui ont esté en très-grand nombre. Je ne veux pas définir la manière de vivre de ces religieuses , non plus que le lieu de leur habitation ,. mais il faut faire attention qu'il y avoit autrefois des monastères doubles d'homnieset de femmes, avec habitation séparée. Il est probable que les religieuses de ce monastère avoient leur habitation proche la porte du monastère , selon ce texte de la

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vie de sainte Glaire : Acceptam tinam... quœ pro foribus monas^ terh deserviehat,,,,*

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