APRÈS LE DÉCED DES CHANOINES
Les seigneiirs du château de Lesquielles , comme fondateurs de l'église de Saint-Jean qu'ils y avoient fait bâtir , la tenpieot toujours en leurs mains propres et les huit chanoines de cette collégiale recevoient leurs canonicats des mains laïques de ces mépies seigneurs qui leur en donnoient les investitures, contre les décrets des saints canons de l'église ; ce qui duroit encore du temps de Tévéque Barthélémy. Dieu qui favorisoit toujours ce saint prélat en ce qui regardoit le bon ordre et le bon règlement de son diocèse, permit que la seigneurie de Lesquielles tombât par droit d'héritage entre les mains d'un chevalier appelle Bauduin de Soupir. Il est à croire que la grâce s'estoit rendue la maîtresse de ce cœur qui fut forcé de se rendre à ses douces violences. Car ayant horreur de l'abus qui cixistoit pour l'investiture des canonicats de Saint-Jean, sui-
vaut; encore les mouvements que la grâce de Dieu faisoit naître dans son Àme , il remit , dès les premières années de sa seigneurie , la cure de Saint-Jean du ehÀteau entre les mains de révêque Barthélémy , ayant pris auparavant le consentement de sa lèmme appellée Machanie , >de Burchard -, seigneur de Guise , son gendre , qui avoit épousé dame Adelaîs, sa ÛUe. Tous donnèrent leur consentement et ne firent nulle dif&eulté d*aecorder une demande si juste , laquelle devoit les exempter d*un péché assez commun en ce temps-là et qui attiroit quelquefois la colère de IMeu sur les plus nobles familles de France. Barthélémy, évèque de Laon , reçut avec d'autant plus de joye la remise de cette cure qu'il Tavoit souhaitée avec gi^ande affection , désirant satisfaire aux saints décrets des conciles qui proscrivoient sous peine d'excammunicatiou Tinvestlture donnée par des laïques et mettre le salut de cette noblesse en assurance de ces costéz-là.
Ce qui pressoil davantage le seigneur Bauduin de Soupir , outre les raisons que je viens d'apporter , c'est que les clercs ou chanoines qui estoient établis au service de la collégiale de Saint-Jean de Lesquielles menoient une vie trop séculière et fort contraire à la sainteté que requiert Testât ecclésiastique particulièrement en des chanoines qui doivent estre la mesure et la règle des autres. C'est ce qui obligea le bon seigneur Bauduin de prier Tévêque Barthélémy, lui remettant la cure de Saint-Jean entre les mains > de la donner à quelques personnes religieuses pour y établir Tordre monastique après le déced des chanoines, afin d'édifier le peuple par de bonnes moeurs et une bonne conversation. L'évêque prit conseil sur cette affaire et particulièrement touchant les personnes qu'il y devoit établir. Il donna cette église de Saint- Jean de Lesquielles à notre abbaye de Saint-Vincent, afin qu'elle lui fut annexée perpétuellement , selon la résolution qu'il en avoit prise dans son conseil, et en attendant qu'on y put établir un nombre convenable de religieux pour la desservir en la place des chanoines qui. remplissoient pour lors toutes les prébendes , il fît venir notre
abbé Anselme et commit à ses soins la garde et^ la bonne disposition de cette collégiale , laissant néanmoins les prébendes aox chanoines qui les possédoient pour tout le temps de leur vie, à condition qu'elles retoumeroient à sa disposition dès qu'elles viendroient à vaquer. Tout cecy s'est passé en Tannée H33 et Facte en fut fait à Laon par Tévéque Barthélémy \ Ce fut le chancelier dé la cathédrale appelle Raoul qui le signa ; le doyen Ouy yestoit présent avec Tarchidiacre Letald, le chan. tre Blifaard et plusieurs autres chanoines tant prêtres que sousdiacres , en plus quatre abbéz du diocèse , sçavoir Drogon , premier abbé de Saint- Jean de Laon , Simon , abbé de Saint- Nicolas-aux-Bois , Gislebert , abbé de Saint-Martin de Laon et un autre abbé nommé Hugues; plusieurs autres personnes de marque y estoient aussi présentes avec un certain nombre de seigneurs qui y estoient venus pour d'autres afllûres touchant Fabbaye de Saint- Vincent.
(1) Cet acte était ainsi conçu : Bartholomœus , Dei gratiâ ecclesiœ Sanctœ
Mariœ Laudunensis minister indignus Notum igitur esse volumus tàm
posteris qmm modemis, quià cùm domini castetli oui Lescheriis nomen est , ecclesiam Sancli-Joawnis in ipso casteUo sitam in propriâ manu tenuissent et octo Canonici qui ibi erani de illorum lazcâ manu, contra morem eccUsiasticum , prcebendarum inveslituras usque ad tempora suseipere eonsuevissent , novissimè Balduùms de Sup^o, ad ct^us manum locu$ ille hoBrediiariâ successione provenerat , divino nutu ahusionis ilîiu$ reatum expavescens , annuente uûcore sua Machianâ privignoqueeteodem genero suo Burchardo de Guisiâ cum uxore sud Adelelidi , ipsius videîicèt Balduini filiâ , prœdictœ ecclesiœ curam in manu nostrâ reddidit , orans ut quià cleriei nimis seculariter et irreligiosè ibi vixermt , eam alicui teligiosœ personœ commiiteremus , quatenùsjfost decessum canonicorum monasOcus ordo ibi institut deberet. Itaque t con«t/to acceplo , monasterio Sancti-Vincentii , de suburbio Laudunensi, illam ecclesiam tradidimus fratrique Anselmo , ipsius loci abbati , et omnibus successoribus ejus dis^ positionem illius curamque commisimus , ità ut canonici , qui ibi erant , tune in vitâ sud prcebendas habefent et cùm morte ipsorum prœbendœ ad manvm ejus rediissent , tune de eis cum divino adjutorio liceret disponere
et^pro facultate loci monachorum inibi numerum constiluere Actum
Lauduni XI April. Calend. , anno Divi$iœ Incam, MCXXXIW.
Barthélémy ne laissa pas de démembrer une partie du revenu de Saint-Jean de Lesquielles pour l'annexer à l'abbaye de Foigny qu'il avoit nouvellement fondée, de quoi elle ps^ie encore une prestation annuelle au prieuré de Lesquielles. Le même évéque s*est aussi réservé sur cette église un droit qui existe encore aujouid'huy. C'est un cierge très-pesant que le prieur de Lesquielles doit porter chaque année ou faire porter à Toffrande en la cathédrale .le jour de la Chandeleur.
Le pieux seigneur de Lesquielles , Bauduin de Soupir , tâcha d'augmenter le revenu du prieuré de tout son possible, y attribuant plusieurs terres à labour de son propre fonds avec la rédécirpe de tout son grain. Ce n'est pas sans bon fondement que son obit est marqué dans Tobituaire de Saint-Vincent pour qu*on conserve la mémoire de ses bienfaits et qu'on se souvienne de prier pour lui \
g. 3«. ERECTION DE LA COLLÉGIALE DE SAINT-JEAN DE LESQUIELLES EN PRIEURÉ. FOIRE DE HUIT JOURS INSTITUÉE A LA FESTE DU PRIEURÉ. SON AUGMENTATION ET LIMITES DE LA N CURE DU MÊME PRIEURÉ.
Les huit chanoines de Saint-Jean de Lesquielles estant décédez , l'abbé de Saint-Vincent fit un prieuré de la collégiale et remplit les prébendes des chanoines d'un certain nombre de religieux de son abbaye. Afin d'augmenter le prieuré et de le rendre plus connu , Gautier alors abbé , institua une foire dans sa dépendance de Lesquielles , du consentement de son chapitre de Saint- Vincent , laquelle doit commencer le 24 de juin et durer huit jours consécutifs. Cette institution fut faite en l'année HTl. Pour lors Jacques , seigneur de Guise , fils de Burchard de Guise et d'Âdelaïs , fille de Bauduin de Soupir ,
(1) Nonis Aprilis obiit Balduinus miles de Soupi qui dédit ecclesiam de Lescheriis, culturas etiàm proprias et redecimam de granario. (Obituar Sancti-Vincentii).
avoit succédé à loutes les terrée et seigneuries de son père et de son grand-père maternel , lequel estoit protecteur de ce prieuré et de ses dépendances en qualité d'avoué. L'àbbé l'associa aux profits de cette îoire , lui en donnant la moitié et potir cela il y avoit lîn officier commun qui recevoit le tout et le di'sr tribuoit ensuitte par moitiéà Tabbé de Saint- Vincent et au seigneur de Guise. J'omets leà autres conditions de cette foire que confirma Gautier de Mortagne , pour lors évéque de Laon. Les saufs -conduits de tous ceux qui venoient à la foire ou s*en retournoient appartenoient au seigneur de Guise. Plusieurs personnes des premières familles du diocèse sq trouvèrent présentes avec révéque Gautier à cet accord et à cette concession que notre abbé fit au seigneur de Guise , sçavoir : Robert , doyen de la cathédrale , Bauduin, archidiacre , Gautier , trésorier , JBlugues, abbé de Prémontré, Guillaume, abbé de Cuissy, Grégoire , ébhé de Tbenailles , Guillaume , abbé de Saint-Michelen-Tbiéracbe , Renaud , doyen de Guise et plusieurs autres. > Un autre abbé de Saint- Vincent , nommé Hugues , soutint les droits de la cure de Lesquielles contre Nicolas , abbé de Marelle, touchant quelques paroissiens qu'il soutenoit estre delà paroisse de Hontreuil , lesquels furent néanmoins adjugez à Saint-Jean de Lesquielles. Ce fut à cette occasion que les dis:tricts des deux paroisses de Lesquielles et de Montreuil furent distinguez. Les bornes de la cure de Saint-Jean s*e^tendoient depuis la fontaine du Bueelin jusques à une croix plantée derrière la maison d'un nommé Wichechin et depuis là jusques au chemin à trois issues où les terres labourables du sejgneur de Lesquielles. commençoient. Cecy arriva en Tannée 1i85, en présence de Guillauàie, doyen deiron , Barthélémy, prêtre de Lesquielles, Gérard, chapellain de Montreuil» Raoul, ehanoiiie de Guise, Wiard , majeur de Montreuil et Bauduin, majeur de Villers.
Le prieuré de Saint-Jean de Lesquielles avoit déjà assisté de son propre domaine les religieuses de Fonsommes * dans leur
(1) Ou plutôt Fervaques, abbaye fondée près des sources de la Somme en
première fondation du temps de saint Bernard « abbé de Clairvaux, qui prit la peine de marquer lui-même l'enceinte de ce monastère pour des religieuses de son ordre. Parmi lea.terres que le prieuré de Lesquielles leur laissa , Tune estoit située à Fonson^mes même. Peut-estre est-ce sur cette dernière que fut
un lieu dit. le Petit Fervaques, par Reinier , seigqeur de Fonsommes et sénë'- €hal de Veroiandois.
« Pénétré de zèle pour le sahit des âmes , dit Paul Colfiette , saint Bernard I parcouroit les provinces de la métropole de Reims , préchant aux peuples la « réforme des mœurs et travaillant de tout son pouvoir à fonder auprès^ d^eijbc
« des religieux de sa règle Par ses soins, Ourscamp, Long-Pout, Vaux-
« Clair et Vayxr-Gelles estoient déjà bâtis pour des hommes , il venoit encore N d'ériger tout récemment une nouvelle abbaye de filles à Monstreuilren-Thlé- « rache ; il ne voulut pas que le Vermandois fut privé du bien qu'une seconde « maison pouvoit procurer à la province. Reinier, sénéchal du Vermandois , « et sa femme Elisabeth se prêtèrent aux vœux du patriarche. Reinier char- « gea le saint d'appeller à Fervaques une colonie des vierges de Monstreuil « dont 4a réputation de samteté estoit répandue dans les environs et saint Ber- « nard traça lui-môme le plan de leur monastère au-dessus des marais de Fer- « vaques , près des sources de la Somme. » Mém. du Verm. Tome U,
L'abbaye nouvelle enrichie des largesses du noble comte Reinier et des seigneurs voisins , prévenue des bienfaits encore et de la munificence de quelques autres monastères , fleurit bientôt par les siècles et acquit une certaine célébrité; deux cents ans après, un décret du 20 mars 1319, émané de Mathieu , abbé de Glairvaux , la jugeait suffisante à nourrir cinquante religieuses , tant professes que novices , vingt autres personnes tant moines que chapelams, etc. , et dix sœurs converses. Survinrent les guerres qui désolèrent le Vermandois et le monastère de Fervaques , deux, fois rasé et détruit , se releva deux fois et répara ses ruines. Chassées enfin par les Espagnols en 1635 de leur pieuse enceinte , les religieuses se retirèrent à Paris , au faubourg du Roule, où elles occupèrent un hospice, puis de là au faubourg Saint-Cermain. Mais leurs vœux et leurs désirs les rappelaient toujours aux contrées que leur avait assignées leur pieux fondateur ; en 1648 , elles revinrent à Saint-Quentin et s'y fixèrent dans une petite maison dont elles avaient la propriété. Cette maison , rebâtie plus tard à neuf et agrandie par différentes acquisitions , offrait des proportions admirables ; à l'époque de la révolution française , c'était une des plus belles abbayes de France.
Les bâtimens de l'antique monastère des bcrnaidines de Fervaqueç, à Saintuentin, sont aujourd'hui une propriété communale.
bâti le monastère. L'abbesse de Fonsommes est obligée de payer pour cette terre douze deniers de rente annuelle et pour une autre aussi laissée par le prieuré, soixante et dix sols au prieur de Lesquielles , selon qu'une des abbesses de Fonsonimes , appellëe Marguerite, Ta reconnu ^avec ses religieuses en 4189, pendant le temps de Hugues , abbé, de Wibaud , prieur claustral de Saint- Vincent , lequel en estoit prévôt. Le prieur de Saint-Jean-Baptiste de Lesquielles s'appelloit pour lorsHermand ; il avoit sans doute une communauté nombreuse dans le prieuré de Saint-Jean , puisque je trouve trois religieux cour vers dans la même communauté, lesquels se nommoient Gautier , Adum et Hubert. Pendant ce temps-là plusieurs personnes pieuses augmeotoient les revenus du prieuré de Lesquielles par leurs aumosnes et legs pieux , entre lesquels Je remarque un seigneur, nommé Roger, qui donna en pure aumosne au prieuré de Saint-Jean sa propre mairie, ce dont il fit passer acte exprès par-devant les officiaux de Laon , lesquels estoient mattre Prieur et Jeaa Ghapellain Les religieux travailloient aussi de leur costé pour rendre le prieuré de SaintrJean habi-* Xàb\e par une <*ommuftatité de moines et le faire arriver à estre ce que notre saint patriarche Benoît désire que soient les monastères de son ordre. Ils bâtirent premièrement le dedans du naonastère , puis ils pensèrent au-dehors. Ils obtinrent des maires et éclievins la permission de fermer de murailles une terre située entre le prieuré et le chemin de Guise et ils avotent déjà c(»kimencé cette clôture lorsque le seigneur Jean de Ghàtillon, comte de Blols «t seigneur d'Avesnei» , de Guise et de Lesquielles , y mit opposition , laquelle fut levée fort peu de temps après par un accommodement entre lui et les moines du prieuré. Geux-cy quittèrent plusieurs petites routes sur divers particuliers afin d'avoir la liberté d'achever la clôturé qu'ils avoient commencée et qu'ils achevèrent en paix par ce moyen , à condition néanmoins de ne point faire de forteresse aux murailles. Gecy se passa en Tan 1^59. Les armes du comte de Blois qu'il me paroit intéressant de rapporter icy, estoient un écusson chargé dé croisettes sans nombre en cette façon :
Plusieurs autres personoes de Lesquielles doDaèceol des aumoinea i cette abbaye de Saint-Vincent , enire lesquelles je remarque UD certain Jean , fils de Gilon de la Garde , et Sophie, femme du même Jean , lesquels donnèrent au prieuré de Saipt- Jean-Baptiste la moitié d'un jardin situé en la rue de la Croix , pour estre conjoïDte à une aulre moitié que nos religieux posr sédoient déjà lors de cette donation en 1272. Par le même droit de donation et d'eumosne le prieuré poasédoit deux fours dans Lesquielles, lesquels estoient tellement privilégiez qu'il n'estoit permis à personne de cuire son pain ou autrechose ailleurs. Ce droit reçut quelque atteinte en l'année t31i , mais dom Richard de Morgneval , prieur de Lesquielles . le defTendit courageusement et le conserva, comme il parott par le jugement du hailly de Guise et d'Avesnes qui en donna la sentence la même année. Le même prieur contraignit le seigneur Ansiaux deHoDchiaus , .écnyer, à payer un muid de froment qui lui estoit dû sur la dime d'iron , ce que le seigneur a reconnu en l'an 1338, au mois d'octobre.
Jean de Guise , abbé de Saint- Vincent , deffendit. aussi conrageusement plusieurs droits de ce prieuré au village do VIIlers en l'an 1379 , et au territoire d'iron en l'an 1374 , le 26 mars.
Dom Jean Corblet , prieur de ce même prieuré de Saint- Jean de Lesquielles résista fortement aux offlciers du prince du Haine ou de Moyenne, seigneur de Guise, Hortaiuel Glen, les-
quels vouloient cDvahir le droit de la foire du prieuré d^btit j'ai parlé ci-dessus ' , et ils en jouissoient par usurpation depuis les guerres malheureuses qui désolèrent le Laonnois au XY^siècle. pareeque les moitiés ayant esté obligez de se retirer du prieuré, le seigneur s'estoit approprié ce qui appartenoit à Téglise de Saint-Jean-Baptiste de Lesquielies. Gomme les officiers de ce prince ne vouloient rien relâcher de leur usurpatioii', le prieur dom Jean Corblet fut contraint d'avoir recours au prince du Maine lui-même par un placet ou requeste qu'il lui présenta , à cette fin qu'il lui fit rendre ce qui lui appartenoit. Le prince, plus consciencieux que ses officiers , ordonna à ceux-cy de rechercher les droits du prieuré par la lecture des titres nécessaires et de lui remettre ce qui estoit à lui ; ce qui fut exécuté au mois de septembre de Tannée 1459 , en vertu de Tordre que le prince en donna à ses officiers le premier jour dudit mois et de ladite année. La restitution ne s'en fit néanmoins qu'un an après, le dernier jour du mois de novembre, lequel estoit un dimanche.
La ville de Guise avoit alors son gouverneur pour le prince du Maine ; c'estoit le sénéchal d'Angers « auquel celte place avoit esté commise.
Dom Thomas Blocquel portoit la qualité de prieur en Tannée 1503 ; ce fut sa dernière année , car je trouve que dom Jean , Beuzart lui avoit succédé et portoit cette qualité en Tannée 1504, en laquelle il assista à l'élection de Tabbé dom François de Freschencourt et 1506 à celle de dom Charles Morel , aussi abbé de Saint-Vincent. Dom Claude estoit prieur titulaire de Lesquielies en Tannée 1577 ; dès ce temps-là il n'y avoit plus que fort peu de religieux dans les prieuréz et les guerres civiles contre les Huguenots achevèrent d'abolir entièrement ces communautéz en sorte que nous ne voyons plus maintenant qu'un
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prieur dans chaque prieuré. En l'anuée 1677 , vénérable et discrète personne » dom Pierre de Lallain , religieux proféz e^ ancien prieur claustral de Saint- Vincent de Laon , possédolt le titre de prieur de Lesquielles , lequel n'a voit point encore^sté tenu par aucun séculier jusques alors.
PLUSIEURS PERSONNES DE L*UN ET DE L'AUTRE SEXE VIENNENT SE FAIRE REUGIEUX ET RELIGIEUSES EN CETTE ABBAYE
^nmi^ 'ESTAT monastique estoit en si bonne odeur en ce temps iUri ^^ pci^dant tout ce siècle que plusieurs seigneurs de ^um^ marque et plusieurs chanoines ou autres ecclésiastiques vinrent prendre en notre monastère l'habit de notre ordre. Le premier que je trouve est un chevalier, nommé Willeaume , lequel ayant porté quelque temps les armes parce qu'il estoit au service de Tévêque de Laon qui , en qualité de duc et de pair, avoit une petite cour \ fut saisi d*une maladie pendant qu*il estoit encore jeune et ;*entra en lui-même par une grâce spéciale de Dieu^ comme dit Févéque Bsurthélemy , dans une charte*. Faisant, pendant sa maladie, une sérieuse
(1) L*éyêque de Laon portait les titres de duc de Laon, de comte d*Anizy et de deuxième pair ecclésiastique du royaume. Les principaux offices de sa maison étaient érigés en fiefe ; il comptait dans sa cour un vidame , un prévôt, un maréchal, un chambellan, un connétable, un gonfaloniery un màî-tre-éThôtel et un écuyer.
(2) Salubri usus consilio , militiœ renuntians so&culari , • ChrisU militiœ se subdidit , monachi habitum toio mentis affeotu suscipiens. Gartu Barthol. an. 1134.
réflexion sur Tinstabilité de la vie présente , il prît une forte résolution de quitter le monde et de renoncer à la milice du siècle pour s'enrôler sous Tétendard de la croix. Sa résolution eut son effet ; il reçut Thabit de religion dans Saint-Yinceni avec toute l'affection de son cœur et une dévotion extraordinaire. Voyant néanmoins qu'il ne pouvoit plus vivre longtemps e qu'il n'auroit pas le loisir d'effacer ses péchez par la pénitence , il tâcha de les racheter par les aumosnes qu^l fit à ce monastère de Saint-Vincent. U lui donna , pour le remède de son âme et de celles de ses parents , un pré dit de Sainle- Aldegonde qu'il avoit acheté de ses propres deniers, à condition qu'il resteroit toujours au monastère sans qu'on le vendit ou qu'on l'échangeât. De plus il donna conjointement avec son frère Robert , chanoine de là cathédrale de Laon , un cens de huit deniers annuels. Le bon frère Willeaume ne tarda guère à décéder après cette donation et fut enterré au lieu de sépulture des religieux , en l'an 1134.
Incontinent après son déced , son frère Robert, chanoine dé Laon , et ses sœurs et beaux-frères , vinrent ensemble en cette abbaye et mirent Tacte de cette donation sur le grand autel de Saint- Vincent , selon la coutume de l'époque. Ils estoient accompagnez en cette circonstance de plusieurs de leurs neveux et d'un grand nombre de clercs et séculiers. En même temps un autre chanoine-diacre de la cathédrale de Laon , nommé Jean Stkabon , fit aussi la donation d'un cens de dix sols et de dix-sept chapons de rente avec une terre en friche, pour obliger les religieux de Saint- Vincent de faire son obit après sa mort , faisant confirmer sa donation par l'évêque Barthélémy pour plus grande sûreté *.
(i) Voici un extrait de la cliarte confirmative de cette donation: .... l^os vero quorum officium est quasi de spécula non solùm in prœsenti, verùm etiam longé in futuro utililatibus ecclesiarum providere, maxime perpendenles quod locus Beati Vincentii à nostris antecessoribus utpotè secunda eorum sedes, ut et nunc nostra, liberaliter adauctus et dulciler fuetit tractaius , hœc supeHus annotata sœpè fatœ ecclesiœ impressions nostrœ imaginis confirmavimus... Carta Bartliolomœi , anno 1134.
L'évêque de Laon qui confirmoit ainsi tous les dons faits à notre abbaye imitoit en cela la bonté , la douceur et la libéralité de ses anciens prédécesseurs envers notre monastère. Son ebapHre usa aussi de la même condescendance , en cédant en Tannée mil cent trente-neuf à notie abbaye de Saint-Vincent tout ce que nos moines avoient acquis dans la dépendance du même chapitre '•
Un certain Alexandre y fil» de Willaume Bucca , prévôt de l'évéque , employa le crédit du prélat Barthélémy pour obtenir une place deanoine en ce monastère pour le reste de ses jours en U33.
Un autre chanoine de la cathédrale suivit ce précédent d'assez prèz ; il s'appelloit Guy et il prit rhabit monastique en notre abbaye vers Tannée 1138 ou 1130, apportant avec soi quelques rentes sur le territoire de Yaux-sous-Laon pour sa dot.
Un gentilhomme du pais de Liège se donna aussi entâère- D»ent à ce monastère en qualité de religieux avec sa sœur nommée Gesla f sa femme appellée Herlewide et son fils nommé Gautier, pour y ^rvir Dieu pendant toute sa vie parmi les pauvres de Jésus-Christ en profession solennelle; cecy arriva vers Tan 4150. (Voyez ce que j'ai dit des diverses sortes de moines, des religieuses et dés sœurs converses de cette abbaye de Saint- Vincent de Laon au chapitre IIP du VHP livre de cette histoire , page 297.
Ce seigneur s*appelloit Guillaume de Cimay ' ; il donna avec sa famille tout le franc-alleu qu'il possédoit çiu village appelle Pez , sçavoir , dans Téglise , dans les clôtures , dans les terres
(1) In nomine SanciceTet Individuœ Trinitatis. Ego Wido, Sanctp hou. dunensis Ecclesiœ Decanus et lotus conventus , notum facimfis tàm prcBsentibus quàm fuluris... Concessimus ecclesiœ (Sancti-Vincentii) fratribus quidquid in ecelesiis nostris hactenùs acquisierunt pi deinceps acquirent et quidquid episcopi Laudunenses eis contulerunt vel in posterum confèrent , ^iherè possidendum ^... Actum in Capiiulo nostro, anno Incarnati Verhi MGXXXIX...
(2) Ou Chimay (Cimacum).
et cens, dan» les terres friches et hnmides , en préz , en bois, en serviteurs et servantes. Il voulut que les revenus àt toutes ces choses fassent appliquez aux vêtements des religieux de ce monastère ; les étoffes dévoient en estre achetées dans la ville de Mion» Il donna encore, lui et sa famille, Yillers% qu'on appelait Deux-Eglises et tout le franc-alleu qu'ils y possédoient légitimement. Toutes ces terres estoient dans le Li^ ; c*est pourquoi Tabbé Bauduin et sa communauté les mirent sous la protection de Tévéque de la même ville de Li^e , lequel se nommoit Henri, lui promettant ainsi qu'à ses successeurs les suffrages des prières de la communauté de Saint-Vincent et une certaine gracieuseté an jour de la feste deSàint-Làmbert, évêque de Liège et patron de la même ^ille. L*abbé Bauduio obtint la confirmation de toute cette donation par le pape Eugène III» sous le temps de Louis VIP, roy de France, en la présence d'Alexandre, prévôt et archidiacre de Liège. , de Baudoin , Odo , Ëlbert > Amakic , Hubert , doyen , Bruno , prévAt de Sainte- Croix , Gosvin de Montfaulcon, gentilhomme très^» noble, comte de Dagesbur , Hugues, Erfons de Goulmont^ Guillaume et ceûx-cy de la famille de Saint-Lambert , sçavoir : Wjric , Arnoul , Garnet , Wederic et Godefroy de Cimay, en outrede Gautier , doyen , Simon , prévôt dé Cimay , Simon de Marly et plusieurs autres.
En 1141, un autre seigneur, nommé Nicolas Gattus, quittoit sa femme , ses enfants , ses frères^ et toutes ses possessions pour se faire religieux à Saint-Vincent , donnant à notre abbaye un franc-alleu situé à Montigny et un autre à Calendriac. Un seigneur, appelle Gobert, se fit encore religieux dans notre monastère vers la même époque.
(i) Près Avesnes.