‹ Histoire de l'Abbaye de SenonesChapitre 11 sur 82 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

RENGERUS, 17e Abbé, mort vers l’an 930. RAMBERT, 18e Abbé, mort vers l’an 948.

Rengerus estais ici comme 17e Abbé de Senones, quoiqu’il soit certain qu’il y en a eu plusieurs entre lui et Adélardus ; mais nous ne parlons que de ceux qui nous sont connus. G’étoit un homme prudent et modeste, dit Richerius (a), qui permit à un jeune homme du nombre de ses Religieux nommé Rambert, d’aller dans l’abbaie de Gorze, qui étoit alors en grande réputation dans toute la Lorraine, pour y apprendre l’exercice de la règle de St. Benoist, dont on ne voioit presque plus aucun vestige à Senones.

Il fut reçu à Gorze auec beaucoup de charité, et comme il étoit très docile, il fit de si grands progrès dans l’exercice de la vertu et dans les pratiques de la règle de St. Benoit, que le Prieur du lieu et les Religieux l’auroient volontiers conservé dans leur communauté ; mais Rambert aima mieux retourner au lieu de sa profession, où Dieu le destinoit à y rétablir l’observance. Il revint donc à Senones rempli des bons sentimens, et édifié des bons exemples qu’il auoit vûs à Gorze, et l’abbé Rengerus charmé de sa sagesse et de sa modestie, l’établit bientôt après son retour, Prieur de son abbaye.

Rambert s’acquitta de ses fonctions d’une manière qui lui attira l’estime et l’amitié de ses confrères ; et l’abbé Rengerus étant mort quelque tems après, ils le choisirent pour leur Abbé. Comme son abbaye relevoit de l’Evéque de Metz pour le temporel, il fit un voiage vers Adalberon, qui gouvernoit alors cette Eglise, et qui considérant la réforme de Gorze comme son ouvrage, voioit auec plaisir les éléves de cette Abbaye placés dans les anciens monastères, où la

(a)Richer, 1 2, c. 18, 'p. 318,520.

Rambert se retire dans l’Ab baye de Gorze,

Rambert est élu Abbé de Senones.

Vers l’an

Réforme de l’Abb aie de Senone s vers l’an 938.

discipline étoit déchue, dans l’espérance d’y voir rétablir le bon ordre. Etant de retour à Senones, il parla à ses Religieux auec beaucoup de douceur, leur fit connaitre l’étendue de leurs obligations, leur traça une peinture de ce qu’il auoit vu pratiquer à Gorze et les exhorta à se conformer à la vie de ses saints Religieux. Mais comme l’habitude est une seconde nature, ils le prièrent de les laisser vivre comme ils auoient fait jusqu’alors. L’Abbé jugea que dans une affaire de cette importance, ils ne deuoit pas se conduire par son propre esprit. Il consulta l’Evéque de Metz, qui loua son zèle et sa bonne volonté et résolut de seconder ses bons desseins. Il pria Agenolde où Evolde, Abbé de Gorze, de lui prêter son secours pour l’exécution de cette bonne œuvre.

Ils se rendirent ensemble à l’abbaye de Senones et parlèrent aux Religieux, emploiant tantost les caresses et tantost les menaces. Ils tachèrent de leur persuader de se soumettre à une observance plus exacte de leur règle. Mais ces Religieux endurcis ne se laissèrent toucher ni par leurs exhortations, ni par leurs menaces, ni par les chatimens qu’on emploia selon la règle, contre les plus mutins. Ils en vinrent même aux reproches et aux insultes, et peu s’en fallut qu’ils ne maltraitassent leur Abbé. Alors Agenolde et Rambert leur dirent qu’ils pouvoient choisir l’une des deux choses qu’ils leur proposoient, de demeurer dans le monastère dans la pratique exacte de leur règle, où d’en sortir et d’aller vivre à leur guise où ils jugeroient à propos.

Quatre des plus jeunes et des plus entêtés, qui croioient en sauoir plus que les autres, se retirèrent du monastère et retournèrent au siècle, les autres plus simples et plus craignans Dieu, se soumirent et demeurèrent sous l’obeissance de Rambert. Ainsi les frères étant rentrés dans leur devoir, et le bon ordre étant rétabli dans l’Abbaye, Agenolde, Abbé de Gorze s’en retourna chés lui et Rambert continua de gouverner la maison de Senones, d’une manière qui lui attira l’estime et l’amitié, de tout le monde.

(•) Depuis cette réforme introduite à Senones par l’Abbé de Gorze, il y eût toujours beaucoup de liaison entre ces deux Abbayes; et on lit dans la vie du B. Jean de Gorze, qu’un St. Religieux de cette célébré Abbaye nommé Angelram qui avoit autrefois été princier de l’Eglise de Toul, puis de celle de Metz, étant décédé, la nuit meme de son décès un Religieux du monastère de Gorze nommé Adelgere, étant à Senones et reposant avec les freres, eut une vision, dans laquelle on luy dit de se lever et de faire sonner les cloches, parce que Dom Angelram étoit mort. Ce Religieux se leva, éveilla quelques Religieux et leur fit signe de sonner les cloches, n’osant parler par respect pour le silence. Le lendemain matin il rapporta ce qu’il avoit veû et ouï, mais on n’en crut rien, jusqu’à trois jours de là, qu’on reçut la lettre du décès d’ Angelram. Alors on reconnut qu’il étoit mort la même nuit et à la meme heure qui avoit été révélée à Adalgere. Il y a beaucoup d’apparence qu’Agenolde, Abbé de Gorze, envoia à Senones quelques uns de ses Religieux, pour y introduire la réforme de son monastère, et qu’Adalgere étoit de leur nombre (2).

Rambert obtint d’Adalberon I. du nom, Eveque de Metz, une Charte, qui confirme à l’Abbaie de Senones l’Eglise de Vaqueville, qui auoit été donnée au monastère par quelqu’un de ses prédécesseurs, comme aussy neuf familles de serfs qui dépendoient de cette Eglise. L’Evéque ajoute que si quelqu’un des sujets serfs de l’Abbaie de Senones, épouse une fille libre de la dépendance de St. Etienne de Metz, il transfère à ce monastère tout le droit qu’il auoit sur ces personnes pour le cens et pour le service qu’ils lui dévoient. La lettre est de l’an 939 et est souscrite par Beatrix, duchesse de Lorraine, femme du duc Frideric, par Zindebalde, comte du Palais de l’Eveque de Metz et par plusieurs autres.

(1) Ce passage jusqu’à l’alinéa suivant est écrit sur une feuille volante collée en marge à laquelle Oom Calmet renvoie le lecteur par une note de sa main.

(2) Dom Calmet par un autre signe renvoie au corps du manuscrit.

Vita B. Johan.

Gorzi , p. 886, 387, Sœcul. 5.

Bened.

AdalberonI, Eveque de Metz confirme l’église de Vaqueville à l’Abbaie de Senones en

Privilège de l’Emp. Othon I en

Le meme Evêque Adalbéron continuant de favoriser l’Abbé Rambert et son monastère, lui procura en 949. un privilège de l’Empereur Othon I. par lequel il confirme tout ce que le Roi Childeric auoit autrefois accordé à l’Abbaye de Senones. Il marque que les Religieux y observoient la règle de St. Renoit et il désigne les limites des biens qui leur auoient été donnés et qu’ils possédoient alors, à peu prés de même qu’avoit fait le Roy Childeric en 661. Il est à remarquer qu’il donne pour bornes au ban de Senones du coté de Moyenmoutier le petit ruisseau dePierris, qui coule au pied des murs de cette derniere abbaye, quoy qu’apparemment dès le tems de St. Hidulphe, une grande partie du terrain qui est au midi du R.abodo, lui eût été cédée par St. Gondebert. L’Abbé Rambert mourut le 3e mars vers l’an 950.

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