CHAPITRE VII
ADÉLARD , seizième Abbé de Senones.
(Richerius le compte jour le 14e.)
Le nom de cet abbé est noté dans notre histoire comme
835 ou 140
(a) Richer, 1.2, o. 18, p. 917.
l’époque des malheurs de l’abbaie et de la chute de la régularité qui y auoit été jusqu’alors observée auec l’édification de tout le pays.
Adélard commença par la ruine du temporel, il en aliéna et dissipa les fonds et les revenus par sa négligence et sa mauvaise oeconomie, puis il en renversa le bon ordre par son mauvais exemple et par son relâchement. Ce lieu qu’on avoit regardé depuis sa fondation comme un jardin de délices (a) et une retraite de saints, ne fut plus que comme une cauerne de loups ravissans. Chacun se croioit permis de prendre et d’envahir les biens, du monastère et personne ne s’opposait aux ravisseurs. Les Religieux au lieu de travailler à leur sanctification, se plongeoient dans toutes sortes de désordres et de dissolutions. Ils quittèrent la demeure des lieux réguliers, du dortoir, du réfectoire et du cloitre, et se jettant au dehors, se livrèrent aux excès de bouche, à l’yvrognerie et aux désordres les plus grossiers et les plus honteux. L’Abbé non seulement ne les réprimoit pas, mais les autorisoit par sa conduite. Chacun d’eux se bâtit une demeure à part hors du monastère, pour y vivre sans subordination et sans règle.
Bientost du relâchement et de la dissipation, ils tombèrent dans la disette, manquant des choses les plus nécessaires à la vie. Ils se virent contraints de cultiver la terre de leurs propres mains et de vivre en malheureux, après auoir vécu longtems en scélérats. L’Abbaie demeura sous un bon nombre d’ Abbés dans cet état si déplorable : car Adélard eut des imitateurs, dont l’historien Richer dit qu’il n’a pû se résoudre à rapporter les noms, de peur de souiller son récit par la mémoire de leurs crimes.
Nous conjecturons qu’ Adélard a vécu vers l’an 835 où 840. et que le relâchement a subsisté à Senones pendant près de cent ans; car l’Abbaie de Gorze ne fut réformée que vers l’an 933. sous le bienheureux Jean de Gorze et sous l’abbé Einolde. Ce fut à l’occasion de cette réforme de Gorze, que l’Abbaye de Senones reprit sa prerme régularité, ainsi que nous l’allons voir.