‹ Histoire de l'Abbaye de Saint-Vincent de Laon ... publieé, annotée et continuée par l'abbé Cardon, et l'abbé A. MathieuChapitre 84 sur 116 · LEURS PRÉUTS. ANSELME EST FAIT ABBÉ · texte numérisé non relu

LEURS PRÉUTS. ANSELME EST FAIT ABBÉ

B diocèse de Laon Ûeurissoit de tous les costéz pair les bons soins que lui prodiguoit Févèque Barthélémy > le^ quel ayant réformé les abus du dehors , auroit corrigé aussi très-volontiers les abus du dedans de sa cathédrale, changeant les chanoines en nioiDcs si cela eut esté en son pouvoir^ Il ne laissa pas d'augmenter de beaucoup les revenus de son chapitre et de$ chanoines , afin d'en multiplier plutôt que d'en diminuer le nombre ; car c'est de là que dépend la beauté du service divi^» Il les obligea de manger ensemble dans un réfectoire commun pendant la plus grande partie de Tannée v leur pourvoyant avec abondance et somptuosité ce qui leur estoit nécessaire pour leur nourriture. Les chanoines même estaient

(1) Herman y De miracuîis Beaiœ Mariœ Latidunensis.

persuadez de la bonne économie de leur évéque qui augmenta leurs revenus de beaucoup et fit plus que les doubler. Il ne laissa pas de leur profiter aussi pour le spirituel , en sorte qu'on vit bientôt parmi eux des personnes de mise et capables des plus grandes dignitéz ecclésiastiques. Entre ces chanoines, Guy , doyen du chapitre et archidiacre de Laon , esloit le plus apparent ; aussi fut-il bientôt tiré du collège des chanoines et fait évéque de Châlons-sur-Hame à cause de sa piété et de sa dévotion. Il estoit fort amateur de la chasteté et fort zélé pour l'office divin auquel il se trouvoit toujours très-assidûment. Il reçut la consécration épiscopale des mains de Samson , archevêque de Reims. Ce nouvel évéque tira du chapitre de Laon un jeune chanoine , nommé Haimon , et le fit son archidiacre de Chàlons-sur-Mame en la même année 1140 , alors qu'il fut sacré évéque de la même ville.

Le bon prélat Barthélémy eut encore la satisfaction en Tannée 1141 de voir dom Thierry, religieux de Saint-Nicolas^au- Bols , en son diocèse^ élu évéque d'Amiens , après ^u 'il eut esté abbé de Saint-Ëloy de Noyon; il fut aussi consacré par Tarchevêque Samson, son métropolitain. Les autres églises de la chré. tlenneté tenoient à honneur d'avoir quelques-uns des reli^ejix ou chanoines du diocèse de Laon , afin de se ranger sotis leur gouvernement. Le ciel même fàvorisoit Tépiscopat de révéque Barthélémy de plusieurs grands miracles et l'historien Herman remarque que depuis saint Génebault, premier évéque de Laon, on n'en vit pas tant que sous la prélature dé Barthélémy , à cause de la grande efficacité des reliques de Notre-Dame.

Barthélémy d'autre part faisoit comme les abeilles , lesquelles ramassent le suc des plus belles fieurs ; il recueilloit dans les autres diocèses les hommes qui lui paroissoient les plus pieux et les plus distinguez. Il tira de l'abbaye de Saiut-Nicaise de Reims ^ un nommé don Simon pour le faire abbë de Saint-Nicolas-au-Bois et le chargea d*y rétablir la discipline régulière

(i; Abbaye de bénédictins «

qui s'y estoit en quelque façon relâchée. En quoi celui-cy profita de telle sorte que Thibaut^ comte de Champagne , tira bientôt de cette abbaye un religieux appelle Raoul, afin de rétablir par ie eonseil de judnt Norbert , abbé de Lagny V Un autre religieux fut aussi tiré de la même abbaye pour estre abbé de Saint-Amand , dans le Hainaut. Depuis ce temps , Tobservance et les sciences se maintenant dans le même monastère de Saint-Nicolas- au-Bois^ un dom Gislebert , qui y estoit prieur, enXut tiré pour estre abbé de Saint-Michel-en-Thiérache y sa doctrine extraordinaire lui ayant mérité cette dignité; il en fut rappelle après la mort de dom Simon pour estre abbé de Saint-Nicôlas-au-Bois.

Le pieux évêque ayant un si grand soin des abbayes de son diocèse, m^me de celles qui estoient les plus éloignées, ne pouvoit oublier celle de Saint-Vincent de Laon qui lui estoit aussi chère qu^une fille unique Test à sa propre mère. Il en avoit du reste un soin tout particulier parce qu'elle estoit sa seconde cathédrale; c'est ce qui Tobligea, après la mort de Tabbé Seifroy, d'aller chercher par tous les cloîtres du diocèse afin d'y trouver un homme digne de remplir la place du defibnt abbé. U en trouva plusieurs ^n$ doute , mais il en chercha et en trouva i^n autre du plus grand mérite dans la royale abbaye deSidnt-Médard de Soissons'.G'estoitun nommé dom Anselme^

(1) L*4bbaye de Saint-Pierre de Lagny appaurtenait à Tordre de Saint-Benoit.

(2) L*abbaye de Saint-Médard comptait presque six siècles d'existence quand don Anselme, un de sesenfans, fut élu pour abbé de Saint-Vincent de Laon. Fondée par Clotaire I" , vers 56Ô , elle, vit s'accroître rapidement ses possessions-et ses privilèges. Décorée du titre d'archimonastère , deveniie la sépulture de quelques-uns de nos rois , le sanctuaire eboisi et vénéré de plusieurs autres , elle' cdntenait dans son enceinte quatre cents religieux , s'illustrait par des écoles publiques ; deux cent vingt fiefe , sept prieurés et-un nombre égal de prévôtés étaient sous sa dépendance. Ses églises, plusieurs fois détruites dans les guerres desNormans, des Anglais, des Calvinistes &. se relevèrent rapidement et furent, quelquefois consacrées par des papes ; dix conciles se tinrent dans ses

proféz de la même abbaye et natif de la viUe de Soissons. Il le tira de son cloître en Tannée 1128 et Tordonna abbé de ce monastère de Saint- Vincent à cause de ses mérites. L'effet" répondant à sa pensée fit voir qu'il ne s*estoit point trompé en son choix ; car il acheva de rétablir la discipline régulière avec tant de perfection , qu*en peu de temps on vit sortir de Satnt- Vincent neuf religieux qui furent abbéz en divers monastères. Celui d'Orbay choisit un nommé dom Bauduin » celui de Morlmont\ un nommé dom Guillaume, celui de Saint-Sépulchre de Cambray , un nommé dom Parvins, homme fort recomroandable d aprè» les cartulaires des abbayes- voisines^, celui de Saint-André de Neuf Châtel , un nommé dom Adam, celui de Saint-Pierre de Hainault , un nommé dom Foulques « celui de Flennes > un nommé dom Girard , celui de Vertus , ua nommé dom Robert et Saint-Nicolas-des-Prèz sous Ribemont fui gouverné par un nommé dom Guillaume ; Saint*Michel-eii- Thiérache eut aussi un moine de céans pour son abbé , lequel

murs de 744 à 1076 ; sod enceinte était un des quatre asiles où les criminels accusés de lèze-msgesté trouvaient un refuge et se purgeaient de toute accusa^ tion sans autre défense que le serment. L*abbaye exerçait encore une sorte de souveraineté sur ses vassaux ; eUe avait droit de battre monnaie , elle était exemptée des charges publiques.. Dans Tintérieur de àaint-Médard fut aitti*ëliM& retenu captif Tinfortuné Louis-le-Débonnaire, dont la faiblesse et la condescendance paternelle étaient les seules fautes; le monastère qui vit le couronnement et la prise de possession de phisieurs de nos rois assistait alors à la déposition d'un de ses monarques.

Ruinée, puis restaurée, auxIX<^,XeetXVe siècles, rabbayedeSaint-Médardvit tomber encore la plupart de ses édiiices à l*époque de la révolution française ; cpielquessouvenihïdu passé subsistent toujours, une portiotn des bâtimens, lesCryptes, U prison d^Abailardi &.Les restes de Fantique monastère bénédictin de Saint- Médard-lés-Soissons ont été achetés au commencement de ce siècle parla pieuse sollicitude de Monseigneur de Sinaony, évéque de Soissons; une institution de Sourds-muets a été établie dans Tenceinte de l'abbaye.

(1) L'abbaye de Morimont, près Langres, appartenait à l'ordre deCffeatia;; dans le catalogue de ses abbés, il n'est fait aucune mention de don Guillaume, Les autres abbayes dont il est ici parlé appartenaient à l'ordre de Saint-Benoit.

s'appeiioit Jean. Tûus gouvernèrent leurs églises avec édification, reconnoissant Tégiise de Laon pour leur mère et appellant révêque Barthélémy leur père au rapport du moine Herman , auteur contemporain de cecy '.

L'obituaire de Saint-Vincent fait mémoire des abbéz dont je viens de parler ci-dessu aux jours de leurs déceds et eu ajoute linéiques autres : Jean de Lesquierres , abbé de Saint-Nicolasau-Bois , est décédé le 29. décembre ; il a donné 6% sols pour faire son anniversaire dana Saint- Vincent de Laon dont il esloit moine. Gaultier, abbé de Nogent , vivoit en Tannée 1142 et est décédé le 26 mars , Guillaume , abbé de Saint-Michel en Thiérache , est mort le 3 de mai et Baoduin , abbé d^Orbay» est mort aussi le même jour. Henri , abbé du Mont-Saint- Quentin , homme de grande piété et érudition , est mort le 17 mai 1183. Un Autre dom Guillaun(ie , abbé de Saint-Michel en Thiérache, est décéidé le 9 juillet; Jean , abbé de Saint-Michel « est mort le 10 août. Robert , abbé de SainIrSauvear de Vertus , est mort le 24 septembre. Adam , abbé de Neuf-Châtel, est décédé le 12 octobre. Parvins , abbé de Saint-Sépulchre de Çambray , est décédé le 24 octobre. Guillaume , abbé de Morimont , est décédé Je 12 mars. Gérard, abbé de Fiennes^ est décédé le 5 mars. . ^

Qilduin , abbé de Saint-Michel en Thiérache et reclus , puis abbé.d*Âi$saint » puis reclus à Saint-Martin , et Martin, abbé de Sai9t-Denys dé Mons , en Hainaut , ainsi que plusieurs au* très.» furent tirez de cette abbaye dé'Saint-Vincent pour estre abbéz en divers monastères.

(1) Herma^, De miraculis Bealœ Mariœ Laud. lîh. S, cap. SO,

générosité de l^abbé Anselme pour deffendre les droits de l^abbay^.

LE pape innocent SECOND CONHRME SES PRIVILÈGES, ESTANT A UON.

NGOMTiNBNT que Tabbé Anselme eut pris possession de cette abbaye , il en eut un soin extraordioaire tant pour le spirituel que pour le temporel. Nous avons vu quelque chose du spirituel, donnons quelques détails sur le temporel. Son courage fut remarquable pour maintenir les droits de Tabbaye et son zèle Tohligea d'avoir un différend considérable avec Simon, abbé de Saint -Nicolas-au-Bois, lequel avoltfait bâtir à Anguiîcourt un moulin dont celui de Saint-Vincent y- «xislant recevoit un dommage notable. Il eut recourâ à la médiation des plus puissants personnages du paîs afin de terminer le différend amiablement et paisiblement. Il interposa Bainaud» archevêque de Reims , Barthélémy , évéque de Laon, Gaufroy» abhé de Saint-Médard dé Soissons , Alvisus , abbé d'Aissaint , Guy , doyen et thrésaurier de Laon , Blibard , chantre , Al-* bric , archidiacre de Reims et Gérard , doyen de la grande église de Saint-^Quentin , dans le chapitre de laquelle l'affaire &e termina , en présence de Goifroy ^ chantre , Foulqueé, chai^

ceiier, Evrard, Odon < Roger et plusieurs autres chanoines de la même église de Saint-Quentin , Tan i 131.

Ce fut cette même fermeté qui Tobligea de résister à Roger de Pierrepont , lequel faisoit violence à ce monastère de Saint- Vincent > reprenant une terre , dés eaux et un siège de moulin, justice et détroit que son père Ingelran de Pieirrepont y a voit donnez ta diligence de Tabbé Anselme fit que ftoger se reconnut avant sa mort et Confessant son injustîeeeneette usurpation, restitua tout ce qu*il avoit enlevé. Mais spn fils, nommé lîobert de Pierrepont, imitant son père Roger, reprit par violence et injustice ce que ce dernier avoit rendu à Saint- Vincent et le retint jusques h ce que Dieu lui faisant connoftre sa fauté , il restitua le tout aussi bien que son père ,"en Tannée 1431 , en présence de Tévêque Barthélémy et de Guy, doyen de Laon. Le même Robert de Pierrepont fit encore pénitence de ses violences en donnant aux moines de Saint- Vincent plusieurs de ses possessions en 1133.

Notre abbé Anselme eut aussi un grand différend avec Jes héritiers de Thomas de Marie, fils d'Ingelran de La Fère , lequel se confiant en ses violences et en la force de son épée , avoit rempli le pais de misères sans épargner les églises et les temples de Dieu. La nôtre est une de ceHes qui eurent le plus à se plaindre de hii , paisqu*il lui ravit la noble terré d'Ërlon que son père Ingelran de La Fère et Hugues , comte de Rethel, lui avoient donnée en aumosne. Il ne se èoptenta pas de cette violence et il en ajouta une autre non moins grande que-la première. Car après la mort de son père , il usurpa une niaison de Saint-Lambert que son père defTunt avoit donnée à ce monastère et la terre de Saint-Gobain que nos religieux possédoient depuis un tetaips immémorial et sans aucune contradiction ; il demeura dans la possession sacrilège de ces terres pendant tout le temps de sa vie.

Thomas de Marie, estant tombé malade dans Glastres, village proche de Saint •* Quentin , envoya chercher Tévêque de Laon Barthélémy et Adalbéron qui estait alor» abbé de Saint <

Vincent? prévoyant l^ien que sa maladie alloit lui donner passage dans Tautre monde; il leur déclara Ti^justice de son usurpation , reconnut sa faute ^ remit ce qu'il avoit usurpé entre les mains de l'évéque pour en faire la restitution convenable et se fxt absoudre du crime qu'il avoit commis par ses violences. Il ji'y avoit pas manque de témoins de tout cecy ; car le doyen de la cathédrale de Laon> Guy , depuis évéque de Ghi&loos'sur- Marnç ^ y estpit avec Raoul , archidiacre de la même ville , Crodefroy, chape! iain, et plusieurs noblesses entre lesquelles on nomme la comtesse, de Saint-Quentin , un médecin appelle Bauduin , qui estoit venu pour rendre quelque soulagement au malade, un gentilhomme appelle Scot de Yendeuil , Gérard d'Erlon , Bàoul de Franconcourt , Baimond de Yendeuil et plusieurs autres personnes de considération \

Thomas de Marie estant déeédé , sa femme , nommée Milesinde et Ingelran , son fils ^ ne vo^ulurent aucunement exécuter Tordre du deffunt pour la restitution des biens appartenant à Saint-Vincent. Ni l'autorité de J'évéque , ni les prières de plusieurs personnes ne furent capables de leur faire abandonner ce qu'ils retenolent alors contre la sécurité de leur conscience.

Dieu perniit que le pape Innocent second quittât la ville de Borné et Tltalieet vint alors en France oii il visita plusieurs diocèses et abbayes. Le diocès^e de Laon estant très-recbmmandable pour plusieurs raisons et particulièreçaent à cause de son évêque Barthélémy, le pape Innocent y vint à la sortie du cencile de Beims , accompagné de saint Bernard et de saint Nor« hert, déjà archevêque de Magdebourg, lequel y obtint nonseulement la confirmation de son ordre de Prémontré , mais encore la protection du Saint-Siège et des sainte apôtres Pierre et Paul en la même année i 131.

(1) Thomas de Marie ne mourut pas à Clâtres , près Saint-Quentin , mais à Laon où il fut transporté après la blessure mortelle qu'il reçut do Raoul , comte de Vermandois, dont il avait fait assassiner le frère.

Tous les abbézdu diocèse $*efforçoient d'impétrer chacun les mentes privîl^es pour leurs abbayes , ce que notre abbé Anselme n'omit point de faire pour cette église de Saiot-Yincent de Laon , selon que là bulle du même pape Innocent seoond , donnée en la même année mil cent trente-et-un le prouve as-r spz. Il imitoit en cela Seifroy , son prédécesseur , lequel avoit obtenu la conûrmation de tous les droits et privilèges de cette abbaye de Saint-Vincent dès Tannée mil cenV^inglrCinq par le pape Honoré second qui en. fit expédier la bulle le neuvième jour de décembre de Tannée ii35b C'est la première bulle donnée pour la eonfirmàtioi) des possessions do ee monastère. .

Anselme , abbé de Saint* Vincent , profita aussi de la présence du pape Innocent second pour se plaindre des Injustes usurpations des héritiers de Thomas de Marie. Le pape fit àppetler la dame Milesinde , Veuve de Thomas et le fils de èeluicy , Ingélran de Couçy; mais estant occupé alors à de nouvelles affaires qui lui survenoient à chaque moment , il ne put terminer cèlle-cy , comme il Tauroit désiré , avant son départ de la ville de Laon. Il laissa seulement à notre abbé Anselme un bref adressé à Tévêque Barthélémy, par lequel il lui donnoit commission de provoquer la dame Milesinde et son fils Ingélran à feire la restitution des terres qu'ils retenoient et qui appartenoient à cette abbaye dé Saint- Vfncràt ; en ca^de refus , il dévoit les excommunier s'ils ne remettoient le tout d^ns le délai de quarante jours. De plus il laissa an même évéqué le pouvoir de mettre toutes les terres de Milesinde .et d'ingeirah en interdit général ; le baptême seul des enfants ^i Tabsolution à Tarticlede là mort' estoient exceptez de cet interdit.

L'ëvéque ne manqua pas de faire son deyoir et de signifier Tordre que le pape luiavoit laissé; ce qui eut assez de fotce sur les esprits des criminels pour leur 'faire restituer sur-lechamp le village d'Ërlon et la maison de Saint-Lambert ; mais ils demandèrent et obtinrent un terme de quatre ani§ pour exa^ miner si véritablement la terre de SaintrGobàin appartenoit au monastère de Saint- Vincent, et prendre consdl ^sur ce qu'ils

avoient à faire; au cas qu-ils ne pùssent-en estre éelaircis pour lors , ils permettroieni que la cour ecclésiastique en jugeât ; que is*ils ne se soumettoient à toutes ces conditions , alors les dame et seigneur de Goucy subiroieut le jugement que Tévéque ppononceroit sur eux en exécution du bref apostolique. L'abbé et les religieux accordèrent volontiers cette trêve aussi bien que Té véque Barthélémy. Au bout du terme de quatre ans la dame Mifesinde et son fils Ingelran revinrent à réeipiscence, estant 4;ouchéz des bons conseils du pape et aussi de la crainte des cbÀtfmens' divins. Ils restituèrent donc tout ce quils avoient usurpé àcette abbaye de Sain^ Vincent et en mirent l'acte avec solennité sur le grand autel , ne demandant pour toute récom pense que le suffrage des prières et des bonnes œuvres des religieux , SUn que ceux-cy leur impétràssent , ainsi, qu'au deifunt Thomas de Marie , le pardon de leur usurpation.

L'évèque Barthélémy assistoit à cette restitution dans notre église, lequel ayant entendu Taccord que les religieux avoient fait de leurs prières et de leurs bonnes oeuvres à la dame Milesinde , voulut pourvoir à ce qu*à l'avenir une semblable usurpation n' arrivât plus. Il prononça anatbème devant le grand autel de cette même abbaye , en présence de Milesinde , de spn fils Ingelran , de tous leurs satellites et des autres personnes de leur suite contre ceux qui auroient la témérité d'attenter une usurpation semblable à celle dont restitution se faisoit alors, laissant Tacte de cet anathème par escrit afin d'en conserver la mémoire à la postérité. Cette charte est une de celles qui prouvent combien cette abbaye de Saint- Vincent a toujours esté chérie de la cathédrale , comme la fille l'est d'une bonne mère et les moines aimez des évêques comme les enfants le sont de bons pères spirituels *.

Quelques autres seigneurs , prenant exemple sur ce fait, se gardèrent bien d'usurper les possessions de Saint-Vincent ;

(1) Voici un extrait de cette charte de l'évêque Barthélémy. Prœcipuè ergà illos henigniorem ac devoliorem , ratione exigente , exhibere compellimur affectutn, qui et Laudunenm malris ecelesiœ peculiares filii sUni, f.

bien au contraire ils gratifioient cette abbaye de leulrs propres biens selon leurs facultéz. Un certain Rainaud donna la quatrième partie d'un moulin situé à Bransicourt , pour adjoindre cette partie à une autre^ue nos moines possédoient déjà dans le même moulin à rencontre des religieux de Saint-Martin de Toumay qui estoiènt propriétaires de l'autre moitié. L'évéque -Barthélémy donna acte de cette aumosne en Tannée mil cent trente-deut en présence de Gérard, Yidame de Laon et de Nicolas qui estoit chatellain de la même ville, de Guy, doyen de la cathédrale et de plusieurs autres ecclésiastiques et seigneurs. Un autre gentilhomme , nommé Jean, qui avoît un office de service de table chez Tévéque et demeuroit à Rosoy, sa seigneurie, donna des terres, prèz et bois à ce monastère , lesquels estoiènt situez à Doigny et de plus six deniers de cens en bonne mémoire sur un autre moulin situé aux confins de son territoire de Rosoy.

pu PRIEUflÉ DE LÉSÛOIERRES OU LESQUJEIXES.

§. ie^ CONSTRUCTION DU CHATEAU ET DE {.^ÉGLISE DU PRIEURÉ DE SAINT- JEAN DE LESQUIELLES. ÉRECTION DE LA MÊME ÉGLISE EN COLLÉGIALE DE HUIT CHANOINES, PUIS EN PAROISSE.

ES seigneurs de Lesquielles voulant ennoblir le lieu dont il est icy fait mention , bâtirent un château dans la paroisse de Saint-Germain du même endroit , laquelle pa-^ roisse , très-ancienne . dépendoit des chanoines de Saint-Gervais de Guise et tous les habitants du même lieu en estoient paroissiens , aussi bien que le seigneur et les domestiques du château. Quelque temps après ou peut-eslre même quelques siècles après la construction de ce château , les seigneurs eurent la piété de faire bâtir une église dans son enceinte , laquelle fut dédiée à saint Jean-Baptiste et fut desservie par un collège de huit chanoines. Je ne trouve point le temps de la construction de réglise ^ ni du même château , mais il semble qu'elle remonte à une époque assez éloignée , bien avant Tévêque Bar* thélemy ; car ce prélat dit dans sa charte d^érection que plusieurs de ses prédécesseurs se sont employez, à la requête des seigneurs dudit lieu , pour obtenir à Téglise de Saint-Jean de

Lesquielles le titre de eure ; auxilio prcedecessorum nostrorum episcoporum à canoniots de Guisiâ lioc (^(inwrunt»,. D'autre part le temps de cette érection estoit déjà immémorial lors do même évêquc , x;ar il ajoute encore que de son temps , c'està-dire en Tannée i13i , il y ttvbit différend entre, les chanoines de Guisè et ceux de Lesquielles sur un certain cens à payer par Ces derniers. Donc Téglise de Saint-Jeafn 4e LesquieHes avoit esté bâtie bien ayant TéVêque Barthélémy et on peut con* Jectufer avec probabilité qu'elte fut construite environ le dixième on le commencement du onzième siècle. Après avoir esté qaeTque temps simple collégiale, elle fut érigée en paroisse poùtles seigneurs deXesquieltes , leurs domestiques et toute ia noblesse du lieu , tous lés clers et tous lès engagez au service du ch&teau , selon la charte de l'évêque Barthélémy *. Le

(i) Voici cette cbàrte que nous «xirayons du texte de Tauteur et que nous mettons en note : Ego BartkolomcBus , Det gratiâ Laudunensis eeelesiœ mh

nister indignus Notum igitur esse volumus tàm posteris quàm moderfUs

quià ùum castettum dé Ltscherns in pérochid SancH'^Gemumi construe-^ ium fUissefy quœ parochia est de possessione cammc&mm SancH-Gervasii de Guisiâ, ùumque omnes parochidni prcedicti castelli ad purœhiam Saneti- Cermàni tàm vivi qiiàin mûrtui ventre debuissetU , in ipso castelld eecler sia Saneti^Joànnis à dominis ipsius toet construite est et canonici ad Deo se/fmnàu/m ibidem instituti sunt. Itaque domini prcBdicti castelU, àiuiHUo prosdeeessorum nostrorum episcoporum: à canonUns de Gvisiâ hoc obtinùetUnt f ut ormes équités qiii Lescherfis habitant omnesque elericos omntsque servientes, qui cUrics domini serviunt et de curiâ sud bénéficia hàbent, necnon et familiaS tàm èleriùorum quàm eqûUum et servientinm ectlesiœ Sttncti-JoanniS parochianos esse eoncederént , omnes verh bur^ genses qui pér Majorem et Scàbinos ad justiUam veniûnt , qui pkièHa et taliassolvunt , qui corvada et furcam ad pxiia fcenànda et- in NaiaHDo^ mini curiûfn Domino debent, ad paroehiam SancH-GénMmi reiinerent. Quod si qui de familiis cleiicorum, eqmtum aut sertHeniium ab eis reœ" dentés matrimonia contraxerint et burgensium consuetudines persoiverint et pet Majorem et Scàbinos justitiam fecérint, vel si qui de servîentibus ad burgensium consuetudines redierint , hi ônmes Sancti-Gerrhani paro-chiani erunt; si quis autem de servientibus nullam burgensium consûepi^ dinem reddens, tantûm de terra, quam tenuerit , curiam domino d^bit.

partage de la paroisse de Saint^Germainestoit d'fivoir tou&les bourgeois du lieu qui «ont sujets à la justice du majeur et des éeheyins , qui paient les plaids et le& tables , qui doivent cor-*vées et fourches à laner les foins des prairies et qui sont obligez de plus à faire la coût au seigneur du lieu. Ceux qui estant au service du seigneur le quitteroient et viendroient à se marier seroient aussi de là paroisse de Saint-Germain; pourvu qu'ils fussent sujets aux mêmes droits que les bourgeois. Les officiers des seigneurs venant à quitter leur service , doivent estre aussi de la même paroisse. Au cas que le curé de Saint* Germain vint à estre chanoine de Saint-Jeao, il devoit ramasséries dixmes , les oblations et les revenus de Saint;Germain dans réglise de Saint <» Jean* avec puissance d'y faire les bans

non ideo minus Sancti-Joannis parochianus erit. Porro si presbyter Sancti- Joannis canimictis fuerit , in ipsâ ecclesia et obUUioneé et décimas et quoscumque reditus ^ecclesiœ Sancti-Germani parochiani debent , ab eis postu^ labit et indè, si opus fuerit, ibidem bannum vel excommumcationem faeièt; si autem canonicus non fuerit et canoniei eum non consenserint, in ecclesia Sancti-Joannis pro rébus Sancti-Germani et vocationem et excom" municationem , si opus fuerit , facient. De cœtero canoniei deGuisiâ altare de' villa , cui Tiliis nomen est , habentes , casam ipsius à canonicis Sancti" Joannis de Lescheriis ad censum sexdecim solidorum acceperunt , quorum medietatem in Natali Domini infrà octavas et alteram in Paschàte similiter intrà octavas persolvunt, Quoddam etiàm prandium canoniei Sancti'- Joannis annuatim debent ad submonitionem eorum Lescheriis persolvendum, Cum ergo de hâc conventione tempore nostro et tempore Balduini de Sop^o disceptatio orta esset , eam utriusque partis àssensu in prœsentiâ nostrâ renovari fecimus quam scriptam per chirographum inter eos dividi prœeepimus. Quod etiam testium suHscriptione et sigitli nostri tmpressions roborari curavimus»

Signum Bartholomsei episcopi , qui hoc scriptum fieri jussit , Goidonis . decani , Roberti sacerdotis , Letaldi archidiaconi , Blihai di cantoris , Abbrici sacerdotis, Hérberli sacerdotis, Arnulfi subdiaconi, Balduini de Sopejo, î^icolaï clerici, Herberti clerici. Actum Lauduni IV° calendas Fehruarii , anno Dominicœ Incamationis M.C.XXXII^ , Indictione X^, Epactâ /». Ego Rodulphus, Sanctce-Mariœ cancellarius, relegi. (Ex cartul. raedioc. et parv. Sancti-Vincentii).

et excommunications nécessaires pour cela.; mais non pas s'il n'est pas t^banoine , car en ce .cas cela estok dû droit des chanoines et leur appartenoit.

•Les chanoines de Guise , en contre-rechange, eurent; besoin quelque temps après de ceux de Saint^Jean de Lesquielles des* quels ils obtinrent une masure au village de TtUt^ doi\t la cuire leur appartenoit, à condition de rendre un cens annuel de seize sols aux chanoines de Lesquielles et un dîner dans Lesquielles chaque année lorsqu'ils en donneroient ravertissemént, Quel-^ que différend vint à naître touchant toutes ced clauses du temps de Barthélémy, évéquede Laon , lequel termina l'affaire et la laissa par escrit dans une charte faite exprès.

g. '2e. LE SEfGNEUR BAUDUIN DE SOUPIR DONNE LA CURE DE SAINT- JEAN

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