‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 77 sur 116 · FUNÉRAILLES D'UN RELIGIEUX DEFFUNT · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES D'UN RELIGIEUX DEFFUNT

Après avoir rapporté les cérémonies de la profession des religieux de ce monastère , je dirai quelque chose des cérémonies de leurs funérailles, quand j'aurai parlé de la manière dont on leur administroit les derniers sacrements.

Un religieux de Saint-Yincent estant malade et en danger de perdre la vie , on lui portoit les saintes huiles en communauté et le prêtre faisoit sept onctions en sept parties principales du corps , sçavoir : aux yeux , aux oreilles , à la bouche, aux naiines , aux mains , aux pieds et à Taine ; oti omettoit celle de la poitrine. La formule dont on^e servoitpour administrer ce sacrement est semblable à celle dont on se sert encore aujourd'huy Dans le monastère de Bretheuil , on faisoit Vonction de Faine à la poitrine , et on en ajoutoit une aux épaules et une au gosier; ainsi il y avoit neuf onctions*. L'ancien rituel de Laon omet Fonction à la poitrine ou à Faine, et ne prescrit que les six aux yeux , aux oreilles , aux narines , aux lèvres , aux mains et aux pieds. Pendant qu'on donnoit Fextrême-onction au malade , la communauté récitoit diverses prières, puis on lui faisoit baiser le crucifix et on lui administroit le viatique; on ne lequittoit point ensuitte qu'il n'ait rendu les derniers soupirs. Pour lors on faisoit les oraisons et la com-

(1) « Elle prit une des religieuses qui habitaient près de l'entrée du mo- « nastère. »

(2) D'après un ancien rituel de Notre-Dame de Breteuii , voici les prières qui accompagnaient les onctions de la gorge et des épaules :

Ad guttur. — Ungo guUur tuum de oleo exorcisato ut propiUeiur Dominus iniquitatibus tuis cunctis, sanet omîtes langtiores (uos redim**tque de inleritu vitam tuam , faciens in bonis omnibus desiderium tuum qui solus in Triniiatè vivis et régnas Deus per omnia ^.

Ad Scapulas. — Ungo has scapulas sive médium collum scapularum de oleo sacralo, ut in omni parte munitus spiritali unclione, jacula diabolici impelûs viriliter conlemnere ac procul possis cum roborc superni juvaminis expellere. Per Dominum nosirum <Ç-.

munauté sortoit pour aller réciter l'office des morts au chœur, pendant que quelques-uns emportolent le corps mort hors de Tinfirmerie pour aller le laver.

Le corps estant lavé et revêtu d'habits monastiques , l'abbé ou le prieur jettoit de Teau bénitte dans le cercueil ; il encensoit le corps mort et la bierre ensuitte , où le même corps estoit mis incontinent , puis , le couvent estant assemblé , on portoit le deffunt au milieu de la communauté , et l'abbé l'encensoit une seconde fois et lui jettoit de l'eau bénitte. Incontinent l'abbé ou le prieur frappoit sur une tablette et on faisoit les prières. On portoit de cette façon le corps dans la chapelle de Saint- Christophe , derrière le grand autel , on jettoit dessus un drap mortuaire pour le couvrir, on allumoit deux cierges au chevet et au pied de la bierre et on le laissoit là jusques à<;e qu'on fut prêt à dire la grande messe pour le deffunt. Pour lors on alloit le chercher avec les solennitéz ordinaires , on l'apportpit au chœur, on chantoit la messe des deffunts et après la messe on le portoit à la sépulture. Le corps estant enterré » tous les religieux se tenant debout , on disoit le psaume Miserere pour les morts enseveliç dans le cimetière de cette abbaye. L'oraison y ayant esté ajoutée , on commençoit les sept psaumes pénitenciaux, et le chœur alloit les achever dans Féglise , s'y prosternant comme de coutume ; on y ajoutoit une oraison.

Lorsqu'un religieux estoit décédé céans , tous les curez de Laon estoient obligez de faire sonner les cloches de leurs églises, dire les vigiles des morts , célébrer la messe des deffunts pour le repos de rame du religieux décédé et assistera ses funérailles. Pour cela un de nos abbéz , Adalbéron ^ leur a laissé un murd de vin qu'ils lui dévoient sur une vigne appellée Grivillon , et leur a promis de faire un service pour chacun d'eux , tel qu'on a coutume de le faire pour un familier du monastère , selon la société qui est entre eux et notre abbaye.

OBAFITRB ZV.

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